Article : “Une législation environnementale plus rigoureuse ne nuit pas à la compétitivité à l’exportation”

Article : “Une législation environnementale plus rigoureuse ne nuit pas à la compétitivité à l’exportation”

Une législation environnementale plus rigoureuse ne nuit pas à la compétitivité à l’exportation”, selon l’OCDE

Par Sabrina Dourlens

“Les pays qui mettent en œuvre des mesures environnementales rigoureuses ne voient pas leur compétitivité à l’exportation se dégrader par rapport à ceux qui appliquent des politiques plus timides”, conclut une nouvelle étude de l’OCDE intitulée “Les politiques environnementales ont-elles une incidence sur les chaînes de valeur mondiales ? Un nouveau point de vue sur l’hypothèse du havre de pollution”, publiée jeudi 10 mars 2016. Elle analyse des données sur les exportations des produits manufacturés dans des secteurs très ou peu polluants, dans 23 pays développés et 6 émergents où la politique de l’environnement est plus ou moins rigoureuse.

“Quelles ont été à ce jour les incidences des réglementations environnementales sur les courants d’échanges et quelles seraient les répercussions de lois plus strictes sur la compétitivité des exportations de pays comme la Chine ou le Royaume-Uni dans différents secteurs, du textile à l’acier ? Comment les pays peuvent-ils tirer un avantage compétitif du passage à l’économie bas carbone ?”, s’interrogent les auteurs de l’étude.

les industries polluantes et énergivores légèrement pénalisées

“Il en ressort que les économies émergentes dotées d’un puissant secteur manufacturier, comme la Chine, pourraient durcir leur législation environnementale sans entamer leur part de marché globale à l’exportation”, remarque l’OCDE. “Que ce soit dans les BRIICS (Brésil, Russie, Inde, Indonésie, Chine et Afrique du Sud) ou en Europe et en Amérique du Nord, les industries polluantes et énergivores comme la chimie, les matières plastiques et la sidérurgie seraient légèrement pénalisées en cas de tour de vis réglementaire, mais la croissance des exportations des secteurs moins polluants compenserait ce désavantage.”

Le rapport remet en question “l’idée reçue selon laquelle les réglementations visant à faire reculer la pollution et la consommation d’énergie seraient préjudiciables aux entreprises en leur imposant de nouveaux coûts”. “L’hypothèse du ‘havre de pollution’ veut que les entreprises manufacturières réagissent souvent au durcissement de la législation environnementale par la délocalisation d’une partie de leurs activités de production dans des pays moins exigeants (lire sur AEF une étude récente sur le sujet). Or, les politiques environnementales ne sont tout simplement pas le déterminant principal des courants d’échanges internationaux.”

“Nous n’avons pas trouvé d’éléments tangibles corroborant l’idée qu’un écart important entre les politiques environnementales de deux pays a des répercussions significatives sur leurs échanges globaux de biens manufacturés. Les gouvernements doivent cesser de considérer comme acquis que des réglementations strictes entameront leur part de marché à l’exportation et se concentrer au contraire sur les avantages qu’ils peuvent tirer de l’innovation”, affirme Catherine Mann, cheffe économiste de l’OCDE.

indicateur de sévérité des politiques environnementales

ocde1

L’étude utilise la valeur ajoutée nationale qui ressort des données relatives aux exportations et classe les pays en fonction de leur score à l’indicateur de sévérité (1) des politiques environnementales mis au point par l’OCDE.

“Les pays dotés d’une législation environnementale rigoureuse sont très légèrement pénalisés dans les secteurs polluants comme la sidérurgie, la chimie, les matières plastiques et les combustibles. Mais cet effet est compensé par l’avantage obtenu dans des secteurs plus propres comme les machines ou l’électronique. L’un et l’autre de ces effets sont très faibles au regard d’autres facteurs comme la taille des marchés, l’élimination des droits de douane, la mondialisation et les atouts intrinsèques des pays”, constate l’étude.

“À titre d’exemple, la valeur ajoutée nationale des exportations de biens réalisées par les secteurs polluants des pays les plus stricts en matière de législation environnementale (Allemagne, Danemark et Suisse) à destination des BRIICS a augmenté de 11,157 milliards de dollars entre 1995 et 2008. En cas de mesures moins strictes, cette hausse aurait été de 3 % supérieure, mais la sévérité de la législation environnementale a aussi parallèlement permis de gagner 3 % sur les exportations des industries plus propres, de sorte que le bilan en termes monétaires est quasiment neutre.”

ocde

“Les pays où les industries manufacturières sont déjà relativement peu polluantes devraient donc accroître leur part sur le marché mondial en cas de durcissement de la législation environnementale. Les secteurs et les entreprises qui deviennent plus propres au fil du temps prospéreront dans le cadre de politiques plus rigoureuses, mais ceux qui ne s’adaptent pas verront leurs résultats à l’exportation se dégrader”, estiment les économistes de l’OCDE.

(1) L’indicateur de sévérité des politiques environnementales de l’OCDE est un indice composite qui repose sur le coût explicite et implicite de politiques environnementales axées principalement sur le traitement du changement climatique et de la pollution de l’air. Il montre que, depuis 1990, les politiques sont devenues de plus en plus rigoureuses dans les économies avancées, et que c’est en Allemagne, au Danemark, aux Pays-Bas et en Suisse que les coûts imposés aux comportements polluants sont les plus élevés, tandis qu’ils sont dans la moyenne au Royaume-Uni et aux États-Unis. Dans les BRIICS, ces politiques sont moins contraignantes.

Autre articles

Guide méthodologique pour assister les Conseils ... Guide méthodologique pour assister les  Conseils Economiques et Sociaux dans leur mission de sensibilisation et de vulgarisation des gestes et attit...
WEBINAIRE : “Droits des communautés minièr... WEBINAIRE "Droits des communautés minières en Afrique : des instruments internationaux à la concertation locale, quels leviers d’action ?" &nbs...
Conférence : Adaptation aux changements climatiq... Conférence Adaptation aux changements climatiques : quels rôles des CESE dans l’accompagnement des actions publiques et la mobilisation de la so...
Séminaire : Face aux mutations sociales, quelles ... Séminaire international d'échanges Co-organisé par le CES du Burkina Faso et l’UCESIF 17 et 18 Mars 2016 « Face aux mutations sociales, quel...

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.