Actes du séminaire de Dakar du 1er juillet 2015 « Les défis du changement climatique, les réponses et financements pour accompagner l’atténuation et l’adaptation des économies – Les enjeux de la COP 21»

Actes du séminaire de Dakar du 1er juillet 2015 « Les défis du changement climatique, les réponses et financements pour accompagner l’atténuation et l’adaptation des économies – Les enjeux de la COP 21»

 

« Les défis du changement climatique, les réponses et financements pour accompagner l’atténuation et l’adaptation des économies – Les enjeux de la COP 21»

 

A Dakar, le 1er juillet 2015

Mercredi  1 juillet 2015

Co-organisé par  l’UCESA et l’UCESIF

Dakar 

 

SOMMAIRE

Note de cadrage

 

LES INTERVENTIONS ET LES ÉCHANGES AU COURS DU COLLOQUE

 

 

Cérémonie officielle d’ouverture

 

Mme Aminata TALL

Présidente de l’UCESA et du Conseil Economique, Social et Environnemental du Sénégal ……………….….……………………………………………………………………14

 

  1. Mahammad Boun Abdallah DIONNE

Premier Ministre de la République du Sénégal …………………………………………….………………………………………………………………………………………….15

  1. Moussa Moumouni DJERMAKOYE

Président du Conseil économique, social et culturel du Niger, Vice-Président et Trésorier de l’UCESIF.……..………………………………………………………….17

  1. Jean Paul DELEVOYE

Président du Conseil économique, social et environnemental de France, pays qui  accueille la COP21……..…………………………………………………………………..19

 

M Abderrahim KSIRI

Membre du Bureau et Président de la Commission de régionalisation et du développement rural du CESE du Maroc, pays qui accueillera la COP …………..……………..……………………………………………………………….24

 

Première session : Les défis et les réponses sectorielles………………………………………………………………………………………………………………27

Modérateur: Mohamed Séghir BABES, Président du CES d’Algérie

Défi géopolitique : Cheikh NDIAYE-SYLLA, Conseiller du Premier ministre du Sénégal pour les négociations climatiques

Défi pour l’agriculture : Vincent MARTIN, Représentant de la FAO au Sénégal

Défi pour l’accès aux ressources hydriques: Michel Codjo BOKO, Professeur de géographie-climatologie à l’Université de COTONOU, Membre du CES du Bénin

Défis pour l’emploi : Philippe BARRY, Président d’Initiative RSE Sénégal

Défis pour les villes : Amadou DIOP, Professeur agrégé / département géographie de l’UCAD

Défis pour la santé : Papa Gallo SOW, Directeur de l’UFR Santé et Développement Durable de l’Université de Bambey – Sénégal

 

Deuxième session : Les politiques d’atténuation et d’adaptation, les solutions qu’il faut encourager et le rôle des CES-IS ……………….38

Modérateur: Tabé GBIAN,  Président du CES du Bénin

Politiques agricoles : Martine LAPLANTE, Rapporteur de l’avis sur l’agriculture familiale du CESE de France

Politiques de santé et de protection sociale : Woré Gana SECK, Rapporteure de l’avis sur la protection sociale du CESE du Sénégal

Politiques de formation : Victor GBEDO, Membre du CES du Bénin, Directeur de l’ONG Bethesda

Politiques d’emploi : Joséphine LÉNAUD GUILAO, Vice-Présidente du CES de Guinée

Politiques énergétiques : Boubacar MBODJI, Conseiller Spécial du Président de la République du Sénégal pour l’énergie et l’environnement, Président du comité scientifique de la Conférence Nationale sur le Développement Durable

Troisième session : Les appuis existants pour les politiques d’atténuation et d’adaptation………………………………………………………………………..48

Modérateur : Moïse NAPON, Président CESE du Burkina Faso

Le Fonds National Climat du Sénégal : Amadou LAMINE-DIAGNE, Directeur des financements verts au Ministère de l’environnement du Sénégal

La Facilité INDC (Contributions nationales climat) : Olivier PEZET, Directeur de l’Agence Française de Développement au Sénégal

Les accompagnements du BIT dans le cadre du Pacte mondial pour l’emploi : Moustapha Kamal GUEYE, Spécialiste du Programme Emploi vert du BIT à Dakar

L’appui des partenaires techniques et financiers : Sadia DÉMARQUEZ, Conseiller technique auprès du Ministère de l’environnement du Sénégal

Le soutien de l’Union Européenne : Anna ROPERS BERGEOT, Chef de section de la Délégation de l’Union Européenne en République du Sénégal

Débat général

Débat général sur les trois sessions..……………………………..…………………………………..………………….59

Cérémonie officielle de clôture..…………………………………………………………..………………………………………………………….64

Abdoulaye BALDE, Ministre de l’Environnement de la République du Sénégal

Aminata TALL, Présidente de l’UCESA

Annexes

Déclaration finale du colloque……………….………………………………………………………….……………………………………………….66

Contributions des CES membres pour le séminaire : Guinée et France……………………………………………68

Les constats ………………………………………………………………………………………………………………………76

GIEC – secteur agricole

GIEC – secteur énergétique

GIEC – secteur d’emplois

OIT – l’emploi vert

OMS – santé

ONU / HCDH – Droits de l’Homme

Charte du Manden

Les solutions………………………………………………………………………………………………………………………96

UCESIF – Déclaration d’Athènes

OIT : les emplois verts en Afrique

OIF / IFDD : Villes durables

Banque Mondiale : développement décarbonisé

Business Climate Summit Paris

Les financements………………………………………………………………………………………………………………108

Présentation générale

Le Fonds National Climat du Sénégal

Le Rapport de la commission Pascal Canfin – Alain Grandjean

 

 

 

Avertissement

Ces actes sont issus du décryptage de l’enregistrement audio du séminaire « Les défis du changement climatique, les réponses et financements pour accompagner l’atténuation et l’adaptation des économies – Les enjeux de la COP 21».

Chaque intervention a ensuite été retranscrite par l’équipe chargée de l’élaboration du présent document. Les auteurs ont été contactés pour réviser et approuver la retranscription, un petit nombre a proposé des corrections qui ont été incluses.

NOTE DE CADRAGE

 

Les défis du changement climatique, les réponses et financements pour accompagner l’atténuation et l’adaptation des économies –

Les enjeux de la COP 21

 

 

1er juillet 2015

 

Hôtel King Fahd Hôtel, Ex Méridien, (Dakar)

 

I – CONTEXTE ET JUSTIFICATION

 

  • La nécessité d’un changement de paradigme : le développement durable

 

L’exploitation intensive des ressources de la planète et la pollution engendrée par l’activité humaine ont favorisé la multiplication des crises et des catastrophes naturelles, corollaires des changements climatiques actuels. Aussi, alertés par les scientifiques, les dirigeants du monde entier sont désormais conscients de la nécessité pour les pays de revoir leur approche du développement afin de garantir la pérennité de l’écosystème. En effet, outre leur potentiel létal, les dérèglements climatiques sont synonymes de déplacement des populations, de raréfaction des ressources et de conflits pour l’accaparement et le contrôle de ces dernières.

 

C’est dans ce contexte que naquit le concept de « développement durable », plus précisément durant la Conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement de 1992 (Sommet de Rio), qui a consacré la définition du terme et l’élaboration d’un programme d’action pour le 21ème siècle.

 

L’objectif du développement durable est de jouir pleinement des ressources de la terre tout en ayant soin de préserver ce capital pour les générations futures. Il s’articule autour de trois piliers que sont : l’économique, le social et l’environnemental. Certes, il a un coût, mais celui-ci est moindre comparé aux conséquences économiques du changement climatique qui iront crescendo si le statu quo est maintenu.

 

1.2. L’enjeu de la limitation du changement climatique

 

Le 5ème rapport du Groupe International d’Expertise sur le Climat publié en 2014 souligne les effets dramatiques que pourrait induire la poursuite du réchauffement climatique amorcé depuis la Révolution  Industrielle du XIXe siècle. Les impacts se vérifient déjà dans les domaines suivants :

  • sur la ressource en eau potable : Dans de nombreuses régions, notamment en Europe, en Afrique et en Amérique du Sud, la modification des schémas des précipitations (des pluies plus fortes mais plus rares par exemple), ainsi que la fonte plus rapide des neiges et des glaces, modifient les systèmes hydrologiques, et perturbent les ressources en eau. Il y a par exemple moins d’eau potable disponible dans certaines régions. Dans d’autres régions, cette eau est désormais de moins bonne qualité.

 

  • sur la production alimentaire : A quelques rares exceptions près, les changements climatiques ont eu un impact négatif sur les rendements de la plupart des cultures. Dans de nombreuses régions, on a constaté une forte baisse des rendements du blé et du maïs. Les effets ont aussi été négatifs sur les rendements du riz et du soja, mais dans une moindre mesure. On a également constaté de nombreuses périodes d’augmentation très rapide du prix des produits alimentaires et des céréales, suite à des évènements climatiques extrêmes (incendies géants, tempêtes, inondations, etc.). Cela a eu un impact très fort sur les populations les plus pauvres, pour qui l’achat de denrées alimentaires est alors devenu très difficile.

 

  • sur la santé : On constate des changements dans la répartition géographique de certaines maladies liées à l’eau ou dites « à vecteur », c’est à dire des maladies transportées par des mammifères, des oiseaux, des arthropodes et des insectes, qui pourraient s’être déplacé à cause des changements climatiques.

 

  • sur la biodiversité terrestre et marine : Les espèces terrestres, ainsi que les espèces d’eau douce et d’eau de mer modifient leurs zones de répartition géographique, leurs déplacements migratoires ainsi que leurs activités saisonnières. Les interactions entre les différentes espèces sont également modifiées.

 

  • sur les inégalités : Les impacts des changements climatiques tendent à creuser les inégalités : ainsi, les peuples marginalisés au niveau social, économique, culturel ou politique se trouvent d’autant plus marginalisés lorsqu’ils subissent les effets des changements climatiques. Cette vulnérabilité est rarement due à une cause unique, mais plutôt à une accumulation de facteurs concomitants. Les changements climatiques exacerbent d’autres facteurs de stress, en ayant par exemple des incidences directes sur les moyens de subsistance, en réduisant le rendement des cultures, ou en détruisant des habitations mal adaptées. Les conflits violents augmentent fortement la vulnérabilité au changement climatique en portant atteinte aux actifs qui facilitent l’adaptation, en particulier les infrastructures, les institutions, les ressources naturelles, le capital social et les moyens de subsistance.

 

  • sur les évènements extrêmes (vagues de chaleurs, inondations…) : Les évènements extrêmes, tels que les vagues de chaleurs, les inondations, les cyclones, ou encore les feux de forêt, montrent bien à quel point nos populations sont aujourd’hui exposées à la variabilité climatique. De tels évènements ont un impact majeur sur les écosystèmes, sur la production alimentaire, sur la disponibilité en eau ; ils peuvent détruire des habitations, accroitre la mortalité et la morbidité, et avoir des fortes conséquences sur la santé mentale et le bien être humain. Le continent africain est tout particulièrement concerné par les impacts du changement climatique : plusieurs graves pandémies sont nées d’une transmission entre animaux, chez qui elles étaient endémiques, et les Hommes du fait de la déforestation ; la sécheresse affecte la zone sahélienne depuis plusieurs années, suscitant des migrations sources de conflits entre nomades pasteurs et agriculteurs sédentaires et un affaiblissement de la sécurité alimentaire, etc.

La 21èmeConférence des Parties (COP21) à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques(CCNUC), qui se tiendra à Paris entre le 30 novembre et le 11 décembre 2015, constitue dans ces conditions un enjeu considérable : celui  de mener à la signature d’un accord international contraignant sur le climat qui permettra de contenir, tant qu’il en est encore temps, le réchauffement global en deçà de 2°C.

 

  • Les solutions en termes de réduction du réchauffement et d’adaptation à ce dernier.

 

Même avec un réchauffement limité à 2°C, les dégradations des milieux déjà entrainées par le réchauffement nécessitent d’organiser des mutations dans le fonctionnement des économies des pays les plus concernés, en particulier d’Afrique. Il s’agit pour leurs Etats de lancer rapidement des politiques d’adaptation tout en menant aussi des politiques de réduction du réchauffement.

 

Le Rapport sur l’Economie Verte (REV de 2011) du Programme des Nations Unies sur l’Environnement (PNUE), est un document de référence qui révèle que cette nouvelle approche « entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources». Elle serait en outre, sur le long terme, aussi productive, tout en étant écologiquement et socialement plus avantageuse. Cependant, aux prises avec une crise mondiale économique et financière, les Etats ont une capacité financière limitée qui nécessite la recherche de mécanismes de financement supplémentaires parmi lesquels, le « financement vert » qui permet de consentir des ressources financières à des initiatives contribuant au développement durable.

 

La nouveauté que représente la 21ème conférence de la Convention cadre sur le Climat qui se tiendra fin 2015 à Paris, c’est qu’elle ne se limite pas à chercher à obtenir des Etats-parties qu’ils prennent des engagements de réduction des émissions de CO2, mais aussi qu’ils précisent de quelle manière ils comptent y parvenir en entraînant fermement les acteurs privés dans des stratégies de réduction et d’adaptation. Tel est l’objet des INDC (Intended Nationally Determined Contributions- Contributions Projetées Définies au niveau National).La question des « solutions climat » est donc au cœur de la négociation sous ses angles technique (quelles technologies, comment les rendre accessibles ?), organisationnel (comment organiser le respect des engagements, la coordination des acteurs ?) et financier (quelle répartition dans la prise en charge des coûts, quelles sources de financement ?).

 

L’enjeu est, pour chaque pays, d’avoir d’ici à septembre, une vision claire des engagements qu’il peut raisonnablement prendre pour à la fois contribuer à la réduction du réchauffement et s’adapter à ses premiers effets déjà à l’œuvre.

 

  • la nécessite  de financements additionnels

 

La prévention et l’adaptation au changement climatique par le développement de l’économie verte nécessitent le soutien des Etats qui dans cette optique adoptent des mesures incitatives afin de convaincre le secteur privé.

 

  • Les différents types de financements verts

 

En général, ces incitations sont d’ordre fiscal avec un accès à un financement et à des crédits d’impôt pour les particuliers et les entreprises qui investissent dans des énergies renouvelables ou qui ont une démarche écologique. De même, le secteur privé peut-il attirer une certaine clientèle en lui offrant l’assurance que sa démarche est bénéfique à l’environnement. On retrouve entre autres incitatifs : les crédits verts ou éco-crédit, les obligations vertes, la titrisation verte, l’épargne verte ou la mise en place d’indices verts.

 

L’arme fiscale peut être aussi utilisée pour internaliser les coûts que représentent pour la société les émissions de carbone et la pollution, exerçant ainsi un effet sur les prix qui guide les entreprises dans leurs choix stratégiques. Les taxes les plus usitées sont les taxes sur le carbone (dont la taxe différenciée sur les produits pétroliers), .Un autre instrument est constitué par les quotas de crédits carbone accordés de façon différenciée aux industries et assorties de possibilités de rachats de crédits qui sont des formes de pénalités fiscales en cas de dépassement. Les mesures permettant de s’attaquer à l’évasion fiscale et aux flux financiers illicites permettent quant à elles de préserver ou d’accroître le budget dédié au développement durable. Parfois la sanction va de l’amende jusqu’à la fermeture, pour ceux qui ne respectent pas la réglementation en vigueur.

 

La croissance économique marquée d’une partie des pays du Sud a permis la multiplication des sources de financement et, bien que l’Aide Publique au Développement demeure une source importante de financement, les bailleurs se multiplient et les Etats, forts de leurs nouvelles richesses, comptent de plus en plus sur leurs ressources internes pour financer leurs projets. De même, l’éveil d’une conscience citoyenne a consacré l’avènement du financement participatif ou crowdfunding ; une méthode innovante permettant de capter des ressources auprès d’un large public d’internautes. Ce mode désintermédié peut prendre diverses formes : dons, récompenses ou dons avec contrepartie, prêts, investissement en capital.

 

Toutefois, l’Etat ne peut à lui seul enclencher une dynamique d’investissement vert. Raison pour laquelle il a recours au Partenariat-Public-Privé (PPP). Actuellement, plus de 90% des fonds mobilisés pour lutter contre les changements climatiques proviennent des marchés privés, même si les fonds publics permettent de contourner des obstacles et d’attirer l’investissement direct. Ainsi les fonds publics devront-ils de plus en plus jouer le rôle de catalyseur du financement privé par le biais d’outils permettant de réduire le risque d’investissement.

 

En règle générale, le financement vert provient des marchés de capitaux ou du budget des Etats. Il est convoyé par divers organismes multilatéraux et bilatéraux. Des financements peuvent être obtenus par la coopération gouvernementale ou privée, en faveur du développement durable ou par le biais de fonds internationaux. D’après le Programme des Nations Unies pour le Développement, il existerait environ 6000 fonds dans le monde qui investissent dans les initiatives vertes. Les plus importants d’entre eux sont le plus souvent financés par les pays les plus riches, ou des institutions et agences financières nationales, régionales et internationales et soutiennent de nombreuses initiatives vertes dans les pays en développement. Il s’agit entre autres, du Club international du financement du développement (IDFC), la plus grande source de financement vert au monde dans le secteur public ; du Fonds vert pour le climat, un mécanisme financier de l’Organisation des Nations Unies rattaché à la CCNUCC ; du Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM), l’entité financière opérationnelle de la CCNUCC créé par le PNUD, le PNUE et la Banque Mondiale ; du  Fonds pour l’adaptation, établi par le protocole de Kyoto.

 

Si les fonds internationaux tirent une partie de leurs ressources de la vente aux enchères de permis d’émissions ou des taxes sur le carbone ; les Etats, des recettes fiscales ; les entreprises, de leur investissement dans l’efficacité énergétique qui leur permet par la suite de faire des économies, le citoyen lambda peut auto financer sa propre consommation verte. En effet, l’achat d’une ampoule énergétique est aussi bénéfique à la bourse du consommateur, qu’à l’Etat et à l’environnement.

 

  • Les enjeux et les défis du financement vert

 

En période de crise économique, le portefeuille du ministère associé au développement durable est souvent l’un des premiers à subir des coupes budgétaires. C’est ainsi que confronté à une crise fiscale en 2010, le gouvernement espagnol a diminué ses subventions accordées à l’énergie solaire, réduit le prix d’achat de l’énergie solaire,  fixé un plafond pour le montant d’énergie subventionnée et réduit les tarifs de rachat d’électricité ; ce qui a impacté la  capacité installée d’énergie solaire.

 

D’où l’importance de la volonté politique, car en plus d’un portefeuille limité, le développement durable est un processus sur le long terme ayant un coût considérable, sachant que renoncer aux industries polluantes, c’est mettre au chômage un grand nombre de personnes. La transition vers une économie verte nécessitera indubitablement des investissements massifs dans l’économie. C’est pourquoi afin de réduire le réchauffement climatique à 2°C, le Forum économique mondial et le groupe Bloomberg préconisent des investissements en énergie propre d’au moins 500 milliards de dollars par an à partir de 2020.

 

Si le financement du développement durable constitue un défi de taille à relever, les experts considèrent avec optimiste la création d’emplois verts qui, sur le long terme, devraient permettre d’atteindre des taux d’emploi supérieurs à la situation initiale. Par exemple, au Sénégal, le Centre de Suivi Ecologique (CSE) évaluait en 2013 à 27 milliards de F. CFA les pertes annuelles liées aux feux de brousse. La mise en place d’un financement innovant créateur d’emplois verts pour lutter contre ce phénomène permettrait, d’après le ministre de l’Environnement, de faire des économies qui serviront à investir dans le développement durable, dans les emplois verts et de renforcer la lutte contre les catastrophes naturelles.

 

  • Les pays en développement, leaders de la finance verte ?

 

L’économie verte semble être une voie royale pour endiguer le péril écologique, cependant, il ne saurait y avoir de modèle universel, chaque pays ayant ses propres réalités. Tous les pays ne sont en effet pas également responsables du dérèglement climatique et d’après l’UNICEF en 2011, 20% des moins riches se partageaient 1% du revenu mondial, tout en subissant les pires conséquences des effets du changement climatique. De même, aux côtés des Etats Unis et de la Chine responsables de la moitié des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les pays africains, qui eux polluent le moins, peuvent être affectés par le dispositif de lutte. C’est pour cette raison que la communauté internationale s’est entendue sur le principe d’un  dédommagement des pays faiblement industrialisés par les pays développés et d’un soutien à ces mêmes pays dans leurs actions de développement.

 

De même, les pays en développement insistent-ils sur la « Responsabilité commune mais différenciée » et revendiquent-ils la répartition équitable des aides et des contraintes. En effet, d’après certaines estimations, 90% des investissements dans les énergies propres vont dans les pays du G20. Les principales revendications des pays en développement concernent un meilleur accès aux financements verts afin de promouvoir le développement durable ; le respect par les pays développés des engagements financiers pris à Copenhague ; des financements accrus, nouveaux, innovants, additionnels et principalement d’origine publique.

 

Pour d’aucuns, la participation des femmes et des jeunes au processus, de même que leur accès aux financements, sont une modalité importante dans la transition vers une économie à faible intensité de carbone. Néanmoins, l’un des principaux problèmes de ces pays, réside dans l’attraction de fonds privés, les fonds publics étant insuffisants pour atteindre les objectifs du développement durable.

 

Ne s’appuyant plus exclusivement sur le financement extérieur, les pays du Sud financent de plus en plus les investissements verts, sachant que même si les pays développés sont en majeure partie responsables de la crise écologique, ils ne peuvent à eux seuls soutenir toute l’action planétaire. Le paradoxe est que les capitaux privés des pays développés se concentrent dans des actifs à forte intensité en carbone, alors que les pays en développement investissent de plus en plus dans une économie à faible intensité en carbone. Il apparait aussi essentiel que la finance verte dans les pays en développement prenne davantage compte des risques politiques, soit davantage portée sur les investissements comportant des bénéfices pour le développement, et qu’il soit plus facile d’y structurer un cadre réglementaire favorable. Certains experts estiment que les pays en développement sont présentement la principale source de financement vert dans le monde.

 

  • Les limites du financement vert

 

Il existe un éventail de moyens innovants permettant de financer le développement durable, mais ceux-ci ont des limites. En effet, au manque de coordination, s’ajoute une absence de mesures, un défaut de suivi et des difficultés d’accès des pays en développement aux sources de financement. Par ailleurs, la collecte d’argent et de taxes n’est utile qui si elle s’accompagne d’une volonté politique désireuse de soutenir le financement vert.

 

Le développement durable, de l’avis de certains experts, est trop focalisé sur l’économie au détriment des 3 piliers du développement durable que sont l’aspect social, l’aspect économique et l’aspect écologique. Partie intégrante de l’économie verte, que ses détracteurs soupçonnent de vouloir creuser les inégalités au bénéfice des plus riches, le financement vert doit être encadré, s’appuyer sur des principes d’équité, d’inclusivité et de transparence ; respecter les droits humains et viser le développement durable. Un processus auquel doivent prendre part les organisations de la société civile, notamment africaines.

 

 

  1. LES OBJECTIFS DU SEMINAIRE

 

L’objectif global de ce séminaire est, en prévision de la COP21, de réfléchir aux enjeux de cette conférence, aux stratégies d’adaptation que les pays en développement peuvent mettre en place en s’appuyant sur les financements verts.

 

Les objectifs spécifiques seront de :

 

  • sensibiliser les conseillers et les autres participants aux enjeux du réchauffement climatique ;
  • identifier les voies et moyens permettant de définir des politiques de lutte contre le réchauffement et d’adaptation s’inscrivant dans une stratégie de développement durable ;
  • recenser les sources de financement disponibles pour accompagner ces politiques
  • cerner un cadre d’intervention afin de trouver des solutions permettant de prémunir les pays en développement des effets potentiellement pervers des dispositifs proposés.

 

 

 

 

 

 

 

Discours inauguraux

  1. Aminata TALL

Présidente de l’UCESA et du CESE du Sénégal

 

 

Je voudrais à l’entame de mon propos, souhaiter aux délégations étrangères qui ont bien voulu faire le déplacement, une chaleureuse bienvenue et un excellent séjour au Sénégal, pays de la Teranga, et leur dire qu’il sont ici chez eux.

Votre présence massive à ce séminaire de Dakar sur «les défis du changement climatique, les réponses et financements pour accompagner l’atténuation et l’adaptation des économies», témoigne de notre engagement commun à préserver, comme pour paraphraser Antoine de Saint-Exupéry, «ce que nous n’avons pas hérité de nos ancêtres mais que nous avons emprunté à nos enfants».

L’Union des Conseils Economiques et Sociaux et Institutions d’Afrique (UCESA), que nous avons l’insigne honneur de présider et l’Union des Conseils Economiques et Sociaux et Institutions Similaires des gouvernements et pays francophones (UCESIF) sont particulièrement fières d’être les initiatrices de cette rencontre internationale, en perspective de la prochaine conférence des parties sur le climat prévue du 30 novembre au 11 décembre 2015 à Paris.

Monsieur le Premier Ministre,

Nous sommes surtout satisfaits, à travers nos assises, d’offrir aux assemblées consultatives et au-delà, à la société civile organisée une opportunité d’apporter leur précieuse contribution sur la question fondamentale des changements climatiques.

Avant de revenir sur le thème dont la pertinence n’est plus à démontrer, permettez-moi de joindre ma voix à celle de tous les membres de l’UCESA et de l’UCESIF pour réaffirmer nos remerciements à votre endroit et à l’endroit de toutes les structures et de toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont contribué à rendre possible cette rencontre de Dakar.

A travers vous, Monsieur le Premier Ministre, nos deux unions expriment leur profonde gratitude et leur reconnaissance à Son Excellence Monsieur Macky SALL,  Président de la République, et à l’ensemble des membres du Gouvernement du Sénégal  qui n’ont ménagé aucun effort pour la réussite de cette rencontre internationale.

Votre présence parmi nous témoigne de l’intérêt que les plus hautes autorités du Sénégal accordent aux problèmes du développement durable.

La tenue d’un tel événement au Sénégal atteste de la vision éclairée du Chef de l’Etat d’avoir étendue les compétences du Conseil économique et social à la dimension environnementale.

 

Monsieur le Premier Ministre,

C’est encore vous qui avez accepté d’inscrire ce séminaire à l’agenda international des conférences, un soutien substantiel sans lequel, le pari serait difficile à tenir. Soyez en remercié.

Pour terminer ce chapitre, notre gratitude exprimée au ministère de l’environnement et du développement durable du Sénégal ainsi qu’à tous les experts qui participent à ce séminaire.

Mesdames, Messieurs,

Le thème qui nous réunit aujourd’hui est une préoccupation mondiale et bien que la période du Ramadan ne soit pas des plus confortables, cette rencontre arrive à son heure.

En effet, en dépit des efforts continus et soutenus, notre environnement ne cesse de se dégrader avec des conséquences toujours plus dramatiques sur les conditions de vie des espèces animales comme celles des êtres humains.

C’est en cela la pertinence du choix de Dakar, presqu’île située à la frontière de la grande côte du Nord et de la petite côte du Sud, partie menacée aujourd’hui par l’érosion côtière.

A la fois victime et coupable : comment pouvons-nous continuer à concevoir et à subir cette absurde et paradoxale « fatalité » ?

 

La mobilisation et l’implication de tous est dès lors d’une impérieuse nécessité.

 

Nous sommes tous conscients que de nos jours, les Etats ne peuvent pas tout faire, encore moins seuls. Aussi, la dynamique du Partenariat Public-Privé devient une réelle opportunité dans ce domaine.

 

Un atout cependant, en référence au rapport de 2011 du PNUD sur l’économie verte, consiste à développer les politiques de prévention et d’adaptation pour une transformation positive de nos économies.

 

La création d’emplois verts avec des modes de financement constitue, par ailleurs, une réponse adéquate, parmi d’autres, face aux défis climatiques.

Les sous thèmes qui seront abordés auront le mérite d’inviter l’humanité toute entière, l’Afrique en particulier à repenser aux conséquences que chacun de nos actes peut avoir sur la nature et sur la vie des êtres.

 

En notre qualité de conseiller des pouvoirs publics et d’organe de veille sur le bien-être social, nous nous devons de créer la jonction des Conseils Economiques et Sociaux et Institutions Similaires avec les autres représentants de la société civile de l’UCESA, de l’UCESIF, de l’AICESIS et de toutes formes d’organisation militante de la défense de l’environnement et du développement durable.

Ensemble, nous avons la possibilité de contribuer au succès de la COP 21 en prélude à la COP 22 pour prendre part à l’écriture de notre destin.

 

En effet, l’enjeu est stratégique aussi bien pour les pays du Nord que pour ceux du Sud. Il s’agit en somme de trouver un équilibre entre les besoins et les capacités des différents pays et de faciliter leur transition vers des économies résilientes et sobres en carbone par une solidarité agissante et organisée.

 

Nous avons opté pour une approche sectorielle traitant des défis, des solutions à encourager et des modes innovants de financement pour aboutir à un plan d’action cristallisé dans une déclaration de Dakar que nous aurons la responsabilité de transmettre aux autorités compétentes.

 

Mesdames, Messieurs,

Je ne saurais terminer sans souhaiter aux délégations étrangères qui ont bien voulu faire le déplacement, un excellent séjour au Sénégal, votre pays à tous.

Je voudrais profiter du mois béni du Ramadan pour implorer Dieu qu’il répande sa grâce et éclaire l’esprit de nos pouvoirs publics pour un environnement durable.

 

 

 

M. Mahammad Boun Abdallah DIONNE

Premier Ministre de la République du Sénégal

 

 

Je voudrais d’abord vous souhaiter la bienvenue en terre sénégalaise et vous dire tout l’intérêt que le Chef de l’Etat, Son Excellence, Monsieur Macky SALL et son gouvernement accorde à ce séminaire axé sur une thématique majeure : les défis du changement climatique.

Le changement climatique est une question de portée hautement scientifique et de développement car il oriente notre futur et le devenir de l’humanité toute entière.

Il représente un enjeu énorme, parce qu’influant sur les migrations des populations et touchant plusieurs domaines essentiels du développement, et de la vie tout court,  notamment :

  • les ressources en eau potable ;
  • la sécurité alimentaire ;
  • la santé de nos populations et du bétail ;
  • la biodiversité terrestre et marine.

Comme l’homme, le climat ne change pas, il s’adapte. La question est donc de savoir si son adaptation ne nous est pas préjudiciable ou simplement quels systèmes devront nous adopter pour amoindrir les dérèglements que nous créons ? C’est un pari sur l’avenir qui a un coût aujourd’hui, mais celui-ci est bien moindre comparé à l’amélioration du bien-être humain, de l’équité sociale, aux bénéfices environnementaux et à la raréfaction des ressources qui est fonction des conséquences économiques du changement climatique.

Mesdames et Messieurs,

Nous savons aussi que les Etats, ceux du Sud en particulier, ont une capacité financière limitée pour aller vers ces choix d’amoindrir les effets des dérèglements, qui nécessitent des financements requis importants parmi lesquels le « financement vert ». Mais nous devons nous tenir prêts à organiser les réceptacles de ces financements et aller vers leurs accès directs.

C’est pour nous l’occasion de féliciter le Centre de Suivi Ecologique pour son leadership en matière d’accès direct au financement en Afrique, pour avoir reçu les accréditations du Fonds d’adaptation et du Fonds vert Climat.

Ces deux mécanismes financiers, en permettant d’attribuer des ressources à tous les secteurs de nos économies nationales, et notamment au secteur privé, seront, dans les années à venir, les leviers par lesquels nos politiques d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques seront supportés, en dehors de nos budgets nationaux.

Au-delà de ces deux mécanismes, il existe un éventail de moyens innovants et de mécanismes financiers permettant de financer le développement durable, encore faudrait-il pouvoir y accéder.

C’est dire toute l’importance de la coordination et de la gestion que nous devrons mettre en place, dans nos pays, pour bénéficier pleinement des ressources nouvelles et additionnelles qui doivent être mises en place d’une manière transparente et vérifiable. Ce sera un des résultats de la Cop 21.

Certes, au nom du principe de responsabilité commune mais différenciée, les pays en développement veulent que le leadership de la réduction soit pris par les pays développés, en majeure partie responsables de la crise écologique. Mais, ils ne peuvent à eux seuls soutenir toute l’action planétaire.

Aussi, les pays en développement gros émetteurs doivent non seulement soutenir la réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais ils doivent aussi continuer à s’orienter vers des activités à faible  intensité en carbone.

C’est ainsi que la finance verte dans les pays en développement prendra davantage compte des investissements comportant des bénéfices pour le développement et des mesures incitatives, afin de promouvoir l’économie verte, avec une forte implication du secteur privé.

Sur la palette d’incitations fiscales existantes, chaque pays devra trouver sa voie.

Avec un cadre réglementaire favorable, l’assurance peut être donnée aux entreprises qui investissent dans des énergies renouvelables ou qui ont une démarche écologique. C’est quelque part le gage de création d’emplois et de revenus,

Mesdames et Messieurs,

Si l’objectif de ce présent séminaire est de réfléchir aux enjeux de la conférence de Paris, en considérant la Plateforme de Durban  pour une action concertée à long terme avec des engagements des pays développés appuyés par ceux en développement, la maîtrise des financements sera également déterminante quant au futur du régime climatique.

Ainsi, à l’issue des travaux, la déclaration de Dakar qui en sera issue devra refléter toutes les priorités et les intérêts des pays en développement ainsi que les voies et moyens de mise en œuvre de l’Accord de Paris.

Certes, nous pouvons jouir pleinement des ressources de la terre, mais nous avons aussi le devoir de préserver ce capital pour les générations futures.

Pour ce faire, nous avons besoin de la société civile, du secteur privé et de toutes les forces vives, les jeunes et les femmes, afin qu’à travers une action concertée, nos territoires connaissent le développement durable, gage de paix, de sécurité et de bien-être.

Madame la Présidente de l’UCESA,

Monsieur le Président de l’UCESIF,

Mesdames et Messieurs,

C’est sur ces mots plein d’optimisme que je voudrais conclure et déclarer ouvert le séminaire conjoint entre l’UCESA et l’UCESIF, sur les défis du changement climatique, les réponses et financements pour accompagner l’atténuation et l’adaptation des économies.

 

 

M. Moussa Moumouni DJERMAKOYE

Président du Conseil Economique, Social et Culturel du Niger, Vice-Président et Trésorier de l’UCESIF

 

 

 

 

L’honneur m’échoit de prendre la parole au nom de l’UCESIF, en tant que Président du Conseil Economique, Social et Culturel du Niger. Le Président récemment élu à la tête de notre association, M. Nizar Baraka, Président du CESE du Maroc, n’a malheureusement pas pu être des nôtres en raison d’un engagement intervenu au dernier moment et m’a donc chargé de vous présenter ses excuses pour son absence.

 

L’Union des Conseils Economiques et Sociaux et Institutions similaires des Etats et  gouvernements membres de la Francophonie se félicite d’avoir pu organiser avec sa consœur l’UCESA, Union des CES d’Afrique, ce séminaire dédié à un sujet que nous considérons tous comme très important, car il concerne et touche d’ores et déjà tous nos peuples : le dérèglement climatique.

 

Notre réseau d’institutions chargées de représenter la société civile auprès de nos gouvernements et parlements est une communauté de partage et d’apprentissage. Nous avons entrepris, en cette année 2015 qui se conclura par un évènement particulièrement important à ce sujet, la 21ème Conférence des Etats parties à la convention climat, un travail de réflexion et de construction d’une pensée commune sur ce thème en plusieurs étapes.

 

Ce sont en fait 7 étapes, dont deux ont déjà été accomplies, qui jalonneront notre parcours :

  1. Le 7 mai, à Athènes, la présidence de notre Union assurée par le CES de Grèce depuis 2013, s’est achevée avec brio par un séminaire sur les problèmes de l’agriculture familiale de petite et moyenne taille. Le dérèglement climatique produisant l’augmentation de la température moyenne a été l’un de nos sujets. Cette rencontre, très riche, a été sanctionnée par une déclaration dite « Déclaration d’Athènes » qui a affirmé avec force : « L’agriculture est aujourd’hui face à trois grands défis contemporains : Nourrir convenablement une humanité de près de 9 milliards de personnes ; gérer durablement la plupart des ressources naturelles ; et Employer et rémunérer décemment près de 40% du travail mondial ».

 

 

L’UCESIF et ses membres interviendront auprès des acteurs concernés et demandent aux gouvernements d’Organiser la transition agro-écologique :

  1. en Renforçant leurs politiques d’adaptation des systèmes agricoles au changement climatique et d’atténuation de leurs émissions de carbone, et notamment en consacrant une part importante de leurs demandes au « Fonds vert des Nations unies pour la prévention et l’adaptation au changement climatique » à l’évolutions des agricultures familiales ;
  2. en se montrant constructifs en matière de « Solution Climat », concernant aussi bien l’appropriation des technologies à faibles effets de serre, la vérification des engagements, la mobilisation des financements que la répartition des efforts financiers ;
  3. en Défendant les intérêts des agricultures familiales de petite et moyenne exploitation dans l’agenda diplomatique 2015, notamment lors de la COP 21, la fixation des ODD et les négociations commerciales de l’OMC. »

 

  1. Les 11 et 12 juin 2015, à Rabat, nous nous sommes penchés sur la responsabilité sociétale des entreprises, qui comprend en particulier la préservation de l’environnement naturel et la gestion parcimonieuse des ressources minérales. Notre Congrès s’est conclu par un communiqué lançant un vibrant appel à la préservation de la planète libellé en ces termes :

« Il est urgent de faire face aux défis du respect des droits de l’Homme par les acteurs autant publics que privés, à l’épuisement des ressources minières et naturelles, aux inégalités sociales, au dérèglement climatique facteur d’insécurité alimentaire, aux pandémies et aux migrations de la faim, à la multiplication des conflits dus à la peur de l’autre, etc ».

 

Ce communiqué affirmait aussi que « Les Conseils économiques et sociaux, espaces institutionnels du dialogue social et sociétal, devraient jouer un rôle plus actifs dans l’encouragement aux initiatives locales, nationales, régionales et internationales en matière de Responsabilité Sociétale des Entreprises » et que « Le référentiel de la Charte sociale de l’UCESIF, concorde parfaitement avec les Nouveaux Objectifs du Développement Durable de l’ONU et les contient », appelant ainsi à « encourager l’appropriation et l’application des standards de responsabilité sociale, environnementale et de gouvernance par les partenaires économiques et sociaux », (notamment) la norme ISO 26.000 (qui invite) toute organisation à « maîtriser ses impacts sur la société en prenant en compte les attentes des parties prenantes, en respectant les lois nationales et les normes internationales. La Responsabilité sociétale constitue une ligne directrice fédératrice pour un nouveau contrat social fondé sur les droits universels opposables et porté par le dialogue entre l’ensemble des acteurs de la société ».

 

III. Notre troisième étape débute aujourd’hui avec ce séminaire qui va principalement appeler notre attention sur les enjeux pour l’Afrique d’un dérèglement climatique dont nous savons tous qu’il est essentiellement d’origine anthropique. Il devrait aider à identifier les conditions de la résilience, tant en termes d’atténuation du réchauffement que d’adaptation. Car, quels que soient nos efforts, il paraît inévitable aujourd’hui d’atteindre un réchauffement moyen au minimum proche de 2 degrés Celsius en 2100. Je me contenterai de citer ici la conclusion du résumé du chapitre consacré à l’Afrique du 5ème rapport du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat, dont nous avons la chance et l’honneur de compter l’un des membres parmi nous aujourd’hui, j’ai nommé le Professeur Michel Codjo BOKO, également membre du CES du Bénin.

 

« Les risques régionaux majeurs dans le domaine du changement de la distributions des écozones, de la disparition des récifs coralliens, de la baisse de la productivité céréalière, des conséquences néfastes sur le bétail, des maladies vectorielles et d’origine hydrique, de la sous-alimentation et de la migration, sont considérés comme moyens ou élevés à l’heure actuelle dans le cadre de l’adaptation présente,  ce qui montre bien le déficit d’adaptation actuel en Afrique. L’évaluation des conséquences résiduelles importantes dans un monde plus chaud de 2°C d’ici à la fin du XXIème siècle laisse penser que, même avec des niveaux d’adaptation élevés, il pourrait subsister des niveaux de risques très importants pour l’Afrique. Dans le cas d’une augmentation de la température moyenne de 4°C, les risques pesant sur la sécurité alimentaire de l’Afrique (voir les risques majeurs pour le bétail et la production céréalière) sont considérés comme très élevés et la réduction potentielle des risques grâce à l’adaptation comme très limitée ».

 

Mais ces prévisions, alarmantes, ne veulent nullement dire que nous devions baisser les bras devant le futur qui se dessine ainsi.

 

Tel est l’objet de notre réunion d’aujourd’hui à savoir : réfléchir à la manière dont nous pouvons infléchir le destin, ce qui implique une solidarité entre nous, pays francophones et africains. Mais cette solidarité doit aussi, nécessairement, être globale. Telle sera l’ambition des quatre prochaines étapes qu’organisera l’UCESIF, en associant le réseau des CES d’Europe, l’AICESIS et différentes organisations de la société civile de pays émergents. Mais je laisse le soin à M. Jean Paul Delevoye, Président du Conseil Economique, Social et Environnemental français, coorganisateur des cinq évènements qui, pour la plupart, se dérouleront en France d’ici à la fin de l’année, de vous les présenter dans un instant.

 

L’UCESIF et l’UCESA ont signé à Rabat un protocole d’accord qui relate la lutte contre le changement climatique dans l’un de ses trois chapitres. Je vous remercie beaucoup Madame la Présidente, chère Aminata Tall, d’avoir proposé que sa mise en œuvre débute dès aujourd’hui, deux semaines seulement après l’échange des documents. Vous attestez ainsi de notre intention commune de nous consacrer à ce sujet.

 

Le protocole affirme que « L’UCESA et l’UCESIF mesurent l’urgence de décisions politiques courageuses et de l’implication de tous les acteurs économiques, sociaux et citoyens pour que changent les comportements qui provoquent le réchauffement insoutenable de la planète, particulièrement accusé en Afrique. Les sécheresses meurtrières qui sévissent dans le sahel, le développement de graves pandémies dû notamment à la régression de la forêt, les inondations qui affectent les régions équatoriales, sont autant de signes de la nécessité de réagir. Investis par les Constitutions et des lois particulières de la mission d’éclairer les gouvernements et les parlements dans leurs décisions les plus importantes, les Conseils économiques et sociaux ont un rôle décisif à jouer dans l’élaboration de ces dernières. Des décisions essentielles sont en particulier à prendre d’ici à octobre 2015 par chaque Etat en termes d’engagements précis dans le cadre de la 21ème Convention des Parties de la Convention Climat, qui se tiendra à Paris du 7 au 11 décembre 2015. »

                  

Nos deux Unions pourraient marquer un premier acte dans ce sens en adoptant en fin de journée une recommandation conjointe adressée aux gouvernements et parlements de nos Etats membres. Si cela vous agrée, Madame la Présidente, nous pourrions charger nos deux secrétaires généraux d’élaborer au plus tard à 13 h un projet de texte que nous pourrions discuter de manière informelle dans l’après-midi en vue de son adoption lors de la clôture.

 

 

 

 

M. Jean Paul DELEVOYE

Président du CESE de France, pays qui accueille la COP 21

 

 

 

Madame la Présidente du Conseil Economique, Social et Environnemental  du Sénégal, Aminata TALL,

Monsieur le représentant du Conseil Economique, Social et Environnemental  du Maroc, Président de l’UCESIF,

Je salue aussi Mesdames et Messieurs les Ministres, Parlementaires, représentants des Nations Unies, et des Conseils économiques, sociaux et environnementaux,

 

A l’écoute des propos tenus par le Premier Ministre et les intervenants qui m’ont précédé, nous mesurons bien que, au-delà de la sympathie, de l’amitié et du plaisir que nous avons de nous retrouver ensemble, pèse sur nos épaules une lourde responsabilité.

 

Je voudrais vous remercier Mme la Présidente, que malgré la période du Ramadan vous ayez directement répondu à notre suggestion de sensibiliser l’ensemble des Conseils économiques africains et francophones aux conséquences du dérèglement climatique.  Plus que jamais l’urgence s’impose : nous avons sur nos épaules une lourde responsabilité qui dépasse nos intérêts à court terme, qui dépasse les enjeux territoriaux, il en va de l’avenir de l’humanité. Et il ne suffit pas que les Etats négocient. Des changements de comportement de nos concitoyens dans leurs modes de production, leurs mode de consommation, leur mode d’alimentation énergétique seront nécessaires pour limiter l’augmentation de la température en deçà du maximum supportable,  que nos Conseils économiques et sociaux peuvent favoriser en jouant leur rôle de relai auprès de la société civile et en s’inspirant de cet esprit que vous évoquiez et qui justifie le choix de Dakar et du Sénégal pour notre rencontre. Vous êtes le pays de la Téranga, c’est-à-dire de  la recherche des solutions par le dialogue et le respect, pratiquée dans l’harmonie plutôt que le conflit malgré la présence de différentes confréries. Et l’on voit bien qu’il est mis en œuvre ces jours-ci au travers de la pratique du Ramadan, qui permet à chacun de réfléchir à l’essentiel, l’esprit, en se dégageant des contraintes physiques. Je salue à cet égard les musiciens traditionnels que vous avez invités dans cet esprit pour introduire cette cérémonie.

 

Je voudrais aussi remercier tous les scientifiques qui ont réussi à victorieusement combattre les climato-sceptiques : plus personne n’ose aujourd’hui affirmer que l’activité humaine n’est pas responsable du dérèglement climatique. Mais le dérèglement climatique n’est pas uniquement un phénomène scientifique. Ce n’est pas seulement un phénomène de montée des eaux, ou de réchauffement de la température. C’est en réalité une menace, considérable, pour la paix, la démocratie et les droits de l’Homme.  Le Président Chirac avait lancé ce cri : « La maison brule et chacun tourne la tête ».

 

Le risque de ce monde est que la violence capitalistique, non maîtrisée, entraîne une dislocation sociale sur le plan politique. Car de la désespérance des hommes et de la misère, terreaux fertiles, naissent les violences terroristes. L’absence de limite à l’exploitation des ressources naturelles, les agressions permanentes que font à la nature des entreprises multinationales en quête d’un profit sans limite et des populations pauvres luttant pour leur survie sont porteuses de catastrophes que nous n’arriverons pas non plus à maîtriser. C’est le paradoxe du monde moderne, que de nous laisser croire que l’homme peut être aujourd’hui immortel, alors qu’il fragilise ce qui est indispensable pour lui, son écosystème, programmant sa  mort avec celle de son environnement naturel.

 

La philosophe Simone Weil, qui était au côté du Général de Gaule dès 1941, parlait des peuples déracinés et frappés par la violence du monde à l’époque,  ajoutant qu’en réalité l’arbre humain est enraciné dans le ciel, et que l’homme a plus besoin de grandeur que de pain. Or, si nous n’y prenons pas garde, déracinés, nous risquons de manquer et de grandeur et de pain.

 

Les nations se sont souvent soudées par la souffrance qu’elles ont vécue dans les guerres. La France sait ce qu’elle doit à l’Afrique pour avoir, aux côtés du Général de Gaule, versé tant de sang pour la défense de valeurs que mettait à mal le nazisme, promoteur d’une supposée et abominable supériorité de certaines races. Aujourd’hui, la souffrance des peuples vécue au quotidien déchire le monde. Chacun essaie de défendre sa peau au détriment de l’autre. Ce sont des réflexes suicidaires auxquels doit être opposée la sagesse, notamment africaine, du dialogue. Plus on est tenté de penser court terme et chacun pour soi, plus il faut penser monde et l’autre. Aujourd’hui, nos rêves d’après la fin de l’Union Soviétique, d’une planète apaisée, s’éloignent et pourraient se transformer en cauchemar si nous n’acceptons pas de réagir en prenant nos responsabilités.

 

Au lendemain de la dernière guerre mondiale, qui a révélé l’indicible capacité de cruauté de l’homme au service de la destruction de l’homme,  nous nous sommes battus pour des droits, pour faire en sorte que chaque personne dans le monde soit respectée dans sa dignité.  Simone Weil nous disait alors : « Le droit, quand personne ne le défend, ne vaut rien ». Mais nous oublions que le droit est né d’une obligation. Quand j’accorde un droit à un enfant, je crée l’obligation qu’un adulte le défende. Quand j’accorde le droit à la santé, c’est une obligation donnée à la communauté internationale de se battre pour permettre d’accéder à ce droit. L’obligation sans droit étant une vertu, nous devons nous battre pour que le monde devienne vertueux, non au sens idéaliste du terme, mais de façon pragmatique et concrète. Un certain nombre de fragilités menace de destruction l’harmonie du monde.

 

Le Conseil économique et social français s’est ajouté la dimension « environnementale » en 2008. La volonté était ainsi d’introduire au sein du Conseil des représentants du monde environnemental et des représentants de la jeunesse. Car nos institutions, qui ne sont certes pas des institutions de décision, ont de plus en plus la responsabilité des générations futures, d’évaluer l’impact des décisions politiques sur les générations futures. Un philosophe chrétien, Pierre Teilhard de Chardin, disait que l’avenir appartient à celles et ceux qui donnent à la jeunesse des raisons d’espérer.

 

Avec la présence en notre sein de la jeunesse et des défenseurs de l’environnement, nous sommes devenus un espace de dialogue, ce que très souvent les institutions politiques ne savent pas être. La politique est la confrontation de l’idée en vue de la conquête de pouvoir. A l’inverse, nos institutions, dépassant les intérêts de court terme, tentent d’apporter à nos décideurs politiques une vision, un projet et une capacité de concilier les intérêts a priori contradictoires. Par exemple, de répondre à des questions telles que : comment les agriculteurs peuvent-ils accepter de modifier leurs pratiques sous les contraintes environnementales ? Comment le monde économique peut-il imaginer possible de ne pas freiner ni sa croissance ni sa quête de profit en se pliant à des contraintes environnementales ? Nos réponses sont que c’est possible car il s’agit de transformer ces contraintes en aspects positifs et de trouver le juste équilibre par un dialogue permanent, constructif et intelligent permettant à chacune des parties de se mettre à niveau.

 

Notre conseil a choisi de participer avec le gouvernement français à la réussite de la 21ème conférence climat.  A l’instar du Ministre des affaires étrangères français, M. Laurent Fabius, et du Président Hollande qui présidera cette COP 21, nous préférons utiliser le terme dérèglement climatique plutôt que celui de changement climatique, démonstration ayant été scientifiquement faite que l’évolution des températures ne sera pas uniforme. Certains pays auront peut-être intérêt au changement climatique parce que le recul de la banquise leur ouvrira des voies maritimes, ou leur offrira une température plus modérée. Mais, si chacun regarde les conséquences positives ou négatives sur son seul territoire, nous risquons de passer à côté de l’essentiel. A cet égard, la sagesse africaine et la sagesse indienne, sagesses que les Européens ont oubliée, nous enseigne judicieusement que l’on ne domine jamais la nature sans limites et que quand on ne respecte pas la nature, on ne respecte pas l’être humain, et que la violence qui en résulte peut amener à un recul de l’humanité.

 

Je voudrais, à cet égard, attirer votre attention sur le rapport publié en avril dernier par le Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies intitulé : Les effets du changement climatique sur la pleine jouissance des droits de l’Homme. Le constat qui y est dressé et les pronostics qui y sont présentés sont aussi solides qu’accablants.

 

Prenons le premier des droits, le Droit à la vie et son corollaire, le Droit à la santé. Un des principaux impacts du changement climatique sur la santé humaine sera, nous dit le rapport onusien,  la malnutrition due à la diminution de la production alimentaire. Une étude prévoit une hausse du retard nutritionnel  de 1 à 29% selon les régions par rapport à un futur sans changement climatique, l’impact étant beaucoup plus significatif pour l’Afrique Sub-Saharienne centrale (23%) et l’Asie du Sud (62%).  D’autre part, « les conditions plus chaudes et plus humides résultant du changement climatique augmentent  l’amplitude et la durée de  l’action des vecteurs, tels que les moustiques ou les mouches tsé-tsé, qui propagent des maladies comme la Malaria, la Dengue, la fièvre jaune et l’encéphalite. Ne pas s’occuper des plus fragiles, fragilise en fait tout l’ensemble de la communauté humaine. Très souvent les forts ont l’illusion qu’ils peuvent se passer de solidarité. C’est une erreur de raisonnement dramatique. Aujourd’hui le monde, par la solidarité qu’a créé le numérique, avance à la vitesse du plus faible. Laisser fragiliser le plus faible fragilise l’ensemble de la planète.

 

Le deuxième droit analysé dans ce rapport est le Droit à l’alimentation. L’Asie du Sud et l’Afrique Australe sont deux des régions les plus menacées par le changement climatique en l’absence d’adaptation. Une étude a constaté que d’ici 2050 environ, ce qui est demain, il devrait y avoir 8% de répercussions négatives sur les rendements dans les deux régions pour les récoltes de blé, de maïs, de sorgho et de millet, plus que sur les récoltes de riz, manioc et cannes à sucre. Et 600 millions de personnes supplémentaires pourraient être menacées de faim d’ici 2080, conséquence directe du changement climatique. En Syrie, par exemple,  les effets du changement climatique dans le pays sont d’ores et déjà évidents sur le cycle des sécheresses, qui était autrefois de 55 ans et est aujourd’hui de seulement sept ou huit ans. Comment imaginer un seul instant, qu’un monde riche pourra vivre, au côté de femmes et d’hommes si pauvres ? L’enjeu du dérèglement climatique est, inversement, une formidable opportunité de retrouver le sens d’une fraternité mondiale.

 

Concernant le Droit à l’eau et à l’assainissement, le changement climatique exacerbera le stress hydrique déjà existant et aggravera le problème de l’accès à l’eau potable, qui est actuellement déjà inaccessible à environ 1.1 milliards de personnes dans le monde et est une des causes majeures de mortalité et de maladie. A cet égard, le changement climatique interagit avec d’autres causes de pénurie d’eau, telles que la croissance démographique, la dégradation environnementale, la mauvaise gestion des ressources en eau, la pauvreté et l’inégalité. Environ 8% de la population mondiale devrait subir une sévère diminution des ressources en eau avec une hausse de seulement 1°C de la température mondiale moyenne (par rapport aux années 1990), allant jusqu’à 14% pour 2°C et 17% pour 3°C. Presque 20% de la population mondiale serait en stress hydrique. On ne mesure pas la violence que cela va engendrer, le fait de basculer d’une société de l’abondance à une société de la rareté, où chacun voudra survivre par la confrontation. Nous connaissons déjà les migrations climatiques qui s’amplifieront. 72 à 187 millions de personnes pourraient être déplacées du fait des pertes de terres causées par la submersion et l’érosion d’ici 2100, en supposant une montée du niveau de la mer de 0.5 à 2.0 m d’ici 2100 indique le rapport des  Nations Unies. Le terrorisme l’encourage, la migration accrue vers le continent européen suscitant un renforcement des frontières, une augmentation du racisme et, au final, une fragilité accrue de nos démocraties, facilitant la réalisation de ses plans machiavéliques.

 

Les victimes les plus concernées par le dérèglement climatique, en termes d’impact sur leurs droits, seront en outre les enfants, car ils peuvent être retirés de l’école afin de travailler et d’aider à améliorer les revenus de leurs familles et à l’approvisionnement en eau et en nourriture. Les écoles peuvent être utilisées comme hébergements d’urgence. Or, au moment où les pays développés entrent dans la société de l’innovation et de la culture, le dérèglement climatique  peut amener un grand nombre d’enfants à quitter le chemin de la culture pour aller vers celui de l’ignorance. Et c’est sur le terrain de l’ignorance que se nourrissent les plus grandes violences.

 

Les Etats négocient et nous souhaitons que le résultat soit un accord ambitieux et exigeant. Les Etats doivent prendre des engagements forts et clairs avant  la conférence climat. Mais en réalité ce sont les citoyens qui, par leurs modifications comportementales, vont permettre la réussite des décisions gouvernementales. C’est cela que les Conseils membres de l’UCESIF peuvent aider à réaliser en sensibilisant et mobilisant leurs peuples et en montrant qu’il existe une sagesse citoyenne internationale : car les citoyens ont compris que leur survie  dépend des décisions politiques qui seront prises lors de la COP 21.  Pour cela, il nous faut par exemple faire toucher du doigt par nos concitoyens les conséquences dramatiques d’un recul des côtes, sujet particulièrement sensible au Sénégal et plus généralement en Afrique. Car, à chaque fois que nous laissons la mer et l’océan, par leur violence, faire reculer la côte, c’est l’espérance d’une survie humaine qui est violemment érodée.

 

Chaque CES a un rôle important à jouer dans son pays. Par exemple, vis-à-vis des Parlements. Si les diplomates négocient, ce sont les Parlements qui ratifient. S’il n’y avait pas suffisamment de mobilisation au niveau des parlementaires –souvent d’abord préoccupés légitimement par les problèmes économiques, de chômage,  de sécurité et de terrorisme- le risque pourrait exister que l’accord contraignant espéré ne soit pas ratifié dans certains pays. En France, nous travaillons avec des représentants du Parlement (Assemblée nationale et Sénat) français pour établir une déclaration commune. Pourquoi ne pas faire de même dans d’autres pays ? Nos citoyens veulent être les coproducteurs du futur. Et quand on donne au peuple les moyens d’être intelligent, il est intelligent. Nous expérimentons à Paris, avec beaucoup d’intérêt, des plateformes collaboratives, nous faisons travailler des lycéens et des collégiens à l’élaboration des avis, et nous les invitons à exprimer leur parole de lycéen et de collégien. Nous avons tous été frappés par ces deux jeunes lycéens français qui, à la tribune du Palais d’Iéna se sont adressés à nous, et nous ont dit : « Mesdames et Messieurs, vous êtes la génération qui a en main le destin de notre jeunesse. Quelle est votre sens de la responsabilité à notre égard ? » Nous ne pouvons pas fuir ce regard de la jeunesse. La jeunesse a besoin d’espérer, la jeunesse a besoin de croire au monde des adultes, alors que, trop souvent, le monde des adultes ne montre pas la sagesse que la jeunesse attend.

 

Le CESE français a, je le disais,  choisi de s’engager fortement sur le thème de l’atténuation et de l‘adaptation au dérèglement climatique dans la négociation climatique. Il a d’abord produit plusieurs avis sur la transition énergétique, sur l’industrie économe en énergie, sur l’économie circulaire pour accompagner la préparation de la Conférence climat.  D’autres Conseils membres de la Famille francophone l’on fait. Ce séminaire est une occasion d’échanger nos réflexions sur ces sujets essentiels, de confronter nos intelligences, de faire preuve de créativité dans un monde qui se voit imposer la contrainte de la limite des ressources naturelles et qui doit se construire des nouvelles espérances, en posant des nouvelles équations.

 

Notre Conseil a d’autre part décidé de jouer un rôle, certes modeste, mais actif dans les cercles internationaux de Conseils économiques et sociaux. Sa participation ici-même en atteste.

 

Au-delà, nous avons retenu un certain nombre d’échéances :

 

–           Nous avons répondu positivement à l’invitation de l’AICESIS de rédiger le rapport sur la Conférence Climat dont l’Assemblée Générale de cette association, dont nous sommes membres comme vous tous,  débattra le 17 et le 18 septembre à Moscou. Et nous aurons à cœur de porter les messages issus des rencontres d’Athènes, de Rabat et de Dakar.

 

–           Le 22 octobre, à Lille, dans le cadre du 9e Forum mondial pour l’économie soutenable, organisé par les organisations patronales du Nord de la France et qui réunit chaque année un grand nombre de représentants d’entreprises du monde entier, nous co-organiserons un atelier sur le rôle essentiel des entreprises dans la réduction des émissions des gaz à effet de serre et dans l’invention de solutions techniques au service de la transition écologique et de l’adaptation.

Des organisations patronales brésiliennes, indiennes, canadiennes et européennes dialogueront avec des représentants de l’UCESIF et de l’UCESA. Dans sa déclaration de l’UNESCO, l’ensemble du monde économique, a interpelé la responsabilité des dirigeants politiques en l’invitant à conclure la conférence internationale avec des engagements précis, des moyens affichés, des technologies arrêtées et des financements ciblés.

 

–           Le 23 octobre à Paris, nos deux réseaux, l’UCESIF et l’UCESA, organiseront avec  le CES européen, une sorte de mini-conférence mondiale des sociétés civiles visant à définir une position commune entre les CES d’Afrique, d’Europe et de la Francophonie. Des représentants des 9 groupes majeurs  – au sens de la Conférence de Rio – et d’organisations patronales de pays émergents seront également présents.

 

–           Enfin à partir du 4 décembre, pendant le Sommet Climat, tant au Bourget qu’au Grand Palais à Paris, le CESE partagera volontiers les temps de parole qui lui seront offerts dans les divers forums d’échange qui se tiendront, avec des porte-paroles de l’UCESIF, de l’UCESA et du réseau européen des CES.

Nous devons rester unis au sein de cette formidable famille des Conseils économiques, sociaux et environnementaux, au-delà de nos différences de cultures, de missions, de besoins et de  moyens, car nous partageons cette fraternité qui fait que nous pouvons, dans nos enceintes, dépasser la défense des intérêts individuels et catégoriels pour adhérer à des causes qui les transcendent, en particulier celle, extraordinairement importante, qui peut rendre la noblesse à la politique, la défense de l’avenir de nos enfants.

 

Nous devons, au travers de nos institutions, être, en permanence, des éveilleurs de consciences, luttant contre l’assoupissement de nos opinions publiques qui, par medias interposés, ne  regardent que le superficiel et ignorent l’essentiel. La prestidigitation de l’image, de l’illusion, du rêve médiatique, nous fait passer à côté de ce que les sagesses africaines, n’ont cessé de nous dire et que nous avons oublié : la communauté des hommes est comme celle des oiseaux,  c’est aux adultes d’aider les enfants à prendre leur envol et de leur donner les moyens d’exister de façon autonome. Le 21 juillet, je réunirai au Palais d’Iéna,  avec Nicolas Hulot, ambassadeur spécial du Président Hollande, un Sommet des consciences. Des représentants des autorités musulmanes, juives, hébraïques, orthodoxes, catholiques, protestantes, bouddhistes, athées, laïques, venant du monde entier, autorités morales reconnues, lanceront un appel à la citoyenneté du monde, pour que chacun sente bien que le cœur du monde est peut-être aujourd’hui en train de ralentir et que l’âme du monde est peut-être en train de s’envoler en l’absence d’une prise de conscience des périls. Elles devraient affirmer que nous sommes tous solidaires, que, si nous faisons partie de territoires différents, n’avons pas la même couleur de peau et  n’avons pas les mêmes croyances, en réalité, à chaque fois que l’un d’entre nous souffre, c’est nous-mêmes qui demain souffrirons. A chaque fois qu’un humain est détruit par la bêtise et le terrorisme, nous devons le ressentir, car c’est nous qui demain pourrions être touchés,   un pas en arrière étant fait par l’humanité chaque fois.

 

Ce séminaire, Mme la Présidente, est un rendez-vous important. Nos deux organisations ont signé à Rabat un protocole affirmant que les Conseil économiques et sociaux sont un vecteur essentiel, à la fois du développement économique, social et environnemental, et de la promotion du dialogue social citoyen et de la démocratie, deux objectifs impliquant de fortes mobilisations. Nous mettons dès aujourd’hui cet accord en œuvre.

 

Je me joins au Vice-Président de l’UCESIF, le Président du CESOC du Niger, pour souhaiter que notre réunion débouche sur une Recommandation forte adressée à nos gouvernements et parlements les invitant à s’engager véritablement pour le succès de la Conférence climat. Il faut qu’elle aboutisse à un accord universel revêtant une forme juridique contraignante. S’il n’y pas de contrainte, il y aura que des discours. Il faut que chaque Etat puisse s’engager en fonction de ses capacités, avec des chiffres précis, un calendrier précis, acceptant d’être jugé au tribunal de la conscience du monde s’il ne respecte pas ses engagements. En pratique, il faudra :

–           Des engagements précis sur la production, avant la fin d’octobre, des déclarations nationales de réduction des émissions de gaz à effet de serre assorties d’un agenda des actions, c’est-à-dire des engagements des différents secteurs économiques qui y contribuent ;

–           Un mécanisme de suivi de la réalisation de ces engagements fondé sur la transparence et la confiance ;

–           Des transferts de technologies ;

–           Un affichage précis des financements à mettre en œuvre pour permettre aux pays émergents, qui sont souvent orientés sur des économies à basse intensité carbone, alors que les pays développés sont à haute intensité carbone, de continuer leur stratégie de développement ;

Comme le disait Monsieur le Premier Ministre, la solidarité sera confrontée à la pratique d’un certain nombre de pays. Il est difficile de faire la leçon à des pays pauvres, alors que 21% des pays pauvres ne représentent que 1% du PIB mondial. Il est difficile pour des pays comme les nôtres, qui possédons richesse et technologie, d’afficher les objectifs forts tout en culpabilisant ceux qui n’auront que des objectifs faibles. C’est ensemble et par une solidarité renforcée que nous arriverons à infléchir la courbe de la chaleur croissante. C’est une mobilisation fraternelle, solidaire  et unitaire autour de cet enjeu que concerne l’ensemble de la planète qui permettra la réussite de la Conférence climatique.

 

M. Abderrahim KSIRI


 

Membre du Bureau et Président de la Commission de régionalisation et du développement rural du CESE du Maroc, pays qui accueillera la COP 22

 

 

 

Permettez-moi de vous présenter un mot au nom de notre président du CESE du Maroc Monsieur Nizar BARAKA, Président de l’UCESIF, représentant du pays qui accueillera la COP 22,

 

Mesdames et Messieurs;

Après la reconnaissance du monde scientifique, des Etats et des différents acteurs économiques que l’impact des changements climatiques est devenu une réalité quotidienne qui touche aussi bien la sécurité hydrique, la sécurité alimentaire, l’immigration, la sécurité globale des pays et des continents…, les accords internationaux n’ont pas été jusqu’au là,  au niveau des besoins et des ambitions de nos pays et nos continents, ce qu’exige de nous tous une mobilisation soutenue et coordonnée.

 

C’est dans ce cadre  que nous nous réjouissons que les deux prochaines COP 21 et 22 se tiendront dans les deux pays francophones qui sont la FRANCE  et le MAROC, ce qui exige de nos deux respectables institutions l’UCESIF et l’UCESA, une contribution forte. Ceci qui

 

 

démontre bien l’importance de notre  rencontre d’aujourd’hui, organisée dans un pays frère très engagé qui est le Sénégal.

 

Devant l’ampleur des attentes d’un continent ou à titre d’exemple, 625 millions de personnes en Afrique sub‑saharienne, soit environ les deux tiers de la population, ne jouissent pas d’un accès sécurisé à l’électricité, selon l’Agence Internationale de l’Énergie, et quelques 730 millions de personnes de la région cuisinent encore la plupart du temps avec du bois, ce qui nuit à la santé et détruit une couverture forestière indispensable, et devant la faiblesse et l’insuffisance des flux financiers climatiques actuels pour répondre à tous les défis posés par le changement climatique à l’Afrique;

 

Nos actions et nos contributions sont la base et la matière d’un appel à un accord de Paris solide, pour mieux aider le processus de Paris à entendre la voix de l’Afrique, pour obtenir des politiques climatiques justes et pour  accompagner nos pays dont la plupart préparent leurs INDC, durant  les mois à venir, afin de mieux converger les contributions avec les priorités de nos pays en matière de développement durable, avec l’ambition  d’équilibrer les aspects de l’adaptation et de l’atténuation dans un cadre plus large de développement économique écologique.

 

Mesdames et Messieurs;

Alors que nous nous dirigeons vers l’objectif d’un accord mondial sur le changement climatique à Paris en décembre prochain, que l’on veut fort et universel incluant une augmentation suffisante des flux de fonds, y compris par le biais des marchés et des possibilités de financement, pour répondre aux aspirations de développement de l’Afrique;

 

Les  23 ministères africains réunit à Marrakech le 16 avril 2015, lors du 7ème Forum africain du carbone 2015,  avec  plus de 600 participants, hauts fonctionnaires, décideurs politiques, développeurs de projets et investisseurs, provenant de 53 pays, ont renouvelé leur appel sur la  nécessité d’avoir des ressources de financements climatiques durables adéquates et prévisibles, pour répondre aux défis de l’Afrique dans la transition vers un développement à faible émission carbonique, une agriculture intelligente et un développement urbain durable – sujets clés au forum de cette année.

 

Ces domaines devraient être au cœur des priorités de développement de l’Afrique et la manière dont ils sont intégrés dans les INDC des pays aidera à déterminer la réussite de leur mise en œuvre au-delà de Paris.

 

Nous savons tous que les flux financiers climatiques actuels sont insuffisants pour répondre à tous les défis posés par le changement climatique à l’Afrique, mais il sera essentiel pour les pays africains de démontrer la capacité à déployer les ressources disponibles efficacement afin de contribuer aux objectifs mondiaux du changement climatique”.

 

Mesdames et Messieurs;

 

Le Maroc qui  s’apprête à participer activement en 2015, avec les pays africains et francophones à la COP 21 et à accueillir, en 2016, la 22ème conférence sur le climat (COP22), a déjà reçu à Marrakech la COP 7 en 2001. Les pays alors signataires s’étaient  mis d’accord sur une formule de solidarité que l’on appelle “le mécanisme de développement propre”, par lequel des entreprises ou des États qui ont des obligations de réduction des émissions de gaz à effet de serre peuvent s’acquitter d’une partie de ces obligations, en investissant dans des projets propres, dans des pays en développement ;

 

Le Maroc qui n’est pas producteur de combustibles fossiles, a commencé sa lutte contre les changements climatiques dans les années 1960 avec la politique des barrages, suivie des politiques de l’eau et de l’agriculture, et dans les années 2008, et  exécute un programme national  d’atténuation tout à fait remarquable, d’énergies renouvelables, et entreprend avec ses amis du sud comme du nord les efforts diplomatiques nécessaires, grâce aux actions engagées et volontaristes des acteurs étatiques et de la société civile;

 

Le Maroc, grâce à l’impulsion de SM le Roi Mohammed VI, croit fermement que l’inscription dans la transition écologique permet de nous rendre meilleur, pour construire un monde meilleur et un modèle de développement durable.

 

Il croit que le succès de l’accord de Paris, ne se limite pas à son adoption, mais plutôt à son opérationnalisation, et qu’il ne devrait pas y avoir de gagnant ni de perdant. L’ensemble de la communauté internationale doit agir collectivement et individuellement en tenant compte de ses responsabilités communes mais différenciées et selon les capacités de chacune des parties.

L’accord de Paris  doit surtout nous permettre de passer à l’action en vue de la mise en place d’un nouveau modèle de développement pour le droit à une vie meilleure.

Nous restons  optimistes, que si “Lima est la COP des négociations, Paris sera, nous espérons  celle des décisions”, et la COP22, prévue au Maroc, sera “la Conférence de l’action”.

Merci à vous tous et bon succès aux travaux de notre séminaire.

 

 

 

 

PREMIÈRE SESSION : LES DÉFIS ET LES RÉPONSES SECTORIELLES

 

 

 

 

Modérateur – M. Mohamed Séghir BABES

Président du CES d’Algérie

 

 

 

Nous abordons donc cette première session du séminaire conjoint organisé par l’UCESA et l’UCESIF, ici à Dakar, capitale du Sénégal, pays de la Téranga.

Cette première session considérera les défis et les réponses sectorielles. Nous sommes dans l’épicentre de ce qui constitue l’espace le plus « crisogène » et probablement le plus révélateur des vulnérabilités que nos sociétés rencontrent en matière de dérèglement climatique.


 

 

 

 

 

 

 


Le défi géopolitique


 

  1. Cheikh Ndiaye SYLLA

Conseiller du Premier Ministre du Sénégal pour les négociations climatiques

 

Nous sommes devant un sujet de préoccupation mondiale comme la taille des délégations et le nombre de participants dans les différentes conférences des parties le prouvent. Il appelle à un positionnement de tout le monde, y compris du privé, de toutes les couches de la société. Le sujet est complexe, et chaque jour, dans les négociations, on amène quelque chose de nouveau. Les négociations ont une portée hautement économique, stratégique, touchant la sécurité alimentaire, la sécurité tout court, la paix et tout simplement le développement durable.

Ces négociations du climat impliquent tous les secteurs de l’économie. Beaucoup de groupes : les groupes traditionnels des Nations-Unies, le groupe des 77, le groupe des PMA, le groupe des petits États insulaires, des groupes d’intérêts économiques et stratégiques et même des groupes spontanés et, le dernier en date étant le « life model groupe ».

Aujourd’hui, les engagements connus restent encore très faibles et assortis de moyens insuffisants du fait du un contexte économique difficile pour tout le monde. En 2007, les émissions de la Chine ont dépassé les émissions des États-Unis. C’est  un évènement important au regard du principe de responsabilité commune mais différenciée,  utilisé souvent comme prétexte pour ne pas prendre d’engagements. Beaucoup de pays émergents, beaucoup de pays en développement gros émetteurs, sont en train de dépasser ceux qui étaient les gros pollueurs en 1997 quand a été adoptéle protocole de Kyoto.

Notre graphique montre qu’après 2007, la croissance des émissions de la Chine suit une course exponentielle. D’où de grandes difficultés pour diminuer la tendance haussière, à l’inverse des États-Unis et de l’Union européenne qui ont déjà amorcé un fléchissement. D’autre part l’Inde,  vers 2016  – 2017, dépassera le total de l’union européenne, si rien n’est fait. Donc voilà un contexte d’émission alarmant qui appelle des engagements urgents de la part des Etats pour éviter la catastrophe.

Rappelons quelques dates très rapidement. Le protocole de KYOTO est adopté en 1997, mais les États-Unis ne l’ont pas ratifié, l’ayant simplement signé en 1998.  Puis l’accord de Marrakech a introduit le mécanisme de développement propre et de flexibilité et le troisième rapport du GIEC qui a tiré la sonnette d’alarme sur le réchauffement climatique. Les deux premiers rapports sont parus en 1990.

En 2005 une réunion fut tenue à Montréal pour tenter d’impliquer les États-Unis dans le protocole de Kyoto afin qu’ils travaillent à la réduction de leurs émissions de GES. La convention globale que les États-Unis ont signée et ratifiée pouvait servir de prétexte afin d’ouvrir un débat qui intéresserait ce pays au climat.

Le protocole de Kyoto est entré en vigueur en février en cette année-là. La problématique de l’adaptation a commencé à être développée à Nairobi, en 2007. Puis le plan d’action de Bali a défini les futurs points de l’ADP : l’adaptation l’atténuation, les financements, la gestion des capacités, les règles MRV (mesurer, reporter et vérifier). En 2007, le quatrième rapport du GIEC tire l’alarme sur les émissions et démontre qu’on va faire face à des phénomènes extrêmes et que l’adaptation va être difficile si on ne lui fournit pas les moyens, alors que l’on pense qu’aucun pays n’aura les moyens de son adaptation.

Lors de la conférence de Copenhague en 2009, la confiance est rompue. Certains disent que c’est un succès parmi les pays développés. Mais pour le groupe des 77 c’est un échec. Mis en place, un fonds vert climat devait porter le nom de Fonds Copenhague, mais la conférence a tellement été un échec que l’on a oublié par la suite de donner à ce fonds le nom de Copenhague : il est resté Fonds vert climat.

En 2010, il y a eu l’accord de Cancun a ramené un peu la confiance et a permis de recommencer à rediscuter. La plateforme de Durban  en Afrique du Sud, en 2011, met en place l’ADP. Il s’agit de l’action renforcée qui permet un processus visant à élaborer au titre de la convention, un instrument juridiquement contraignant applicable à toutes les parties, point de départ des deux works teams, le groupe de travail 1 et le groupe de travail 2 sur l’appellation et sur l’adaptation.

En 2012 est créée la passerelle de Doha ; celle-ci prévoit que si un autre accord n’a pas pu être négocié à la fin du protocole de Kyoto, ce dernier reste en vigueur. Un amendement a été adopté mais beaucoup de pays ne l’ont pas encore ratifié, dont le Sénégal. En 2013 lors de la conférence de Varsovie, il y a eu l’intégration des pertes et des dommages pour les populations ayant subi une catastrophe dévastatrice. Le comité exécutif a été mis en place lors de la conférence de Lima.

La conférence de Lima a été une étape vers Paris et il en est résulté un texte sur le futur accord de Paris. À Genève, au mois de février, le texte a été revu et est passé de 37 à 89 pages. A Bonn, le texte s’est encore épaissi. L’idéal serait qu’en octobre, on dispose d’un texte très avancé.

Les États-Unis aujourd’hui sont intéressés par le changement climatique. Leur Congrès est certes hostile mais un accord engageant pourrait changer la donne, d’autant que les élections présidentielles auront lieu en 2016.

La Chine a récemment passé avec les États-Unis un accord sur le climat. Nous aurons donc la chance, peut-être, que la Chine présente sa CNDP. L’agrégation des données dira où l’on en est au niveau des deux degrés. La Chine est fortement impliquée et elle investit beaucoup sur le renouvelable. L’Inde reste imprévisible. L’Union européenne ne manque pas d’ambition mais ne veut pas jouer le rôle de leadership, déçue du fait que, depuis Marrakech en 2001, elle seule ait continué à croire aux négociations climat. Sans l’Union européenne, tout se serait arrêté.

L’Afrique doit pouvoir aujourd’hui jouer un rôle de leadership, parce que l’Afrique commence à mieux s’organiser. Les ministres participent à beaucoup de conférences, et la dernière conférence des ministres africains de l’environnement a donné des signaux forts sur le futur accord de Paris.

Dans ce contexte, des pays industrialisés prennent des engagements fermes, d’autres pays, sans engagement actuellement, se fixent des objectifs volontaires. Les pays émergents s’engagent.

Nous sommes dans un contexte économique peu favorable, avec des intérêts divergents, des budgets publics qui ne peuvent pas supporter la vulnérabilité. Les besoins financiers sont énormes et la difficulté, c’est la mobilisation des financements pour les actions et la création d’emploi. Le fonds vert reçoit ses premières dotations. Le niveau des promesses s’élève à 10,2 milliards de dollars ; ce qui en caisse s’élève à 8 milliard de dollars.

A Paris, l’implication de tous les acteurs économiques des territoires, des populations et la mobilisation de financements vers les pays qui en ont le plus besoin seront des facteurs de succès. A quoi bon créer des mécanismes pour donner des moyens à la Chine, alors que ce pays fait partie maintenant des premières économies du monde ? La capacité à obtenir des financements privés, la régularité de la montée en puissance du Fonds vert climat, avec plus 10 milliards prévus et la mise en place de règles transparentes sont importantes pour les négociations. Il faut donc que l’on hausse les ambitions des pays développés sur les engagements et obtenir les contributions nationales surtout pour les pays émergents, analyser la cohérence avec le GIEC pour les deux degrés, et consolider un texte final pour octobre, élaboré d’abord avec les experts, un texte politiquement acceptable et applicable, progresser ensuite lors des conférences des parties suivantes au Maroc.

 

 

Modérateur – M. Mohamed Séghir BABES

Président du CES d’Algérie

 

 

  1. Cheikh Ndiaye SYLLA a mis en exergue les éléments clés qui dessinent les zones paradoxales de ce sujet complexe ainsi que la capacité de se

 

dégager en vue de permettre aux uns et aux autres d’assumer ce qui est au cœur de nos préoccupations, à savoir les changements climatiques, une responsabilité commune mais différenciée.

Le défi pour l’agriculture


M. Vincent MARTIN


Représentant de la FAO au Sénégal

 

 

 

Je vais brosser un panorama très rapide des défis du changement climatique pour l’agriculture. Je reviendrai sur certains chiffres qu’il me semble important de rappeler et, tout d’abord, mentionnerai le fait que l’agriculture est, pour un grand nombre de pays africains, au centre du développement économique, étant l’un de ses leviers majeurs. Mais c’est aussi un secteur extrêmement vulnérable, notamment aux changements climatiques.

 

Comme l’affirme le rapport du groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, ce changement climatique aura des répercussions graves sur les productions agricoles, nous en sommes certains. Ces répercussions ont été quantifiées de façon relativement précise : avec une augmentation de température d’environ 2°c, nous savons que nous connaîtrons  une  diminution du rendement des céréales de l’ordre de 10%  s’il s’agit du mil et du sorgho. Si nous atteignions d’ici 2050 une augmentation de 3°c, ce n’est pas 10% mais 15 à 25%  de diminution que connaîtraient les productions.

 

Vous n’êtes pas sans avoir remarqué l’augmentation des risques de catastrophes naturelles, la modification des régimes de températures et de précipitations, des pluies qui viennent de façon tardive, qui s’estompent et qui reviennent et parfois provoquent des inondations. Ces aléas climatiques, trop peu ou trop de pluie, affectent gravement les populations. Évidemment, tout cela a un coût exorbitant. Entre 2003 et 2013, les risques naturels et les catastrophes dans les régions en développement ont touché environ 1,9 milliards de personnes, avec un coût de 500 milliards de dollars aux seuls États-Unis.

 

Donc toutes ces données mises ensemble, nous font réaliser à quel point l’agriculture doit faire face à un ensemble de défis. Comme cela a été mentionné précédemment et ainsi que cela figure dans la déclaration d’Athènes, l’agriculture d’aujourd’hui doit faire face à trois grands défis contemporains. Le premier est la sécurité alimentaire et nutritionnelle car déjà, dès aujourd’hui, les grands piliers de la sécurité alimentaire sont fragilisés par les dérèglements climatiques: la disponibilité, l’accessibilité et la stabilité de l’accès à l’alimentation. Il nous faudra pourtant nourrir convenablement bientôt 9 milliards de personnes. Le besoin d’une gestion durable des ressources naturelles est une évidence.

Deuxièmement, le défi de l’emploi est considérable d’autant qu’environ 10 à 12 millions de jeunes accèdent au marché du travail chaque année. Cette dynamique constitue aussi un levier potentiel incroyable de développement. Or, les métiers de l’agriculture ne sont pas assez valorisés. Nous savons qu’environ 200 millions de personnes tributaires d’un travail dans l’aquaculture et dans la pêche seront affectées par ces changements climatiques si rien n’est fait pour les combattre.

La grande variabilité du climat se mesure notamment au Sahel, avec des pauses pluviométriques plus longues que dans le passé, des alertes précoces, des faux départs de pluies, des pluies qui ne sont pas efficaces, l’ensemble  engendrant des dommages agricoles. Les chiffres pour 2015 sont pour la région du Sahel d’environ 5,8 millions d’enfants qui souffriront de malnutrition aigüe globale, du fait de problèmes de disponibilité et d’accès à l’alimentation.

Aussi, le troisième défi majeur est d’ordre sanitaire. La malnutrition est un phénomène multidimensionnel qui prend aussi ses racines dans l’accès aux services de base et à l’hygiène. La moindre baisse de disponibilité et de qualité des ressources en eau a des effets  extrêmement importants. 25 millions d’enfants seront atteints de malnutrition en 2050 à cause des changements climatiques. Il est important de mentionner aussi les maladies émergentes et endémiques, déjà évoquées très rapidement ce matin ; par exemple une maladie qui sévit en Afrique de l’Est, dans la corne de l’Afrique,  la fièvre de la Vallée du Rift. Cette maladie à vecteurs est fortement dépendante du climat et ses répercussions risquent d’augmenter dans le temps et dans l’espace, avec effets sur la santé publique humaine et sur la santé animale réduisant les productions animales.

Au Sahel, les déplacements importants de population sont notamment liés au climat et ils entraînent une compétition en termes de ressources en eau, de recherche d’alimentation, de ventes entre les  agriculteurs, les pasteurs et même les pêcheurs contraints de se réorienter vers des activités agricoles. Ces conflits augmentent et ils provoquent un exode rural vers les villes ainsi qu’une émigration massive vers l’Europe ou d’autres pays.

La production agricole globale doit augmenter de 60% pour répondre à la demande démographique croissante ainsi qu’aux changements de régimes alimentaires. Or, au contraire, si le même rythme d’émission de gaz à effet de serre est maintenu, avec les conséquences déjà décrites, 600 millions de personnes de plus vont souffrir de la faim en 2080, annulant ce que nous avions réussi jusqu’à maintenant,  à savoir diminuer le nombre de personnes sous alimentées. Les résultats de 2015 sont probants à ce niveau.

Tous ces éléments de contexte sont à prendre en compte et ils révèlent combien l’agriculture doit faire face à un grand nombre de défis.

Je terminerai par quelques pistes de réflexion qui ne se veulent pas exhaustives, vous invitant à la discussion pour chercher des solutions. « Des systèmes alimentaires plus efficaces et plus résilients » était le thème de la journée mondiale de l’alimentation en 2013, qui proposait l’inclusion des questions climatiques dans les politiques agricoles. Mais il n’a pas beaucoup fait l’objet de réflexions ces dernières années bien que ces questions climatiques doivent s’intégrer toujours plus dans les politiques agricoles.

La gestion intégrée des ressources en eau, je n’y reviendrai pas, et le développement de modèles agricoles durables, comme l’agro-écologie, évidemment moins consommateur en énergies fossiles sont les nouveaux modèles à développer. A ce titre, je voudrais vous signaler que Dakar abritera un symposium sur l’agro-écologie pour l’Afrique, fin Octobre 2015. Ces nouveaux modèles sont de promouvoir l’agriculture familiale, développer les filières territorialisées, favoriser les appellations d’origines contrôlées, les savoirs locaux, la consommation de produits locaux de qualité et de saison, développer les circuits courts moins consommateurs en énergies fossiles, sensibiliser sur la gestion des déchets, pratiquer la gestion intégrée de la production et aussi favoriser une organisation durable des territoires. Ces quelques exemples de bonnes pratiques de gestion permettent de produire plus avec moins d’intrants et de diminuer l’utilisation des pesticides. Une étude au Mali, publiée dans un journal scientifique avec comité de lecture, a montré qu’on pouvait augmenter la production de 34% et diminuer l’utilisation de pesticides de 92% avec ces méthodes. Elle montre le potentiel qui existe grâce à ce type d’approche.

Les achats locaux d’aliments, projet développé ici au Sénégal, en partenariat avec le gouvernement et le Conseil national des sociétés alimentaires, par la technique de micro-jardins, sont en train d’être diffusés dans d’autres pays de la sous-région et sont extrêmement efficaces dans n’importe quel pays développé. Enfin, les approches “une seule santé” (One Health) offrent une réponse à la problématique des maladies émergentes.

En conclusion, pour une croissance économique écologiquement viable qui puisse s’adapter au besoin social, les exploitations familiales qui produisent 80% de l’alimentation mondiale en valeur sont essentiels, de même que le rôle des femmes dans ces activités.

Le défi pour l’accès aux ressources hydriques


 

  1. Michel Codjo BOKO


 

Professeur de géographie-climatologie à l’Université de Cotonou, Membre du CES du Bénin


 

 

D’après l’expérience de ma participation au GIEC, je retiens principalement les données suivantes :

Le thème du changement climatique est parti du constat de l’augmentation régulière de la température depuis le milieu du XIXème siècle, c’est-à-dire depuis l’ère industrielle. Parallèlement, l’augmentation des contenus en gaz a été décelée. Ceci constitue le fondement idéologique et scientifique des systèmes de changements climatiques. Les impacts sont d’échelle planétaire car aucun pays ni aucune région n’y échappe.

En ce qui concerne l’augmentation de la température, l’impact le plus notable est la fonte des glaciers et des banquises. Cela entraine l’augmentation du niveau des mers, mais aussi la dilatation thermique des  océans. On assiste à une baisse de la qualité des eaux consommables ainsi qu’à l’érosion des régions côtières, conduisant à la destruction d’infrastructures et d’établissements humains. L’impact ne se ressent pas uniquement sur la qualité des eaux mais aussi sur la santé humaine.

L’autre aspect de l’augmentation de la température est la baisse de la production agricole. Lorsque la température de l’air augmente, on assiste à une impossibilité pour certaines plantes d’être fertilisées ainsi qu’à une augmentation de certaines maladies parasitaires pouvant nuire aux récoltes. La diminution des quantités d’eau disponible s’ajoute au phénomène.

La réduction des taux pluviométriques enregistrés constitue le deuxième aspect des changements climatiques. Cette réduction n’est pas d’échelle planétaire.  Certains pays enregistrent des augmentations, comme le Kenya, la Tanzanie ou l’Ouganda. Les projections du groupe 1 du GIEC sur les mécanismes et les modèles prévoient une possible augmentation des précipitations de 30% dans le Sahara. Les résultats d’une telle projection concernant des régions où les précipitations étaient quasi nulles doivent cependant être nuancés.

Lors du deuxième rapport du GIEC, les représentants canadiens ont indiqué que lorsque les glaciers continentaux du Labrador fondront, le Canada pourra produire pour la terre entière. Cette projection ne doit pas faire oublier que si les glaciers fondent, cela impliquent que les températures sont trop élevées ailleurs pour pouvoir produire. C’est toute la question des intérêts contradictoires lorsque l’on parle du changement climatique.

S’agissant de la baisse des précipitations, dans le cas du Maroc par exemple, on constate que pendant l’été, alors que certaines régions disposent de quantités suffisantes d’eau pour arroser les terrains de golf, les agriculteurs marocains ont besoin de beaucoup d’eau pour irriguer leurs champs et les tanneurs pour continuer à produire du cuir, aspect fondamental de l’économie touristique au Maroc. Cela prouve qu’il existe des conflits d’intérêts en matière de gestion des ressources en eau, à l’échelle d’un pays. Dans le cas de la réduction du lac Tchad, désormais à 30% des statistiques établies dans les années 1960, cela peut entraîner des conflits entre les différents pays se partageant le bassin du Tchad, dont la Centre-Afrique qui reçoit des affluents descendant du lac Tchad. Cela peut aboutir à des conflits d’intérêts à l’échelle régionale sur le partage des ressources en eau.

Le dérèglement des régimes pluviométriques constitue le troisième aspect du changement climatique. Autrement dit, la même quantité d’eau tombe chaque année mais pendant une période beaucoup plus courte. L’ensemble de la saison pluviométrique est donc décalée dans le temps. Les calendriers agricoles vont devenir extrêmement mobiles alors que toutes les projections économiques sont fondées sur des périodes, des quantités, qui en moyenne ne bougent pas. Il devient de plus en plus difficile de faire des prévisions qui pourraient intégrer le développement économique. Cette plus courte durée pose donc de graves problèmes en matière de gestion des ressources en eau et de partage entre les besoins des différentes personnes.

Enfin, le quatrième aspect est la fréquence élevée des évènements extrêmes que sont la sécheresse et les inondations : la sécheresse lorsque les pluies sont réduites, les inondations quand les pluies sont trop fortes ou tombent trop brutalement pendant une période extrêmement courte. Cela  provoque de fortes érosions, des pénuries et parfois des excédents qui vont entraîner des pollutions beaucoup plus graves et impacter très lourdement la santé humaine dans les régions qui n’ont pas encore les moyens de maîtriser ces perturbations. Ce phénomène exige un élan de solidarité à tous les niveaux car s’il est difficile de maîtriser un foyer, il sera encore plus difficile de maîtriser un village, une région, un gouvernement ou un Etat. Par conséquent, il est nécessaire pour les Etats, pour les nations, d’avoir une bonne maîtrise à l’échelle des ménages, des communautés, des régions, avant de solliciter la solidarité à l’échelle internationale autour des conflits liés aux ressources en eau.

 

Les défis pour l’emploi

 

 

 

 

 

 


  1. Philippe BARRY

 


Président de l’Initiative RSE Sénégal / Expert RSE & Secteur Privé


 

La présente communication intervient quelques jours après la rencontre organisée par l’UCESIF, en terre marocaine, sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Les échanges ont été riches et ont mis en exergue que la vocation de la Responsabilité des Entreprises est de faire progresser et renforcer les piliers du développement durable que sont le développement économique, le développement social et la protection de l’environnement, qui sont interdépendants et qui se renforcent mutuellement.

Un des axes majeurs de cette RSE porte sur la question environnementale et de ce fait, sur  les changements climatiques, au cœur des préoccupations des dirigeants du secteur privé. Ces changements climatiques peuvent effectivement affecter les emplois mais  il apparaît également de plus en plus clairement que les politiques de l’emploi peuvent contribuer à faciliter la transition vers une croissance plus durable en repérant les possibilités d’emplois verts, en rendant les emplois existants plus écologiques et en facilitant la suppression progressive des emplois non durables.

Cette communication va permettre d’une part de relever un certain nombre de défis en lien avec ce double enjeu de l’emploi et de l’environnement, qui impacte directement les activités des entreprises en Afrique et au Sénégal, et d’autre part de mettre en exergue l’importance du développement de l’économie

 

 

verte comme une opportunité à la création de l’emploi et de l’auto emploi.

 

La croissance miraculeuse de l’Afrique

L’Afrique subsaharienne a aujourd’hui une opportunité sans précédent. Depuis 2000, l’Afrique a connu plus d’une décennie de croissance économique, la plus longue période d’expansion continue enregistrée en plus de 50 ans. Jusqu’à la crise économique mondiale de 2008–2009, le PIB de l’Afrique a affiché une croissance relativement rapide, en moyenne de 5 % par an, et la croissance a repris en 2010.

La moitié de la population a moins de 25 ans. Entre 2015 et 2035, il y aura chaque année 500 000 jeunes de quinze ans de plus que l’année précédente. La population dans le reste du monde est ou sera quant à elle bientôt vieillissante.

 

Les défis en lien avec l’emploi

En revanche, l’Afrique est marquée par un certain nombre de défis en lien avec l’emploi, notamment des jeunes, parmi lesquels :

  • La transition démographique, à l’origine de la forte augmentation de la population jeune qui émerge sur les marchés du travail africains et qui, à long terme, peut stimuler la croissance économique et le développement ;
  • Le rôle des ressources minérales — qui ont façonné la structure de la récente croissance économique sans réussir à augmenter les emplois salariés les plus convoités par les jeunes ;
  • Le réservoir largement inexploité des opportunités dans le secteur agricole, à une époque caractérisée par les prix mondiaux élevés des produits agricoles et la hausse de la demande locale et régionale en produits alimentaires ;
  • L’expansion massive de l’accès à l’éducation, qui ajoute de nombreuses années d’études, sans toutefois améliorer suffisamment l’apprentissage, pendant l’enfance et la jeunesse ;
  • Les aspirations des jeunes et des décideurs, axées sur le secteur de l’emploi salarié au détriment des possibilités plus immédiates offertes par l’agriculture et les entreprises individuelles.

A cela, il faut noter qu’au cours des dix prochaines années, au mieux, seul un quart de la jeunesse d’Afrique subsaharienne trouvera un emploi salarié, et seule une petite fraction de ces emplois seront des emplois « formels » dans des entreprises modernes. L’informel sera la norme en 2020.

 

Quelques données sur la situation de l’Emploi au Sénégal

En ce qui concerne la problématique de l’insertion professionnelle des jeunes :

  • 14 millions hab, 300.000 emplois privés et 120.000 fonctionnaires ;
  • 250 à 290.000 demandeurs d’emplois/an
  • Taux de chômage chez les jeunes (15-35 ans) de 12,7 à 26,6% en 2014 ;
  • Taux de chômage chez les femmes de 40,4% en 2014 ;

En ce qui concerne le poids du secteur informel :

  • Sur 280 000 entreprises enregistrées au Registre du Commerce, seulement 7000 déclarent des états financiers ;
  • 80% de l’économie est concentrée à Dakar ;
  • Taux bancarisation < 15% ;
  • Secteur informel = moitié PIB et 95% des emplois.

 

L’Economie verte, un champ d’opportunités pour les jeunes africains …

…. A condition que les Etats africains puissent effectuer une transition vers une trajectoire d’un développement durable bâti autour des trois principes suivants :

  • le principe de précaution,
  • le principe des responsabilités communes mais différenciées,
  • le principe du droit au développement.

Pour ce faire, les priorités restent :

  • la lutte contre la pauvreté et les inégalités ;
  • la transformation de notre forte dépendance sur les ressources naturelles en opportunités de création de richesses et d’emplois dans le domaine de l’éducation environnementale, de l’habitat social durable, de l’hydraulique, de la sécurité alimentaire ;
  • l’accès à l’électricité grâce à des investissements dans les énergies renouvelables ;
  • et surtout notre capacité à bien négocier le volet « Développement » lors des Conférences de la COP 21 et 22, et à soumettre de bons projets structurants en lien avec le Développement Durable.

 

Le Rôle important de l’Enseignement et de la Formation

La transition vers une croissance plus durable va nécessiter d’adapter les métiers aux nouveaux enjeux, ce qui suppose une formation adaptée avec de nouveaux investissements dans le domaine de la formation professionnelle et technique.

L’Economie verte recèle en effet d’importantes niches d’emplois et d’auto emplois verts à saisir par les jeunes africains : les métiers de la responsabilité sociale, les métiers de l’environnement et des éco-industries, les métiers de l’agriculture biologique et durable, les métiers de l’aménagement du territoire et de l’amélioration du cadre de vie, les métiers de l’éco-construction et des énergies renouvelables, les métiers de la qualité et de la sécurité ainsi que les métiers de la solidarité.

 

Le Rôle du Secteur Privé et des Entreprises dans le cadre de la RSE

Il est toujours important de rappeler que c’est le secteur privé qui crée les emplois. Or, dans le contexte (présenté ci-haut), il ne faut pas s’attendre à ce que la question de l’emploi soit résolue directement par les entreprises formelles, par le système traditionnel de recrutement des salariés. En revanche, il faut amener les Etats africains à mettre un cadre institutionnel favorable à l’émergence d’entreprises responsables, contribuant au développement des filières de l’Economie verte par la mise en place de projets soutenant l’entrepreneuriat local.

D’une part, les Etats doivent accélérer la cadence de mise en œuvre des politiques en lien avec l’amélioration de l’environnement des affaires. Idem pour la mobilisation des financements internationaux visant à promouvoir la création d’emplois verts. C’est le cas au Sénégal avec le récent démarrage du Partenariat d’Action en faveur de l’Economie Verte (PAGE/BIT) et le lancement prochain par le PNUD du Programme d’Appui à la Création d’opportunités d’Emplois Verts (PACEV/PNUD)  qui a pour objectif de créer 10.000 emplois verts décents (4000 directs et 6 000 indirects) dans les filières innovantes et classiques.

D’autre part,  le secteur privé est surtout attendu dans sa capacité à mobiliser des entreprises autour de vrais projets RSE structurants  visant par exemple la création et la démultiplication de pépinières d’entreprise à l’instar du projet de l’Incubateur de Thiès pour l’Economie Verte (ITEV).

 

L’exemple de l’incubateur ITEV au Sénégal

Porté par un collectif composé de grandes entreprises RSE et de partenaires publics issus du monde de l’enseignement, de la formation et de la recherche,  ITEV est un incubateur d’entreprises spécialisées dans les filières de l’agroforesterie. Il permettra à des jeunes diplômés de bénéficier de l’accompagnement et des conditions favorables à la création de leur propre entreprise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les grandes entreprises partenaires pourront dans le cadre de la mise en œuvre de projets RSE structurants accompagner la formation et l’accompagnement d’entrepreneurs locaux implantés dans ou à proximité de leurs zones de production, intervenant dans leur chaîne d’approvisionnement et/ou contribuant aussi bien au développement économique et social de la localité qu’à la préservation de la biodiversité. L’incubateur recourra par ailleurs à des mécanismes de financement innovants, basés notamment sur le partenariat public-privé, sur le parrainage d’entreprises et sur les opportunités de capter des ressources financières à partir de crédits carbone obtenus de projets d’entreprises et d’organisations engagées dans la RSE.

En conclusion, le double défi de l’emploi et des changements climatiques est étroitement lié à celui de la croissance d’une Economie verte, inclusive.

Modérateur – M. Mohamed Séghir BABES

Président du CES d’Algérie

 

L’Union européenne et la France sont en train de vivre ces préoccupations tragiques, car ils sont en train de jalonner les différentes hypothèses politiques et stratégiques. Vous avez mis avec justesse l’accent sur les meilleures façons de juguler l’amateurisme industriel, à travers des politiques adéquates en direction des PME et TPE. C’est cela qui constituera le cœur palpitant de la dynamique de l’emploi dans une perspective de durabilité.

 

 

 

Les défis pour les villes


 

Pr. Amadou DIOP

Professeur agrégé / département géographie de l’UCAD

 

Je souhaite insister sur les outils de développement et d’aménagement du territoire ainsi que sur la capacité des territoires urbains à faire face aux problématiques liées au changement climatique.

L’urbanisation en Afrique a été particulièrement rapide et massive. De 1960 à nos jours, le taux d’urbanisation suit une croissance exponentielle, notamment dans les pays de l’UEMOA.

Ce phénomène aboutit à une occupation anarchique de l’espace. Or la mise en place d’infrastructures adéquates ne suit pas le rythme effréné de l’étalement urbain. En outre, cela entraîne de forts conflits fonciers.  Cette problématique se retrouve partout en Afrique. Au Bénin, la forte concentration entre Cotonou-Sébékodiou et Porto Novo a entraîné une massification importante du littoral. Au Mali, la ville périphérique de Kati est désormais pratiquement intégrée à Bamako. Les villes sont souvent démunies en matière de résilience.

Quant au changement climatique, les manifestations sont déjà visibles : la hausse des températures, la forte pluviométrie et les  inondations ont déjà des effets considérables sur les populations urbaines de Dakar, Lomé ou encore Ouagadougou.

La ville est une collectivité territoriale qui doit être responsabilisée et outillée afin de pouvoir faire face à l’ensemble de ces problématiques. Souvent, dans nos villes comme dans nos collectivités territoriales, notre principale faiblesse réside dans nos capacités techniques. Or c’est pourtant aux villes et aux communes d’intervenir car elles constituent l’échelle la plus proche des populations. A chaque inondation ou problème lié aux changements climatiques, les élus doivent adopter des stratégies et répondre aux sollicitations des populations.

Par conséquent, il faut doter les villes d’instruments de prévention et d’anticipation. Une vision prospective en matière de gestion de crise est nécessaire. Il faut que les villes puissent avoir des outils de cartographie, des schémas d’urbanisme et des plans climats tropicaux.

La solidité économique et sociale de ces territoires constitue un autre élément important. La progression irréversible des populations de l’intérieur de l’Afrique vers la littoralisation des côtes est un phénomène connu. La mise en place de politiques de développement territorial permettant de responsabiliser les collectivités est primordiale. Le Sénégal tente de les instaurer dans le cadre de sa réforme nationale en cours, l’acte III.

Je crois que l’on peut agir à toutes les échelles, aussi bien locales que nationales, mais surtout à l’échelle sous régionale de l’UEMOA. Un certain nombre de travaux importants est en train d’être réalisé afin de promouvoir, au sein des pays sahéliens, la mise en œuvre de politiques d’aménagement du territoire et de développement, permettant de freiner l’exode massif vers la littoralisation. Le littoral est un écosystème fragile, où les problématiques de densification, d’occupation des espaces et de gestion des villes sont les plus préoccupantes.

S’agissant de la résilience, le facteur majeur est selon moi la prospective, l’anticipation. L’aléa est un évènement dont on ignore l’intensité et la date mais dont on peut savoir qu’il arrivera. Nos Etats doivent développer cette vision prospective à toutes les échelles, au niveau individuel, au niveau des collectivités et à l’échelle sous régionale afin d’harmoniser les politiques.

 


Les défis pour la santé

 

  1. Papa Gallo SOW

Professeur, Directeur de l’URF Santé Développement durable à l’Université de Bambey

 

Notre corps doit se maintenir à une température d’environ 37°. C’est la température psychologique de notre corps mais il existe également un phénomène d’adaptation. Les individus s’adaptent aux conditions climatiques en fonction de leur milieu de vie ; des variations très au-dessus ou très en dessous de cette valeur peuvent les rendre malades. C’est en ce sens que les variations de température peuvent affecter directement et indirectement notre santé. Les vagues de chaleur peuvent provoquer des traumatismes comme des brûlures et des cancers de la peau.

La Conférence de New Delhi en 2009 a pris la mesure de l’élévation du taux de mortalité et de morbidité due aux changements climatiques. Depuis lors, les problématiques de santé sont prises en compte. Les inondations peuvent provoquer des maladies  hydriques et permettre la prolifération de certains vecteurs de maladies infectieuses : Le paludisme avec les moustiques ou encore la fièvre de la vallée du Rift en Afrique Orientale, notamment au Kenya où il a été découvert et qui est une maladie émergente dû au changement climatique. Il y a aussi la Dingue et l’Ebola. Ces maladies ont pour caractéristique commune de se manifester de la même façon.

La baisse de la production alimentaire, avec comme corollaire la malnutrition, nous concerne particulièrement, notamment la malnutrition infantile et infanto-juvénile. Le défi majeur pour la santé est de permettre un approvisionnement suffisant en eau douce. Sans eau douce, les maladies hydriques et les maladies de transmissions parasitaires prolifèrent. Cela a également des effets sur la qualité de l’air et sur la couche d’ozone ; cette dernière ayant en retour un effet de pollution atmosphérique qui affecte l’air que nous respirons. Ces effets peuvent créer d’autres maladies cardiovasculaires respiratoires et notamment, l’asthme, avec plus de 300 millions de personnes vivant avec cette pathologie. L’asthme dû aux allergènes est aussi lié à une chaleur accrue.

La transmission des virus peut être aussi être mis en exergue.

On constate aussi une augmentation des troubles mentaux. Des recherches documentées élaborées par l’Université de Laval ont montré qu’en période de froid, beaucoup de cas de suicide sont observés.

Le rôle des médecins est également à souligner car ces derniers doivent aider le public à mieux comprendre l’effet du changement climatique sur la santé et préconiser des mesures de protection. La société civile et les organisations de santé doivent quant à elle soutenir la ratification du Protocole de Kyoto, mener des activités respectueuses de l’environnement dans le secteur de la santé et veiller au respect des déclarations communes des ministres africains de la santé et de l’environnement sur la changement climatique. On peut créer aussi un programme national de sensibilisation publique sur l’importance de l’environnement et des changements climatiques mondiaux pour la santé personnelle et collective. Il faut aussi encourager les écoles de science en santé à inclure dans leurs programmes d’étude des volets santé et environnement, et favoriser l’élaboration de modules d’éducation sur la santé et l’environnement ainsi que sur les pratiques environnementales propices à la santé et à la surveillance de celle-ci. La surveillance et la recherche permettent de détecter les lacunes et les stratégies efficaces.

Des préparations nationales aux urgences climatiques sont aussi utiles, en mettant en place des structures de santé aptes à prendre en charge ces pathologies, conformément aux objectifs de développement durable et aux principes de l’OMS.

Il faut aussi intervenir au niveau mondial, par la promotion de la lutte contre les changements climatiques, l’éducation, le renforcement des capacités, la surveillance et la recherche. Cette dernière est fondamentale dans un programme de prise en charge.

 

 

 

 


DEUXIEME SESSION : LES POLITIQUES D’ATTENUATION ET D’ADAPTATION, LES SOLUTIONS QU’IL FAUT ENCOURAGER ET LE ROLE DES CES-IS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Modérateur – M. Tabé GBIAN

Président du CES du Bénin

 

Les changements climatiques nous place au cœur d’un problème planétaire qui nécessite des réponses internationales claires et engagées afin que les décisions d’aujourd’hui impactent directement, durablement et de manière significative les générations futures. Nous avons ce grand devoir vis-à-vis des générations futures. Il s’avère impérieux de renforcer la politique d’atténuation et d’adaptation en vue de réduire les émissions de gaz à effet de serre ainsi que la vulnérabilité des systèmes naturels et socio-économiques.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Politiques agricoles

 

 


Mme Martine LAPLANTE


Rapporteur de l’avis sur l’agriculture familiale du CESE de France


La prise en compte tardive et relativement faible de l’agriculture dans les négociations internationales pour le climat ne peut s’expliquer par l’ampleur de ses enjeux, au regard de son poids dans le commerce international, des sensibilités politiques que ce secteur implique ainsi que de la complexité des défis scientifiques et techniques qui en découlent. Il s’agit de repenser dans son ensemble la chaîne de la production à la consommation: les choix de productions, les modes de productions incluant les intrants, les matériels utilisés, l’organisation des filières, les circuits de distribution. Par conséquent, tout le monde est concerné du producteur au consommateur.

Le cinquième rapport du GIEC prévoit que le changement climatique réduira les rendements agricoles mondiaux de 2% par décennie. En 2040, selon un institut de recherche du Royaume-Uni, la limite sera atteinte entre la capacité de production et la demande alimentaire. Selon la FAO, la  production agricole devrait augmenter de 70% afin de répondre à la demande des zones les plus vulnérables.

Dans l’avis du CESE sur l’agriculture familiale et pour lequel j’ai été rapporteur, nous avons insisté sur deux idées forces :

  • Contrairement à une idée répandue, que je viens d’énoncer, il n’y a pas au niveau mondial prioritairement besoin d’augmenter la production agricole mais plutôt de mieux la répartir entre les populations. En effet, nous pouvons produire de quoi fournir 2500 calories par personne et par jour dans le monde entier, soit l’apport journalier pour une alimentation saine par habitant et ce pour toute la population mondiale. Le problème réside donc dans l’inégale redistribution des denrées alimentaires : tandis que certaines populations n’y ont pas suffisamment accès, d’autres au contraire en bénéficient en trop grande quantité.

Olivier de Schutter, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’Alimentation, a beaucoup porté ce message et il nous a été un allié précieux.

Sans un réajustement de la répartition alimentaire entre les populations, les inégalités et la faim constitueront une menace de plus en plus pressante sur l’équilibre géo-politique mondial

  • Bien que les négociations internationales délaissent la question de l’agriculture familiale, 80% de la production agroalimentaire provient de ce secteur qui compte 38% de la population active mondiale, mais seulement 4% pour les pays développés. L’agriculture familiale constitue un enjeu majeur d’autant qu’elle offre de précieux atouts tant pour lutter contre la pauvreté, la malnutrition que pour créer des emplois et pour préserver l’environnement et la diversité génétique des espèces. En outre, les agricultures familiales ont l’avantage de porter des innovations empiriques en lien avec leur contexte local pédo-climatique, et être particulièrement résilientes.

De fortes menaces pèsent pourtant sur ce secteur dues à la libéralisation des échanges à la financiarisation de l’agriculture ou encore à l’accaparement des terres par les multinationales.

A noter que la Politique Agricole Commune de l’Union européenne tente de prendre en compte le changement climatique par des mesures de protection des sols et de l’environnement, par exemple via les paiements verts, Il s’agit d’un paiement découplé du type de production, qui s’appuie sur divers critères comme les prairies permanentes, les surfaces écologiques, les haies, ou encore la diversité des assolements, cette dernière mesure favorisant la diversité des cultures.

Politiques de santé et de protection sociale

 

 


 

Mme Woré Gana SECK

Rapporteure de l’avis sur la protection sociale du CESE du Sénégal

 

Les populations extrêmement vulnérables seront les plus touchées par les effets du dérèglement climatique. Le CESE du Sénégal travaille sur ce thème depuis plusieurs années. A l’occasion du sommet de Copenhague sur le climat en 2009, nous avons plaidé pour la révision du code de l’environnement, et notamment pour l’intégration des problématiques climatiques.

Après 21 ans de négociations, nous irons à Paris pour l’adoption d’un cadre consensuel et d’une feuille de route plus inclusifs afin de définir et mettre en œuvre les  nécessaires politiques d’atténuation et d’adaptation, et ce en termes de financement, de transfert de technologie et de renforcement des capacités.

Dans le cadre de la préparation de notre contribution nationale à la COP 21, le CESE du Sénégal a particulièrement travaillé sur l’érosion côtière qui constitue l’une des priorités nationales majeures. A ce titre, le CESE a proposé un projet de loi sur ce sujet. Nous avons également étudié les conséquences sanitaires du changement climatique.

S’agissant de la protection sociale, celle-ci peut être définie comme l’ensemble des mesures visant à protéger les citoyens des risques sanitaires, via un filet social non contributif ou une sécurité sociale contributive, c’est-à-dire une protection complémentaire, volontaire et individuelle. Au Sénégal, il est à noter que, désormais, près de 50 % de la population a accès à la couverture maladie universelle. Le Président a annoncé récemment qu’il visait un objectif de 75%. Grâce aux bourses familiales, 250 000 familles ont accès à la protection sociale à condition que leurs enfants restent scolarisés.

Le plan Sésame permet de prendre en charge les personnes de plus de 60 ans, la gratuité des soins pour les enfants de 5 ans (17,72%), la gratuité pour les femmes en cas de césarienne afin de réduire la mortalité infantile comme annoncé dans les objectifs de développement durable et enfin la carte d’égalité des chances pour les personnes handicapées. Cette politique d’assistance sociale existe dans les pays du Maghreb, au Burundi ou encore en Afrique du Sud.

En ce qui concerne les financements innovants, des milliards de dollars ont été annoncés à Copenhague, faisant suite à Johannesburg et à Durban. Pourtant, à ce jour, seul le Fonds Vert existe. Ce dernier est destiné à soutenir financièrement les pays en développement les plus impactés par le dérèglement climatique afin qu’ils mettent en place des projets d’adaptation et d’atténuation. Il vise in fine à renforcer la résilience des populations les plus vulnérables.

Dans ce contexte, comment permettre la mise en œuvre d’une protection sociale inclusive, source de stabilité, de bien-être social et de justice ? Le CESE du Sénégal se doit d’être le porte-parole de cette exigence auprès des négociateurs de la COP 21 afin d’obtenir des réponses concrètes et des actions justes sur ces sujets.

A Rio, rappelons enfin que le Président du Sénégal avait déclaré que nous devions réfléchir à une gouvernance verte du climat, une gouvernance verte de nos économies, car nos économies sont fragiles, et nous devons faire davantage la justice sociale devienne une réalité.

 

Politiques de formation

 

  1. Victor GBEDO

Membre du CES du Bénin, Directeur de l’ONG Bethesda

Rappelons d’abord que le drame auquel nous sommes confrontés tire sa cause principale des activités anthropiques. L’homme en étant la cause, il est aussi le seul capable d’apporter des solutions idoines.

Notons également que la réaction de l’homme évolue à mesure qu’il acquiert des connaissances sur ce sujet éminemment complexe, de même qu’évoluent les outils dont il dispose.

Il n’en reste pas moins que les effets du changement climatique ne cessent de s’accélérer et prendre de l’ampleur. Les solutions mises en place sont plus qu’insuffisantes et nous accusons un retard  considérable face à l’urgence de la situation. L’objectif annoncé de la COP 21 est de maintenir le réchauffement climatique au-dessous du seuil des 2°. Pour y parvenir, seule une conscience plus élevée des enjeux, au-delà des volontés politiques affichées, peut permettre de mener des actions plus efficaces en termes d’atténuation et d’adaptation. Dans cette perspective, de solides politiques de formation s’avèrent cruciales.

Programmes et actions de formation mises en œuvre au Bénin

La mise en œuvre de programmes de formation en science de l’environnement, au Bénin et dans la sous-région ouest africaine, reste très en deçà des besoins car les personnels qualifiés pour assurer ces formations sont en nombre insuffisant. Cette lacune s’explique par le manque de cohérence des politiques nationales de formation.

Chaque institution, chaque établissement et chaque ONG développe ses propres programmes et plans d’action, sans coordination. Bien que, depuis 1994, le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a créé, dans le cadre d’une convention avec certains pays de l’Union européenne, un centre interuniversitaire de formation en science de l’environnement, force est de constater que cette initiative n’a pas permis  de pallier ce manque de coordination.

De nouveaux programmes de l’enseignement primaire et secondaire se sont aussi développés et des projets de formation et de financement de mobilité ont été lancés par des ONG.

Actuellement, la troisième communication nationale élabore des séries de formation qui ne semblent toujours pas coordonnées avec les modules développées par les autres ministères.

Ce manque de cohérence dans les différents programmes de formation constitue la difficulté majeure. Il est donc absolument nécessaire de définir notre politique de formation : est-elle menée de manière sectorielle ou non ? A l’échelle régionale ou nationale ?

Sans cette réflexion, la pérennité des programmes de formation ne peut être assurée car ils sont souvent portés par de petits acteurs aux faibles et instables moyens financiers. Une clarification du rôle de chacun des acteurs en présence est également indispensable.

En conséquence, l’élaboration et la mise en œuvre de politiques cohérentes et efficaces, axées sur des objectifs clairement définis d’adaptation et d’atténuation, constituent le défi majeur pour nos pays. L’appropriation de cet objectif par les Conseils économiques et sociaux et les Institutions similaires serait un atout précieux pour remédier à cette situation et peser en ce sens à la COP 21.

Politiques d’emploi

 

Joséphine LENAUD GUILAO

 

Vice-Présidente du CES de Guinée

 

Introduction à la politique de l’emploi

L’élaboration des politiques d’emploi est un objectif du gouvernement qui s’enrichit des contributions de ses partenaires économiques et sociaux, jouant un rôle important dans leur mise en œuvre. De telles politiques prônent généralement le plein emploi avec ses corollaires de salaire décent, de promotion des conditions convenables d’hygiène, de sécurité et de santé au travail, de protection sociale pour les salariés et pour les larges couches de la population, dans le cadre du développement intégral harmonieux de tous les secteurs de l’économie nationale avec l’ambition de satisfaire les besoins vitaux d’épanouissement pour tous les habitants.

 

Dans le cadre du thème sus – indiqué, les politiques d’emploi se conçoivent volontiers comme un ensemble de mesures et de procédures pratiques visant à atténuer ou diminuer l’intensité des changements climatiques sur le développement socio-économique, l’exploitation des ressources naturelles (minières, agricoles, cheptel, halieutiques, etc.….) et l’énergie dans une optique de durabilité, de protection de l’environnement, de lutte contre la pauvreté et de promotion du travail décent.

 

Ces politiques s’appuient sur les données de base de la politique de développement économique tentant de traduire en faits réels les prescriptions de la loi constitutionnelle du pays. En effet, l’article 20 de la Constitution Guinéenne stipule : «  Le droit au travail est reconnu à tous. L’Etat crée les conditions nécessaires à l’exercice de ce droit. Nul ne peut être lésé dans son travail en raison de son sexe, de sa race, de son ethnie, de ses opinions ou de toute autre cause de discrimination ».

 

A son tour, le code du travail comporte une disposition similaire en son article 2 qui affirme : « l’Etat assure l’égalité de chance et de traitement des citoyens en ce qui concerne l’accès à la formation professionnelle et à l’emploi sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion et de philosophie ».

 

On comprend dès lors que le travail forcé ou obligatoire ainsi que la discrimination sous toutes ses formes sont et demeurent interdits afin de préserver la dignité du travailleur de toute altération, violence ou atteinte. D’ailleurs, de nombreuses autres dispositions légales, réglementaires et conventionnelles viennent compléter et renforcer plus spécifiquement les premiers instruments juridiques nationaux qui sont inspirés des normes internationales élaborées par les Nations Unies et ses agences dont l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

 

Les politiques d’emploi tendent, ces dernières années, à se focaliser sur des segments sociaux statistiquement significatifs comme les jeunes, les femmes, les sortants des cycles du système d’enseignement et de formation professionnelle, etc… à travers des actions recherchant l’auto-emploi productif, la promotion des activités génératrices de revenu, couplée avec l’alphabétisation des femmes et des jeunes filles, etc…sans exclure l’emploi dans les secteurs modernes de l’Etat et des entreprises.

 

Le bilan d’ensemble, encore difficile à établir pour toutes ces tentatives, gagne en couleur au niveau de l’emploi moderne dans la fonction publique, les entreprises  du secteur privé naissant ou en cours de consolidation ainsi que les grands projets d’infrastructure et d’équipement associant le gouvernement et des investisseurs privés encore frileux, voire attentistes, dès la moindre alerte sanitaire, sociale ou politique.

 

Ce bilan sera plus relevé si les importants efforts consentis en matière d’éducation et de formation technique ces dernières années sont poursuivis plus vigoureusement pour préparer la main d’œuvre guinéenne à la prise de vraies responsabilités dans la gestion de l’économie nationale. L’administration en modernisation avec son personnel d’une part et l’infrastructure routière et portuaire, les questions d’énergie, de mines et d’habitat d’autre part, doivent bénéficier d’une attention prioritaire en vue d’inciter les investisseurs à s’orienter vers la Guinée au potentiel prometteur  ci peu exploité.

 

Irruption du développement durable et du changement climatique dans les politiques d’Emploi

La mise en œuvre des plans de développement entraîne nécessairement une transformation du territoire physique avec l’exploitation des différentes ressources minières, forestières, halieutiques et de la faune. Cette volonté d’exploitation généralisée, après un temps d’attente, commence à infléchir les comportements de respect et de promotion de la nature, de l’environnement tant dans les zones économiques que celles destinées aux habitats humains et animaliers. L’action publique des services de la forêt et du corps des gardes forestiers est salutaire à cet égard, même si on peut noter encore une exploitation sauvage et intensive de la ‘‘brousse’’ avec la conjonction forte de la déforestation et de la carbonisation pour résoudre les besoins énergétiques de la population citadine en croissance continue.

Dans son rapport général de mandat (période 2003 – 2013) le CES de Guinée synthétise la dégradation accélérée et la gestion déficiente des ressources naturelles et environnementales par le constat ci – après :

 

  • Une diminution accélérée des ressources hydrauliques suite aux changements climatiques et aux actions de l’homme ;

 

  • Une dégradation progressive et généralisée des sols, y compris dans les zones agricoles ;

 

  • Un recul de la couverture forestière et l’extinction progressive des espèces animales et végétales ainsi que la réduction du couvert végétal de 140 000 ha depuis 1965 ;

 

  • Une consommation énergétique dominée par les énergies traditionnelles (bois, charbons de bois) et les produits pétroliers ;

 

  • Un état d’insalubrité affectant le cadre de vie et la santé des populations ;

 

  • Une dégradation progressive des écosystèmes et de la biodiversité, la vulnérabilité du cadre de vie face aux changements climatiques et à la prolifération des déchets non biodégradables.

 

Dans ce contexte, l’effort de reforestation par la plantation d’essences nouvelles à croissance rapide reste timide et d’apanage public non relayé ou amplifié par d’autres initiatives d’inspiration privée, villageoise ou communale qui pourrait décupler l’emploi et la spécialisation d’une main – d’œuvre technique.

 

Nul doute que les prévisions des plans de développement plurisectoriel comportent un volet de densification quantitative et de spécialisation professionnelle de la main d’œuvre nationale, d’où la projection de formations techniques pointues à réaliser ici et à l’étranger notamment en matière d’environnement et d’écologie, toutes disciplines insérées dans le cursus académique de l’école guinéenne.

 

Les entreprises industrielles installées ainsi que les projets d’envergure tentent de protéger leur environnement et de reboiser les espaces dégradés par l’exploitation des mines et carrières tout en insérant dans leur planification stratégique des activités de promotion de meilleures conditions de vie des populations dont les localités ont accueilli ou abrité les industries en question.

 

Cette pratique est désormais conseillée dans tous projets économiques majeurs à la fois pour traduire concrètement la responsabilité sociétale de l’entreprise et la prescription de l’article 16 de la Constitution libellée comme suit : « Toute personne a droit à un environnement sain et durable et a le devoir de le défendre. L’État veille à la protection de l’environnement ».

 

Ainsi les questions d’environnement, d’écologie et de développement durable ont acquis une dimension centrale prééminente dans toutes les analyse et les projections sérieuses du développement de l’économie nationale.

 

En effet, depuis les années 1970, le pays connaît des périodes de sécheresse de plus en plus longues sur l’ensemble du territoire, entraînant une diminution relative de la pluviométrie. Ceci a un impact sensible sur la faune (notamment le cheptel) et la flore, le tarissement précoce des rivières, sources et points d’eau, un sévère déficit dans les récoltes agricoles alimentaires industrielles ou destinées à l’exportation. Les feux de brousse éliminent les essences végétales, sans renforcer notablement les résultats des cultures cycliques sur brûlis, tout en favorisant l’érosion des sols pentus qui deviennent progressivement pauvres et impropres aux cultures.

 

Ces faits préjudiciables à l’environnement de notre cadre de vie et de travail suscite des réactions multiples et diverses de l’Etat, des ONG, des entreprises et des collectivités à la fois pour protéger l’existant et pour l’exploiter avec plus de rationalité et le plus longtemps possible. Cette démarche conçoit le développement comme durable afin de satisfaire les besoins des générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. Elle comporte les dimensions indissociables – économique, sociale et environnementale – devant être gérées ensemble pour conduire vers une économie contribuant à la réalisation du travail décent pour tous, à l’insertion sociale et à l’éradication de la pauvreté.

 

Il s’agit de s’engager dans une transition juste vers une économie en constante référence à l’écologie en vue de gérer durablement les ressources naturelles, améliorer le rendement énergétique et réduire les  déchets tout en corrigeant les inégalités et en renforçant la résilience. Cette voie pourra impulser la promotion des emplois notamment les emplois verts à faible empreinte carbone ainsi que des modes de production et consommations contribuant à la lutte contre le changement climatique.

 

Sur le sujet, la 102e session de la Conférence Internationale du Travail (2013) a adopté la résolution de la discussion générale sur le rapport (5) intitulé  « développement durable, travail décent et emplois verts » qui affirme :

 

« Pour autant qu’elles soient bien gérées, les transitions vers des économies écologiquement et socialement durables peuvent devenir un moteur important de la création d’emplois, de modernisation des emplois, de la justice sociale et de l’éradication de la pauvreté. Le fait de rendre plus écologique l’ensemble des entreprises et des emplois – en adoptant des pratiques plus économes en énergie et en ressources, en limitant la pollution et en gérant durablement les ressources naturelles – est source d’innovation, améliore la résilience et permet de réaliser des économies qui induisent de nouveaux investissements et de nouveaux emplois ».

 

« Le développement durable n’est possible qu’avec la participation active du monde du travail. Les gouvernements, les employeurs et les travailleurs ne sont pas des observateurs passifs, ils sont des acteurs du changement, capables de concevoir de nouvelles modalités de travail qui préservent l’environnement pour les générations actuelles et futures, éradiquent la pauvreté et encouragent la justice sociale, en favorisant les entreprises durables en créant des emplois décents pour tous ».

 

L’ampleur et l’urgence de ces défis exigent de les aborder conjointement comme une nécessité.

 

Rôle des Conseils Economiques et Sociaux et Institutions Similaires (CES-IS)

Le changement climatique et la dégradation des ressources naturelles sont, pour le CES de Guinée, des défis de grande importance de notre temps. Résoudre efficacement les multiples menaces que le changement climatique impose à notre société, à notre économie, à notre volonté de la rendre durable et utilisant une faible densité de carbone exige de nos sociétés humaines au sud, comme au nord, de bâtir une politique de riposte énergétique.

 

Il s’agit de passer à une économie plus verte et réviser nos modèles de production et de consommation, exigeant du coup la création ou la réaffectation des emplois et permettre d’aboutir en peu de temps à une économie plus verte, à faible intensité de carbone avec inévitablement des coût liés à l’emploi et autres coûts sociaux devant être partagés par tous.

 

Les CES –IS doivent, avec un soutien politique fort, jouer un rôle dans le débat pour une économie verte en évaluant et échangeant des idées sur les politiques – publiques dans le domaine économique et social qui incluent également les questions relatives à l’Emploi et à l’Environnement en valorisant des initiatives et des mesures prises par les partenaires sociaux en matière de développement durable, d’environnement, d’accès au travail décent, de durabilité des entreprises et au maintien de l’emploi.

 

Si par le passé, le maintien des emplois, la protection des revenus des travailleurs et la sécurisation de la durabilité des entreprises ont été au cœur des programmes de lutte anticrise, aujourd’hui, les programmes de lutte contre la crise quasi-permanente sont constitués par un ensemble de politiques à vocation de garantir l’efficacité et la durabilité pour toutes les parties avec :

 

  • Des mesures nationales hardies de relance de l’économie avec notamment l’appui aux petites et moyennes entreprises (PME) par des allègements fiscaux et l’accès aux crédits et aux garanties ;
  • Des opportunités de formations surtout professionnelle et le renforcement des capacités des travailleurs, pour la reconversion, la réinsertion, la mobilité.
  • L’amélioration de la protection sociale, y compris par l’extension des filets de sécurité sociale ;
  • L’appui financier à la durabilité des entreprises et au développement des compétences ;
  • La flexibilité dérogatoire à certaines conditions de travail dans les conventions collectives internes à l’entreprise, avec la garantie de l’Etat : Durée de travail, rémunération, mobilité, etc., couplée à la promotion des accords de chômage partiel,
  • Le renforcement d’un dialogue participatif avec les syndicats de travailleurs avant, pendant et aux sorties de la crise.

 

L’expérience a montré qu’une action soutenue et une large participation des acteurs impliqués sont des conditions nécessaires à la formulation d’une Politique Nationale de l’Emploi (PNE) efficace.  En effet, développer une politique nationale de l’emploi, nécessite un dialogue élargi, pour renforcer sa mise en œuvre. Le dialogue social doit se tenir aux différentes étapes de l’analyse de la situation qui conduit à l’élaboration des choix politiques à toutes les phases de la validation de la mise en œuvre de la politique, y compris son évaluation.

 

Enfin, un dialogue entretenu entre le Gouvernement et les Partenaires sociaux représente un élément central dans le succès de la transition vers une économie verte et stable. Le dialogue social peut contribuer à élaborer des mesures efficaces pour atténuer l’impact du changement climatique et créer des emplois et des entreprises durables. Il peut utilement servir dans l’analyse des effets de la compétitivité, de l’emploi et de la cohésion sociale sur les politiques relatives au changement climatique. S’il est effectif et enrichi, le dialogue social permet de garantir que les politiques en matière d’environnement et d’emploi, mais aussi les stratégies de développement, sont cohérentes, efficaces et durables.

 

Je ne saurai terminer mon intervention sans remercier le CESE du Sénégal pour l’accueil et toute l’attention dont ma délégation a bénéficié et bénéficie depuis son arrivée à Dakar. Mes félicitations et remerciements vont à ma sœur, ma Présidente, Madame Aminata (Présidente du CESE du Sénégal – Présidente de l’UCESA) qui, malgré les contraintes du mois Saint du Ramadan était à l’aéroport pour saluer les différentes délégations. Cela prouve que le Sénégal est et reste le pays de la Téranga.

 

Politiques énergétiques

 

  1. Boubacar MBODJI

Conseiller spécial du Président de la République du Sénégal pour l’énergie et l’environnement, président du Comité scientifique de la Conférence nationale sur le développement durable

Je voudrais remercier le CESE du Sénégal pour nous avoir associé à ce séminaire et je me réjouis que les conseillers et leurs institutions respectives s’engagent dans cette  problématique énergétique.

Rappelons d’abord que l’Afrique dispose de riches ressources énergétiques. La difficulté actuelle réside dans le gap technologique qu’il nous faut combler afin d’utiliser au maximum cette énergie disponible.

En ce qui concerne la crise énergétique, on peut constater que l’ensemble des pays ouest-africains sont confrontés au même problème : crise de production, retard dans les investissements, retard technologique, déficit de planification énergétique, défaillance dans la maîtrise de la demande d’énergie, le choc des facteurs exogènes, et enfin flux pétroliers mondiaux qui pour l’essentiel contournent l’Afrique. En outre, la fluctuation des prix du pétrole est une grande menace d’instabilité économique pour les pays africains. Dans cette perspective, les énergies renouvelables peuvent permettre de remédier en partie à ce problème.

Lors du premier choc pétrolier, il n’y avait aucune issue puisqu’à cette époque, les énergies renouvelables n’étaient pas encore assez développées. Aujourd’hui, face à la crise, plusieurs futurs sont possibles, c’est-à-dire que chaque pays peut choisir une combinaison intelligente de l’ensemble des ressources dont il dispose afin de trouver des solutions.

Au Sénégal, les énergies polluantes sont consommées pour 34% par les transports, 9% par l’industrie et 54% par les ménages.  Nous devons mener une politique publique énergétique volontaire et sur le long terme.

Au regard de la proportion la consommation d’énergie des ménages, on peut sans doute affirmer que la situation actuelle   ne reflètent pas le niveau de développement que nous souhaitons (Cf. objectifs du PSE). Donc, il faudrait, pour un même niveau de consommation, que l’industrie puisse prendre davantage le pas sur les ménages, ce qui refléterait une plus grande utilisation de l’énergie à des fins productives. Il faudra également verdir le transport puisque nous rencontrons beaucoup de problèmes de pollution dans les milieux urbains. Le centre de gestion de la qualité de l’air (CGQA) nous informe déjà beaucoup sur l’impact de cette pollution. Toujours au niveau des ménages, l’usage du solaire permettra de maîtriser davantage les consommations et les dépenses consacrées à l’énergie. A ce titre, le programme d’accès des ménages à l’énergie solaire lancé en 2012 par le ministère de l’Energie, en collaboration avec la Banque de l’Habitat du Sénégal (BHS) doit être remis sur la table, afin d’obtenir une meilleure pénétration de la technologie solaire dans l’habitat.

Concernant la consommation finale d’énergie, la part de biomasse est de 37-38% c’est dire que presque la moitié de la population utilise encore la biomasse sous sa forme la plus primaire pour ses besoin en énergie. Cette situation est partagée par tous les pays de la CEDEAO. Dans certains pays, 80% de la population a recours à la biomasse pour ses besoins énergétiques.

Il faudrait atteindre 20% d’énergie renouvelable et 60% d’électrification rurale d’ici 2017. Le prix de revient très élevé du Kw/h constitue un autre problème. Nous voulons en arriver à 80-100 CFA /Kwh pour que l’électricité soit non seulement accessible aux ménages, mais aussi pour une meilleure compétitivité de l’économie nationale, comparée à celles des  pays voisins. Lorsqu’un investisseur désireux d’investir dans le phosphate vient en Afrique de l’Ouest, il demande le prix de l’eau, de l’électricité, puis de la matière première, le  phosphate. En fonction d’une analyse comparative, il décidera de s’installer dans tel ou tel pays en fonction du coût de ces facteurs de production.

Ce qu’il nous manque concernant le solaire, c’est une véritable transition énergétique :   Nous avons un cadre réglementaire plus ou moins bien fait, une loi d’orientation sur les énergies renouvelables, deux décrets d’application, des acteurs bien sensibilisés mais il manque des sources accessibles de financement concernant les énergies renouvelables. Nous devons beaucoup réfléchir à cette question et j’estime que les Conseils Economiques et Sociaux et Environnementaux (CESE) des pays africains devraient se lancer dans ce chantier car il nous faut innover dans ce domaine.

J’aimerais vous donner l’exemple de l’offre publique de vente de Total. Total a vendu des actions au Sénégal. Ils ont obtenu plus que ce dont ils avaient besoin et  ont collecté 3.480.000.000 de francs CFA en quelques jours de souscription. Les Sénégalais eux-mêmes ont acheté ces actions Total. Nous pourrions nous en inspirer, et mettre en place une initiative citoyenne pour pallier le manque de financement dans nos pays.

Certes, il existe des coopératives d’énergie, comme les ERILS ERIL – Electrification rurale d’initiative locale – le conseiller Woula Ndiaye, promoteur d’une ERIL  dans le département de Fatick est  présent dans la salle. Mais il nous faut aller plus loin en développant systématiquement des coopératives d’énergie pour faire face au déficit énergétique, en exploitant au maximum le potentiel  utilisant  d’énergie renouvelable. Les coopératives sont là, les Sénégalais s’organisent quand il s’agit de construire des habitations, mais ne pensent pas le faire pour produire l’énergie dont ils ont besoin. Je pense que ce sont là des pistes prometteuses qu’il nous faut explorer. J’ai donné quelques exemples pour montrer combien nous sommes en retard dans ce domaine au Sénégal et en Afrique de l’Ouest.

Il faut également améliorer nos systèmes pompages. Et le pompage solaire est une technologie mature aujourd’hui. Reste à l’utiliser. Sur la carte des puits au Sénégal, on constate qu’il en existe des modernes. Pour les forages, ce sont pour l’essentiel des groupes électrogènes qui y sont utilisés pour l’exhaure de l’eau.  A cause des  vents de sable, lors de la saison sèche, beaucoup de problèmes de maintenance se posent ; Certains villages possèdent des forages mais ils ne parviennent pas à les utiliser à cause des pompes sont en panne. La question de l’eau est un problème sur lequel, au plan régional, au niveau de la CEDEAO, nous devons travailler. Les déficits en eau en Afrique de l’Ouest et dans le Sahel doivent nous amener à collaborer dans le domaine des technologies de dessalement de l’eau de mer. Je ne vois pas comment nous pouvons faire face au déficit en eau dans cette région  sans recourir un jour à cette technologie. Mais il serait difficile pour  le Sénégal seul de se lancer dans la construction de telles centrales de dessalement d’eau de mer, ce sera difficile à l’échelle nationale. La CEDEAO ou l’UEMOA sont des espaces adéquats pour mener à bien de tels projets.

Outre l’eau, nos forêts sont également menacées, alors que l’essentiel de la population Ouest Africaine utilise encore la biomasse pour la cuisson et l’éclairage ; ce qui exerce une pression sur les forêts, d’où le cycle désertification, puis la dégradation des terres. Recourir à d’autres moyens de cuisson plus propres d’une part (biogaz, bio-charbon) et élaborer des politiques efficaces de gestion des forêts de l’autre   nous permettraient de préserver ces écosystèmes.

Sur la carte du Sénégal, vous pouvez observer que les terres sont, pour l’essentiel, dégradées du fait de la désertification.

Signalons, dans le domaine technologique, l’émergence de la route du lithium. A ce jour, Le lithium est le matériau le plus performent pour doubler les capacités de stockage des batteries utilisées installations solaires. Les Chinois sont en train de la dessiner la route du lithium, après la route de la soie. En matière de recherche technologique, nos universités africaines devraient se mettre à niveau, afin de s’initier dans ce domaine plein d’avenir. L’autoproduction est à encourager, elle permet à chacun de s’auto-suffire énergétiquement et de pouvoir transférer  l’énergie excédentaire produite dans le réseau lorsqu’elle n’est pas utilisée. Cela nécessite une réhabilitation et une mise à niveau des réseaux électriques en Afrique de l’ouest particulièrement.

Je voudrais enfin dire qu’en ce qui concerne les financements innovants tels que les fonds participatifs dont je viens de parler, pour un portefeuille de 15 milliards de francs CFA (coût d’une centrale solaire de 20 MW),  150.000 petits porteurs avec des actifs de 100.000 FCFA suffiraient à le financer. Avec la réforme en cours sur la décentralisation (Acte III), les conseils départementaux pourraient parfaitement y être impliqués comme porteurs de projet.

 

 

 

TROISIEME SESSION : LES APPUIS EXISTANTS POUR LES POLITIQUES D’ATTENUATION ET D’ADAPTATION

 

 

 

 

 

 

 

 

Modérateur : M. Moïse NAPON

Président du CES du Burkina Faso

 

 

L’argent disponible pour le climat existe, semble-t-il. Mais il faut identifier les sources disponibles. Ce sera l’objet de cette session. Les panelistes nous expliqueront comment aller le chercher et comment surmonter la distance qui, parfois, existe entre les attentes des bailleurs et ce que nos pays peuvent offrir. Les deux camps doivent apprendre à travailler ensemble. Nos pays peuvent  bénéficier d’appuis pour financer la lutte contre le réchauffement et des politiques d’adaptation, mais il faut qu’ils réalisent leur part du travail, base d’une saine coopération.

 

 

 

Le Fonds National Climat du Sénégal

 

 

  1. Amadou LAMINE-DIAGNE

Directeur des financements verts au Ministère de l’environnement du Sénégal


Le financement de la lutte contre les changements climatiques est l’un des enjeux les plus importants des efforts déployés à l’échelle mondiale pour faire face au défi des changements climatiques de ces deux dernières décennies.

Ce financement est un élément essentiel des initiatives menées dans les pays en développement pour renforcer leur capacité de résistance aux changements climatiques, limiter les émissions de gaz à effet de serre et soutenir le passage à un développement durable.

Parmi la vingtaine de mécanismes de financement mise en place, le Fonds Vert pour le Climat, qui ambitionne de mobiliser 100 milliards de dollars US par an d’ici à 2020, est l’un des principaux instruments de financement du climat.

Au Sénégal, la vulnérabilité aux changements climatiques a eu des effets sur le mode de vie et les moyens de subsistance des populations, notamment celles des zones côtières, du bassin arachidier et de la zone sylvo-pastorale du « Ferlo ».

Le défi actuel de développement, décliné dans le « Plan Sénégal Emergeant (PSE) », est la poursuite de l’amélioration durable des conditions de vie des populations par des prises de décisions et des actions visant à réduire la pauvreté et à promouvoir le développement durable.

Les enjeux de la création d’un Fond National Climat sont les suivants :

  • Intégrer la finance climatique dans le financement du développement économique et social du Sénégal (PSE) ;
  • Accroitre la résilience du pays aux effets néfastes du changement climatique ;
  • Contribuer à l’effort mondial de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Les objectifs du Fonds National Climat du Sénégal sont les suivants :

  • Mobiliser soixante millions de dollars US par an pour le financement de projets et programmes sur le climat et le développement durable ;
  • Saisir les nouvelles opportunités de partenariats et de financement internationaux offertes par le « Fonds Vert pour le Climat (Green Climate Fund/GCF) » et les fonds assimilés ;
  • Améliorer l’efficacité de l’aide internationale pour l’environnement et le développement durable du Sénégal ;
  • Renforcer les capacités nationales pour améliorer la cohérence dans l’élaboration des projets ainsi que leur efficacité.

L’objectif premier du FNC est de mobiliser et d’investir un montant de soixante millions de dollars US par an.

La contribution attendue de l’Etat du Sénégal s’élève à dix millions de dollars US par an, (soit cinq milliards de francs CFA) à partir :

  • d’une dotation annuelle du budget de l’Etat ;
  • de mécanismes de financements innovants d’investissements verts ;
  • de la contribution des collectivités locale ;
  • de la contribution du secteur privé dans le cadre de la RSE ou du PPP ;
  • de dons, legs, etc.

La contribution attendue des partenaires techniques et financiers et des autres donateurs est évaluées à cinquante millions de dollars US par an.

Ces ressources financières seront notamment composées de :

  • fonds mobilisés par le PNUD, partenaire stratégique au titre du FNC/Sénégal. Le PNUD pourrait lever jusqu’à 20 millions de dollars US par an ;
  • fonds mobilisés par le Centre de Suivi Ecologique accrédité comme entité nationale pour la mise en œuvre du Fonds Vert Climat dont les montants peuvent atteindre 10 millions de dollars US par an ;
  • vingt millions de dollars US vont provenir des partenaires techniques et financiers et autres donateurs réunis par les Entités nationales accréditées.

Organes et dispositif institutionnels :

  • Un Organe National pour l’Orientation Stratégique (ONOS), présidé par le Ministre de l’environnement et du développement durable (MEDD) ;
  • Un Comité National de Pilotage du Fonds (CNPF), présidé par le Ministère de l’Economie, des finances et du plan (MEFP) ;
  • Un Secrétariat technique assuré conjointement par le COMNACC et la DFVP (Direction des Financements Verts et des partenariats du MEDD) ;
  • Un partenaire stratégique – le PNUD- accrédité par le « Fonds Vert Climat », pour l’administration temporaire d’une partie du FNC (mobilisation des financements et gestion fiduciaire), la formation pour l’accréditation des entités nationales et le renforcement des capacités nationales ;
  • Des entités nationales, comme le CSE, accréditées par le « Fonds Vert Climat » ;
  • Des partenaires techniques et financiers (PTF) et autres donateurs ;
  • Des organisations participantes :
    • Institutions étatiques et collectivités locales ;
    • Secteur privé non bancaire (grosses entreprises, PME/PMI, GIE, etc) ;
    • Société civile dont ONG ;
    • Intermédiaires financiers (Banques, institutions de microfinance (IMV) et Caisse de dépôts et consignations (CDC)).

Le FNC fera l’objet d’évaluations statutaires indépendantes et formelles dans une démarche concertée entre le gouvernement du Sénégal et ses partenaires/parties prenantes.

La Facilité INDC (contributions nationales climat)

Olivier PEZET

Directeur de l’Agence Française de Développement du Sénégal

Je débuterai en rappelant la stratégie Climat de l’Agence Française de Développement et ses activités en cours dans ce domaine au Sénégal avant de parler des Contributions Prévues Déterminées Nationales.

La stratégie climat-développement du groupe AFD repose sur trois piliers :

  • Un engagement financier pérenne : l’AFD s’est engagée, sur la période 2012-2016, à atteindre un niveau important d’activités climat : 50% des engagements annuels de l’AFD et 30% de l’activité PROPARCO, sa filiale finançant le secteur privé, dans les pays en développement.
  • L’évaluation de l’impact climat des projets : l’AFD a mis en place depuis 2011 une procédure systématique d’évaluation de l’empreinte climat des projets financés.
  • La sélectivité des interventions au regard de leur impact sur le climat, tenant compte du niveau de développement des pays concernés, des mandats de l’AFD dans ces pays et de leur politique climat.
  • Etre l’un des principaux acteurs du financement de la lutte contre le changement climatique dans le monde : depuis 2005, 18 milliards d’euros de financement ayant un co-bénéfice climat ont été engagés.

Les activités de l’AFD au Sénégal menées dans cet esprit sont:

  • La création d’un Centre de formation professionnelle sur l’efficacité énergétique dans le bâtiment ;
  • Celle d’un Bureau de mise à niveau des entreprises et lignes de crédit pour l’efficacité énergétique et la gestion des déchets ;
  • La dépollution de la baie de Hann ;
  • Le développement de l’hydraulique agricole dans les vallées du fleuve Sénégal et de l’Anambé ;
  • L’éclairage urbain de la ville de Dakar ;
  • La lutte contre les inondations ;
  • Le développement du Mix énergétique (renouvelables, interconnexions) et le transport collectif urbain ;
  • La création d’un Fonds d’étude et de renforcement des capacités au MEDD et la Facilité d’appui aux CPDN.

AFD et CDPN : Les CPDN au cœur de la COP21

  • En 2013, à l’occasion de la COP19 de Varsovie, un nouveau cadre d’engagement a été défini : les « intented nationally determined contributions » (INDC) ou « contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN).
  • Les CPDN constituent l’un des quatre piliers de l’alliance que la COP 21 souhaite forger avec un accord universel juridiquement contraignant, l’agenda des solutions et les paquets financiers et technologiques.
  • Les CPDN sont un processus bottom-up devant exprimer la mobilisation collective mondiale.
  • Lors de la COP20 de décembre 2014 à Lima, le « Lima call for Climate action » a apporté des précisions sur le contenu des CPDN.

Les CPDN selon Lima (COP 20) :

  • Les contributions restent un processus volontaire qui reflète les circonstances nationales. Elles sont principalement centrées sur les questions d’atténuation mais il est possible d’y intégrer des éléments sur l’adaptation.
  • Une transmission avant le 1er trimestre 2015 était espérée. A défaut, les pays sont invités à soumettre leur CPDN à la CCNUCC au plus tard le 1er octobre 2015.
  • La CNUCC rendra le 1er trimestre 2015 un rapport agrégeant les contributions afin de déterminer leur impact global.
  • Dans un souci de transparence, les informations transmises par les pays peuvent être :
    • Des informations quantifiées par rapport à une année de référence ;
    • Un calendrier pour la mise en œuvre des politiques décrites ;
    • Les approches métrologiques pour estimer et comptabiliser les émissions de GES ;
    • Une démonstration que la CPDN contribue à stabiliser les concentrations de GES.

La Facilité mise en place par l’AFD pour accompagner les CPDN :

  • La France a mis en place une Facilité de soutien à l’élaboration des CPDN de 3,5 millions d’euros de subvention.
  • La facilité est financée par l’AFD et mise en œuvre par Expertise-France, l’agence française d’expertise internationale.
  • La facilité soutient 23 pays d’Afrique et petits Etats insulaires.
  • L’appui se fait au travers d’une expertise technique d’environ 4 mois.
  • Mi-juin 2015, les missions avaient démarré dans 18 pays : Sénégal, Burkina Faso, Burundi, République centrafricaine, Tchad, Comores, Djibouti, Gabon, Côte d’ivoire, Niger, Seychelles, Togo, République du Congo, RDC, Zimbabwe, Cameroun, Guinée et Kiribati.

Mise en œuvre de la facilité :

  • Coordination avec les autres bailleurs qui apportent des soutiens pour l’élaboration de la CPDN : au Sénégal, PNUD, UE, GIZ.
  • La facilité vise à apporter un soutien ponctuel aux pays qui pilotent souverainement l’ensemble du processus d’élaboration de leur CPDN et désignent un point focal.
  • Expertise-France a présélectionné 11 bureaux d’études, mis en concurrence et recrutés directement par elle.
  • Les bureaux d’études doivent remettre des offres techniques répondant aux termes de références scientifiques souhaités par chaque pays.
  • La mission des experts démarre par un travail à distance d’appropriation des politiques nationales en relation avec les experts locaux. Des missions dans les pays sont ensuite organisées. Au Sénégal, le démarrage est prévu cette semaine.

Activités menées dans le cadre des CPDN :

Trois missions types et, en fonction des TDR de chaque pays, des activités particulières.

1ère mission : établir un état des lieux des données existantes sur le niveau d’émission de GES du pays, sur ses politiques climatiques, sur sa vulnérabilité au changement climatique et un diagnostic des besoins du pays pour produire son CPDN :

  • Analyse des initiatives existantes avec une estimation de leur impact climat ;
  • Recueil des documents utiles et transmission aux acteurs du pays ;
  • Réalisation de la cartographie des parties prenantes.

2ème mission : aider à la formalisation d’actions et/ou de plan d’actions dans le domaine de l’atténuation et de l’adaptation :

  • Développement de scénarii d’émissions et de projections d’impact socio-économique ;
  • Identification des secteurs et mesures présentant un potentiel d’atténuation ;
  • Organisation d’ateliers sectoriels, de concertation.

3ème mission : appuyer la rédaction et la formalisation de la CPDN en accompagnant l’animation institutionnelle interministérielle et inter-acteurs pilotée par les autorités nationales :

  • Présentation des scénarii d’émissions ;
  • Conseil à la prise de décision sur les options et priorités ;
  • Elaboration du plan de la CPDN ;
  • Coordination de la rédaction de la CDPN ;
  • Ateliers de validation.

Activités menées dans le cadre des CPDN :

Les objectifs assignés à la mission des experts au Sénégal portent sur deux dimensions :

  • La prospective économique : évaluer, sur la base des politiques sectorielles, le coût des différents scénarii d’atténuation, en prenant également en compte les scénarii d’adaptation ;
  • Le dialogue de haut niveau : accompagner le comité national changement climatique (COMNACC) dans le processus de préparation et d’animation du dialogue de haut niveau.

Ces travaux déboucheront en juillet 2015 sur la Conférence nationale sur le développement durable qui adoptera la CPDN du Sénégal.

En conclusion, il est possible d’agir à la fois pour le développement et contre le changement climatique. « Nous savons que le comportement de ceux qui consomment et détruisent toujours davantage n’est pas soutenable, tandis que d’autres ne peuvent pas vivre conformément à leur dignité humaine. Il s’agit simplement de redéfinir le progrès. Un développement technologique et économique qui ne laisse pas un monde meilleur et une qualité de vie intégralement supérieure ne peut pas être considéré comme un progrès », (Pape) Franciscus, 24 mai 2015.

 

Modérateur : M. Moïse NAPON

Président du CES du Burkina Faso

Merci pour cette présentation très claire de la stratégie et des instruments mis en place par l’AFD pour le climat au Sénégal. Les défis du changement climatique et ceux de l’emploi sont étroitement liés.

A condition de prendre des mesures adaptées, une transition écologique et une économie plus verte offrent des perspectives positives pour l’emploi.

L’engagement du monde du travail est essentiel pour réussir la transition écologique.

Il nous fait résorber le déficit des compétences requises pour les emplois verts ; assurer une transition juste pour tous est une nécessité.

 

 

 

Les accompagnements du BIT dans le cadre du Pacte mondial pour l’emploi

 

Moustapha Kamal GUEYE

Spécialiste du Programme Emploi vert du BIT à Dakar 

Je vous remercie, d’avoir invité le BIT à ce séminaire qui vient à point nommé dans la perspective de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP21) qui se tiendra à Paris en Décembre 2015.

Le défi du changement climatique et celui de l’emploi figurent en tête de l’agenda et des préoccupations des Etats et de la communauté internationale toute entière.

Le changement climatique est l’un des défis majeurs de notre époque. Au cours de ces dix dernières années, le dérèglement climatique et des phénomènes météorologiques extrêmes ont causé des dégâts sans précédent dans le monde, ruinant des infrastructures, menaçant l’activité économique, détruisant des emplois, brisant des vies et se révélant plus meurtriers que jamais.

Les pays africains ont peu contribué au problème climatique et figurent pourtant parmi les grandes victimes des impacts du dérèglement climatique en matière d’emploi et de productivité.

Selon les estimations du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la production agricole pourrait être réduite dans une grande partie du continent en raison du fait du dépassement des températures optimales pour les cultures et du raccourcissement des saisons de production. Avec un réchauffement de plus de 3 ° C à l’échelle mondiale, la quasi-totalité des zones de culture du maïs, du mil et du sorgho pourrait devenir non viable pour les cultivateurs actuels.

Le stress thermique causé par le réchauffement climatique conduit déjà à des baisses de la productivité des travailleurs pendant les saisons les plus chaudes et plus humides dans certaines régions d’Afrique et d’Asie (l’Université de Cambridge, 2014).

Les rapports du PNUE font état de risques de baisse de la productivité et des rendements dans la production de poissons qui pourrait causer une baisse de 50% des emplois liés à la pêche.

Le secteur du tourisme pourrait être affecté par des facteurs tels que les températures extrêmes estivales, la perte de la biodiversité et de l’attractivité des sites naturels et des dommages aux infrastructures à la suite des événements météorologiques extrêmes.

Les études du BIT et d’autres organismes tels que l’OCDE et la Banque mondiale ont toutes abouti à la même conclusion : un changement climatique non maîtrisé – et potentiellement irréversible – pénalise massivement la croissance économique et l’emploi.

Cependant, si elle est bien gérée, la transition écologique peut offrir un avenir combinant développement durable, emploi et justice sociale.

À la condition d’anticiper les mutations économiques, leurs conséquences et d’accompagner le changement, des emplois nouveaux pourront être crées, à hauteur de 60 millions selon les études du BIT.

Les emplois verts sont des emplois pouvant être créés dans tous les secteurs d’activité économique, permettant à la fois de générer un travail décent et d’atteindre un développement économique et social durable. Ces emplois contribuent à réduire les besoins en énergie et en matières premières, permettent d’éviter les émissions de gaz à effet de serre, de minimiser les déchets et la pollution, et de restaurer des écosystèmes ; ils permettent également de s’adapter aux effets des changements climatiques.

Au Sénégal, le rapport exploratoire sur l’économie verte, commissionné dans le cadre du Partenariat en faveur d’une économie verte (PAGE), à la demande du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable et rédigé par le Centre d’Études de Politiques pour le Développement (CEPOD), a identifié des secteurs porteurs d’une croissance verte : les secteurs agricole, halieutique, forestier, hydraulique, de l’énergie et de la gestion des déchets.

Le verdissement de l’économie sénégalaise à travers des investissements accrus dans la valorisation du capital naturel, la transition énergétique et l’efficacité dans l’utilisation des ressources pourrait générer une croissance accélérée du produit intérieur brut (PIB).

Dans le secteur de l’énergie, la réorientation des investissements vers les énergies renouvelables pourrait conduire à la création d’emplois  – jusqu’à 30 000 emplois  – verts dans la construction et l’industrie de ces énergies.

Le défi climatique implique d’adapter, voire transformer nos modes de production et de consommation pour les rendre compatibles avec des ressources limitées et une répartition équitable des richesses.

De tels changements requièrent des entreprises capables de se réorganiser et des travailleurs disposant de compétences et de qualifications nouvelles. Il faut donc des politiques de l’emploi et des politiques sociales adaptées. Il faut aussi des approches par filières pour les secteurs les plus concernés comme l’énergie, le bâtiment et l’agriculture.

Pour cette raison, la participation des acteurs du monde du travail est une condition du succès des stratégies de la transition écologique, et également de la conférence climat 2015.

Ce souci d’assurer une large implication des acteurs sociaux (action actuellement en cours au Sénégal) est à l’origine de l’élaboration, conjointement par le CESE, l’Assemblée nationale et les Elus locaux, d’une note d’orientation sur l’économie verte dans le cadre de la mise en œuvre du programme d’actions du Partenariat en faveur d’une économie verte (PAGE) au Sénégal. Cette action vise à renforcer les capacités de ces acteurs stratégiques pour assurer leur soutien aux efforts d’intégration systématique de l’économie verte dans les politiques et programmes de développement du Sénégal.

Par le dialogue social notamment, ces acteurs sont des artisans du changement, capables de concevoir et mettre en œuvre de nouvelles manières de travailler qui préservent l’environnement pour les générations actuelles et futures, de lutter contre la pauvreté et de promouvoir une transition juste en créant des entreprises durables et du travail décent pour tous.

Les nouvelles exigences techniques et qualitatives qui caractérisent la production propre et sobre en carbone requièrent une adaptation des compétences professionnelles dans pratiquement tous les secteurs économiques traditionnels comme le bâtiment ou l’industrie. Par conséquent, la formation et la mise à niveau des compétences sont un autre facteur clef de succès pour la transition écologique, pas seulement pour les nouveaux métiers, mais aussi dans les emplois existants.

Il n’y aura pas de transition écologique viable si celle-ci ne s’accompagne pas d’une amélioration des conditions de vie et de travail des populations, en particulier les plus pauvres et les plus vulnérables.

L’OIT défend le principe d’une transition « juste » qui implique une protection sociale appropriée pour les travailleurs. Il nous faut repenser les mécanismes de protection sociale et de solidarité en fonction des risques climatiques  qui peuvent provoquer baisses de revenus et pauvreté (sécheresse, inondations ou surpêche par exemples).

Au moment où un grand nombre de pays ont réduit leur budget de protection sociale, alors que plus de 70% cent de la population mondiale est privée d’une véritable protection sociale, il est indispensable de mener des efforts accrus pour la protection des travailleurs et des populations.

A ce titre, l’OIT salue les efforts particuliers que font les pays comme le Sénégal dans le domaine de la protection sociale, qui figure parmi les priorités du Plan Sénégal Emergent (PSE).

Par ailleurs, il convient d’envisager d’affecter certaines des ressources, comme celles du Fonds vert, à des programmes de protection sociale qui contribuent également à l’adaptation aux changements climatiques.

La question de la migration résultant des phénomènes climatiques se pose de plus en plus comme une urgence. Il existe aujourd’hui plus de 232 millions de travailleurs migrants à travers le monde, dont certains sont la conséquence de variations climatiques comme la montée des eaux, les sécheresses répétitives, les catastrophes naturelles et la dégradation de l’environnement.

Il est également crucial de souligner la dimension territoriale des stratégies de transition, avec, là encore, l’implication de tous les acteurs du développement local.

En 2013, la Conférence internationale du Travail  a adopté une série de conclusions sur le développement durable, le travail décent et les emplois verts, qui énoncent un cadre de transition juste pour tous vers une économie plus verte. Ce cadre permet aux gouvernements et aux partenaires sociaux de disposer d’instruments d’action pour bien gérer la transition vers une économie faible en carbone.

Plus récemment, le Sommet du monde du travail sur le thème « le changement climatique et le travail décent », qui s’est tenu lors de la 104ème session de la Conférence internationale du travail en juin 2015, a permis de réaffirmer l’engagement des acteurs du monde du travail et d’identifier des axes d’action pour lutter contre le changement climatique et faire avancer l’agenda du travail décent.

L’OIT a accumulé, au cours des dix dernières années, une solide expérience des projets de développement intégrant le développement durable, la création d’emplois de qualité, la promotion du partenariat public-privé et le renforcement de la cohésion sociale et de la solidarité.

Elle est prête à jouer un rôle actif à la fois dans le plaidoyer et dans l’appui à ses mandants. Dans cette perspective, il nous faut poursuivre la recherche et l’évaluation des impacts sur l’emploi des stratégies de transition écologique, et soutenir l’intérêt pour développer les échanges de bonnes pratiques et d’expériences entre pays et parties prenantes dans le monde en développement comme dans les économies industrialisées.

L’OIT invite vivement les Etats à prendre en compte les dimensions essentielles de l’emploi et la transition juste dans leurs contributions nationales à l’effort mondial contre le changement climatique et à s’assurer que ces questions fondamentales soient bien prises en compte dans le futur accord mondial sur le climat.

En conclusion, nous avons la conviction qu’une réponse combinée au défi du climat et à celui  de l’emploi contribuera au succès de la conférence de Paris et permettra de stimuler l’investissement, la croissance et la création d’emplois verts de qualité.

 

L’appui des partenaires techniques et financiers

 

Sadia DEMARQUEZ

Conseiller technique auprès du Ministère de l’Environnement du Sénégal

Le financement du changement climatique se fait à travers soit les fonds créés sous l’égide de la convention, soit directement par l’appui au développement bilatéral et multilatéral. En plus du MDP (Mécanisme de développement Propre) du protocole de Kyoto, du fonds spécial de la convention climat et du fonds d’adaptation, une large gamme d’appuis existe (cf cartographie des partenaires techniques et financiers en annexe).

Il y a  cependant un réel problème de coordination entre les institutions financières. La plupart des partenaires techniques et financiers consacrent de plus en plus de fonds pour l’adaptation ou l’atténuation, mais ne communiquent pas assez entre eux. L’action concertée, la coordination et la mise en cohérence des appuis divers et variés sont importants pour une réponse efficace aux défis.

Les pays africains qui ont le plus bénéficié des fonds internationaux pour l’atténuation depuis 10 ans sont l’Afrique du Sud, suivie de la République Démocratique du Congo. Pour rappel, le MDP a été en majorité capté par la Chine et l’Inde dans sa première période de mise en œuvre et moins de 5% des projets seulement en Afrique.

En ce qui concerne les appuis internationaux sur l’adaptation, le Maroc représente le premier bénéficiaire du continent à travers les programmes bilatéraux et multilatéraux dans les domaines de l’agriculture et la gestion de l’eau notamment.

Parmi les financements climat, on note également le marché volontaire du carbone. Après un essor certain entre 2000 et 2008, le marché du carbone a rencontré des difficultés liées à la crise financière. Cette situation s’est traduite par la baisse du prix du carbone. Le nouvel accord devrait donner une place à cet outil important pour faire face aux volumes financiers nécessaires pour l’action climat et qui se chiffrent à des centaines de milliards de dollars. Le financement public seul ne suffira pas, d’autant plus que les pays en développement demandent que le financement climat soit additionnel à l’APD et non déduit de l’APD.

Concernant les fonds REDD ++ consacrés à la réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts dans les pays en développement, à ce stade, les financements mobilisés sont plutôt des fonds de préparation (readiness)  pour la mise en place du cadre institutionnel,  réglementaire ainsi que les capacités pour les suivi des MRV (Mesure, rapportage et vérification) des appuis.

Le fonds vert climat annoncé en 2009 et mis en place en 2010 devrait devenir le principal canal de distribution des financements publics pour le climat vers les pays en développement à partir de 2020. Il n’a atteint que 10,2 milliards de dollars en cinq ans sur les 100 milliards/an annoncés à la conférence de Copenhague.

 

Le soutien de l’Union européenne

 

Anna ROPERS BERGEOT

Cheffe de section à la Délégation de l’Union Européenne en République du Sénégal

L’Union européenne et ses 28 Etats membres sont les principaux contributeurs pour la lutte contre le changement climatique dans les pays en développement. Pour la période 2014-2020, 20% du total des dépenses de l’UE seront ciblées sur des actions relatives au changement climatique, dont 11,6 milliards d’euros sur l’aide extérieure (y compris le Fonds Climat).

L’aide de l’Union européenne en matière d’adaptation et d’atténuation se décline sous la forme de différentes initiatives et programmes, dont voici les principaux :

  • L’UE a lancé en 2007 l’initiative “Alliance globale contre le changement climatique” (AMCC).Réponse de l’UE à la dimension “développement” du changement climatique, elle vise à soutenir l’adaptation et l’atté Cette Alliance globale vise à renforcer le dialogue politique et la coopération avec les pays en développement.

Elle fait partie des initiatives les plus importantes dans le monde dans le domaine du changement climatique. L’AMCC soutient 38 programmes nationaux (le projet Gestion Intégrée des Zones Côtières au Sénégal), 8 programmes régionaux et un programme multi-pays.

Son budget pour la période 2008-2014 était de 300 millions d’euros.

En 2014 l’AMCC est entrée dans une nouvelle phase avec le lancement de l’initiative phare AMCC+, dans le contexte du nouveau cadre financier pluriannuel 2014-2020. Son budget pour 2015-2020 est de 346 millions d’euros.

L’objectif de l’UE en matière d’énergie est d’améliorer l’accès à une énergie durable, fiable et bon marché, et de contribuer au développement durable.

  • L’UE s’est engagée vis-à-vis de 30 pays partenaires, avec 3,5 milliards d’euros d’investissement en coopérations bilatérales et régionales sur 7 ans, qui devraient permettre une mobilisation de fonds en prêts et investissements entre 15 et 30 milliards d’euros.
  • Facilités de mixage : L’objectif est de combiner des dons de l’UE avec des prêts de sources publiques ou privé

Les engagements sur 2014-2020 sont de 3 milliards d’euros en dons de l’UE et la mobilisation d’environ 60 milliards d’euros en investissement.

32% des projets ont le changement climatique comme objectif principal et 34% comme objectif significatif.

  • L’UE soutient deux programmes spécifiques : FLEGT (Forest Law, Enforcement, Governance and Trade) et REDD+ (Reducing Emissions from Deforestation and Forest Degradation).

FLEGT est une initiative visant à lutter contre l’exploitation clandestine et le commerce illicite du bois, grâce à des accords de partenariats volontaires avec des pays producteurs de bois. Plus de 20 pays sont engagés dans l’initiative FLEGT. Ils recevront plus de 500 millions d’euros entre 2014 et 2020 en soutien à la conservation des forêts.

L’objectif de REDD+ est de réduire les émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts, en soutien à la conservation des stocks de carbone, à la gestion durable des forêts et à l’amélioration des stocks de carbone dans les pays en développement.

Des négociations sont en cours pour un mécanisme mondial. 4,5 milliards d’euros ont déjà été récoltés, dont 387 millions provenant de l’UE.

  • Soutien à l’atténuation : L’objectif est de promouvoir une réduction des émissions, notamment par:
  • le renforcement de capacités pour le développement de stratégies pour de faibles émissions (LEDS) et les Nationally Appropriate Mitigation Actions (NAMAs);
  • le soutien aux pays pour l’identification, la préparation et la soumission des CPDN (Contributions prévues déterminées au niveau national, INDC en anglais). Par exemple l’UE soutient le développement de la CPDN du Sénégal;

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • la promotion des stratégies de développement urbain à faibles émissions dans les pays é

98 millions d’euros sont actuellement engagés dans des projets d’atténuation. Environ 150 à 200 millions d’euros sont prévus pour la période 2015-2020.

  • Actions sur l’agriculture : l’objectif est d’améliorer la sécurité alimentaire des populations les plus vulnérables en améliorant durablement la production agricole.

Pour ce faire, l’UE a lancé 2 initiatives majeures :

SHARE (Supporting Horn of African Resilience) : pour accroître la résilience face aux sécheresses récurrentes dans la Corne de l’Afrique.

AGIR (Alliance Globale pour l’Initiative Résilience en Afrique de l’Ouest) : pour réduire la faim et la malnutrition en prenant en compte les changements climatiques.

Entre 2007 et 2013, 13,20% du budget de l’UE alloué à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et à l’agriculture durable était lié au climat. Entre 2014 et 2020, la part sera d’au moins 20% avec 8 milliards d’euros investis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

DEBAT GENERAL

Sur les trois sessions

 

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  1. Seghir Babès, Président du CES d’Algérie

Il ne faut pas perdre de vue le cadre plus général des ODD (Objectif de développement durable ) alors que les OMD 5Objectif du Millénaire pour le Développement) sont loin d’être atteints en Afrique. La question du développement économique de l’Afrique, continent doté d’un potentiel considérable, appelle des réponses. Le pilier de la gouvernance doit être ajouté aux piliers de la croissance, de la répartition équitable et de l’environnement.

Le CES d’Algérie a créé, avec l’Université des Nations Unies une UNI-RADA, qui sera le bras académique de la recherche sur les ODD, avec objectif de formation des élites africaines et autres. Nous souhaitons établir des liens avec les autres universités africaines.

Membre de l’Ordre des Architectes, Sénégal

 

Les mesures d’atténuation et adaptation doivent être couplées car complémentaires. Des solutions doivent être trouvées en ce sens.

Membre de l’Institut de recherche et de développement (IRD) au Sénégal

 

Comment impliquer la recherche dans l’identification des solutions ? Elle a permis déjà de déminer de fausses certitudes.

Représentant du Maroc

Comment distinguer les fonds climatiques des fonds destinés au développement ? Comment connaître leur durée d’utilisation ?

 

  1. El hadj Ibrahima MBOW, rapporteur au CESE du Sénégal

 

Avant une série de questions, je tenais à faire remarquer que notre activité humaine constitue manifestement une menace pour notre environnement, en raison d’une trop grande production de gaz à effet de serre.

Ma première question est d’ordre économique, ou même sociologique, si l’on considère la consommation compulsive, voire frénétique et la culture du déchet dans les pays industriels riches. Dans ces pays, la recherche de gains à tout prix est importante. Cette situation a des conséquences incalculables dans ces pays et pour nous aussi. Je fais allusion à la chimie, à l’agrobusiness, au bois et ses dérivés.

Une deuxième question plus philosophique, presque idéologique, sur la relation entre le capitalisme, au sens de l’investissement productif, et la souveraineté, mais je pense aussi à la gouvernance.

Ma troisième question, économique, est relative à la force du marché,  grand déterminant qui joue un rôle premier en matière environnementale. Comment repenser nos styles de vie, nos systèmes de production, de consommation, de distribution ? Comment assainir nos pratiques dans un spectre très large ?

En matière de financement et de politique globale, il est important de questionner la faiblesse de la réaction politique internationale face à la crise écologique et la quasi soumission à la finance et à la technologie. Il est évident que l’économie et la technologie ne résoudront pas les problèmes environnementaux, tout comme  la croissance du marché ne réglera pas le problème de la misère dans le monde. Enfin, dans le but de limiter ce gâchis universel, nous devons sceller une convention générale contre le dérèglement climatique aussi bien au niveau local qu’au niveau global.

Agissons, monsieur le président, chers participants, pour booster la dynamique de la maturation, de prise en compte de l’impact, avec une diligence responsable.

Mme Aminata Fall MBACKÉ, membre du CESE du Sénégal

Les défis et besoins en financement sont énormes. La disponibilité en financement est loin d’être satisfaisante. Monsieur le directeur du Fonds vert du Sénégal, j’espère que vous allez opérer une rupture effective en matière de mise en œuvre de vos projets avec le peu de moyens que vous avez.

Il est impossible de prévenir les conséquences complètes du changement climatique, de prévoir ses effets et ses impacts sur la population, sur l’agriculture, sur la santé. Néanmoins, il est possible de prévoir un fonds qui serait utilisable pour lutter contre ces effets néfastes devenus de plus en plus fréquents en Afrique, surtout en Afrique subsaharienne.

Je suis optimiste parce que vous avez créé un volet suivi-évaluation. J’aimerais savoir si votre équipe de suivi n’est composée que de nationaux ou bien si certains bailleurs et partenaires financiers y ont des représentants?

 

Mme Marie Madeleine Pinto SÈNE, Vice-présidente du CESE du Sénégal

Une encyclique du Pape François portant sur l’environnement a été publiée le 15 juin dernier. Elle constitue un véritable cri du cœur du Pape, qui appelle à une révolution écologique totale.

À travers cette encyclique, le Pape invite à une nouvelle solidarité Nord-Sud où les économies du Nord auront à assumer une décroissance ou être solidaires avec les pays du sud, envers lesquels elles ont une dette écologique, notion sur laquelle il insiste. Il prône une approche écologique incorporant une perspective sociale prenant en compte les droits fondamentaux des plus défavorisés, tout en gardant à l’esprit que la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale s’alimentent mutuellement.

Il me semble que ces idées fortes sont assez importantes pour être prises en compte dans le cadre de notre réflexion.

 

  1. Ibou NDIAYE, Vice-président du CESE Sénégal

 

Nous sommes ici pour prévenir les dangers du réchauffement et du dérèglement climatiques. Les scientifiques soulignent qu’une énergie nouvelle, l’hydrogène, offre une solution et est en train de prospérer. Le monde est riche de cette ressource et un pays africain, le Mali, pourrait en devenir le premier pays producteur, car il est déjà un pays pionner en la matière. Cette ressource étant une ressource très propre, il serait bon d’encourager le Mali et les autres pays africains à continuer les recherches en vue de produire, si possible, cette ressource.

 

  1. Amadou LAMINE-DIAGNE, Directeur des financements verts au Ministère de l’environnement du Sénégal

 

J’ai été interpellé à juste titre sur la possibilité d’une rupture en matière de mise en œuvre des projets. Dans ma communication, j’ai parlé d’un besoin de  davantage d’efficience et d’efficacité dans la conception et la mise en œuvre des projets et programmes. Nous veillerons surtout à ce que des solutions locales soient appliquées aux problèmes locaux que nous vivons. Il ne s’agit pas de régler des choses que nous vivons ici avec des solutions importées, toutes faites et inadaptées à nos réalités. Il faut accroitre l’efficacité des projets que nous mettrons en œuvre.

 

Le suivi d’évaluation est une préoccupation pour beaucoup de nos partenaires du Fonds vert, et nous avons naturellement prévu de mettre en place un comité, où toutes les parties prenantes siègeront, qui suivra effectivement la mise en œuvre et qui évaluera le moment venu.

 

La prévention doit concerner aussi l’environnement et la santé. Par exemple, cela fait un certain nombre d’années que l’on parle des dégâts causés par le prélèvement du sable marin pour construire des bâtiments, alors que les gens continuent de le faire. Ce prélèvement du sable marin conduit à ouvrir des brèches marines qui s’élargissent et favorisent l’avancée de la mer. Il faut continuer à prévenir, à informer, à sensibiliser les populations,  particulièrement celles vivant sur le littoral, que plus on prélève le sable marin, plus on s’expose à des avancées de la mer. C’est un exemple parmi tant d’autres de l’importance de la prévention qu’il faut faire.

 

  1. Boubacar MBODJI, Conseiller Spécial du Président de la République du Sénégal pour l’énergie et l’environnement

 

Je voudrais me féliciter encore une fois de tout ce qui a été dit ici et du rôle que le Conseil économique, social et environnemental est en train de prendre dans la lutte contre les changements climatiques. J’apporterai deux courtes réponses.

 

La première est à propos de l’hydrogène. Le problème de cette ressource est son coût de production. Produire de l’hydrogène revient en outre actuellement à dépenser plus d’énergie que l’on n’en récupère. L’hydrogène est produit à partir de l’éclatement d’une molécule d’eau H2O, opération qui demande plus d’énergie que la molécule d’hydrogène ne peut en produire. Le recours à l’’énergie solaire est aussi une bonne perspective pour cette question. Un début de recherche est mené. En Algérie, un grand laboratoire travaille depuis longtemps sur le sujet, utilisant le méthane, le CH4. Ce laboratoire cherche des solutions économiques pour  casser la molécule de méthane afin d’en récupérer l’hydrogène, énergie propre.

 

D’autres recherches portent sur le stockage de l’énergie solaire diurne et sa réinjection dans les réseaux électriques.

 

Concernant la question des réfugiés climatiques, je voudrais insister sur le drame de ces milliers de jeunes africains qui se noient dans l’océan. L’Occident doit prendre conscience qu’il n’y a pas d’autre issue que la solidarité, la nécessité de développer de grands projets qui fixent ces jeunes africains sur leurs territoires et permettront à l’Afrique de décoller.

 

Mme Voré Gana SECK, Conseillère du CESE du Sénégal

 

Concernant le thème de la protection sociale, nous avons beaucoup insisté sur le rôle du changement climatique et de son impact sur la vulnérabilité des populations rurales et nous avons recommandé la promotion d’une agriculture familiale intelligente soucieuse du climat. C’est la raison pour laquelle nous avons dit que les programmes de recherche sur des semences adaptées devraient être accentués, des semences à cycle plus court du fait que la pluviométrie pose de plus en plus de problèmes.

 

Pour ce qui est du maraîchage, nous avons trouvé comme solution, dans notre plan d’action pour l’adaptation du Sénégal, la maitrise de l’eau, comme dans les pays qui ont reverdi le désert, et l’utilisation de semences adaptées, en intégrant l’agriculture et l’élevage afin de diversifier les revenus.

 

Le Conseil économique a également émis un avis sur l’agriculture, présenté lors de la réunion d’Athènes, prônant une agriculture adaptée au climat, soucieuse du climat et sobre en carbone.

 

  1. Moustapha Kamal GUEYE, BIT

Je voudrais évoquer un partenariat qui intervient au Sénégal et dans quelques pays de notre région, le fameux partenariat pour l’action en faveur de l’économie verte (PAGE), consortium de pays amis désireux de s’engager dans la transition vers une économie verte en termes de mobilisation de ressources.

 

Aujourd’hui, cinq agences du système des Nations-Unies, le PNUD, le BIT, le PNUE, l’ONUDI et l’UNITAR, se sont regroupées autour de ce partenariat pour une action en faveur de l’économie verte et essayer de mobiliser les ressources pour accompagner les pays dans leurs efforts de transition vers une économie verte. Dans notre sous-région, aujourd’hui, un pays comme le Sénégal et un pays comme le Burkina Faso en bénéficient, pour ne mentionner que l’Afrique de l’Ouest. C’est un partenariat de sept ans touchant une trentaine de pays accompagnés du point de vue de la recherche et du renforcement de capacités dans des initiatives allant dans le sens de l’atténuation et de l’adaptation.

 

Une dimension importante est le rôle que devraient jouer effectivement les populations au plus près des réalités dans l’adaptation. C’est fondamental et à ce titre, dans le cadre de PAGE au Sénégal, les acteurs que sont le Conseil économique, social et environnemental, l’Assemblée nationale, les élus locaux – parce que plus près des réalités –  sont mobilisés pour produire un document d’orientation sur l’économie verte au Sénégal.  Cette participation pluriacteurs permet de prendre en compte un certain nombre de réalités et d’associer au plus près les populations qui sont, à la fois victimes certes, mais qui aussi acteurs car elles contribuent, par leurs activités quotidiennes, à générer des effets sur le changement climatique.

 

Cette prise de conscience de la nécessité de faire et de travailler avec d’autres acteurs que les acteurs institutionnels est une dimension importante dans la victoire espérée en termes de changement de comportement.

 

Mme Anna ROPERS BERGEOT, Représentation permanente de l’UE

 

Pour répondre à la question qui m’avait été posée concernant les besoins de fonds, la réduction des émissions liées à la déforestation et la dégradation des forêts dans les pays en développement, en RDC, en Afrique centrale en générale, des fonds de préparation qui ont été mobilisés.  Autrement dit, il faut que les gouvernements, les institutions et l’appareil juridique soient renforcés. En fait, il s’agit d’une préparation au régime climat post 2020. Les retombées se font en matière de capacité et mettent du temps à être perceptibles.

 

Ensuite, la deuxième question concernait les fonds évoqués ultérieurement. Le centre de suivi écologique du Sénégal a été crédité, dans un premier temps pour le fonds d’adaptation. Il a été la première entité au niveau international à être crédité, ce qui a facilité son accréditation auprès du fonds vert climat en mars 2015. Pour le processus d’éligibilité, je préfère donner la parole à mon collègue du centre de suivi écologique, le directeur adjoint qui pourra vous faire un petit résumé du processus et de la durée qu’il a fallu au centre de suivi écologique pour obtenir cette accréditation et de pouvoir avoir un accès direct à la ressource.

 

Je terminerai sur le processus d’accréditation. Sur cette demande, il nous a été demandé de fournir toutes les informations concernant, en fait tout le processus administratif et financier sur les dix dernières années. Et pour ça donc, nous avons eu à fournir les audits certifiés du centre, les procédures de certification, les procédures qui montrent que nous respectons toutes les procédures environnementales et sociales, que nous avons une politique anti-fraude, que nous avons une politique genre, en fait toutes ces procédures-là ont été respectées et certifiées pour pouvoir être considéré au niveau du fonds.

 

Et en plus, nous avons eu à fournir les contacts de tous nos partenaires techniques et financiers en leur donnant l’autorisation de pouvoir nous contacter pour pouvoir vérifier tout ce qu’on a eu à dire dans le document. Et donc c’est une procédure assez fastidieuse, mais bon, quand même je pense que c’est pour assurer, quelqu’un l’a dit tantôt, une bonne transparence des fonds qui seront versés.

 

  1. Moïse NAPON, Modérateur

 

La détérioration du climat du fait de l’Homme a été abondamment abordée. Je pense qu’il serait intéressant de mettre l’accent sur la notion de pollueur-payeur. Peu de personne ont insisté sur cette notion au cours des débats. On a surtout parlé de fonds, j’ai même noté cent vingt-six fonds. Les populations n’en connaissent pas l’existence, pour la plupart et je me demande s’il ne faut pas explorer les voies et moyens pour que les populations puissent mieux s’approprier l’utilisation de ces fonds pour, finalement, profiter de ces fonds.

 

J’aimerais aussi dire que j’ai beaucoup appris grâce aux différentes contributions et aux questions et réponses ; je crois que nous repartirons avec une nouvelle perspective ou bien une perspective renouvelée sur le problème des changements climatiques. C’est une question qui touche l’ensemble du monde, les pollueurs comme les pollués : nous sommes dans la même barque et j’espère que nous allons nous donner la main pour travailler ensemble afin d’arriver tous à bon port.

 


CEREMONIE DE CLOTURE

 

 

 

 

Abdoulaye  BALDE, Ministre de  lEnvironnement  et  du  Développement  durable.-

 

Madame  la  Présidente de l’ UCESA, Présidente du CESE du  Sénégal, Madame  Aminata TALL,

Monsieur  le Président de l’UCESIF, Président  du CESE du Maroc et  représentant du  pays qui accueillera la XXIIe conférence d’impact sur le climat.

Monsieur le Président du CESE  de  France, Représentant du pays qui accueillera la vingt et unième CDP, la conférence des parties à Paris,

Mesdames, messieurs  les délégués, mesdames et messieurs, c’est pour moi un honneur de clôturer la conférence de l’UCESIF et de l’UCESA sur les enjeux du changement climatique et de savoir qu’une déclaration commune va être adoptée en vue de la XXIe conférence des Nations Unies sur le changement climatique.

En effet, le dérèglement climatique constitue un défi global appelant à une solidarité et à une justice mondiale face à ce phénomène irréversible causé par l’Homme. Il est clair que nous devons orienter autrement nos trajectoires de développement afin de préserver notre planète. Pendant cette journée d’échange, vous avez parcouru les enjeux scientifiques, sociaux politiques et économiques à considérer pour permettre à l’humanité de faire face aux changements climatiques et, plus précisément, la question de la solidarité entre les peuples.

Les pays les  plus exposés aux changements climatiques demeurent les pays les moins émetteurs de gaz à effet de serre, les pays ayant peu de capacités pour faire face

 

 

 

 

techniquement et économiquement à ces aléas. Par  conséquent la question du  traitement adéquat de l’adaptation devra être inéluctablement abordée à la vingt-et-unième  conférence, à Paris. Un  objectif quantifié d’accroissance de la résilience des populations face aux effets négatifs du changement climatique doit être défini. Ceci permettra d’accompagner les populations pauvres et vulnérables et d’amoindrir les coûts induits par les catastrophes naturelles que sont : les inondations, les sécheresses, l’invasion maritime ou fluviale, le déficit hydrique, les risques sanitaires, et j’en passe.

A cet égard, il faudra que la communauté internationale s’engage avec volontarisme dans le financement de l’adaptation et considère la particularité des pays pauvres pour l’accès au financement, notamment l’Afrique, au regard des coûts additionnels engendrés par le dérèglement climatiques

Le réchauffement de la planète aura de profondes répercutions sur les modes de production des aliments, comme l’a souligné la  Directrice  générale adjointe  aux ressources naturelles de la FAO. Compte tenu de la menace croissante que représente le changement climatique pour les disponibilités alimentaires mondiales et des problèmes qu’il pose pour la sécurité alimentaire et la nutrition, les responsables publics doivent intervenir d’urgence et de façon concertée pour mieux cibler leur action sur les facteurs les plus importants d’adaptation aux changements climatiques, pour atténuer certains impacts négatifs du climat sur  la production  alimentaire.

Le Sénégal, à l’instar des pays présents, devra maintenir sa trajectoire d’émergence et garantir la sécurité de ses populations. Certes, l’Afrique ne représente que 4% des émissions mondiales, mais au regard de sa croissance économique et démographique, sa responsabilité sur le réchauffement climatique ne sera pas négligeable dans le futur et, je tiens à le dire, pour les générations futures. L’atténuation est la première forme de l’adaptation, et nous devons veiller à ce que le réchauffement de la température n’excède pas les 2°c d’ici à 2050. C’est l’objectif de Paris, un nouveau régime climatique applicable à tous.

Toutefois, les pays développés doivent prendre le leadership pour une question d’équité et de morale. Le principe de la responsabilité commune et différenciée : la question de  la responsabilité historique ne peut pas être occultée. Un processus dynamique d’engagement des pays suivant leurs capacités respectives devra être considéré à Paris, et le rôle central de la technologie devra être renforcé dans le dispositif, non en utilisant le modèle actuel de commerce international des brevets, mais pour en pensant autrement le transfert des technologies propres tel qu’il rende le déploiement et l’accessibilité aux technologies propres effectifs : la survie de l’humanité en dépend.

Tant pour l’atténuation que pour l’adaptation, le financement permettant le déploiement de technologies favorables à la lutte contre le  réchauffement  climatique devra donner lieu à un objectif quantifié et à un suivi.

Je ne peux terminer mon propos sans parler de l’importance de vos rôles, honorables conseillers, pour orienter les décideurs dans le choix des politiques en faveur des populations locales en recherchant les impacts positifs durables. Je vous félicite pour cette initiative fortement importante et pour cette déclaration commune qui atteste de votre engagement et sera partagée avec l’ensemble des chefs d’Etats et des ministres en charge de l’environnement, contribuant à guider la négociation vers un nouvel accord en décembre 2015.

Je remercie les partenaires financiers et techniques qui ont contribué à la  réalisation de cette importance conférence et les hautes délégations nationales et internationales qui ont pris part à cette  session. J’en profite pour remercier le Royaume chérifien pour sa contribution nationale qui reflète son ambition et son engagement effectifs pour intégrer la lutte contre les changements climatiques dans ses politiques. Je salue la coopération fraternelle entre nos deux États.

Je voudrais également, au nom du Président de la République, Son  Excellence Monsieur Macky SALL, remercier et féliciter la République française pour son engagement sans  faille au service de la réussite de la COP 21, et également pour l’implication du Président Jean Paul DELEVOYE, Président du  CESE de France dans la réussite de cette conférence.

Enfin, je voudrais rendre un  vibrant hommage à Madame la Présidente du CESE du Sénégal et Présidente de l’Union des Conseil Économique et Sociaux d’Afrique, pour son  leadership et son engagement.

Pape FAYE, maitre de cérémonie.-

Mesdames et Messieurs, nous allons écouter la lecture de la déclaration finale de Dakar par Madame Aminata TALL, Présidente du Conseil Économique, Social et Environnemental du Sénégal.

Aminata TALL, Présidente du CESE du Sénégal

 

Lecture de la déclaration ci-après par Mme Aminata TALL.


 

 

 

 

 

 

Déclaration finale du Séminaire les Défis du changement climatique, les réponses et financements pour accompagner l’atténuation du réchauffement et l’adaptation des économies

 

Réunis à Dakar le 1er juillet 2015, à l’occasion du séminaire conjoint organisé par l’Union des Conseils Economiques et Sociaux d’Afrique (UCESA) et l’Union des Conseils Economiques et Sociaux et Institutions similaires des états et gouvernements membres de la Francophonie (UCESIF) sur les Défis du changement climatique, les réponses et financements pour accompagner l’atténuation du réchauffement et l’adaptation des économies,

Nous, Présidents et représentants de l’UCESA et de l’UCESIF,

  • Conscients de la course à l’abîme que constituent l’actuelle exploitation intensive des ressources de la planète et la pollution engendrée par l’activité humaine, source de la multiplication des crises et des catastrophes naturelles,

 

  • Avertis de la gravité des impacts du dérèglement climatique d’origine anthropique sur la ressource en eau potable, sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle, sur la santé, sur la biodiversité terrestre et marine, sur les inégalités, et sur les droits de l’Homme,

 

Invitons nos gouvernements respectifs à :

 

  • Déployer tous leurs efforts pour que la 21ème Conférence des Parties (COP21) à la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUC), qui se tiendra à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015, aboutisse à la signature d’un accord international universel, juridiquement contraignant sur le climat permettant de contenir, tant qu’il en est encore temps, le réchauffement global en deçà de 2°C. Cet accord devra inclure des dispositions relatives à l’adaptation, aux finances, au transfert technologique et au renforcement des capacités.

 

  • Porter un niveau élevé d’exigence en ce qui concerne les financements nécessaires pour l’atténuation et l’adaptation au réchauffement climatique incluant la nécessité de dotations adéquates et d’origine principalement publique pour le Fonds Vert des Nations Unies, explorant toutes les possibilités ouvertes par financements alternatifs signalés récemment.

 

  • Mettre au cœur de leurs politiques nationales et de la négociation internationale la recherche de « solutions » techniques, comportementales, sociales et organisationnelles mobilisant l’ensemble des acteurs publics et privés de la société, aux niveaux local, national et international.

 

  • Elaborer au plus vite, dans cette perspective, des stratégies nationales d’atténuation et d’adaptation et de les soumettre au titre des Contributions Prévues et Déterminées au Niveau National (CDPN – INDC en anglais) à l’instar du Gabon et du Maroc, qui ont soumis leurs contributions publiquement parmi les premiers en Afrique, comprenant des réductions significatives d’émissions de gaz à effet de serre, respectivement d’au moins 50 et 13 % à l’horizon 2030 par rapport aux trajectoires prévues.

 

Souhaitons que nos assemblées, qui réunissent l’ensemble des acteurs clés de l’économie et de la société civile :

 

  • Soient étroitement associées à la préparation de ces Contributions Prévues et Déterminées au Niveau National qui devraient constituer, dans chaque pays, le socle d’un nouveau Contrat Social pour un développement économique et social durable dont ils ont la capacité d’être une composante motrice.

 

  • Participent au processus d’information et de sensibilisation du public et à l’implication de tous les acteurs du développement économique, social et environnemental, ainsi qu’à la mobilisation des financements au bénéfice des populations et des territoires.

 

Invitons l’Union des Conseils Economiques et Sociaux d’Afrique et l’Union des Conseils Economiques et Sociaux et Institutions similaires des états et gouvernements membres de la Francophonie à participer au suivi de la mise en œuvre de l’accord universel et contraignant attendu de la Conférence Paris Climat, dans la perspective de la préparation de la 22e Conférence des parties à la Convention Climat que le Maroc accueillera fin 2016, conformément au Protocole de coopération signé entre les deux Unions à Rabat le 11 juin 2015.

 

 

 

 

 

Fait à Dakar, le 1er juillet 2015

 

 

Pour l’UCESA, Mme Aminata Tall, Présidente, Présidente du CESE du Sénégal

 

Pour l’UCESIF, M. Moussa Moumouni Djermakoye, Vice-Président et Trésorier, Président du                        CESOC du Niger

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contribution 2015 du Conseil Economique et Social de Guinée

 

Cette contribution du CES de Guinée s’articulera sur trois éléments :

Généralités sur le changement climatique

Impacts des changements climatiques

Démarches de la Guinée

 

I -GENERALITES :

L’homme pour sa survie exerce une forte pression sur la nature, perturbe le climat. Il va falloir désormais le maitriser.

Apres Rio en 1992 et Kyoto en 1997, Paris doit être une nouvelle étape pour répondre collectivement au défi des changements climatiques.

L’histoire atteste que l’homme n’a jamais autant menacé, de par son activité,  les écosystèmes et les ressources indispensables à son existence. La nécessité s’impose aujourd’hui à l’humanité d’accorder une priorité aux changements climatiques.

Il est indéniable aujourd’hui que les changements climatiques constituent le défi majeur auquel doit faire face notre planète au cours de ce siècle. Par leurs conséquences dramatiques sur la terre et les hommes, ils nous imposent de trouver et de mettre en œuvre, de manière déterminée et diligente, des politiques appropriées en vue de lutter efficacement contre ce phénomène. Ces politiques, nous le devons à nous-mêmes, parce que les changements climatiques sont déjà là. Nous le devons aussi aux générations futures auxquelles nous avons le devoir de léguer une planète viable.

Trois séries de données scientifiques, aujourd’hui irréfutables, ont inspiré l’élaboration de la stratégie mise en place depuis le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992: d’abord, que le phénomène des changements climatiques est d’origine humaine, ensuite qu’il a été provoqué par les émissions de gaz à effet de serre depuis la Révolution industrielle et, enfin que les pays en développement qui ont le moins contribué aux changements climatiques seront ceux qui en souffriront le plus.

C’est pour ces raisons que la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques a posé de manière vigoureuse et lucide les principes cardinaux devant diriger l’action internationale en la matière et défini sans équivoque les responsabilités des uns et des autres. Nous tenons à rendre hommage à la vision de ses concepteurs.

Parmi les principes consacrés par la Convention, celui de la responsabilité commune mais différenciée paraît essentielle. Les pays industrialisés se doivent d’honorer les engagements auxquels ils ont souscrit au titre de la Convention et du protocole en termes de transferts de technologie, de financement et de renforcement des capacités pour venir en aide aux pays les plus vulnérables -et tous les pays en développement le sont- et doivent leur permettre de supporter le fardeau de l’adaptation aux changements climatiques. C’est une obligation légale, un devoir de solidarité et une exigence dictée par l’interdépendance car les changements climatiques ne connaissant pas de frontières.

Dans l’action collective de la communauté internationale pour faire face à ce défi sans précédent, dont nous ne connaissons apparemment que les prémices, les pays industrialisés se doivent d’assumer le leadership tant en raison de leurs responsabilités historiques  que parce qu’ils sont seuls en mesure de prendre la tête d’une vaste entreprise de transformation de l’économie mondiale orientée vers l’avènement d’une économie verte porteuse de nouvelles opportunités pour tous.

Dans cette perspective, notre vision à long terme ne doit pas envisager un partage injuste de l’espace atmosphérique. Les objectifs mondiaux de réduction d’émissions pour 2050, et ceux envisagés pour les pays développés, ne doivent pas laisser aux pays en développement une portion congrue de cet espace, insuffisante pour permettre le développement économique et social auquel ils aspirent.

Les pays en développement, à commencer par l’Afrique, doivent prendre leur part du fardeau de la lutte contre le réchauffement climatique en élaborant des contributions prévues et déterminées au niveau national qui ont été convenus par les Parties et d’engager ou amplifier leur contribution au niveau national lors de la 19ème  session de la conférence des Parties à la Convention cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC) qui s’est tenue à Varsovie en 2013.

A l’occasion de la 20ème Conférence des Parties tenue à Lima au Pérou en Décembre 2014, les Parties ont adopté une déclaration orientant le Format de leurs futurs engagements de réduction des émissions des Gaz à Effet de Serre (GES) ; l’objectif étant de limiter la hausse de température planétaire à 2°C. Les contributions nationales doivent permettre une baisse globale des émissions de 40 à 70% d’ici 2050. Les engagements des pays devront être transmis avant la COP 21 à Paris au secrétariat de la Convention, qui se chargera de proposer une synthèse agrégeant les différents engagements au 1er Novembre 2015.

  1. IMPACTS DES CHANGEMENTS CLIMATIQUES :

Ces impacts sont liés à :

– La grande vulnérabilité du continent africain ;

– Une forte dépendance vis à vis des ressources naturelles ;

– de très faibles capacités d’adaptation (faibles valeurs du PNB, limitation des capacités financières et institutionnelles).

L’Afrique subsaharienne se caractérise par:

– Une augmentation de température, actuellement,  elle est de + 0,5°C par siècle

– Une très forte variabilité interannuelle ;

– Des projections très variables selon les modèles.

Les impacts des changements climatiques en Afrique semblent tous être négatifs sur la nature  (ressources en eau, agriculture et sécurité alimentaire, élevage, santé, énergie, pêche)

2-1    Ressources en eau.

Il importe de noter à ce niveau :

  • la Diminution des débits fluviaux depuis 1970 ;
  • l’Influence de la désertification: (ensablement de certains grands fleuves). Parallèlement, sur certains petits bassins versants, suite à une augmentation de l’érosion qui a causé  la dégradation du couvert végétal et des sols ;
  • la Diminution des superficies des zones humides (cas du lac Tchad) ;
  • la Dégradation de la qualité des eaux ;
  • la Prolifération des espèces envahissantes (jacinthe d’eau) ;
  • la Pollution des eaux d’origine domestique, agricole ou industrielle ;
  • la Salinisation des eaux des zones côtières ;
  • la Baisse de la recharge des eaux souterraines ;
  • la Baisse des niveaux piézométriques.

Il faut faire remarquer que d’ici 2025, 9 pays devraient connaître une rareté de l’eau et 12 pays une situation de stress entrainant une situation de vulnérabilité pour  460 millions de personnes en particulier en Afrique de l’Ouest

Un autre Impact en fonction notamment des prévisions sur les précipitations est à signaler ainsi que les Problème des bassins fluviaux transfrontaliers (environ 80) (cf. étude IUCN Niasse, 2005).

2-2    Agriculture et sécurité alimentaire

Le contexte de production agricole insuffisante par rapport aux besoins entraine une  forte importation y compris l’aide alimentaire qui se chiffre à 3 millions de tonnes par an. Ceci ayant pour cause le déclin des rendements agricoles.

D’autres impacts importants influent ce secteur vital, à savoir :

  • la Forte dépendance vis-à-vis des paramètres climatiques (agriculture pluviale)
  • L’agriculture représente en moyenne 20% du PNB et une forte proportion des emplois.
  • Les Problèmes de gestion avec des conséquences en termes de dégradation des sols
  • La plupart des régions (surtout les zones marginales) devraient connaître une diminution de la longueur de la période de croissance

 2-3   Elevage

Les impacts du changement climatique dans ce secteur sont non des moindres. Ils se caractérisent par :

  • la Dégradation qualitative et quantitative des ressources fourragères ;
  • la Rareté des points d’eau
  • la Température excessive (voir l’épisode du Ferlo)
  • l’augmentation de la désertification due au surpâturage

2-4    Santé

Plusieurs maladies liées à divers paramètres climatiques comme la malaria, la dengue, le choléra, la méningite, etc. sont à prendre en compte.

Selon l’OMS, entre mi-1970 et 2000, il y aurait eu par an 150 000 personnes mortes et 5 millions de personnes handicapées suite aux impacts des changements climatiques (malaria, diarrhées et malnutrition). Ces chiffres pourraient plus que doubler d’ici 2030. Mais l’impact de la croissance démographique pourrait être plus significatif avec pour conséquence :

  • la Recrudescence de certaines maladies liées aux paramètres climatiques (malaria, méningite)
  • l’Emergence de nouvelles maladies: dengue. Fièvre hémorragique à virus ‘’EBOLA’’ ;
  • les Problèmes des vagues de chaleur et leurs conséquences sur les personnes âgées et les enfants.

2-5    Energie

A la demande croissante liée à la démographie et au développement économique vont  s’ajouter :

  • des problèmes liés au climat
  • la plus grande demande en moyens de ventilation.
  • L’hydroélecitrité (influence du remplissage des lacs de barrages (cas de Manantali au Mali et Garafiri en Guinée), sur la production d’hydroélectricité (barrage d’Akosombo au Ghana) entrainant des délestages.

2-6    Pêche

Les écosystèmes côtiers sont caractérisés par endroits par la présence de forêts de mangrove qui constituent des frayères, des écloseries et des niches pour une gamme variée d’espèces marines. Les impacts à retenir sont :

. La coupe du bois de mangrove

Elle se pratique pour la production du bois d’énergie et de service. Il existe une réelle inadéquation entre les prélèvements de bois et les potentialités des secteurs de coupe.

. Le fumage du poisson.

Il emploie des techniques traditionnelles avec utilisation d’une quantité très appréciable de bois de Rhizophora.

. L’extraction du sel de mangrove.

Elle occasionne des défrichements importants pour l’ouverture de nouveaux casiers a sel ou par la coupe de bois pour l’extraction de sel

2-7    Les événements externes

Ils peuvent se résumer comme suit :

  • les Pluies diluviennes et vague de froid dans le nord Sénégal en janvier 2002: perte de plus de 50000 bovins et 500000 petits ruminants; 20000 habitations détruites; 30 morts (ONU, 2002)

A ce titre, le PAM a injecté 1milliard 434 millions de $ US et distribué 7270 tonnes de nourriture pour 101000 sinistrés

  • les inondations à Dakar en 2005 ;
  • les inondations en Guinée en 2007 ayant affecté plus de 20 000 ménages et englouti plus de 2000 ha de terre.

III. DEMARCHE DE LA GUINEE

En Guinée la principale cause de perturbation climatique est : La déforestation : aussi bien sur la terre ferme que sur le littoral et les feux de brousse.

Pour lutter contre ces phénomènes, le CES de Guinée, au regard des réalités du pays, recommande les mesures suivantes:

  • Aménager les terres pour limiter au minimum les cultures itinérantes sur brulis ;

–          Préserver la mangrove ;

–          Promouvoir l’usage du gaz domestique pour diminuer la coupe des bois pour charbon ;

–          Promouvoir les énergies renouvelables (solaire, éolien, marine ; etc.) ;

–          Réorganiser les terres d’exploitation minière artisanale (or, diamant…) pour

préserver le couvert végétal ;

–          Limiter l’extraction â outrance du bois pour la cuisson du sel ;

–          Lutter contre la pratique de fabrication de briques cuites généralement opérée au bord

des cours d’eau qui nécessite beaucoup d’eau et de bois ;

–          Apporter une meilleure gestion des ordures et autres déchets surtout plastiques ;

–          Assurer une meilleure gestion de l’exploitation de  la forêt en y apportant une plus

grande valeur ajoutée ;

–          Procéder de façon systématique au reboisement des zones dénudées ;

–          S’assurer que les ressources minières sont exploitées dans le cadre d’un  développement durable au profit des générations actuelles et futures.

En ce qui concerne la contribution nationale pour la préparation de la 21ème Conférence des Parties (COP 21 de Paris), une feuille de route a été mise en place qui va incessamment permettre l’élaboration de cette contribution, à travers le Comité interministériel préparatoire des travaux de la COP 21, prévue à Paris, en Décembre 2015,

Le CES de Guinée, déterminé à jouer le rôle qui est le sien en la matière, est représenté dans ledit Comité pour y apporter  sa contribution  à la réussite de la  Conférence de Paris.

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Paris, le 29 avril 2015

RÉUSSIR LA CONFÉRENCE CLIMAT PARIS 2015

AVIS

présenté au nom de la
Section des affaires européennes et internationales

par

  1. Bernard GUIRKINGER et Mme Céline MESQUIDA, rapporteurs

SYNTHESE DE L’AVIS

En novembre 2011, le CESE votait un avis intitulé « Les négociations climatiques internationales à l’aune de la Conférence de Durban ». La tenue en France, en cette fin d’année, de la 21ème Conférence des parties de la Convention cadre des Nations Unies (COP21) est l’occasion pour le CESE de rendre un avis de suite.

Toutes les données scientifiques convergent vers le même constat alarmant : le réchauffement de la planète s’accentue sous l’effet d’une augmentation sans précédent des émissions de gaz à effet de serre (GES). Sur tous les points du globe, les manifestations des dérèglements climatiques sont d’ores et déjà plus que tangibles et n’iront qu’en s’aggravant si rien n’est fait, comme le souligne le dernier rapport du GIEC.

Les perspectives sont donc plus qu’inquiétantes car il en va de la vie des générations actuelles et prochaines si on ne remet pas en cause des modes de production et de consommation incompatibles avec des ressources limitées et une répartition équitable des richesses.

Dans le même temps, les grandes conférences internationales sur le changement climatique, qui se succèdent, peinent à progresser vers une régulation internationale du climat. Celles-ci ne sont pas que climatiques mais se situent à la confluence d’enjeux et d’intérêts géostratégiques, politiques, économiques contradictoires.

Dans ce contexte, l’objectif de la conclusion, à Paris, d’un accord global, juste et ambitieux constitue le défi à relever.

 

LES PRÉCONISATIONS

  1. VALORISER ET ENCOURAGER LES INITIATIVES POSITIVES

Les initiatives pour combattre le réchauffement climatique et s’adapter à la hausse des températures se multiplient au niveau des villes, des régions, des entreprises petites moyennes ou grandes, des ONG et des citoyens. Les organisations syndicales, les grandes organisations internationales, sont également très actives et contribuent à la mobilisation des sociétés civiles et des responsables politiques.

Quelques exemples illustratifs : fermeture d’une décharge de déchets ménagers grâce à la collecte sélective à Mexico, stations d’épuration à Milan combinant traitement des eaux usées et irrigation agricole, démarches volontaristes de grands groupes industriels et de nombreuses PME pour une société bas carbone, recherche tant publique que privée dans les domaines du stockage de l’énergie, des énergies renouvelables, des transports…, programmes en matière agricole du CCFD/Terre solidaire dans les pays en développement, actions de la Confédération syndicale internationale, plateforme Océan – Climat…

Le CESE veut mettre le climat au cœur des débats de société et encourage tous les acteurs de la société civile et les collectivités locales à poursuivre et amplifier leurs efforts dans un triple but : réduire les consommations d’énergie ; produire et consommer différemment en repensant les modèles économiques ; œuvrer en faveur de la mise au point de procédés et de technologies sobres en carbone.

  1. PARVENIR A UN ACCORD GLOBAL, JUSTE ET AMBITIEUX

Cette mobilisation n’en appelle pas moins une régulation internationale entre l’ensemble des États membres de l’ONU.

  • Souscrire des engagements conformes aux préconisations scientifiques

Le CESE se prononce pour :

  • La préservation du cadre multilatéral de négociations pour traiter d’un défi planétaire.
  • L’adoption d’un accord global, juste et ambitieux pensé de manière dynamique et évolutive dans le temps.
  • Le renforcement de la diplomatie climatique de l’Union européenne par une promotion au sein de la communauté internationale de ses engagements.
  • La mesure et la vérification des émissions des GES par un contrôle international du respect des engagements pris.
  • La participation et l’adhésion sur un mode proactif de la société civile par entre autres :
  • Une action pédagogique forte des pouvoirs publics sur les enjeux climatiques et l’encouragement au dialogue environnemental sous toutes ses formes ;
  • L’insertion, dans les contributions des différents États, d’un volet sur les modalités d’information et de participation du public ;
  • Une association effective des sociétés civiles, en particulier des conseils économiques, sociaux et environnementaux, à la préparation de la COP21 et au suivi de la mise en œuvre de ses décisions.

 

  • Garantir un soutien équitable aux populations les plus vulnérables
  1. Le CESE plaide pour:
  • Le respect des engagements financiers pris à Copenhague en 2009 en faveur du Fonds Vert

Afin de parvenir à le doter des 100 milliards de dollars par an prévus d’ici à 2020, il recommande :

  • La mise en place d’une taxe internationale sur les transactions financières avec une assiette la plus large possible ;
  • La mise à contribution des transports internationaux aériens et maritimes par l’institution d’un mécanisme financier sur le CO2 ;
  • L’utilisation des droits de tirage spéciaux (DTS) du Fonds Monétaire International.
  • L’utilisation efficace et équitable du Fonds Vert

A cette fin, il insiste notamment sur :

  • Son affectation en priorité, sur des critères lisibles, à des projets à destination des populations les plus vulnérables ;
  • La possibilité pour les collectivités locales de solliciter directement le Fonds Vert et plus largement les financements internationaux ;
  • Une participation directe des organisations de la société civile au Conseil d’administration du Fonds.
  • L’intégration du défi climatique aux politiques d’aide au développement

Dans la perspective de l’adoption des Objectifs de Développement Durable (ODD) en septembre 2015 à quelques mois de la COP21 de Paris, notre Assemblée met l’accent sur :

  • L’importance du renforcement des liens entre ces négociations et celles, plus larges, liées à l’environnement (climat, biodiversité et désertification) ;
  • L’octroi d’un appui technique et administratif aux pays en développement, pour la constitution de leurs propres sources de financement.
  • ALLER VERS DE NOUVEAUX MODELES DE DÉVELOPPEMENT
  1. IMPULSER UNE RÉGULATION ÉCONOMIQUE à LA HAUTEUR DU DÉFI CLIMATIQUE

Notre Assemblée est favorable à :

  • Une régulation économique et bancaire mieux adaptée aux besoins de financement à long terme.
  • Une plus grande mobilisation des financements privés et la création de fonds orientés vers la transition environnementale.
  • Un soutien aux initiatives donnant un prix au carbone.
  • Une sortie progressive des subventions aux énergies fossiles.
  1. Repenser la gouvernance internationale pour accompagner des transitions justes

Le CESE milite pour une anticipation et un accompagnement des travailleurs et des différents secteurs d’activités.

A cet effet, il préconise :

  • Un renforcement du dialogue social au niveau international au sein de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) en faveur de la négociation d’accords sectoriels liés spécifiquement à des transitions socio-économiques justes.
  • Le développement d’accords cadre internationaux pour anticiper et planifier les transformations.
  • Le développement de la notation extra-financière des entreprises afin de favoriser les investissements responsables.
  • La réalisation d’études préalables, par secteur et par zone géographique, des impacts à moyen et long terme sur l’emploi des politiques d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.
  • La mise en place de parcours de transition professionnelle pour des emplois décents et de qualité dans les secteurs porteurs d’innovations sociales et technologiques.
  1. Mieux prendre en compte le défi des déplacés environnementaux

Les dégradations environnementales risquent de générer voire d’exacerber des tensions entre populations, susceptibles de déboucher sur des conflits armés.

Le CESE prône un approfondissement de la réflexion sur la diversité des réponses politiques possibles autour de deux axes :

  • Le recours aux outils existants en matière de gouvernance des migrations internationales (accords régionaux ou bilatéraux).
  • Une gestion de manière anticipée des déplacements et non sous la pression de l’urgence d’une crise.

 

Principales conclusions du Cinquième Rapport d’Évaluation (AR5) du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)

 

Changement climatique : Répercussions sur le secteur agricole

 

Résumé analytique

Les impacts du changement climatique sur la production céréalière et alimentaire sont déjà flagrants dans plusieurs régions du monde et les impacts négatifs prédominent nettement sur les impacts positifs. Sans adaptation, le changement climatique devrait entraîner une réduction de la production en cas de hausse de la température locale de 2 °C ou plus (au-dessus des niveaux de la fin du XXe siècle) jusqu’en 2050, bien que certaines régions puissent bénéficier de cette hausse. Après 2050, le risque d’impacts plus graves sur le rendement augmentera et dépendra du niveau de réchauffement. Le changement climatique touchera de manière particulièrement sévère la production agricole en Afrique et en Asie. Des hausses de la température mondiale de4 °C ou plus, associées à une demande accrue de denrées alimentaires, présenteraient de grands risques pour la sécurité alimentaire aux niveaux mondial et régional.

Les émissions de gaz à effet de serre (GES) issues de l’agriculture représentaient environ 10 à 12 % des émissions de GES d’origine humaine en 2010. Ce secteur est le principal contributeur de GES autres que le dioxyde de carbone (y compris le méthane), dans la mesure où il représentait 56 % des émissions autres que le CO2 en 2005. Des possibilités d’atténuation sont disponibles tant du côté de l’offre que de la demande.

Du côté de l’offre, les émissions dues au changement d’affectation des terres, à la gestion des terres et à la gestion de l’élevage peuvent être réduites. Les stocks de carbone terrestres peuvent, quant à eux, être augmentés par sa rétention dans les sols et la biomasse. Les émissions dues à la consommation énergétique dans l’ensemble de l’économie peuvent être réduites à certaines conditions en remplaçant les carburants fossiles par des biocarburants. Du côté de la demande, les émissions de GES peuvent être réduites en diminuant les pertes et le gaspillage alimentaires, ainsi qu’en encourageant d’autres régimes alimentaires.

Les intérêts du secteur agricole seront le mieux servis par des approches ambitieuses en matière d’atténuation. Ces approches devraient permettre de ne pas dépasser les plafonds clés de température, ainsi que de renforcer la résilience du secteur face à des hausses inévitables des températures et aux phénomènes climatiques qui en découleront. Bien qu’il soit possible de s’adapter aux impacts du changement climatique, notamment via le développement des techniques existantes, notre capacité d’adaptation demeure limitée. La capacité d’adaptation sera dépassée si les températures augmentent de 3 °C ou plus, notamment dans les régions équatoriales.

Conclusions

  1. Les incidences du changement climatique réduisent déjà le rendement des cultures dans certaines régions du monde, une tendance qui devrait se confirmer à mesure que les températures continuent à augmenter. Parmi les cultures touchées figurent des céréales de base, telles que le blé, le maïs et le riz. Le changement climatique devrait augmenter la volatilité des prix des produits agricoles et réduire la qualité des aliments.

 

  1. Les agriculteurs peuvent s’adapter à certains changements, mais dans une certaine mesure seulement. La capacité d’adaptation devrait être dépassée dans les régions les plus proches de l’équateur si les températures augmentent de 3 °C ou plus. Les intérêts du secteur agricole seront le mieux servis par des approches ambitieuses en matière d’adaptation et de réduction des émissions.

 

  1. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) issues de l’agriculture représentaient environ 10 à 12 % des émissions de GES d’origine humaine en 2010. Le secteur est le principal contributeur de GES autres que le dioxyde de carbone (CO2), tels que le méthane.

 

  1. Les possibilités d’atténuation consistent notamment à réduire les émissions dues au changement d’affectation des terres, à la gestion des terres et à la gestion de l’élevage. Le carbone peut être capturé et stocké dans le sol et la biomasse. Les émissions dues à la consommation énergétique dans l’ensemble de l’économie peuvent être réduites, dans certaines conditions, en remplaçant les carburants fossiles par des biocarburants.

 

  1. Le potentiel de réduction des émissions de GES issues de l’agriculture grâce à de nouveaux modes de consommation pourrait être considérablement plus élevé que des solutions d’atténuation techniques. Les approches proposées consistent notamment à réduire le gaspillage alimentaire, à adopter des régimes alimentaires composés de moins de produits émettant des GES (par exemple, remplacer les produits d’origine animale par des denrées végétales) et à diminuer la surconsommation dans des régions où elle prédomine.

 

 


 

Principales conclusions du Cinquième Rapport d’Évaluation (AR5) du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)

 

Changement climatique : Implications pour le secteur de l’énergie

 

Résumé analytique

L’industrie de l’énergie est à la fois un contributeur majeur au changement climatique et un secteur que le changement climatique perturbera. Au cours des prochaines décennies, le secteur de l’énergie sera affecté par le réchauffement global à plusieurs niveaux et par les réponses politiques au changement climatique. Les enjeux sont importants : sans politiques d’atténuation, la température moyenne mondiale augmentera vraisemblablement de 2,6 à 4,8 °C d’ici à 2100 par rapport aux niveaux préindustriels. En l’absence de politiques d’atténuation fortes, la croissance économique et la croissance démographique mondiale continueront de tirer la demande d’énergie vers le haut et les émissions de GES augmenteront donc également. Le changement climatique lui-même peut également accroître l’utilisation d’énergie en raison d’une plus grande demande de refroidissement.

Les moyens et les infrastructures destinés à produire et transporter l’énergie subiront les effets négatifs du changement climatique. L’industrie pétrolière et gazière souffrira probablement de davantage de perturbations et d’arrêts de production en raison des conditions climatiques extrêmes touchant aussi bien les installations en mer qu’à terre. Les centrales électriques, en particulier en zones côtières, seront affectées par des événements climatiques extrêmes et par l’élévation du niveau de la mer. Les infrastructures critiques vouées au transport de l’énergie sont en danger, les oléoducs et les gazoducs des zones côtières sont affectés par l’élévation du niveau de la mer et dans les climats froids par le dégel du permafrost. Les réseaux électriques seront touchés par des tempêtes. La hausse de la température mondiale peut affecter la production d’électricité et notamment les centrales thermiques et hydrauliques dans certains endroits. Les changements climatiques peuvent affecter également les cultures bioénergétiques. En général, l’industrie peut s’adapter aux changements climatiques, mais cela impliquera probablement des coûts.

Le secteur de l’énergie est le plus grand contributeur aux émissions mondiales de GES. En 2010, 35 % des émissions directes de GES provenaient de la production d’énergie. Ces dernières années, la tendance de long terme de la décarbonisation progressive de l’énergie a été inversée. De 2000 à 2010, la hausse des émissions du secteur de l’énergie ont distancé la hausse des émissions globales d’environ 1 % par an. Ce phénomène est dû à la part grandissante du charbon dans le bouquet énergétique.

Avec 30 gigatonnes (Gt) d’émissions annuelles de dioxyde de carbone (CO2) en 2010, les projections indiquent qu’en l’absence de politiques pour limiter les émissions, celles qui sont liées à l’utilisation de combustibles fossiles, y compris dans le secteur de l’approvisionnement en énergie mais également dans les transports, l’industrie et les bâtiments, contribueraient à hauteur de 55 à 70 Gt de CO2 par an en 2050. Pour réduire les émissions à des niveaux compatibles avec l’objectif convenu à l’échelle mondiale de limiter la hausse des températures depuis l’ère préindustrielle à moins de 2 °C, il sera nécessaire de tripler ou quadrupler la part de la génération d’électricité à faibles émissions de carbone d’ici 2050. L’utilisation de combustibles fossiles sans captage du carbone disparaîtrait pratiquement d’ici 2100 au plus tard. Le secteur de l’énergie serait complètement décarbonisé et il est probable que le déploiement de technologies capables de retirer le CO2 de l’atmosphère soit nécessaire. La bioénergie avec captage et stockage du dioxyde de carbone est l’une de ces technologies (BECSC).

Le remplacement des centrales électriques et/ou thermiques à charbon existantes par des centrales électriques à cycle combiné au gaz naturel (CCGN) à haute efficacité ou des centrales de production combinée de chaleur et d’électricité (PCCE) peut réduire les émissions à court terme (à condition que les émissions fugitives de méthane soient contrôlées) et être une « technologie passerelle » vers une économie à faibles émissions de CO2. L’utilisation accrue des centrales PCCE peut réduire les émissions. Le CSC, l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables fournissent une électricité à faibles émissions de CO2, et l’augmentation de l’efficacité énergétique et la réduction de la demande d’énergie finale diminueront l’importance de l’atténuation côté approvisionnement. Néanmoins, divers obstacles et risques pour accélérer les investissements existent, y compris leur coût. En 2012, plus de la moitié des investissements nets dans le secteur de l’électricité s’est portée sur des technologies à faibles émissions de carbone.

Néanmoins, divers obstacles et risques pour les investissements accélérés existent, y compris le coût. Les investissements supplémentaires côté approvisionnement nécessaires pour atteindre l’objectif de 2 °C sont estimés entre 190 et 900 milliards de dollars US par an en moyenne jusqu’en 2050. La plupart de ces investissements produiraient des avantages connexes tels qu’une pollution réduite de l’air et de l’eau et une hausse de l’emploi local. Cependant, l’atténuation côté approvisionnement comporte généralement aussi des risques.

 

 

Conclusions

  1. La demande d’énergie croît à l’échelle mondiale; en conséquence, les émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par le secteur de l’énergie croissent également. Cette tendance attribuable principalement à la croissance économique et à la croissance démographique devrait se poursuivre. Ces dernières années, la tendance de long terme de la décarbonisation progressive de l’énergie s’est inversée en raison de l’augmentation de l’emploi du charbon.

 

  1. Le changement climatique pose des défis croissants à la production et la transmission d’énergie. La production et la livraison d’énergie seront affectées par une hausse progressive de la température, l’accroissement du nombre et de la gravité des événements climatiques extrêmes et la modification des régimes de précipitations. L’approvisionnement en combustibles fossiles, la génération et la transmission de l’énergie thermique et de l’énergie hydroélectrique seront également affectées. Des options d’adaptation existent toutefois.

 

  1. Une réduction importante des émissions de GES d’origine énergétique peut être obtenue en appliquant diverses mesures. Ces mesures incluent la diminution des émissions dues à l’extraction et à la conversion des combustibles fossiles, le passage à des combustibles à teneur plus faible en carbone (par exemple, le passage du charbon au gaz), l’amélioration de l’efficacité énergétique dans les domaines de la transmission et de la distribution, l’utilisation accrue des énergies renouvelables et de l’énergie nucléaire, l’introduction du captage et du stockage du dioxyde de carbone (CSC) et la diminution de la demande d’énergie finale.

 

  1. Une action politique mondiale forte sur le changement climatique aurait d’importantes répercussions pour le secteur de l’énergie. La stabilisation des émissions à des niveaux compatibles avec l’objectif de limiter la hausse des températures à 2 °C convenu à l’échelle internationale entraînera une transformation fondamentale de l’industrie de l’énergie à travers le monde dans les prochaines décennies, sur la voie d’une décarbonisation complète.

 

  1. L’encouragement des investissements dans des technologies à faibles émissions de CO2 représentera un défi majeur pour les gouvernements et les organismes de régulation pour atteindre leurs objectifs de réduction d’émissions de GES. La réduction des émissions de GES apporte également des avantages connexes importants tels que l’amélioration de la santé et de l’emploi. Cependant, les mesures d’atténuation côté approvisionnement comportent également des risques.

 


 

Principales conclusions du Cinquième Rapport d’Évaluation (AR5) du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)

 

Changement climatique : Implications pour l’emploi

 

Résumé analytique

Le changement climatique constitue une grave menace pour le développement durable à l’avenir et les moyens de subsistance dans le monde entier. Les effets sur les moyens de subsistance se situent à la fin de la chaîne longue et complexe des effets du changement climatique. Cette chaîne commence par les effets sur les écosystèmes terrestres, d’eau douce et océaniques, mais elle comprend également l’effet direct du changement climatique sur la santé humaine et les niveaux de productivité.

Les moyens de subsistance et les revenus ruraux sont de plus en plus menacés en raison de l’accès insuffisant à l’eau, de la baisse de la productivité agricole et de l’insécurité alimentaire. Dans les zones urbaines, les emplois sont menacés par l’insécurité alimentaire et l’effondrement des systèmes alimentaires, ainsi que la capacité limitée des citadins pauvres de s’adapter. Les pays en développement devraient être les plus durement touchés par le changement climatique. Le changement climatique est un fardeau supplémentaire pour les pauvres et agit comme un multiplicateur de menaces.

L’activité économique sera perturbée par des phénomènes climatiques extrêmes tels que de la sécheresse, des inondations (notamment des inondations côtières), une élévation du niveau de la mer et de violentes tempêtes. Les perturbations seront provoquées par les événements eux‑mêmes et par l’effet cumulé du nombre croissant de ces derniers. Ces effets du changement climatique ainsi que d’autres seront en corrélation avec la croissance démographique, l’urbanisation accrue et la mondialisation des chaînes d’approvisionnement.

Ils auront un impact sur les entreprises du monde entier et, par conséquent, sur les personnes travaillant pour ces dernières. Les effets plus lents tels que la hausse des températures et la fluctuation des précipitations modifieront également la viabilité économique de plusieurs secteurs allant de l’agriculture au tourisme.

 

Dans le même temps, de nombreux secteurs économiques, tels que la production d’énergie, l’agriculture et les transports, sont parmi les principaux responsables du changement climatique. Les mesures et les politiques visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) peuvent menacer les moyens de subsistance au sein des industries actuelles, mais devraient également créer des opportunités dans de nouveaux domaines. Ces opportunités vont de mesures d’adaptation telles que l’installation de moyens de protection contre les inondations et le renforcement d’autres infrastructures à des mesures d’atténuation telles que l’augmentation de la production d’énergies renouvelables.

Les décideurs doivent trouver un équilibre entre les mesures d’adaptation et d’atténuation, dont les bénéfices se font sentir sur des périodes différentes. Ils doivent également tenir compte des avantages relatifs des changements progressifs et des approches transformatrices qui auront différents effets sur l’emploi. Enfin, les décideurs doivent être conscients que dans certains secteurs et régions, le changement climatique générera des effets bénéfiques.

Conclusions

  1. Les effets du changement climatique sur les emplois et les moyens de subsistance sont rarement évidents ou directs. L’activité économique et les emplois seront perturbés par les effets du changement climatique sur des secteurs particuliers, mais également par ses effets sur l’infrastructure qui permet le bon fonctionnement de l’économie dans son ensemble.

 

  1. Les effets varieront grandement entre les régions et les secteurs. Les régions côtières, les villes et les zones rurales sont toutes menacées par différents événements liés au climat. Parmi les secteurs les plus touchés figureront l’énergie, l’eau, la production de denrées alimentaires et l’agriculture, le tourisme et les transports.

 

  1. Le « meilleur » moyen de s’adapter au changement climatique est souvent de migrer. La migration sera l’une des principales réponses à la perturbation des moyens de subsistance.

 

  1. La lutte contre le changement climatique pourrait créer des emplois. Les mesures destinées à réduire les émissions stimuleraient des secteurs tels que la conservation de l’énergie, les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire et la gestion des forêts. Des mesures d’adaptation destinées à rendre plus robustes l’infrastructure et les écosystèmes pourraient également créer des emplois.

 

  1. Les effets précis du changement climatique sur les moyens de subsistance sont difficiles à prévoir avec certitude. Le changement climatique n’est qu’un des facteurs qui auront un impact sur les emplois, et même lorsqu’il est la cause principale du changement, il crée aussi bien des gagnants que des perdants.


 

 

 

 

Changement climatique et santé

 

Principaux faits

Le changement climatique influe sur les déterminants sociaux et environnementaux de la santé: air pur, eau potable, nourriture en quantité suffisante, sécurité du logement.

Entre 2030 et 2050, on s’attend à ce que le changement climatique entraîne près de 250 000 décès supplémentaires par an, dus à la malnutrition, au paludisme, à la diarrhée et au stress lié à la chaleur.

On estime que le coût des dommages directs pour la santé (à l’exclusion des coûts dans des secteurs déterminants pour la santé tels que l’agriculture et l’eau et l’assainissement) se situe entre 2 et 4 milliards de dollars (US$) par an d’ici 2030.

Les zones n’ayant pas de bonnes infrastructures de santé, pour la plupart dans les pays en développement, seront les moins en mesure de se préparer et de faire face à la situation sans assistance.

La réduction des émissions de gaz à effet de serre, en élargissant le choix des transports, de l’alimentation et des énergies, peut entraîner une amélioration de la santé.

Changement climatique

Ces cinquante dernières années, les activités humaines, avec en particulier l’utilisation des combustibles fossiles, ont rejeté des quantités suffisantes de dioxyde de carbone et d’autres gaz à effet de serre pour retenir davantage de chaleur dans les couches basses de l’atmosphère et avoir une incidence sur le climat mondial.

Au cours des cent dernières années, la température a augmenté d’environ 0,75°C dans le monde. Ces 25 dernières années, le rythme s’est accéléré et on est à plus de 0,18°C de réchauffement par décennie.([1])

Le niveau des mers s’élève, les glaciers fondent et la répartition des précipitations change. Les événements météorologiques extrêmes augmentent en intensité et en fréquence.

Quel est l’impact du changement climatique sur la santé ?

Bien que le réchauffement climatique puisse présenter localement quelques avantages, tels qu’une baisse de la mortalité hivernale dans les zones tempérées ou une augmentation de la production vivrière dans certaines régions, ses effets risquent dans l’ensemble d’être très largement négatifs. Le changement climatique influe sur les déterminants sociaux de la santé: air pur, eau potable, nourriture en quantité suffisante et sécurité du logement.

Chaleur extrême

Les températures caniculaires contribuent directement à la mortalité par maladies cardiovasculaires ou respiratoires, en particulier chez les personnes âgées. Lors de la canicule de l’été 2003 en Europe, on a ainsi enregistré plus de 70 000 décès supplémentaires([2]).

La teneur de l’air en ozone et d’autres polluants, qui exacerbent les maladies cardiovasculaires et respiratoires, augmente aussi avec la température.

Les concentrations en pollen et autres aéroallergènes sont également plus élevées en cas de chaleur extrême. Elles peuvent alors déclencher des crises d’asthme, une maladie dont souffrent environ 300 millions de personnes. L’accroissement des températures devrait augmenter cette charge de morbidité.

Catastrophes naturelles et variation des précipitations

Dans le monde, le nombre des catastrophes naturelles liées à la météorologie a plus que triplé depuis les années 1960. Chaque année, ces catastrophes ont provoqué plus de 60 000 décès, principalement dans les pays en développement.

L’élévation du niveau des mers et le nombre croissant d’événements climatiques extrêmes détruiront des logements, des établissements médicaux et d’autres services essentiels. Plus de la moitié de la population mondiale vit à moins de 60 km de la mer. Les populations seront contraintes de se déplacer, ce qui renforcera divers risques sanitaires, allant des troubles de la santé mentale aux maladies transmissibles.

Le caractère de plus en plus aléatoire des précipitations aura probablement des effets sur l’approvisionnement en eau douce. Le manque d’eau salubre peut compromettre l’hygiène et augmenter le risque de maladies diarrhéiques, qui tuent près de 600 000 enfants âgés de moins de 5 ans par an. Dans les cas extrêmes, la pénurie d’eau aboutit à la sécheresse et à la famine. Il est probable que, d’ici 2090, le changement climatique étende les zones affectées par les sécheresses, double la fréquence des sècheresses extrêmes et multiplie par six leur durée moyenne([3]).

Les inondations augmentent également en fréquence et en intensité. Elles contaminent les sources d’eau douce, accroissent le risque de maladies à transmission hydrique et créent des gîtes larvaires pour des insectes vecteurs de maladies tels que les moustiques. Elles provoquent également des noyades et des traumatismes physiques, endommagent les logements et perturbent la prestation des services de soins et de santé.

L’augmentation des températures et les aléas des précipitations entraîneront probablement une diminution de la production vivrière dans de nombreuses régions parmi les plus démunies, jusqu’à 50% d’ici 2020 dans certains pays africains([4]). Il en résultera une prévalence accrue de la malnutrition et de la dénutrition, actuellement à l’origine de 3,1 millions de décès par an.

Caractéristiques des infections

Les conditions météorologiques influent fortement sur les maladies à transmission hydrique et celles véhiculées par les insectes, les gastéropodes ou d’autres animaux à sang froid.

Le changement climatique allongera probablement la saison de transmission de certaines grandes maladies à transmission vectorielle et modifiera leur répartition géographique. Selon les projections, la Chine, par exemple, connaîtra une extension sensible de sa zone d’endémie de la schistosomiase, maladie transmise par des gastéropodes ([5]).

Le climat exerce aussi une forte influence sur le paludisme. Transmis par des moustiques du genre Anophèles, il tue près de 800 000 personnes par an, pour la plupart des enfants africains de moins de 5 ans. Les moustiques du genre Aedes, vecteurs de la dengue, sont également très sensibles aux conditions météorologiques. Selon certaines études, 2 milliards de personnes de plus pourraient être exposées au risque de transmission de la dengue d’ici les années 2080([6]).

Mesure des effets sur la santé

La mesure des effets du changement climatique sur la santé ne peut être que très approximative. Néanmoins, l’OMS, dans une évaluation prenant en compte seulement un petit groupe d’effets possibles sur la santé, et prenant pour hypothèse la poursuite de la croissance économique et des progrès sanitaires, a conclu que le changement climatique pourrait entraîner environ 250 000 décès supplémentaires par an entre 2030 et 2050: 38 000 dus à l’exposition à la chaleur des personnes âgées, 48 000 dus à la diarrhée, 60 000 dus au paludisme, et 95 000 dus à la sous-alimentation des enfants([7]).

Qui est exposé au risque ?

Toutes les populations ressentiront les effets du changement climatique, mais certaines sont plus vulnérables que d’autres. Celles qui vivent dans de petits états insulaires en développement ou dans d’autres régions côtières, dans les mégapoles, dans les régions montagneuses et dans les zones polaires sont particulièrement vulnérables.

Les enfants, en particulier ceux qui vivent dans les pays pauvres, sont parmi les plus vulnérables aux risques sanitaires qui vont en résulter et seront plus longtemps exposés à en subir les conséquences. Les effets sanitaires devraient être aussi plus graves pour les personnes âgées et les sujets présentant des infirmités ou des états pathologiques préexistants.

Les zones n’ayant pas de bonnes infrastructures de santé, pour la plupart dans les pays en développement, seront les moins en mesure de se préparer et de faire face à la situation sans assistance.

Action de l’OMS

Au niveau des politiques comme à celui des choix individuels, il y a de nombreuses possibilités de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d’obtenir parallèlement des résultats positifs pour la santé. En favorisant par exemple des sources d’énergie plus propres, la sécurité des transports publics et certains modes actifs de déplacement, comme la marche ou la bicyclette, au lieu d’utiliser des véhicules privés, on pourrait réduire les émissions de dioxyde de carbone et la pollution de l’air dans les habitations, qui sont la cause de 4,3 millions de décès par an, ainsi que la pollution atmosphérique, cause d’environ 3,7 décès par an.

En 2009, l’Assemblée mondiale de la Santé a approuvé un nouveau plan de travail de l’OMS sur le changement climatique et la santé. Il prévoit des actions de:

  • sensibilisation : pour faire savoir que le changement climatique représente une menace fondamentale pour la santé de l’homme.
  • partenariats: pour se concerter avec des institutions partenaires au sein du système des Nations Unies et veiller à ce que la santé figure en bonne place à l’ordre du jour du changement climatique.
  • collecte des données scientifiques: pour coordonner les examens des preuves scientifiques des liens entre le changement climatique et la santé et élaborer un programme mondial de recherches.
  • renforcement des systèmes de santé : pour aider les pays à évaluer leurs vulnérabilités sanitaires et à se doter des capacités pour réduire leur vulnérabilité au changement climatique.

 

 

 

 

 

 

 

*Source : http://www.who.int/mediacentre/factsheets/fs266/fr/


 

HAUT-COMMISSARIAT AUX DROITS DE L’HOMME
DES NATIONS UNIES

 

PROCEDURES SPECIALES DU CONSEIL DES DROITS DE L’HOMME DES NATIONS UNIES

 

Les Effets du Changement Climatique sur la
Pleine Jouissance des Droits de l’Homme

Les Rapporteurs spéciaux des Nations Unies pour le droit des personnes handicapées, Mme Catalina Devandas Aguilar ; pour la question des obligations relatives aux droits de l’homme se rapportant aux moyens de bénéficier d’un environnement sûr, sain, propre et durable, Mr John H. Knox ; pour l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, Mr Philip Alston ; pour le droit à l’eau potable et à l’assainissement, Mr Léo Heller ; et l’Experte Indépendante pour les droits de l’homme et la solidarité internationale, Mme Virginia Dandan.

(Extraits)

30 avril 2015

Traduction libre faite par Audrey Reynaud, étudiante en licence de traduction à l’Ecole Supérieure de Traduction et de Relations Internationales, stagiaire auprès du Conseiller diplomatique du Conseil Economique, Social et Environnemental, juin 2015.

  1. Introduction

 

  1. Le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies a déclaré que « le changement climatique représente une menace immédiate et considérable pour les peuples des communautés du monde entier et impacte défavorablement la pleine jouissance des droits de l’homme. » En octobre 2014, 27 rapporteurs et autres experts indépendants ont publié une lettre commune sur les implications du changement climatique pour les droits de l’homme, dont un paragraphe stipulait :

 

Un environnement sûr, propre, sain et durable est indispensable à la pleine jouissance des droits de l’homme, y compris, entre autres, des droits à la vie, à la santé, à l’alimentation, à l’eau et au logement. Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) met en lumière le grave préjudice que le changement climatique est déjà en train de causer, et continuera de causer à l’environnement dont nous dépendons tous. Il ne peut plus y avoir de doute sur le fait que le changement climatique compromet la jouissance des droits de l’homme reconnus et protégés par le droit international.

 

  1. Lors de la récente Journée Internationale des Droits de l’Homme, le 10 décembre 2014, tous les titulaires de mandats spéciaux se sont réunis pour publier une déclaration commune sur le changement climatique et les droits de l’homme qui spécifiait :

Le changement climatique est l’un des plus grands défis de notre génération, dont les conséquences transforment la vie sur terre et impactent défavorablement les moyens de subsistance d’une grande partie de la population mondiale. Il représente de grands risques et menaces pour l’environnement, la santé humaine, l’accessibilité et l’inclusion, l’accès à l’eau potable, l’assainissement et l’alimentation, la sécurité et le développement économique et social. Plus particulièrement, le changement climatique a un effet disproportionné sur beaucoup de personnes défavorisées, marginalisées, exclues et sur des individus ou des groupes vulnérables, notamment ceux dont le mode vie est inextricablement lié à l’environnement.

  1. Basée sur ces sources, la conclusion générale demeure la même que celle du rapport de 2009 du HCDH : « Une augmentation des températures mondiales moyennes d’approximativement 2°C provoquera des effets majeurs et principalement négatifs sur les écosystèmes du monde entier, sur les biens et services qu’ils fournissent, » et des effets concomitants sur la pleine jouissance d’une large gamme de droits de l’homme. Le  5e  rapport  du GIEC indique clairement que :

L’ampleur croissante du réchauffement accentue la probabilité d’impacts graves, généralisés et irréversibles. Certains risques du changement climatique sont considérables à 1°C ou 2°C au-dessus des niveaux préindustriels… Les niveaux précis d’évolution du climat suffisants pour déclencher les points de basculement (seuils d’un changement brutal et irréversible) demeurent incertains, mais le risque associé au franchissement de plusieurs points de basculement dans le système de la terre ou dans l’inter connectivité entre l’humanité et les systèmes naturels augmente avec l’accroissement des températures (niveau de confiance moyen).[…]

  1. Le droit à la Vie

 

  1. Le changement climatique affectera directement ou indirectement la pleine jouissance du droit à la vie. Le rapport de 2009 spécifie que :

 

Le  4e rapport du GIEC prédit avec un haut niveau de confiance, une hausse du nombre de personnes victimes de la mort, de maladies et de blessures dues aux vagues de chaleur, aux inondations, aux tempêtes, aux incendies et à la sécheresse. Pareillement, le changement climatique affectera la droit à la vie à travers l’intensification de la faim, de la malnutrition et des perturbations de la croissance et du développement de l’enfant ; de la morbidité cardiorespiratoire et de la mortalité relative à l’ozone troposphérique. Le changement climatique exacerbera les catastrophes liées au climat qui ont déjà des effets dévastateurs sur la population et leur jouissance du droit à la vie, en particulier dans les pays en développement. Par exemple, un nombre estimé à 262 millions de personnes par an ont été affectées par des catastrophes climatiques de 2000 à 2004, dont plus de 98% dans des pays en développement. Les cyclones tropicaux, touchant approximativement 120 millions de personnes par an, ont tué un nombre de personnes estimé à 250 000 entre 1980 et 2000.

 

  1. Le 5e rapport du GIEC fournit plus d’informations concernant ce type d’effets. Par exemple, il affirme que l’accroissement de la malnutrition dû à une production alimentaire en baisse mènera à l’augmentation des risques de mortalité, en particulier en Afrique Sub-Saharienne et en Asie du Sud. La multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes causés par le changement climatique, l’intensification des précipitations et inondations, contribuent à la contamination orale et fécale des sources d’eau difficile à gérer qui augmente le nombre de cas de maladies et décès. De plus, le  5e rapport du GIEC a déterminé avec un haut niveau de confiance que le changement climatique intervenu depuis le milieu du XXe  siècle a causé une hausse des températures chaudes extrêmes qui, à son tour, a probablement causé une augmentation du nombre de décès liés à la chaleur. […]

 

  1. Le Droit à la Santé

 

  1. Le 5e rapport du GEIC indique avec un haut niveau de confiance que « au cours du XXIe siècle, il est attendu que le changement climatique provoque une augmentation des maladies dans de nombreuses régions et particulièrement dans les pays en développement à faible revenu, par rapport à une base de référence sans changement climatique. » Quelques exemples d’après le 5e rapport :

Probabilité plus accrue de blessures, maladies, et décès causés par des vagues de chaleur et incendies plus intenses (très haut  niveau de confiance) ; probabilité accrue de sous-nutrition résultant de la production alimentaire diminuée dans les régions pauvres (haut  niveau de confiance) ; risques découlant de la capacité de travail perdue et de la productivité du travail diminuée pour les populations vulnérables ; et des risques accrus de maladies véhiculées par l’eau et la nourriture (très haut degré de confiance) et de maladies vectorielles (niveau intermédiaire de confiance).

 

  1. Un des principaux impacts du changement climatique sur la santé humaine sera la malnutrition due à la diminution de la production alimentaire. Par exemple, une étude mesurant l’impact du changement climatique sur la sous-nutrition prévisible dans cinq régions d’Asie du Sud et d’Afrique Sub-Saharienne d’ici à 2050, sur la base du Rapport Spécial des Scénarios d’Emissions (RSSE) A2 (augmentation de la température de 2°C-5.4°C sur la période 2090-2099) prévoit « une hausse du retard nutritionnel ( indicateur lié au risque croissant de décès et de santé précaire) de 1 à 29%selon les régions par rapport à un futur sans changement climatique, l’impact étant beaucoup plus significatif sur les retards nutritionnels sévères pour certaines régions, telles  que l’Afrique Sub-Saharienne centrale (23%) et l’Asie du Sud (62%). »

 

  1. De même, le changement climatique devrait-il causer des pertes significatives de la biodiversité, ce qui affecterait sévèrement un large éventail de services écosystémiques nécessaires à la promotion du droit à la santé et d’autres droits de l’homme, comme l’alimentation et l’eau, ainsi que les droits des populations indigènes à leurs ressources naturelles et leurs modes de vie traditionnels. Par exemple, une étude a démontré qu’approximativement « 20 à 30% des espèces végétales et animales connues (sur un échantillon représentatif) sont susceptibles de présenter des risques croissants d’extinction si les températures moyennes du globe excédaient de 2°C à 3°C les niveaux préindustriels (niveau intermédiaire de confiance). » Par rapport au droit à la santé, par exemple, le GTII du GIEC explique que la perte de biodiversité « peut provoquer une accentuation de la transmission des maladies infectieuses comme la maladie de Lyme, la schistosomiase et les hantavirus chez les êtres humains. »

 

  1. […] « les conditions plus chaudes et plus humides résultant du changement climatique augmentent l’amplitude et la durée de  l’action des vecteurs, tels que les moustiques ou les mouches tsé-tsé, qui propagent des maladies comme la Malaria, la Dengue, la fièvre jaune et l’encéphalite. »

 

  1. […] « puisque les ressources en eau propre s’évaporent, les populations se tournent vers des alternatives plus polluées qui pourraient engendrer des épidémies de maladies transmises par l’eau. De même, les inondations n’accentuent pas seulement le risque de noyades et de destructions de récoltes, elles propagent également les maladies en amplifiant l’éventail des vecteurs et en provoquant l’écoulement des polluants agricoles dans les ressources d’eau potable. »

 

  1. Le Droit à l’Alimentation

 

  1. « Tous les aspects de la sécurité alimentaire sont potentiellement affectés par le changement climatique, y compris l’accès à la nourriture, son utilisation et la stabilité des prix. » Selon le 5e rapport du GIEC, avec un niveau intermédiaire de confiance, « pour les récoltes principales (blé, riz, maïs), dans les régions tropicales et tempérées, sans adaptation au changement climatique, ce dernier impactera défavorablement la production puisque les températures locales augmenteront de 2°C ou plus au-dessus des niveaux de la fin du XXe  siècle, même si certains emplacements particuliers pourraient bénéficier de cette situation. » Après 2050, les risques de conséquences plus néfastes augmentent. Une augmentation de la température mondiale de 4°C ou plus au-dessus des niveaux de la fin du XXe siècle, combinée avec une demande alimentaire croissante, représenterait un risque important pour la sécurité alimentaire à l’échelle mondiale et à l’échelle régionale.

 

  1. L’Asie du Sud et l’Afrique Australe sont deux des régions les plus menacées par le changement climatique en l’absence d’adaptation. Une étude a constaté que d’ici 2050 environ, il devrait y avoir 8% de répercussions négatives sur les rendements dans les deux régions sur les récoltes de blé, maïs, sorgho et millets, plus que sur les récoltes de riz, manioc et cannes à sucre. Par exemple, selon une autre étude, « au Mali, l’impact de la sécheresse et des variations des précipitations liées au climat implique l’extension vers le sud des régions sujettes à la sécheresse, ce qui provoquerait une perte critique de terres productives d’ici à 2050 et une hausse de l’insécurité alimentaire. » […]

 

  1. L’ancien Rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation, Olivier de Schutter, a noté que « le changement climatique, qui se traduit par des phénomènes météorologiques plus fréquents et plus extrêmes, telles que les sécheresses, inondations et précipitations moins prévisibles, a déjà un impact significatif sur la capacité de certaines régions et communautés à se nourrir. » Il a averti qu’environ 600 millions de personnes pourraient être menacées de souffrir de la faim d’ici 2080, conséquences directe du changement climatique. […]

 

 

  1. Selon le Rapporteur spécial, « en Afrique Sub-Saharienne, les zones arides et semi-arides devraient augmenter de 60 millions à 90 millions d’hectares, alors qu’en Afrique Australe, on estime que les rendements de l’agriculture pluviale pourraient subir une réduction allant jusqu’à 50 pourcent entre 2000 et 2020. » Il a, en outre, averti que les pénuries d’eau représentent une menace « pour l’agriculture, en particulier en Afrique Sub-Saharienne, Asie de l’Est et Asie du Sud, où le changement climatique affectera la pluie, augmentera la fréquence des sécheresses, élèvera les températures moyennes et menacera la disponibilité en eau fraîche pour l’exploitation agricole. »

 

  1. L’ancien Rapporteur spécial a également observé les impacts du changement climatique sur la pêche. Il a expliqué que les nombreuses menaces directes à la durabilité des systèmes de production halieutique sont amplifiées par les impacts du changement climatique. La montée des températures océaniques menace de nombreux organismes calcificateurs, y compris les mollusques, le plancton, et les récifs de coraux. Cela cause la réduction des espèces de poissons qui en sont dépendantes et est exacerbé par les pratiques de pêche non-durables. Les températures plus chaudes des mers pourraient également provoquer des poussées de prolifération algale, ce qui peut avoir des effets dévastateurs sur les populations de poissons.

 

  1. […] . Par exemple, lors de sa visite au Cameroun, il a observé que les régions côtières et les régions de Sahel dans le nord, sont durement affectées par le changement climatique. Dans son rapport sur le Canada, il a constaté les effets du changement climatique sur les chemins migratoires des animaux et sur la mobilité de leurs chasseurs, ce qui a eu un impact sur les accès aux denrées alimentaires traditionnelles de la population indigène. […]

 

  1. Le Droit à l’Eau et à l’Assainissement

 

  1. Le Rapport du HCDH de 2009 stipule :

La perte des glaciers et la réduction de la couverture neigeuse devraient continuer d’augmenter et affecter négativement la disponibilité en eau pour plus d’un-sixième de la population mondiale, l’eau étant fournie par la fonte des neiges en montagne. Les phénomènes météorologiques extrêmes, telles que les sécheresses et inondations, affecteront également les ressources en eau. Ainsi, le changement climatique exacerbera le stress hydrique déjà existant et aggravera le problème de l’accès à l’eau potable, qui est actuellement inaccessible à environ 1.1 milliards de personnes dans le monde et est une des causes majeures de mortalité et de maladie. A cet égard, le changement climatique interagit avec d’autres causes de pénurie d’eau, telles que la croissance démographique, la dégradation environnementale, la mauvaise gestion des ressources en eau, la pauvreté et l’inégalité.

  1. Le 5e rapport du GIEC prédit, avec un haut niveau de confiance, un très grand risque, pour une augmentation de la température de 2°C, de « réduction de l’accès à l’eau pour les personnes rurales ou urbaines pauvres à cause de la rareté de l’eau et de la compétition accrue pour l’eau » à partir de 2080-2100. Une augmentation de 2°C devrait également réduire significativement les ressources renouvelables en eau dans les régions tropicales les plus sèches. De plus, environ 8% de la population mondiale devrait subir une sévère diminution des ressources en eau avec une hausse de 1°C de la température mondiale moyenne (par rapport aux années 1990), allant jusqu’à 14% pour 2°C et 17% pour 3°C. Selon une étude, une hausse graduelle de la montée des températures entre 0°C et 3°C correspond à une diminution accrue des ressources d’eau souterraines telle que « pour chaque degré d’augmentation de la température moyenne globale, 4% supplémentaires de la superficie mondiale devraient souffrir d’une réduction des ressources souterraines de plus de 30%, et 1% supplémentaire devrait souffrir d’une réduction de plus de 70%. »

 

  1. Le document affirme également qu’il est avéré que « le changement climatique accentuera les pénuries d’eau dans les zones déjà asséchées, et minera la qualité de l’eau dans les zones inondées, que ce soit par la pluie ou l’eau de mer. Les zones particulièrement sensibles au changement climatique sont les zones côtières et les villes, les estuaires et les deltas, les bassins hydrographiques, les montagnes, les petites îles et les régions arides. » De plus, le document prédit que « la disponibilité générale en eau sera sérieusement affectée par le changement climatique, principalement à travers les sécheresses, le déclin des ressources en eau stockées dans les glaciers et la couverture neigeuse, et les inondations. » […]

 

  1. Le Droit au Logement

 

  1. En l’absence d’adaptation, des risques significatifs existent dus aux impacts côtiers provoqués par le changement climatique pour les colonies humaines, dont l’exposition à l’élévation du niveau de la mer, à des niveaux d’eau extrêmes, ou aux impacts physiques des inondations, de la submersion et de l’érosion.

 

  1. Le 5e rapport a également prédit avec un haut niveau de confiance, le développement d’un risque élevé associé au logement urbain avec une élévation de 2°C d’ici 2080-2100, puisqu’un logement de mauvaise qualité et à une location géographique inappropriée est souvent plus vulnérable aux phénomènes extrêmes. Les plaines situées dans les zones côtières telles que Lagos, Mombasa, ou Bombay sont généralement plus exposées aux inondations, notamment lorsqu’il y a moins d’infrastructures de drainage.

 

  1. […] les communautés pauvres peuvent être spécifiquement vulnérables aux impacts liés au changement climatique, « en particulier celles concentrées dans des établissements non structurés et non desservis au sein des zones urbaines, qui ont tendance à être construits sur des sites dangereux et sont sujets aux catastrophes liées au changement climatique. » . Elle affirme que « puisqu’ils vivent dans une situation de pauvreté et d’exclusion, ils n’ont pas les ressources nécessaires pour se protéger. Les effets dus au changement climatique aggravent les risques et les vulnérabilités. » […]

 

  1. […] la diminution des ressources en eau à cause du changement climatique aura un impact disproportionné sur les femmes et les filles. […]:

L’augmentation des pénuries d’eau cause une diminution de l’accès à l’eau et l’assainissement, et puisque les sources d’eau s’assèchent, les populations sont forcées de se déplacer en quête d’eau pour boire, cuisiner et pour l’hygiène. Ceci impacte particulièrement les femmes et les filles puisqu’elles sont généralement responsables de la quête d’eau, souvent aux dépens de leur santé et de leur éducation.

 

  1. […] Lorsque les catastrophes liées au changement climatique forcent à une relocalisation, […] les femmes affrontent plus de pressions et de responsabilités, puisqu’elles « assument généralement la responsabilité du travail domestique et de la garde d’enfants, tel que la recherche de nourriture, d’essence et d’eau, ce qui peut être plus coûteux en situation de relocalisation. » De plus, les femmes sont également « confrontées à de nombreux problèmes liés à l’absence de tenure et de droits de propriété, et elles sont fréquemment ignorées dans le processus de reconstruction et de reconstitution de leurs cadre de vie. »

 

  1. Rolnik a également mentionné que les enfants représentaient un des groupes les plus vulnérables au changement climatique car « les enfants peuvent être retirés de l’école afin de travailler et d’aider à améliorer les revenus de leur famille et l’approvisionnement en eau et nourriture » et que les écoles sont souvent utilisées en tant qu’hébergement d’urgence après les catastrophes naturelles, comme elle a pu l’observer au Sénégal. Elle a souligné que les effets liés au changement climatique pourraient également exacerber l’exposition des enfants à la sous-nutrition et accentuer leur vulnérabilité à un certain nombre de maladies et d’affections, comme la malaria.
  2. Les Personnes Déplacées
  3. Le 5e rapport du GIEC définit les déplacements comme « des situations où les choix sont limités et où le mouvement est plus au moins forcé par la perte de terres causée par l’élévation du niveau de la mer ou par une sécheresse extrême, par exemple. » Selon le 5e rapport, il est largement établi que « les phénomènes météorologiques extrêmes entrainent le déplacement de populations sur le court terme à cause de la perte de leur lieu de résidence ou de la déstabilisation économique » et que « seule une partie des déplacement aboutit à une migration plus permanente. » le 5e rapport conclut avec un haut niveau de confiance que « le changement climatique aura des conséquences significatives sur les flux migratoires à des moments et endroits particuliers, créant ainsi aussi bien des risques que des bénéfices pour les migrants et pour les régions et Etats émetteurs et destinataires. »

 

  1. Certaines preuves lient également la vulnérabilité et le manque d’accès aux ressources à l’incapacité de migrer. Cela signifie que ceux qui sont les plus vulnérables au changement climatique ont « la capacité de migration la moins bonne » et par conséquence, les risques dus au changement climatique deviennent plus importants pour ces populations. Dans certains cas, même si les ménages les plus vulnérables sont capables de migrer pour affronter les phénomènes environnementaux, « leur migration est une réponse d’urgence qui créée des conditions d’endettement et de vulnérabilité accrues, plutôt que de les réduire. »

 

  1. Même si la migration humaine est une stratégie potentielle d’adaptation au changement climatique, les preuves suggèrent également que la migration ne mène pas nécessairement à une meilleure sécurité humaine puisque « les populations migratoires peuvent être exposées à davantage de situations climatiques dangereuses dans leur nouveau lieu de destination. » Par exemple, des études ont constaté que les migrants à faible revenu, en plus d’être socialement exclus, « se regroupent dans des zones à forte densité démographique qui sont souvent hautement exposées aux inondations et glissements de terrains, ces risques étant intensifiés par le changement climatique. »

 

  1. Une étude du Brésil a constaté que « cette dépopulation a lieu à des taux relativement modestes de réchauffement. Dans leur scénario, l’augmentation de la migration la plus importante vient des zones agricoles productives qui emploient une main d’œuvre importante. »

 

  1. Selon le rapport sur le changement climatique de 2009 du HCDH, les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays bénéficient de tout un éventail de garanties des droits de l’homme de la part de leur Etat respectif. Ce rapport de 2009 stipule également que « les personnes se déplaçant de façon volontaire ou forcée au-delà des frontières internationales à cause de facteurs environnementaux bénéficieront de garanties des droits de l’homme de la part de l’Etat destinataire, mais, souvent, n’obtiendront pas le droit d’entrée dans cet Etat. »

 

  1. Le Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants, François Crépeau, a déclaré « que les effets du changement climatique vont certainement jouer un rôle significatif et de plus en plus déterminant dans la migration internationale. » Il a notamment expliqué que le changement climatique engendrera une accentuation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes (i.e. tempêtes tropicales, inondations, vagues de chaleur) et des processus graduels de dégradation de l’environnement (i.e. désertification, dégradation des sols et érosion côtière ». Par conséquent, « les effets du changement climatique et ses conséquences néfastes pour les moyens de subsistance, la santé publique, la sécurité alimentaire et la disponibilité de l’eau auront un impact majeur sur la mobilité humaine, puisque la migration sera une des réponses naturelles. » […] « identifier ceux qui vont migrer à cause du changement climatique pourrait être une tâche très difficile, voire impossible : les impacts du changement climatique alimentent souvent l’ensemble des différents facteurs qui mènent à la migration. » A cette tâche difficile s’ajoute le fait que le changement climatique pourrait créer une diversité de modes migratoires ce qui rendrait les futures prévisions des impacts du changement climatique sur les mouvements migratoires « problématiques ». En conséquence, […]« le succès ou l’absence de futures stratégies de réduction et d’adaptation (au changement climatique), y compris le développement de nouvelles technologies qui pourrait ou non améliorer la situation des plus affectés par les impacts du changement climatique, est impossible à prévoir. » […]

 

 


 

La Charte du Manden ou Manden kalikan est réputée avoir été proclamée en 1222 par Soundiata Keita, fondateur de l’Empire du Mali.

 

  1. Les chasseurs déclarent :
    Toute vie (humaine) est une vie.
    Il est vrai qu’une vie apparaît à l’existence avant une autre vie,
    Mais une vie n’est pas plus “ancienne”, plus respectable qu’une autre vie,
    De même qu’une vie n’est pas supérieure à une autre vie.
  2. Les chasseurs déclarent :
    Toute vie étant une vie,
    Tout tort causé à une vie exige réparation.
    Par conséquent,
    Que nul ne s’en prenne gratuitement à son voisin,
    Que nul ne cause du tort à son prochain,
    Que nul ne martyrise son semblable.
  3. Les chasseurs déclarent :
    Que chacun veille sur son prochain,
    Que chacun vénère ses géniteurs,
    Que chacun éduque comme il se doit ses enfants,
    Que chacun “entretienne”, pourvoie aux besoins des membres de sa famille.
  4. Les chasseurs déclarent :
    Que chacun veille sur le pays de ses pères.
    Par pays ou patrie, faso,
    Il faut entendre aussi et surtout les hommes ;
    Car “tout pays, toute terre qui verrait les hommes disparaître de sa surface
    Deviendrait aussitôt nostalgique.”
  5. Les chasseurs déclarent :
    La faim n’est pas une bonne chose,
    L’esclavage n’est pas non plus une bonne chose ;
    Il n’y a pas pire calamité que ces choses-là,
    Dans ce bas monde.
    Tant que nous détiendrons le carquois et l’arc,
    La faim ne tuera plus personne au Manden,
    Si d’aventure la famine venait à sévir ;
    La guerre ne détruira plus jamais de village
    Pour y prélever des esclaves ;
    C’est dire que nul ne placera désormais le mors dans la bouche de son semblable
    Pour aller le vendre ;
    Personne ne sera non plus battu,
    A fortiori mis à mort,
    Parce qu’il est fils d’esclave.
    6. Les chasseurs déclarent :
    L’essence de l’esclavage est éteinte ce jour,
    “D’un mur à l’autre”, d’une frontière à l’autre du Manden ;
    La razzia est bannie à compter de ce jour au Manden ;
    Les tourments nés de ces horreurs sont finis à partir de ce jour au Manden.
    Quelle épreuve que le tourment !
    Surtout lorsque l’opprimé ne dispose d’aucun recours.
    L’esclave ne jouit d’aucune considération,
    Nulle part dans le monde.
  6. Les gens d’autrefois nous disent :
    “L’homme en tant qu’individu
    Fait d’os et de chair,
    De moelle et de nerfs,
    De peau recouverte de poils et de cheveux,
    Se nourrit d’aliments et de boissons ;
    Mais son “âme”, son esprit vit de trois choses :
    Voir qui il a envie de voir,
    Dire ce qu’il a envie de dire
    Et faire ce qu’il a envie de faire ;
    Si une seule de ces choses venait à manquer à l’âme humaine,
    Elle en souffrirait
    Et s’étiolerait sûrement.”
    En conséquence, les chasseurs déclarent :
    Chacun dispose désormais de sa personne,
    Chacun est libre de ses actes,
    Chacun dispose désormais des fruits de son travail
    .

Tel est le serment du Manden.

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Union des Conseils Economiques

et Sociaux et Institutions similaires

des Etats et Gouvernements

membres de la Francophonie

 

 

Déclaration des Conseils Economiques et Sociaux réunis par l’UCESIF et le Conseil Economique et Social de Grèce

Adoptée à Athènes le 7 mai 2015

A l’issue du colloque international

 

« Pour une production agricole de petite et moyenne échelle, économique viable, écologiquement durable et socialement inclusive »

 

L’agriculture est aujourd’hui face à trois grands défis contemporains :

  • Nourrir convenablement une humanité de bientôt 9 milliards de personnes,
  • Gérer durablement la plupart des ressources naturelles et
  • Employer et rémunérer décemment près de 40% du travail mondial.

 

Avec l’Organisation des Nations Unies, qui a dédié l’année 2014 à l’agriculture familiale, les CES membres de l’UCESIF souhaitent attirer l’attention sur les exploitations agricoles de petite ou moyenne taille et dire leur confiance dans leur capacité à relever les défis qui se dressent devant elles à condition que les pouvoirs publics veillent à construire et à maintenir un environnement qui leur soit favorable.

Pour ce faire, l’UCESIF prend position en faveur d’agricultures productives à haute valeur sociale et environnementale. Par leurs avis et recommandations, ils s’engagent à contribuer aux transitions agro-écologique et alimentaire, composantes majeures d’une mutation vers le développement durable et inclusif sur lequel la communauté international s’est accordée.

Pour ce faire, l’UCESIF et ses membres interviendront auprès des acteurs concernés et demandent aux gouvernements de :

  1. Mettre en œuvre des politiques agricoles favorisant l’agriculture familiale en:
  • Facilitant l’accès des exploitations familiales aux ressources naturelles, particulièrement aux terres arables, aux équipements publics, aux crédits agricoles, aux marchés et aux technologies
  • Accompagnant le développement des exploitations familiales  et l’installation des jeunes agriculteurs
  • Soutenant les systèmes agricoles de connaissances et d’innovations;
  • Protégeant les produits d’appellation d’origine contrôlée de la contrefaçon;
  • Encourageant les synergies entre les agricultures familiales et les autres formes de production agricole;
  • Créant un environnement administratif et un climat des affaires prédictive et exempt de corruption.

 

  1. Organiser la transition agro-écologique en :
  • Renforçant leurs politiques d’adaptation des systèmes agricoles au changement climatique et d’atténuation de leurs émissions de carbone, et notamment en consacrant une part importante de leurs demandes au « Fonds vert des Nations unies pour la prévention et l’adaptation au changement climatique » à l’évolution des agricultures familiales
  • Se montrant constructifs en matière de « Solutions Climat », concernant aussi bien l’appropriation des technologies à faibles effets de serre, la vérification des engagements, la mobilisation des financements que la répartition des efforts financiers
  • Défendant les intérêts des agricultures familiales de petite et moyenne exploitations dans l’agenda diplomatique 2015, notamment lors de la COP21, la fixation des ODD et les négociations commerciales de l’OMC

 

  1. Lutter contre l’insécurité alimentaire et d’organiser une transition alimentaire permettant de sortir de l’impasse du système mondialisé actuel en :
  • Promouvant les productions nationales agricoles et alimentaires adaptées aux besoins des consommateurs urbains et aux contraintes des « achats institutionnels »
  • Soutenant les efforts des collectivités territoriales dans la définition de systèmes alimentaires territorialisés qui rapprochent et articulent les producteurs et les consommateurs
  • Favorisant le maintien des populations locales par une agriculture de petite et moyenne échelle
  • Appuyant les initiatives locales d’alimentation responsable et durable dans lesquelles la production va de pair avec des effets bénéfiques sur les plans social, environnemental et culturel.

 

Les Conseils Economiques et Sociaux de l’UCESIF entendent eux-mêmes :

  1. Porter ces sujets dans l’accomplissement de leur rôle de conseils auprès de leurs gouvernements et Parlements;

 

  1. Coopérer entre eux pour favoriser la solidarité entre les pays membres de la Francophonie par le partage d’expérience et l’encouragement de l’accessibilité aux marchés pour les produits de l’agriculture familiale au service des transitions agro-écologique et alimentaire;

 

  1. Jouer un rôle plus actif dans le développement du dialogue social participatif avec l’ensemble des acteurs dans l’élaboration des politiques et législations relatives à l’agriculture.

 

 

 

Les emplois verts en Afrique

 

 

Pour l’OIT, la notion d’emplois verts résume la transformation des économies, des entreprises, des lieux de travail et les marchés du travail dans un système durable axe sur le travail décent.

Toutefois, des stratégies novatrices visant à promouvoir les emplois verts ne peuvent réussir qu’avec la participation pleine et entière des travailleurs et des entreprises. L’Agenda des emplois verts de l’OIT soutient une transition socialement juste pour les entreprises, les travailleurs et les communautés, où l’impact de l’évolution des marchés du travail, y compris les vulnérabilités, les inégalités et les nouveaux modèles d’entreprenariat sont traités par le dialogue social.

Les emplois sont verts quand ils aident à réduire l’impact négatif sur l’environnement et finalement conduisent les entreprises vers des économies socialement durables. Plus précisément, les emplois verts sont des emplois décents lorsqu’ils parviennent à:

  • Réduire la consommation d’énergie et de matières premières
  • Limiter les émissions de gaz à effet de serre
  • Réduire les déchets et la pollution
  • Protéger et restaurer les écosystèmes

En Afrique, les activités d’emplois verts ont été mises en œuvre principalement dans les pays de l’Est et du Sud-Est. Le programme des emplois verts a initié et participé à de nombreuses activités dans la région, notamment au Kenya, le Malawi, Maurice, l’Afrique du Sud, Tanzanie, Ouganda, Zambie et Zimbabwe.

La coopération de l’OIT pour des emplois verts s’inscrit dans plusieurs initiatives et les leçons tirées de ces expériences permettent de formuler des recommandations pour les activités futures de la deuxième phase 2012-2014.

Dans le même temps, le programme des emplois verts va commencer à travailler avec les pays ayant récemment demandé de l’aide, comme la Tunisie et de la Namibie, pour évaluer le potentiel des emplois verts et de formuler des politiques adéquates. Le renforcement des capacités sera mis en exergue avec une nouvelle formation pour le personnel et les mandants de l’OIT, à Turin et dans les régions, comme l’Afrique francophone.

 

 

Initiative de la francophonie pour des villes durables

Une initiative cofondée par l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD), organe subsidiaire de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), et l’association ENERGIES 2050.

 

Contexte : Autant de défis que d’opportunités

Ville et monde, un même destin

De nombreux analystes considèrent que les Villes détiennent les clés des plus grands défis planétaires et que leur futur conditionnera le futur même de notre civilisation. Bien que ne représentant que 4% de la surface terrestre, les Villes concentrent en effet une grande partie de l’activité humaine et sont à l’origine d’une pression non négligeable sur l’environnement et les ressources naturelles. D’autant plus que la part de population urbaine ne cesse d’augmenter, une tendance qui devrait se renforcer encore dans les prochaines années.

Dans ce rôle clé, les Villes se retrouvent face à de multiples défis que les conséquences du changement climatique ne font que renforcer et exacerber. Pour les villes du Sud, déjà confrontées à un retard significatif en termes d’équipements et d’aménagements, les défis sont d’autant plus importants que ces pays sont confrontés à une croissance urbaine plus marquée, un mitage géographique plus rapide, un processus de décentralisation plus récent et un manque de moyens significatif. Si la problématique des Villes est la même partout, les conditions politiques et les réponses à apporter sont différentes.

Il est désormais acquis que l’échelle locale est incontournable dans la mise en œuvre de la plupart des politiques de développement durable mais aussi de lutte contre le changement climatique. Les Villes sont les dépositaires d’importantes responsabilités et disposent de nombreuses opportunités pour améliorer leurs performances dans les domaines qui relèvent de leurs compétences (planification urbaine, occupation des sols, transports communs, gestion des déchets,…). La politique locale se doit d’insuffler la bonne direction ainsi que d’encourager les partenariats pour démultiplier les moyens disponibles.

Enfin, les Villes ont le potentiel d’être de véritables terrains d’expérimentation du développement durable et des technologies vertes. Corollaire d’une stratégie réussie, les Villes deviendraient alors des pôles d’attraction pour des métiers à forte valeur ajoutée et des entreprises de pointe et par effet d’entraînement pourraient être à l’origine de la création de nombreux emplois verts décents.

Des énergies à fédérer, mutualiser et optimiser

On compte aujourd’hui une multitude d’actions et de programmes dédiées à l’espace urbain, reposant sur des méthodologies variées et portés par un nombre significatif d’acteurs et de bailleurs de fonds. Si cette diversité constitue une véritable richesse, elle contribue cependant à un manque de lisibilité et rend difficile la duplication des actions et la généralisation des bonnes pratiques. Bien que les Villes diffèrent de par leur taille, leurs caractéristiques géographiques ou encore leurs contextes socio- économiques, elles restent confrontées à des barrières similaires dans la mise en place de stratégies de développement durable. Ceci invite à l’élaboration d’outils accessibles à tous, à la capitalisation des expériences réussies ainsi qu’à la mutualisation des savoirs.

Parmi la multitude d’initiatives existantes, rares sont celles qui se basent sur des accords contraignants et les méthodologies utilisées ne sont pas toujours explicite. Cela ne permet donc pas de vérifier la durabilité des actions. Par ailleurs, les acteurs et les programmes qui traitent de la question de la durabilité de l’espace urbain sont de plus en plus nombreux et leurs objectifs sont très souvent identiques dans l’ambition et dans les modalités d’intervention annoncées. Il en résulte une inévitable concurrence pour accéder aux moyens financiers disponibles, très largement insuffisants par rapport aux défis. Enfin, les différentes actions mises en place s’inscrivent généralement dans le cadre de programmes thématiques et/ ou géographiques et interviennent donc de manière assez spécifique. Pourtant, toute décision touchant une partie de la Ville a des impacts plus ou moins directs sur d’autres parties voire sur son ensemble. Les Villes sont constituées de systèmes intégrés et interdépendants, organisés selon des schémas complexes et de nature très variée ; il est donc indispensable d’aborder la problématique des Villes durables selon une approche holistique, aussi bien au niveau de l’analyse des défis que dans la recherche des réponses à apporter.

Présentation de l’Initiative

Sa genèse

L’initiative de la Francophonie pour des Villes durables s’inscrit dans la continuité du programme « Ville, Energie et Environnement » mis en place par l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie (IEPF) entre 2005 et 2011. L’originalité de ce programme tenait en grande partie à sa capacité à prendre en compte la diversité d’une Ville tout en ciblant des stratégies d’actions sur les deux volets « facilement » identifiables que sont l’énergie et l’environnement. Suite à son évaluation réalisée en 2011, l’Institut de la Francophonie pour le Développement Durable (IFDD), nouvelle appellation de l’IEPF, et ENERGIES 2050 ont décidé de poursuivre l’aventure ensemble. Ils ont conçu une nouvelle initiative dont Présentation de l’Initiative l’objet est d’appréhender l’environnement construit selon une approche systémique. L’espace francophone porte en lui une identité culturelle et historique propice à des actions concertées à même de contribuer à répondre aux enjeux globaux que rencontrent nos sociétés. La composante « Francophonie » doit ainsi être le ciment de l’Initiative dans sa première phase, l’ambition étant d’aboutir à une démarche applicable universellement.

L’Initiative, une approche systémique pour des stratégies urbaines durables

Comme indiqué ci-dessus, un nombre significatif d’initiatives ou de programmes dédiés à la Ville existent et sont en cours au niveau international. L’Initiative de la Francophonie pour des Villes durables désire s’en inspirer afin de tirer les enseignements de chacun d’eux et de pouvoir se concentrer sur la mise en place d’un programme aussi opérationnel que possible, inspiré par une vision systémique de l’environnement construit. Pour ce faire, l’Initiative désire résolument s’appuyer sur les démarches en cours et construire des partenariats inspirés et complémentaires. En inscrivant la multitude d’actions et de programmes existants au sein d’une approche systémique de la Ville, l’Initiative cherche à donner de la cohérence et de la lisibilité aux énergies fournies, tout en les optimisant. A l’aide d’une ligne de conduite méthodologique, l’Initiative souhaite aboutir à des résultats concrets et mesurables ainsi que faciliter la réplicabilité de ceux-ci. En d’autres mots, il s’agit d’élaborer un ensemble d’indicateurs, véritables dénominateurs communs à la base de la transposition d’une démarche d’une Ville à une autre. L’objet de l’Initiative de la Francophonie pour des Villes durables est de susciter la mise en œuvre d’une stratégie urbaine durable et d’apporter des réponses concrètes à des situations critiques face à des moyens presque systématiquement sous dimensionnés.

Une organisation matricielle, pour une Initiative au plus proche de la mise en œuvre

Au regard de ce qui précède, chacun aura compris que la stratégie d’action de l’Initiative de la Francophonie pour des Villes durables s’articulera autour de partenariats aussi variés que complémentaires et devra s’appuyer sur les actions et initiatives existantes. En pratique, il s’agit ni plus ni moins que de construire un puzzle dans lequel chaque pièce, tout en étant indépendante et indispensable, n’a d’utilité que lorsqu’elle se trouve connectée aux autres selon une organisation planifiée, optimisée et cohérente.

Pour ce faire, l’Initiative s’articulera selon les 5 piliers suivants complémentaires :

  1. fédérer et mutualiser
  2. comprendre et partager pour des villes inspirées en devenir
  3. mettre en œuvre des programmes d’action à la carte
  4. financer la ville inspirée
  5. renforcer la capacité d’agir Chacun des piliers se renforcera en s’appuyant et en complétant les autres piliers.

Une organisation participative et mobilisatrice

Un chef d’orchestre, des musiciens comme autant de solistes

Pour être en position de fédérer et de dépasser les possibles centres d’intérêts divergents, l’Initiative se doit d’être collaborative et participative. L’Initiative a vocation à être un Chef d’Orchestre afin que chaque musicien s’inscrive dans une partition partagée et puisse révéler ses talents de soliste.

Comité de pilotage et secrétariat de l’Initiative

Le rôle de ce Comité est stratégique car il doit être à la fois le garant de la vision politique de l’Initiative tout en s’assurant de sa mise en œuvre opérationnelle conformément à son cahier des charges. Il doit également permettre de fédérer les différents acteurs autour d’un projet commun au-delà des initiatives que certains d’entre eux pourraient déjà être en train de mettre en place sur des activités sectorielles. Dans cette perspective, l’Initiative de la Francophonie pour des Villes durables ne doit pas être vue comme un possible concurrent mais comme un intégrateur pour que chacun puisse mettre en commun son patrimoine méthodologique, ses meilleures pratiques, ses outils et ses modalités d’accompagnement. Chacun conservant par ailleurs sa totale liberté de décisions et d’actions. Pour s’assurer de la plus large participation, devenir partenaire de l’Initiative se ferait sur invitation et serait gratuite (à minima dans un premier temps). Chaque partenaire disposant d’un siège et d’une voix au Comité de Pilotage. Le secrétariat de l’Initiative sera financé sur la base de contributions volontaires de partenaires. Les contributions des membres pourront être financières, techniques, humaines ou en nature.

 

 

 

Un Développement Décarbonisé

Trois Etapes Vers Un Futur Sans Carbone

 

Rapport

Marianne Fay, Stephane Hallegatte, Adrien Vogt-Schilb

Julie Rozenberg, Ulf Narloch et Tom Kerr

 

Synthèse

La stabilisation du climat implique de réduire à zéro les émissions de dioxyde de carbone (CO2). Ce rapport définit trois actions principes sur lesquels les pays doivent fonder leurs actions pour un futur « décarbonisé » : a) planifier un avenir sans émission ; b) dépasser la tarification du carbone grâce à un ensemble de politiques qui aboutiront aux modifications des modèles d’investissements, de technologie et de comportements et c) protéger les personnes vulnérables et éviter les pertes globales. Même si les pays avec des niveaux de revenus différents et des dotations différentes adopteront des stratégies différentes, ils ont tous un rôle à jouer.

 

La stabilisation du climat implique de réduire à zéro les émissions de dioxyde de carbone (CO2). Le CO2 reste dans l’atmosphère durant des centaines, voire des milliers d’années. Tant que nous en émettons plus que ce que nous ré-absorbons grâce aux puits de carbone (comme les forêts et océans), la concentration atmosphérique de CO2 continuera à grimper et le climat continuera à se réchauffer. Les décisions que nous prenons aujourd’hui détermineront le climat de la planète pour les siècles à venir.

D’après les recherches les plus récentes, nous devons réduire nos émissions nettes à zéro d’ici 2100 pour stabiliser le changement climatique  une augmentation d’environ 2 degrés au-dessus des températures préindustrielles, objectif considéré comme le niveau maximum de réchauffement acceptable par les gouvernements. Abaisser l’objectif à 3 degrés ne ferait pas grande différence quant aux mesures nécessaires, même si un objectif de 2 degrés exigerait des actions plus agressives et immédiates.

Mais est-il possible d’envisager un monde dans lequel les activités économiques sont devenues complètement neutres en carbone d’ici la fin du siècle ? Nous nous devons de souligner le fait que la neutralité en carbone et la décarbonisation n’implique en aucune manière une absence d’émissions. Les émissions positives de certains secteurs et certains pays peuvent être compensées, dans une certaine mesure, grâce aux puits de carbone et aux émissions négatives de certains pays. Ainsi, la décarbonisation signifie une réduction à zéro des émissions nettes de CO2 – ainsi que la stabilisation des émissions de gaz à effet de serre éphémères tel que le méthane qui se dissipe dans l’atmosphère en quelques jours, semaines ou décennies.

Le dernier rapport du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC) – qui présente les points de vue convergents de 830 scientifiques, ingénieurs, et économistes de plus de 80 pays et qui était officiellement endossé par les gouvernements de 194 pays – a identifié plusieurs trajectoires pour atteindre la neutralité en carbone d’ici la fin du siècle. Il est nécessaire d’agir sur quatre fronts différents : (a) la décarbonisation de l’électricité ; (b) une électrification massive (en utilisant cette électricité propre) et, lorsque ce n’est pas possible, basculer vers des énergies plus propres ; (c) une meilleure effective et une diminution des déchets dans tous les secteurs ; et (d) améliorer les puits de carbones (forêts, végétations et sols).

En termes concerts, qu’est-ce que cela signifie pour les pays, particulièrement pour les pays en développement qui luttent déjà aujourd’hui pour réduire la pauvreté et atteindre la prospérité ? Nombreux sont incapables de maintenir les investissements pour satisfaire les besoins élémentaires des leurs citoyens, encore moins les villes puissantes, les routes, les logements, les écoles et les systèmes de santé qu’ils aspirent à créer. En même temps, le fait qu’une grande partie de leurs infrastructures attend encore d’être construite implique qu’il existe des opportunités pour agir immédiatement et accroître l’efficacité. Ainsi, la poursuite d’une transition faible en carbone doit être intégrée dans l’ensemble de l’agenda de développement : l’objectif n’est pas seulement de décarboniser, mais de décarboniser le développement.

Le but de ce rapport est de considérer cet objectif noble de réduction des émissions à zéro d’ici à 2100 et d’examiner ce que cela signifie en termes d’élaboration de politiques pour le développement. Ce rapport ne développement pas si et pourquoi nous devrions stabiliser le changement climatique, ni à quel niveau nous devrions le faire. Notre point de départ est l’objectif de 2 degrés fixé par la communauté internationale. Nous commencerons par examiner de quelle manière la planification peut aider à poser les fondations d’un climat stable et d’un modèle de bon développement. Ensuite, nous nous concentrerons sur la façon dont les pays peuvent créer un environnement favorable à la disponibilité des technologies, infrastructures et moyens de financement nécessaires. Enfin, nous analyserons comment les pays peuvent soigneusement réussir la transition, étant donné que l’économie politique a un rôle vital à y jouer.

Le message de ce rapport est que pour décarboniser le développement d’ici 2100, trois principes généraux doivent guider les pays dans leurs efforts pour diminuer les émissions de carbone :

  • Planifier un avenir sans émission. La manière adéquate d’accomplir une réduction des émissions d’ici 2030 dépend de s’il s’agit de l’objectif final ou d’une étape vers un futur sans émission. Dans le cas de ce dernier, les actions immédiates devront être un mix mesures peu chères, de solutions rapides et de mesures plus coûteuses sur le long terme pour promouvoir le développement des technologies, l’investissement dans les infrastructures de longue durée, et dans les modifications de construction des villes. Ainsi, chaque pays doit déterminer un objectif sur le long terme – disons pour 2050 – qui vise la décarbonisation et la construction de plans à court terme pour les secteurs spécifiques qui contribuent à la réalisation de cet objectif et sont adaptés à la richesse, capacité et dotation de chaque pays. La bonne nouvelle est que de nombreuses options au potentiel fort offrent des bénéfices locaux immédiats, notamment dans les pays à faible revenu, de sorte qu’il n’y ait pas de compromis entre les actions immédiates et les objectifs de développement à court terme.
  • dépasser la tarification du carbone grâce à un ensemble de politiques qui aboutiront aux modifications des modèles d’investissements, de technologie et de comportements. La tarification du carbone est nécessaire à une transition efficace vers la décarbonisation. C’est également un moyen efficace d’engendrer des revenus pouvant être utilisés pour soutenir la réduction de la pauvreté et le développement ou pour abaisser d’autres taxes. Une taxe carbone peut être conçue pour être simple au niveau administratif mais tout de même plus difficile à éviter que les impôts sur le revenu ou sur la capital. Cependant, la tarification du carbone à elle seule ne peut pas résoudre le problème du changement climatique, étant donné les nombreux échecs et tendances du marché qui déstabilise les économies. Les décisionnaires doivent également adopter des mesures telles que des subventions ciblées sur les investissements, des mandats et des standards de prestations ou des campagnes de communications qui aboutiront à des modifications des modèles d’investissement, de comportements et de technologies – et dans le cas où la tarification du carbone est temporairement inaccessible, utiliser ces mesures comme un substitut.
  • Etre attentif à l’économie politique et faciliter la transition pour les personnes vulnérables. Les réformes réussissent ou échouent en fonction de la façon dont l’économie politique est gérée : un ensemble de politiques sur le climat soit être attractif pour une majorité de votants et éviter les impacts qui apparaissent comme injustes et qui sont concentrés dans une région, un secteur ou une communauté. Ainsi, les réformes doivent faciliter la transition pour les personnes les plus affectées – pas seulement en protégeant les personnes vulnérables mais également en évitant les pertes concentrées et quelques fois en compensant les lobbies puissants. Heureusement, se débarrasser des subventions dangereuses pour la santé et pratiquer la tarification du carbone fournit des ressources additionnelles permettant d’améliorer l’équité, de protéger les personnes affectées et, lorsque c’est nécessaire, d’apaiser les opposants.

 

 

 

 

Le Business Climate Summit Paris

 

 

Le Sommet de l’Entreprise et du Climat  a réuni les 21 et 22 mai, à Paris, à l’initiative du World Business Council for Sustainable development, un millier de personnes représentant notamment les principales organisations patronales mondiales.  Cette réunion honorée de la participation du Président de la République, du Secrétaire général de l’OCDE, du Ministre français des affaires étrangères, de Ministres du Pérou et des Iles Marshall, et de la Secrétaire exécutive de la convention climat, a débouché sur une déclaration finale qui affirme la conscience qu’ont les entreprises du risque climat pour leurs activités et leur volonté de lutter contre le réchauffement de la planète.

 

Le Président Hollande leur avait lancé un appel à l’action: « Ce qui se joue à Paris, c’est la transformation du monde, que nous réussissions ou échouions. Car il s’agit de modifier les modes de consommation, de production et de transport. Les entreprises sont les acteurs indispensables qui vont proposer les outils de la transition et de l’adaptation, y compris dans les pays en développement. Si nous sommes capables des faire apparaître des innovations, des ruptures, cette transformation sera possible. […]La question des innovations sectorielles est essentielle, pour la réduction et la captation des émissions, par exemple.  L’agenda des solutions doit apporter les moyens de la réussite. Les entreprises sont invitées à apporter les technologies permettant la mutation et d’indiquer leurs investissements à venir dans ce domaine. Les entreprises organiseront une Journée de l’action pendant la COP 21. Elle démontrera que ce n’est pas un accord classique consistant un document traditionnel,  mais un tournant.  Il faut une somme d’engagements, un programme, une stratégie. Il faut aussi une ingénierie financière améliorée permettant au marché financier d’être bien dirigé. »

 

Laurent Fabius a appuyé cet appel en invitant les entreprises à rejoindre plus nombreuses les structures de coordinations engagées dans la lutte contre le changement climatique, à  publier leurs contributions à la lutte contre le réchauffement en les regroupant par secteurs sur la plateforme NAZCA, en sorte que l’on ait une feuille de route des secteurs et  à mieux diffuser les technologies innovantes bas carbone. Il a souhaité que le monde financier décarbone ses portefeuilles et y injecte des obligations vertes.  Il a annoncé l’organisation, pendant la COP 21, d’un “action day” et un innovative day” qui démontreront que les solutions existent.

 

La question de la sortie des énergies fossiles a fait l’objet de débats animés. Représentés par Eldae  Saetre, PDG de Statoil et  Tony Hayward , de Glencore, les industriels concernés ont plaidé pour des transitions douces, affirmant qu’elles  peuvent contribuer à la réduction des émissions en changeant leurs modes de production. Pour eux, il faut en priorité aider la Chine et l’Inde à moderniser leur secteur énergétique alors qu’ils sont engagés dans une industrialisation à marche forcée. Pour eux, le différentiel de prix entre le charbon, la ressource la moins chère et la plus abondante, et le gaz est prohibitif pour une transition énergétique qui impliquerait un changement de source d’énergie. Il faut donc d’abord travailler à l’amélioration de l’efficacité énergétique. Le débat a été vif sur l’optimum possible pour les mix énergétiques : l’affirmation des industriels du charbon et du pétrole que l’éolien et le solaire ne pourraient jamais permettre le développement des industries lourdes n’a pas été appréciée des représentants des renouvelables.

 

Mais le principal sujet, mis en scène par une table ronde qui lui était dédiée dès le premier jour a été la question du prix du carbone.

 

François Hollande avait dit : «  Elle suscite des inquiétudes des industries les plus émettrices. Mais il faut du volontarisme : le prix du carbone du marché européen est insuffisant. Une réforme en cours  d’adoption va introduit une réserve de stabilité avec effet en janvier 2019, ce qui est compatible avec l’accord international recherché. »

 

Une unanimité s’est déclarée sur l’importance du signal que représente ce prix pour orienter les investissements et les marchés. En revanche, la question de la vitesse d’augmentation, de l’unicité du prix et de la méthode pour parvenir à une hausse a suscité des débats aussi vifs que non conclusifs.

 

  • Certains ont mis en avant le risque qu’une hausse rapide du prix du carbone ne freine le développement des pays pauvres, ceux qui auront des difficultés à accéder aux énergies et technologies propres. Ils ont rappelé qu’en Afrique 12 pays ont un taux d’accès à l’électricité inférieur à 50 PC. Il ne faut donc pas renchérir le prix de l’électricité pour ce type de pays. Ils ont donc plaidé pour des marchés régionaux avec des prix différenciés.

 

  • D’autres ont préconisé de faire appel à la souplesse des taxations nationales sur les industries émettrices, en application du principe « pollueur-payeur », dont le meilleur exemple est les taxes sur l’essence : dans les pays où elles sont élevées, l’impact a été décisif sur la production de moteurs automobiles économes. Xavier Musca, ancien directeur du Trésor devenu DG adjoint du Crédit Agricole a, à cet égard, rappelé les expériences françaises malheureuses en matière de taxe carbone pour inviter à laisser chaque gouvernement gérer les sensibilités anti-fiscales de leurs concitoyens. « C’est toute une civilisation qui a été basée sur un prix du carbone très bas. D’où la difficulté des évolutions. Les USA sont un bon exemple de cet attachement civilisationnel au prix du carbone bas. Le patchwork  des systèmes de taxation a toutefois été critiqué.

 

  • D’autres encore ont affirmé que la priorité était la suppression des subventions aux industries fossiles, qui représente un pourcentage considérable de certains budgets publics.

 

  • D’autres enfin ont mis en avant le rôle décisif des investisseurs, qui peuvent eux-mêmes être guidés par des obligations en matière d’analyse de risque et de reporting, à l’instar de ce que propose un projet de loi en France. Xavier Musca a signalé qu’Amundi a lancé un dispositif pour signaler le degré de carbone dans les valeurs financières. « Les normes environnementales fixées par la Banque Mondiale dans les critères d’attribution des crédits jouent un rôle croissant. » a rappelé sa représentante.

 

  • Mais une forte majorité a souligné l’importance et la nécessité d’une intervention des Etats, à l’instar de l’Union Européenne et de la Chine. Rachel Kyte, vice-présidente et envoyée spéciale sur le changement climatique de la Banque mondiale, a affirmé : »On peut penser que c’est politiquement difficile à faire, mais on observe, pays après pays, région après région, des autorités qui mettent en place un prix du CO2. » Simon Upton, directeur environnement de l’OCDE, a souligné que 39 pays ont mis en place un système d’échange de permis, et 14 pays une taxe. A ceux qui s’alarmaient d’une régulation d’un marché essentiel qui a besoin de stabilité par des Etats aux décisions peu prévisibles,  Jean-Pierre Clamadieu, président de Solvay a répondu : « Le marché ETS a manqué d’une instance de type ‘banque centrale’ qui veille aux grands équilibres. »

 

Invité à tenter une synthèse, Simon Upton, de l’OCDE a proposé : éliminer les subventions, travailler avec les émergents, créer un marché efficace, créer des taxes proches des consommateurs pour infléchir leurs comportements. Laurent Fabius a toutefois refroidi l’atmosphère en laissant échapper : « Il n’est pas sûr que l’on arrive à un accord sur le prix du carbone en décembre, mais tout progrès est bienvenu ».

 

La déclaration finale a été signée par 25 organisations représentant 6,5 millions d’entreprises dans 130 pays, dont la Chambre de commerce internationale, WBCSD, EpE, BSR, l’Afep, le Medef et CDP. Elles s’engagent à “mener la transition vers une économie bas-carbone et résiliente face au changement climatique” et “envoient un message clair aux décideurs nationaux et internationaux : « Nous voulons un accord mondial sur le climat qui permette d’atteindre zéro émission nette, lors de la COP 21 ». Elles « appellent les décideurs à mobiliser des fonds publics et privés, à introduire un prix du carbone stable et robuste et à éliminer les subventions aux énergies fossiles. »

 

 

 

 

 

 

 

Les financements de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique

 

Les sources de financements publics comprennent les fonds multilatéraux (ex. Fonds vert), les institutions multilatérales ou régionales (ex. Banque mondiale, BERD) et les gouvernements et institutions bilatérales (ex. AFD, DFID).

En 2009, à Copenhague, les pays développés se sont engagés à mobiliser conjointement 100 milliards de dollars (de sources publiques et privées, bilatérales et multilatérales, y compris d’autres sources de financement) par an d’ici à 2020. Ces 100 milliards de dollars serviront à financer des actions d’adaptation et d’atténuation dans les pays en développement.

Fonds vert 

Le Fonds vert a une vocation de catalyseur d’autres financements : seule une petite partie des 100 Mds USD a donc vocation à transiter par le Fonds vert directement. De plus il a un objectif spécifique sur le financement de l’adaptation. La COP16 de Cancun en 2010 a en effet précisé qu’une « part appréciable  des nouveaux financements multilatéraux pour l’adaptation devait être acheminée par l’intermédiaire du Fonds vert ». La décision du Fonds vert d’allouer 50% de ses engagements sur l’adaptation – dont 50% de ces 50% aux plus vulnérables – va ainsi dans ce sens.

A ce jour, le Fonds Vert a été capitalisé à hauteur de 10,2 Mds USD (pour 4 ans, sur la période 2015 à 2018), exclusivement par des contributions gouvernementales (quelques pays en développement ont contribué). Le Fonds pourra continuer à recevoir d’autres contributions, y compris de sources privées, d’ici sa reconstitution prévue en 2018. Sur la base de sa capitalisation initiale, on peut estimer que le Fonds pourra apporter entre 2015 et 2018 aux pays en développement des financements en dons et prêts très concessionnels d’environ 2,5 Mds USD par an en moyenne (en pratique ses engagements ne seront pas linéaires sur les 4 premières années,). Avec l’effet de levier des financements publics sur des co-financeurs publics et privés, son impact final pourrait être beaucoup plus important. Les premiers projets devraient être décidés au Conseil d’octobre 2015 et les premiers décaissements devraient avoir lieu en 2016.

Autres fonds multilatéraux 

Au-delà du Fonds vert, d’autres fonds multilatéraux, abondés principalement par les pays développés, apportent d’ores et déjà des contributions de l’ordre de 1,5 Mds USD par an qui contribuent à l’atteinte des 100 Mds :

  • le Fonds pour l’Environnement Mondial (FEM):

Le Fond pour l’Environnement Mondial est un organisme dédié à la coopération internationale ayant pour vocation de financer des initiatives engagées dans la lutte contre les principales menaces qui pèsent actuellement sur l’environnement de la planète : la déperdition de la biodiversité, le changement climatique, la dégradation des eaux internationales, l’appauvrissement de la couche d’ozone, la dégradation des sols et les polluants organiques persistants (POP). Le Fond pour l’Environnement Mondial compte 175 gouvernements membres et travaille en partenariat avec le secteur privé, les ONG ainsi que les organisations internationales pour traiter des enjeux environnementaux au niveau mondial, tout en soutenant les initiatives de développement durable au niveau national. Il a, jusqu’ici, alloué 4 milliards de dollars en subventions et accordé un supplément de 12 milliards de dollars en co-financements, pour soutenir plus de 1000 projets dans près de 140 nations en développement et économies en transition. En Août 2002, 32 Etats donateurs se sont engagés à fournir près de 3 milliards de dollars en 4 ans pour financer le travail du Fond pour l’Environnement Mondial.

  • le Fonds Spécial pour le Changement climatique (SCCF) :

Le Fonds spécial a été créé en 2001 sous l’égide de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) pour financer des activités, programmes et mesures liés aux changements climatiques et venant accompagner ceux financés au moyen de ressources allouées dans le domaine d’intervention « changements climatiques » du FEM et de fonds bilatéraux et multilatéraux. Le Fonds spécial compte quatre guichets de financement différents : a. Adaptation b. Transfert de technologies c. Énergie, transport, industries, agriculture et gestion des déchets d. Diversification économique pour les pays tributaires des combustibles fossiles. À la neuvième Conférence des Parties, il avait été en outre décidé ce qui suit : Le Fonds spécial pour les changements climatiques devrait servir de catalyseur pour mobiliser des ressources supplémentaires auprès de sources bilatérales et d’autres sources multilatérales ;  Les activités à financer devraient être impulsées par les pays, présenter un bon rapport coût efficacité et s’intégrer dans les stratégies nationales de développement durable et de réduction de la pauvreté ; Les activités d’adaptation visant à faire face aux effets néfastes des changements climatiques devront être financées en priorité ; et Le transfert de technologies et les activités connexes de renforcement des capacités seront également considérés comme des domaines essentiels aux fins de l’attribution des ressources du Fonds spécial pour les changements climatiques. Tout pays non visé à l’annexe I qui est partie à la CCNUCC est admis à bénéficier de financements pour des projets au titre du Fonds spécial. Les pays visés à l’annexe II de la CCNUCC fournissent des financements au profit du Fonds spécial, de même quelques pays visés à l’annexe I et tout pays non visé à l’annexe I qui souhaiterait contribuer librement au Fonds.

  • le Fonds pour les PMA :

Le Fonds pour les pays les moins avancés (Fonds pour les PMA) a été créé à la suite d’une directive donnée à la septième session de la Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), tenue à Marrakech en 2001, afin de répondre aux besoins particuliers des PMA dans le cadre de la Convention sur les changements climatiques. La priorité absolue allant à l’adaptation, et plus particulièrement au financement de l’élaboration et de la mise en œuvre des programmes d’action nationaux pour l’adaptation au changement climatique (PANA). Le Fonds sert à financer les projets qui répondent aux besoins urgents et immédiats des PMA en matière d’adaptation, en mettant l’accent sur la réduction de la vulnérabilité des secteurs et des ressources indispensables au progrès social et au développement national comme l’eau, l’agriculture et la sécurité alimentaire, la santé, la gestion et la prévention des risques de catastrophes et l’infrastructure, tels qu’ils ont été définis et hiérarchisés dans les PANA.

  • le Fonds d’Adaptation :

Le Fonds d’adaptation a été créé pour financer des projets et programmes concrets d’adaptation dans les pays qui sont parties au Protocole de Kyoto et sont particulièrement vulnérables aux effets néfastes du changement climatique. Au cours des trois dernières années, le fonds a consacré  318 000 000 $ pour augmenter la résilience climatique dans 44 pays à travers le monde. Le Fonds d’adaptation est supervisé et géré par le Conseil du Fonds pour l’adaptation (AFB).

Fonds climatiques de la Banque Mondiale 

 

 

 

 

 

Le Sénégal met en place son Fonds National Climat (FNC)

(Dakar) Le Sénégal a procédé le 30 avril dernier à la mise  en place d’un Fonds National Climat lors d’un atelier tenu à Dakar et présidé par le Ministre de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) Abdoulaye Bibi Baldé et en présence de partenaires techniques et financiers.

 

Le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable, à travers la Direction de Financements Verts et des Partenariats, le Comité National Changement Climatique (COMNAACC) et le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) ont conduit le processus de mise en place du FNC selon la note de présentation remise à la presse.

Au Sénégal, la vulnérabilité aux changements climatiques a eu des effets sur le mode de vie et les moyens de subsistance des populations, notamment celles des zones côtières, du bassin arachadier et de la zone sylvo-pastorale du « Ferlo ».

Le défi actuel de développement, décliné dans la Plan Sénégal Emergent (PSE) est la poursuite de l’amélioration durable des conditions de vie des populations par des prises de décisions et des actions visant à réduire la pauvreté et à promouvoir le développement durable.

Les enjeux sont d’intégrer la finance climatique dans le financement du développement économique et social du Sénégal (PSE), accroître la résilience du pays aux effets néfastes du changement climatique et contribuer à l’effort mondial de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Dans le domaine de l’environnement, au niveau international, le financement de la lutte contre les changements climatiques est l’un des enjeux les plus importants à l’échelle mondiale au cours de ces deux dernières décennies.

Ce financement, selon le document remis à la presse, est un élément essentiel des initiatives menées dans les pays en développement pour renforcer leur capacité de résistance aux changements climatiques, limiter les émissions de gaz à effet de serre et soutenir le passage à un développement durable.

Parmi la vingtaine de mécanismes de financement mise en place, le Fonds Vert Climat, qui ambitionne de mobiliser 100 milliards de dollars Us par an d’ici 2020, est l’un des principaux instruments de financement climat.

Objectifs

Les Objectifs visés sont de mobiliser 60 millions de dollars Us par an pour le financement de projets et programmes sur le climat et le développement durable, ede saisir les nouvelles opportunités de partenariats et de financements internationaux offertes par le Fonds Vert Climat et les autres fonds assimilés, d’améliorer l’efficacité de l’aide internationale pour l’environnement et le développement durable au Sénégal et de renforcer les capacités nationales pour améliorer la cohérence au niveau de l’élaboration des projets et programmes ainsi que leur efficacité.

 

Alimentation du Fonds national Climat : l’objectif premier du FNC est de mobiliser et d’investir un montant de soixante millions dollars Us par an pour lutter contre les effets néfastes des changements climatiques et le développement durable.

La contribution attendue de l’Etat du Sénégal s’élève à 10 millions dollar US par an soit 5 milliards FCFA par an à partir d’une dotation annuelle du budget de l’Etat, de mécanismes de financements innovants d’investissements verts, de la contribution des collectivités locales, de la contribution du secteur privé dans le cadre de la RSE ou du PPP, de dons et legs…

La contribution attendue des Partenaires Techniques et Financiers et des autres donateurs est évaluée à 50 millions dollar US par an. Ces ressources financières seront notamment composées de : fonds mobilisés par le partenaire stratégique au titre du FNC/Sénégal, le PNUD pourrait lever jusqu’à 20 millions de dollars US par an, fonds mobilisés par le Centre de Suivi Ecologique accrédité comme entité nationale pour la mise en œuvre du Fonds Vert Climat dont les montants peuvent atteindre 10 millions de dollars Us par an, les Partenaires Techniques et Financiers et autres donateurs réunis par les Entités nationales accréditées (banques et secteur privé) pourront mobiliser 20 millions de dollars Us.

Organes et Dispositifs Institutionnel. Pour ce qui est des organes et dispositif institutionnel du FNC, il y a un Organe National pour l’Orientation Stratégique (ONOS), présidé par le Ministre de l’Environnement et du développement durable (MEDD), un Comité National de Pilotage du Fonds (CNPF), présidé par le Ministère de l’Economie, des Finances et du Plan (MEFP), un partenaire stratégique- le PNUD accrédité par le « Fonds Vert Climat » pour l’administration temporaire d’une partie du FNC (mobilisation des financements et gestion fiduciaire), la formation pour l’accréditation des entités nationales et le renforcement des capacités, des entités nationales comme le Centre de Suivi Ecologique (CSE) accréditée par le Fonds vert climat, des Partenaires Techniques et Financiers (PFT) et autres donateurs, des Organisations participantes (Institutions étatiques et collectives locales, le secteur privé non bancaire ( grosses entreprises, Pme/Pmi, Gie etc), société civile dont Ong, intermédiaires financiers (banques, institutions de microfinances –IMF- et Caisse de dépôts et consignations (CDC).

Pour finir le FNC fera l’objet d’évaluations statutaires indépendantes et formelles dans une démarche concentrée entre le Gouvernement du Sénégal et ses partenariats/parties prenantes.

Synthèse Harouna FALL

iGFM – Article publié le 2 mai sur le site web http://www.gfm.sn/

 

 

 


 

 

 

Rapport de la commission Pascal Canfin – Alain Grandjean,  juin 2015 (résumé)

 

10 propositions clés pour la feuille de route du financement d’une économie décarbonée

 

1 Instaurer un suivi de la feuille de route du financement d’une économie décarbonée pour assurer sa pérennité au-delà de la Cop21. Le FMI et la Banque Mondiale pourraient être chargés de sa supervision et de sa mise en œuvre, en coordination avec les instances pertinentes au sein de la Convention climat notamment. Il s’agira de suivre en particulier les évolutions du signal prix carbone (y compris la diminution des subventions aux énergies fossiles), les réformes permettant de lever les obstacles aux investissements dans les infrastructures bas carbone, les “feuilles de route 2°C” des banques de développement, l’intégration du risque climatique dans les règlementations financières, la part des investissements verts dans la totalité des investissements mondiaux en infrastructures, et l’évolution du découplage entre le PIB et les émissions de gaz à effet de serre.

2 Mettre en place un signal prix carbone. Un engagement volontaire des pays développés et émergents à mettre en place un prix carbone explicite compris dans une zone de 15 à 20 dollars la tonne en 2020 et croissant dans le temps avec comme objectif le fait de viser une cible de 60/80 dollars la tonne en 2030/2035 selon le niveau de développement.

3 Intégrer le climat dans les modèles macroéconomiques. L’intégration du scénario 2 degrés dans les modèles et les prévisions économiques des institutions internationales (FMI, OCDE…) et des ministères des finances de façon à assurer une meilleure cohérence entre l’analyse et la prévision de court terme et l’objectif de décarbonation de long terme. Tout modèle ou toute prévision, par exemple dans les analyses des marchés de l’énergie, incompatible avec le respect des 2 degrés doit être signalé comme tel.

4 Réaliser des stratégies nationales de financement de la décarbonation de l’économie. La réalisation par les États, à commencer par les pays développés, d’une stratégie nationale de décarbonation de leur économie et de son financement, public comme privé. La France en a adopté le principe dans sa loi sur la transition énergétique pour la croissance verte et les pays du G7 s’y sont engagés en juin 2015 1. Parmi les indicateurs clés pourrait figurer la part des investissements verts dans les investissements totaux réalisés chaque année ainsi que des cibles à atteindre. La France pourrait proposer au FMI et à la Banque Mondiale de suivre un tel indicateur, pays par pays et agrégé au niveau mondial.

5 Demander à chaque banque de développement de définir une feuille de route d’investissements compatibles avec le maintien sous les 2°C. Cette feuille de route précisera comment elle compte contribuer au respect de l’objectif agréé par la communauté internationale d’un maintien sous les 2 degrés. Un suivi conjoint par les banques multilatérales, régionales et bilatérales de développement pourrait être mis en place et un rapport public présenté public tous les deux ans notamment lors des Assemblées générales du FMI et de la Banque mondiale.

6 Utiliser de manière plus intensive au sein des banques de développement les outils à fort effet de levier comme les garanties, la dette subordonnée voire le rehaussement de crédit pour augmenter les financements climat et pour en réduire le coût. La France pourrait demander aux banques bilatérales, régionales et multilatérales de développement d’estimer la capacité de mobilisation supplémentaire pour le climat d’hypothèses d’utilisation plus intensive de ces outils. Dans le cas particulier de la France, l’Agence française de développement (AFD) est à ce jour la seule banque de développement soumise aux réglementations prudentielles de Bale 3. Un alignement sur les modèles des autres banques de développement pourrait permettre à l’AFD d’augmenter son activité de 1 à 2 milliards d’euros.

7 Ancrer dans le programme de travail du G20 en 2016 les recommandations à venir du Conseil de stabilité financière, mandaté en avril 2015 par les ministères des finances du G20 pour analyser les impacts potentiels du changement climatique sur la stabilité financière.

8 Faire définir par la Banque des règlements internationaux (Comité de Bâle) des méthodes permettant d’élaborer des stress-tests climat pour les banques et les compagnies d’assurance en évaluant le comportement des actifs détenus par les banques et les assurances dans un monde à +4 degrés, selon les scénarios du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat (GIEC). La France, et d’autres pays, pourraient saisir officiellement le Comité de Bâle de ces sujets.

9 Mettre en place un système de suivi public des engagements des acteurs financiers à intégrer le risque climat, à mesurer les émissions de gaz à effet de serre induites par leurs financements, à financer davantage l’économie verte qui se sont multipliés ces derniers mois. La plate-forme Nazca pilotée par la Convention Climat, qui recense ces engagements, pourra être utilement utilisée et mise en valeur lors de la Cop21 pour rendre encore plus visibles les avancées de l’agenda positif en la matière. Ces engagements pourraient faire l’objet d’un rapport public annuel. Dans le cas particulier de la France, les dispositions de la loi de transition énergétique pour la croissance verte qui demande aux investisseurs institutionnels de mesurer les émissions de gaz à effet de serre induites par leurs financements et de préciser comment ils prennent en compte le scénario 2 degrés, pourrait utilement être étendues aux banques privées pour leurs prêts à l’économie.

10 Adopter la méthode développée par l’OCDE en juin 2015 pour analyser l’alignement des politiques publiques au regard des engagements climat. Il s’agit d’un outil déterminant pour s’assurer de l’intégration des objectifs de décarbonation progressive dans toutes les politiques publiques. Nous proposons que la France fasse partie des premiers pays à s’engager à appliquer cette méthode et invite les autres pays membres et les “partenaires clés” 1 de l’OCDE à s’y engager avant la Cop21. Dans le cas particulier de l’Union européenne (UE), les financements du plan Juncker, d’un montant total de 315 milliards d’euros, devraient être conditionnés à des critères de co-bénéfices climat et les projets qui concernent l’impulsion de la transition énergétique (projets d’efficience et technologiques) considérés prioritairement. La France pourrait utilement faire connaître ses évolutions législatives récentes en matière d’intégration des enjeux climatiques dans la réglementation financière et proposer à ses partenaires européens d’avancer dans cette direction en saisissant officiellement la Commission européenne de ce sujet pour lui demander de réaliser avant la Cop21 un plan d’actions pour les deux prochaines années.

[1] Selon les données du Met Office du gouvernement du Royaume-Uni. HadCRUT3 annual time series, Hadley Research Centre, 2008.

[2] Robine JM et al. Death toll exceeded 70,000 in Europe during the summer of 2003. Les Comptes Rendus/Série Biologies, 2008, 331:171–78.

[3] Arnell NW. Climate change and global water resources: SRES emissions and socio-economic scenarios. Global Environmental Change – Human and Policy Dimensions, 2004, 14:31–52.

[4] Climate change 2007. Impacts, adaptation and vulnerability. Genève, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), 2007. Contribution du groupe de travail II au quatrième rapport du GIEC.

[5] Zhou XN et al. Potential impact of climate change on schistosomiasis transmission in China. American Journal of Tropical Medicine and Hygiene, 2008, 78:188–194.

[6] Hales S et al. Potential effect of population and climate changes on global distribution of dengue fever: an empirical model. The Lancet, 2002, 360:830–834.

[7] Global health risks: mortality and burden of disease attributable to selected major risks. Organisation mondiale de la Santé, Genève, 2009.

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