RSE – Actes du colloque de Rabat, 11 et 12 juin 2015

ACTES DU COLLOQUE UCESIF

Image couverture

 

 

 

« La Responsabilité Sociétale des Entreprises : construire la contribution des Institutions Nationales des Droits de l’Homme et des Conseils Economiques et Sociaux au service des Droits fondamentaux »

 

 

 

 

 

 

Co-organisé par l’UCESIF et le Conseil Economique, Social et Environnemental du Maroc et avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie

 

 

 

RABAT,

11 et 12 juin 2015

 

 

 

 

 

 

 

Actes rédigés sous la direction de M. Michel Doucin, Secrétaire Général de l’UCESIF

Avec la collaboration de Charles Hine, stagiaire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Illustration de couverture par Claire Feuillet, plasticienne

 

 

 

 

NOTE DE CADRAGE

« La Responsabilité Sociétale des Entreprises : Construire la contribution des Institutions Nationales des Droits de l’Homme et des Conseils Economiques et Sociaux au service des droits fondamentaux »

 

 

Le monde contemporain, caractérisé par la montée de périls considérables allant du réchauffement climatique à l’aggravation des inégalités entre nations en passant par l’apparition de nouvelles pandémies, l’explosion du chômage des jeunes, l’épuisement des ressources naturelles et la multiplication des conflits et du terrorisme, démontre chaque jour un peu plus les limites des régulations et transformations fondées sur l’action exclusive des Etats.

 

Un acteur privé apparaît de plus en plus simultanément comme une menace et un espoir de réponse à une partie de ces défis, l’entreprise. Menace, parce que son modèle économique classique est par nature prédateur en termes de prélèvement sur les ressources naturelles et que certaines, souvent les plus grandes, en abusent en mettant en concurrence les Etats pour bénéficier de dispositions juridiques affaiblissant les droits fondamentaux. Espoir, parce que les attentes des clients, des donneurs d’ordres, des consommateurs, des organisations de protection des droits et des autorités publiques, parfois aussi l’éthique de leurs dirigeants, poussent les entreprises à exercer une responsabilité environnementale, social, sociétale et en matière de droits de l’Homme au sein de leur sphère d’influence, en particulier la chaîne de valeur.

 

En février 2008 se tenait à Rabat, à l’initiative de l’Association Francophone des Commissions Nationales des Droits de l’Homme, le premier colloque francophone sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Sept ans plus tard, alors que la quasi-totalité des Organisations Internationales ont adopté ou amélioré des normes relatives à la RSE qui insistent sur une responsabilité étendue à la chaîne d’approvisionnement, il apparaît pertinent de faire le point sur les progrès accomplis et les difficultés rencontrées ainsi que sur l’identité francophone dans ce domaine.

 

Les Conseils Economiques, Sociaux et Environnementaux ont vocation à prendre position sur la RSE et à en faire avancer une vision positive, fondée sur le respect des droits humains fondamentaux et la prise en compte des intérêts et des attentes légitimes de toutes les parties prenantes : actionnaires, salariés et leurs représentants élus, associations de la société civile, etc. L’UCESIF, en tant que réseau des conseils économiques et sociaux a formalisé une Charte sociale dont le référentiel présente des engagements forts en faveur du respect des droits fondamentaux sur un ensemble de thématiques qui rejoignent les grands référentiels internationaux définissant la responsabilité sociale des organisations au sens large. Ce congrès devrait conduire à l’identification de pistes d’action commune des membres de l’UCESIF sur la RSE.

 

 

 

 

 

SOMMAIRE

 

Note de cadrage…………….…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….2

 

Séance officielle d’ouverture

 

 

  1. Nizar BARAKA

Président du CESE du Maroc, Président de l’UCESIF………………………………………………………………………………….……….………………………………….7

 

  1. Driss EL YAZAMI

Président de l’AFCNDH, Président du Conseil National des Droits de l’Homme du Maroc…….………..……………………………………………………..8

 

 

  1. Jean-Paul DELEVOYE

Président du CESE de France…………………………………………………………………………..………………………………………………………………………………….11

 

Mme Caroline NOKERMAN

Conseillère à la Direction de la Paix, de la Démocratie et des Droits de l’Homme de l’Organisation Internationale de la Francophonie…………………………………………………………………………………………………………………….…………………………………………………….13

 

 

 

 

Table ronde n°1 : la RSE, définitions, contenu et dynamiques

 

Modérateur : M. Tabé GBIAN, Président du CES du BENIN

 

 

Introduction

 

Mme Bouchra M’ZALI

Professeure à l’Université UQAM, Québec, Canada…………. …………………………………………………………………………………………………..……………16

 

Les progrès apportés par les normes internationales

 

Mme Assia BEN SAAD

Chef de département des affaires juridiques au sein de l’Agence Marocaine de Développement des Investissements (AMDI), membre du PCN …………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….18

 

Mme Nabila TBEUR

Conseil National des Droits de l’Homme du Maroc………………….………………………………………………………………………………………………………….20

 

Mme Evelyne PICHENOT

Membre du CES européen, auteure de l’avis sur la Communication RSE de la Commission européenne et de l’avis sur l’accord de commerce avec la Corée…………………. …………………………………………………………………………………………………………………………………………………21

 

Débat et partage d’expériences

 

 

 

 

Table ronde n°2 : La RSE, les engagements des entreprises et leurs apports à la cohésion sociale ; Des chefs d’entreprises lancent des démarches collectives

 

Modérateur : Mme Aminata TALL, Présidente du CESE du Sénégal

 

 

 

  1. Said SEKKAT

Président de la Commission RSE et Label de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc………………………………………………….….27

  1. Kamal FAHMI

Directeur Développement RH à l’international du groupe MANAGEM…………. ……………………………………………………………………………………28

 

  1. Philippe BARRY

Président de l’Initiative RSE Sénégal……………………………………………………………………………………….……………………………………………………….…30

 

  1. François FATOUX

Délégué Général de l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises………………………………………………………………….………….32

 

  1. Gérard AMANGOUA

Secrétaire exécutif du Réseau Côte d’Ivoire…………………………………………………………………………………………………………………………….………….34

 

 

Débat et partage d’expériences

 

Table ronde n°3 : Comment renforcer les engagements des entreprises et des investisseurs ?

 

Modérateur : M. Patrice EZATY MERIKO-EDZIA, Président du Conseil Economique et Social de la République Démocratique du Congo

 

 

  1. Alain DELMAS

Rapporteur de l’avis « la RSE, outil de la transition économique, sociale et environnementale «  du CESE de France………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..………44

 

Mme Guilao Joséphine LENAUD

Vice-Présidente du CES de Guinée……………………………………………………………………………………………………………………………………………………….46

 

Mme Bouchra M’ZALI

Professeure à l’Université UQAM, Québec, Canada..……………………………………………………………………………………………………….…………………51

 

  1. Fouad BENSEDDIK

Directeur scientifique de VIGEO, membre du CESE du Maroc……………………………………………………………………………………………..………………52

 

Mme Joelle BROHIER

Directrice de RSE & PED ………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..……………56

 

Débat et partage d’expériences

 

Table ronde N°4 : La vision originale de la RSE portée par la Francophonie

 

Modérateur : M. Boulkassoum HAIDARA, Président du Conseil Economique, Social et Culturel du Mali (CESOC)

 

 

 

  1. Michel DOUCIN

Ancien ambassadeur français chargé de la RSE, ancien membre du Conseil d’administration de l’ITIE……………………………………………64

 

  1. Hervé GOMBERT

Directeur général Maroc du Groupe Chèque-Déjeuner……………………………………………………………………………………………………..………………..66

 

  1. Robin EDME

Président du groupe « Les Amis du Paragraphe 47 », Conseiller finance responsable au Commissariat Général   au Développement Durable (CGDD)…………. …..…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………69

 

Mme Brigitte DUMONT

Directrice RSE du groupe Orange………………………………….……………………………………………………………………………………………………………..……..70

 

  1. Aziz DERJ

Directeur du Développement Durable de COSUMAR..…………………………………………………………………………………….…………………………………..73

 

 

 

Débat et partage d’expériences

 

 

 

Conclusions

 

Le rôle attendu des Conseils Economiques, Sociaux et Environnementaux dans la promotion de la RSE

 

 

  1. Fouad Benseddi

Directeur scientifique de VIGEO, Membre du CESE du Maroc ……………………….……………………..……………………………………………………………83

 

  1. Michel DOUCIN

Secrétaire général de l’UCESIF………………………………….…………………………………………………………………………………………………………………………84

 

  1. Nizar BARAKA

Président de l’UCESIF et du CESE du Maroc……………………….……………………………………………………………………………………………………………..86

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Annexes

 

  1. Quelques concepts et définitions de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE)

 

  1. Trois définitions internationales contemporaines de la responsabilité sociétale des entreprises……………………………………………………88

 

  1. Une nouvelle définition de l’Investissement socialement responsable (ISR)…………………………………………………………………………………..89

 

  1. La RSE, mélange de droit souple (soft law), et de droit rigide (hard law)………………………………………………………………………………………..90

 

 

  1. Principales normes internationales de RSE

 

  1. Le Pacte mondial des Nations Unies (Global Compact)……………………………………………………………..……………………………………………………93

 

  1. Les Principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises multinationales………………………………………………………………………………………..96

 

  1. Les Principes directeurs du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies sur les entreprises et droits de l’Homme…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….99

 

  1. La norme ISO 26000……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..100

 

  1. La Charte du Groupe d’Amis du Paragraphe 47 sur le Reporting de développement durable par les entreprises (nov. 2012)………103

 

  1. La politique de l’Union européenne en matière de responsabilité sociale des entreprises……………………………………………………..…….105

 

  1. L’initiative pour la Transparence dans les Industries extractives (ITIE)……………………………………………………………………….…………………110

 

 

  • Quelques acteurs francophones remarquables de la RSE

 

  1. Maroc : la Confédération Générale des Entreprises du Maroc……………………………………………………………………………………………..………113

 

  1. Sénégal : Initiative RSE Sénégal………………………………………………………………………………………………………………………………………….…………115

 

  1. Maghreb : le réseau de l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises………………………………………………………………………116

 

  1. Francophonie : RSE et PED……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………121

 

  1. Planète : VIGEO……………………………………………………………………………………………………………………………….……………………………………………122

 

F.Europe : Novethic…………………………………………………..………………………………..……………………………………………………………………………………125

 

 

 

 

 

 

 

 

SEANCE OFFICIELLE D’OUVERTURE

  1. Nizar BARAKA

Président du CESE du Maroc, Président de l’UCESIF

 

 

 

 

 

Monsieur le Président du Conseil National des droits de l’Homme du Maroc, Monsieur le président du CESE Français, Madame la Conseillère de l’Organisation internationale de la francophonie, mesdames, messieurs,

Je vous  remercie de votre venue à Rabat et vous souhaite, au nom de l’UCESIF et du CESE du Maroc, la bienvenue à ce séminaire sur le « Responsabilité Sociétale des Entreprises ».

Pourquoi avons-nous décidé de consacrer notre congrès à ce sujet ?

L’UCESIF a pour vocation de promouvoir le respect des droits humains universels pour tous les hommes et les femmes dans la société, en diffusant les principes de l’éthique, de la bonne gouvernance et du respect de l’environnement. C’est ce que s’efforce d’entrainer, dans les entreprises, la démarche de responsabilité sociétale des entreprises.

Pour les entreprises engagées dans la RSE, l’investissement dans le capital humain est ainsi un enjeu d’avenir essentiel. De même est-il important pour elles que les pouvoirs publics introduisent des critères sociaux et environnementaux dans les conditions d’accès aux marchés publics, afin de les encourager.

Le phénomène d’intérêt pour la RSE est général et manifeste une prise de conscience planétaire de la nécessité qu’émerge et se développe une nouvelle conception de l’entreprise et de son rôle dans la société pour assurer un meilleur équilibre entre les intérêts particuliers et les droits fondamentaux de la société.

Ainsi, au Maroc, le nombre d’entreprises (grandes, petites ou moyennes) ayant fait l’effort de se mettre en conformité avec les exigences du label « RSE » défini par la Confédération Générale

des Entreprises Marocaines (CGEM) est-il aujourd’hui de 72. Ce label est exigeant. Il demande aux entreprises de s’engager sur 9 neuf axes :

  1. Respecter les droits humains.
  2. Améliorer en continu les conditions d’emploi et de travail et les relations professionnelles.
  3. Protéger l’environnement.
  4. Prévenir la corruption.
  5. Respecter les règles de la saine concurrence.
  6. Renforcer la transparence du gouvernement d’entreprise.
  7. Respecter les intérêts des clients et des consommateurs.
  8. Promouvoir la responsabilité sociale des fournisseurs et sous-traitants.
  9. Développer l’engagement sociétal.

La création de ce label « RSE » a été inspirée par la ferme volonté de promouvoir au niveau national et international les entreprises marocaines les plus engagées dans le respect des droits sociaux et de l’environnement et, ce faisant, d’engager une dynamique de progrès dans l’ensemble du patronat du pays.

De façon convergente, le Conseil Economique, Social et Environnemental du Maroc a élaboré une  Charte sociale reposant sur les droits de l’Homme et la Constitution marocaine réformée en décembre 2012 qui a elle-même adopté une approche holistique de ces droits. Elle définit un cadre pour les pouvoirs publics et le monde de l’entreprise pour les inciter à favoriser l’accès au savoir, l’inclusion et la solidarité. Elle organise la protection des enfants, le dialogue social et civil, assure la protection de l’environnement et enfin une bonne gouvernance sociale. 107 objectifs associés à plus de 300 indicateurs ont donc été élaborés qui s’adressent aux pouvoirs publics, aux citoyens ainsi qu’aux entreprises.

La Charte sociale du CESE du Maroc traduit la ferme volonté d’inscrire politiquement ces objectifs dans la réalité au service d’un développement écologique respectueux des intérêts des générations futures. Elle a été adoptée par l’ensemble des membres de l’Union des Conseils Economiques et Sociaux et Institutions similaires des états et gouvernements membres de la Francophonie, devenant ainsi la Charte de l’UCESIF. Sur sa base, une feuille de route efficace a été  élaborée pour organiser l’effectivité des droits dans la sphère économique, sociale et environnementale qui s’exprime à travers nos conseils.

Ce qu’exprime notre Charte c’est l’aspiration, partagée entre organisations de la société civile de plusieurs continents, que tous les acteurs de la société exercent leurs activités de façon responsable sociale à l’égard de celle-ci, c’est-à-dire dans le respect des droits. Il faut, à cet égard, que les entreprises approfondissent leur dialogue avec les partenaires sociaux, l’inscrivant dans un partenariat durable pour développer le bien-être au travail, mais aussi avec les organisations de la société civile dans le souci de préserver les intérêts des générations futures.

Nos conseils, regroupant le patronat, les syndicats de salariés et l’ensemble de la société civile, sont les meilleurs endroits pour impulser le développement de la « RSE ». Celle-ci est un atout majeur pour garantir la cohésion sociale dans les entreprises et plus largement dans la société. Il nous faut relever le défi lancé par les ambitions du concept de « responsabilité sociétale des entreprises  », d’une société plus inclusive, plus sociale et plus attentive au respect des conditions écologiques de l’avenir de l’humanité, dans tous les Etats du monde, au Nord comme au Sud.

 

 

 

 

 

 

  1. Driss EL YAZAMI

Président de l’AFCNDH, Président du Conseil National des Droits de l’Homme du Maroc

 

 

 

 

 

Permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour l’invitation du CNDH à ce colloque et vous féliciter pour le choix d’associer toutes les parties prenantes de l’entreprise à cette rencontre. C’est en effet le meilleur moyen de renforcer le débat sur cette thématique combien essentielle pour le développement économique de nos pays, mais également pour garantir une croissance équitable, au profit des différentes composantes de nos sociétés et de l’environnement.

Comme vous le savez, la globalisation a élargi la sphère d’influence des entreprises multinationales, leur donnant de fait un pouvoir qui dépasse celui des Etats avec, en de nombreuses occasions, des effets néfastes sur le

 

 

 

respect des droits fondamentaux. Dans nos sociétés aussi, des entreprises portent directement ou indirectement atteinte à ces mêmes droits. La promotion de la RSE, en tant qu’outil d’intégration des principes des droits de l’Homme  dans les stratégies des entreprises, y compris dans leur chaine de valeur, occupe à cet égard une place stratégique.

 

C’est dans ce contexte que le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a adopté en juin 2011 les « Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme », qui s’articulent autour de trois piliers fondamentaux :

L’obligation de protéger incombant à l’État lorsque des tiers, y compris des entreprises, portent atteinte aux droits de l’Homme.

La responsabilité des entreprises de respecter les droits de l’Homme, autrement dit de faire preuve de diligence raisonnable pour s’assurer de ne pas porter atteinte aux droits d’autrui et de parer aux incidences négatives dans lesquelles elles ont une part.

La nécessité d’un accès plus effectif des victimes de violations des droits de l’Homme par des entreprises à des mesures de recours, tant judiciaires que non judiciaires.

 

Les principes directeurs ont élargi la responsabilité de l’entreprise à toutes les parties prenantes, en faisant référence à trois reprises au rôle primordial des Institutions nationales des droits de l’Homme (INDH), appuyant ainsi la Déclaration d’Edimbourg, adoptée en 2008, au terme de la 10ème conférence du comité international de coordination des INDH.

 

En 2014, un nouveau pas a été franchi avec l’organisation, à l’initiative du groupe de travail des Nations unies sur droits de l’homme et entreprises de deux ateliers en vue d’encourager les Etats à élaborer des plans d’action nationaux spécifiques en la matière. En juin de la même année, la 26ème session du CDH a adopté une résolution pour l’élaboration d’un instrument international juridiquement contraignant sur les sociétés transnationales et autres entreprises.

 

L’ouverture économique du Maroc notamment sur l’Afrique, son statut avancé avec l’Union européenne et son adhésion au Conseil des droits de l’Homme nous mettent, acteurs publics et privés, face au défi de garantir la protection des droits de l’Homme. Ceci, conformément aux dispositions de la constitution de 2011 et aux orientations économiques du pays pour un développement durable.

 

Le déploiement au Maroc, depuis quelques années, d’initiatives en faveur de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) constitue un levier de promotion des droits de l’Homme, qui va au-delà du simple périmètre de l’entreprise en l’étendant à sa chaine d’approvisionnement, ses relations avec ses fournisseurs, ses sous-traitants et les collectivités en général.

 

La charte de la responsabilité sociale de la CGEM et le Label RSE de la CGEM,  permettent à l’entreprise de mesurer et d’évaluer l’impact de l’exercice de son activité, notamment en matière de respect et de promotion des droits de l’Homme.

 

Il convient, à cet effet, de saluer les bonnes pratiques adoptées par certaines entreprises en matière de lutte contre la discrimination, de promotion de la diversité et de l’égalité des chances, de gestion des déchets et de préservation des ressources naturelles.

 

Notre conseil a toujours porté un intérêt justifié et légitime à la question de la protection et de la promotion des droits de l’Homme en entreprise. Dans ce cadre, et dans la suite du séminaire international sur la RSE, organisé à Rabat en 2008, de l’adoption de la Déclaration d’Edimbourg et des principes directeurs en 2011, le CNDH a lancé en 2012, un dialogue multipartite, avec la CGEM sur les droits de l’Homme en entreprise, sous forme de 13 rencontres organisées, durant trois mois, avec toutes les parties prenantes publiques et privées, et la société civile. Ce dialogue a abouti à la tenue, en février 2013, d’un séminaire sur le thème «droits de l’Homme et entreprises au Maroc» qui a réuni 200 participants représentant le gouvernement, l’entreprise, la société civile, les syndicats et des institutions de gouvernance.

 

D’autres actions ont suivi depuis dont, notamment :

– La présentation, en novembre 2013, d’un avis à la Chambre des représentants sur le projet de loi relatif aux travailleurs de maison;

– L’appui, en mars 2013, à la requête de l’Union marocaine du travail (UMT) concernant la promulgation de l’article 288 du Code pénal sur le droit de grève;

– L’établissement, en 2013, de partenariats avec l’Association des gestionnaires et des formateurs (AGEF), avec l’Institut marocain de l’audit social (IMAS) et avec la Royal Air Maroc (en avril);

– L’organisation entre 2013 et 2015 de 20 ateliers de sensibilisation sur les droits de l’Homme en entreprises, en partenariat avec l’Association des gestionnaires et de la formation (AGEF), la Commission RSE de la CGEM, l’Association marocaine des inspecteurs de travail et les centrales syndicales ;

– L’organisation, à la demande de la RAM, d’un programme de formation sur les principes de non-discrimination et d’égalité de traitement, qui a concerné 1400  membres du personnel  de la RAM.

Par ailleurs, trois études, en cours de publication, ont été réalisées, portant sur l’accessibilité et l’employabilité des personnes en situation de handicap et l’harmonisation des lois et politiques du Maroc avec les normes fondamentales du droit du travail, et une enquête sur « droits humains et travail des femmes ouvrières dans les exploitations agricoles au Maroc».

 

Notre conseil est membre depuis mars 2013 du Point de contact  interministériel marocain de L’OCDE (PCN). Il a contribué à l’étude du Réseau africain des institutions nationales des droits de l’Homme (RINADH) sur le rôle des INDH en la matière, et participe régulièrement aux activités organisées par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, l’OCDE, et l’OIF.

 

Pour capitaliser et développer cette expertise, considérée comme pionnière au niveau des Institutions nationales des droits de l’Homme, le CNDH projette de mettre en place des formations spécifiques au bénéfice des réseaux des INDH de l’Afrique et des INDH francophones, et ce dans le cadre de son centre de formation.

 

Malgré ces avancées, de grands efforts restent à fournir pour protéger et promouvoir les droits de l’Homme dans l’entreprise au Maroc. A cet effet, le CNDH préconise :

  • la ratification des conventions de l’OIT n° 87  sur la liberté syndicale  et n° 189 sur le travail décent pour les travailleuses et travailleurs de maison ;
  • le renforcement du dispositif de l’inspection du travail et de la médecine de travail par des moyens suffisants ;
  • le renforcement des capacités des parties prenantes économiques dans le domaine des droits de l’Homme;
  • la valorisation des pratiques RSE du secteur privé à travers des mesures incitatives;
  • l’institutionnalisation et le renforcement de la dynamique du dialogue social en tant que mécanisme principal pour garantir le respect des droits et des obligations des collaborateurs ;
  • la multiplication des efforts pour consacrer le respect des droits de l’Homme dans les petites et moyennes entreprises,

 

La question des droits de l’Homme dans le milieu des entreprises nous interpelle tous : État, opérateurs économiques et société civile. Elle passe nécessairement par la régulation, l’autorégulation, l’inspection et le contrôle.

Il nous revient, dans un contexte acharné de mondialisation, de penser et d’agir ensemble avec intelligence collective à des modèles économiques conciliant croissance durable et inclusive et réduction de l’impact sur l’environnement

 

Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. Jean-Paul DELEVOYE

Président du CESE de France

 

 

 

 

 

 

“Que chacun veille sur la terre de ses pères. Par patrie, pays, ou terre des pères, il faut entendre aussi et surtout les hommes : car tout pays, toute terre qui verrait les Hommes disparaître de sa surface connaîtrait le déclin et la désolation.”

Cette belle et puissante phrase est extraite de la Charte du Mandé, ce code éthique  dont s’est doté l’empire du Mali au XIIe siècle, bien avant les textes internationaux et nationaux dont il sera question ici tout au long de ces deux jours.

C’est une phrase inspirante pour nous qui mesurons, deux siècles après le début de la Révolution industrielle, que, fascinés par le confort de la société de consommation qu’a amené la production industrielle, nous avions oublié ceci qui était une évidence pour toutes les civilisations nous ayant précédés : nous faisons partie d’un éco-système aussi sophistiqué que fragile, une petite planète bleue qui ne peut continuer de nous nourrir et de nous abriter que si nous ne rompons pas ses équilibres fondamentaux.

 

Or, parmi ceux-ci, figure, de façon déterminante, celui de nos relations avec notre astre bienfaiteur, le soleil, source de vie, mais aussi danger mortel si le bouclier de la haute atmosphère, saturé par les gaz à effet de serre,  ne laisse plus échapper une partie des rayonnements chauffants qu’il nous dispense généreusement.

 

Tel est la menace qui pèse sur l’avenir de l’humanité aujourd’hui de façon concrète et brutale, et qui se manifeste durement, pour la plupart des pays représentés dans cette salle, par la réduction et l’irrégularité des pluies, l’avancée du désert, l’acidification des mers, la montée du niveau des océans – 20 centimètres en un siècle -, l’érosion côtière et enfin, des déplacements massifs de population.

 

 

 

Notre humanité a tardé à reconnaître le danger et sa responsabilité dans ces lourdes perturbations de l’écosystème terrestre. La Conférence sur le climat tenue à Copenhague en 2009 avait encore montré de grandes divergences à cet égard,  une petite minorité campant sur une posture négationniste et une autre, plus nombreuse, renvoyant à la responsabilité de chercher des remèdes aux seuls pays les plus industrialisés.

 

Six ans plus tard, à quelques six mois de la 21ème conférence mondiale climatique, le niveau de connaissance et de prise de conscience a heureusement considérablement augmenté, et ce sont presque tous les Etats aujourd’hui, y compris les émergents, qui reconnaissent l’importance de périls déjà présents sous nos yeux et qui s’engagent pour les combattre.

 

En même temps, ces Etats, nos Etats, ont conscience que les engagements qu’ils prendront lors de cette conférence de Paris, quel que soit leur niveau et la méthodologie adoptée pour les mettre en œuvre, resteront lettre morte – comme l’est resté pour partie le protocole de Kyoto – si d’autres engagements, complémentaires ne sont pas pris par les autres composantes de nos sociétés, les acteurs privés de l’économie, au premier rang desquels les entreprises.

 

Or, et c’est une très Bonne Nouvelle, celle qui nous réunit aujourd’hui, les entreprises sont  de plus en plus nombreuses à reconnaître que, parmi leurs responsabilités vis à vis de la société, figure celle d’aider à transmettre aux générations futures une planète habitable et le moins possible dégradée par leurs activités, voire améliorée par un exercice positif de leur pouvoir.

 

Tel est le sens nouveau que prend aujourd’hui la notion de Responsabilité Sociétale des Entreprises, objet de notre congrès-séminaire de formation. Ainsi, en 2010, 90 pays se sont-ils mis d’accord – au terme de débats qui ont associé, dans chacun d’eux, organisations patronales, syndicales, de la société civile, universitaires et administrations publiques – sur la norme ISO 26000 qui comprend cette définition : “La  responsabilité sociétale de l’entreprise est la maîtrise de ses impacts sur la société en prenant en compte les attentes de leurs parties prenantes et en respectant les lois nationales et les normes internationales.” Cette définition a, depuis, été reprise par les Nations Unies, par l’OCDE et par l’Union Européenne, avec la précision que les impacts à maîtriser sont aussi bien ceux qui relèvent des questions sociales, que celles portant sur les droits de l’homme et sur l’environnement.

 

Or, pendant les 50 années précédentes, c’était une autre définition qui avait prévalu : la RSE était conçue comme “l’engagement volontaire et facultatif d’entreprises d’introduire des préoccupations sociales et environnementales dans leurs pratiques commerciales et industrielles en s’efforçant de tenir compte des attentes de leurs parties prenantes, c’est à dire de leurs employés, clients, voisins et fournisseurs”. Notre Conseil a exploré les leçons importantes qui pouvaient être tirées de ce changement de paradigme dans un avis dont le rapporteur, Alain Delmas, vous parlera, un autre membre de notre assemblée, Evelyne Pichenot, également membre du CES européen, vous présentant la dynamique politique que l’Union européenne a lancée pour promouvoir les conséquences de la nouvelle définition.

 

Les entreprises ont, assurément, un rôle important à jouer dans la préservation de l’humanité, en particulier de la planète sur laquelle celle-ci vit depuis plusieurs centaines de millénaires. Et  leur responsabilité dans les dérèglements climatiques est évidente, puisque plus de la moitié des émissions de GES sont dues à l’industrie, à l’agriculture et aux transports.

 

C’est pourquoi le gouvernement français a proposé que la négociation climatique qu’il présidera en fin d’année comporte un volet qui est une véritable novation par rapport aux précédentes : celui des Déclarations nationales d’engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre, proclamations publiques de résolutions prises par chaque État après concertation avec l’ensemble des acteurs de son économie, au premier rang desquelles figurent les organisations patronales de branches.

 

Certes, ces Déclarations nationales ont pris du retard, avec à ce jour seulement 39 documents représentant un tiers des émissions, et l’on peut être légitimement pessimiste sur leur publication avant la fin juin, dernier délai prévu pour cela. Mais, en même temps, nous avons vu, au cours des derniers mois, fleurir un grand nombre d’initiatives venant du monde patronal et qui signale que le message a été bien reçu par lui. Ainsi, à Paris, fin mai, un millier de dirigeants d’entreprises se sont-ils réunis pour adopter une résolution par laquelle ils reconnaissent leur responsabilité et leur devoir dans la lutte pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre, plaidant pour l’adoption d’un prix du carbone qui fournisse une indication forte aux marchés financiers. Ainsi des engagements de réduction chiffrée ont-ils été pris par différentes branches fortement émettrices comme celles du ciment, de la métallurgie, du pétrole, du bâtiment, accompagnés d’appels à des régulations et incitations publiques.

 

Il est de notre rôle, à nous, dirigeants et membres de Conseils Economiques et sociaux, de rappeler à nos gouvernements l’importance des Déclarations nationales et du respect des dates de remise, et, si besoin, de les aider dans le recueil des engagements des acteurs privés puisque nous avons la chance qu’en nos seins les organisations patronales sont pleinement représentées. Il est de notre également de mobiliser les organisations patronales membres de nos Conseils pour qu’elles élaborent des stratégies de décarbonisation pour leurs membres, filière par filière.

 

Notre rôle, à nous les institutions qui représentons les sociétés civiles de nos pays, c’est aussi de lutter contre  l’ignorance porteuse de lourdes menaces, particulièrement forte sur les questions climatiques même si le climato-scepticisme a perdu beaucoup de terrain depuis quelques années.

 

Il est très utile que nous échangions à ces sujets afin d’identifier les meilleures pratiques en matière de pédagogie climatique.

 

Ce congrès – dénommé également à dessein séminaire de formation, car nous mesurons tous la nécessité d’apprendre sur ces sujets nouveaux et en rapide évolution  – est une occasion pour nous de le faire, dans le cadre chaleureux de l’hospitalité du CESE du Maroc, à l’invitation de M. Nizar Baraka, nouveau Président de l’UCESIF dont je salue l’élection.

 

Dans deux semaines, ce sera Mme Aminata Tall qui nous accueillera à Dakar pour approfondir notre compréhension des enjeux climatiques et des moyens de participer, à la fois à la lutte contre le changement climatique, mais aussi aux nécessaires adaptations que le réchauffement, déjà en marche, appelle, en particulier pour le continent africain.

 

Enfin, j’aurai le plaisir de vous accueillir en France, à Lille, puis à Paris, les 22 et 23 octobre, pour continuer nos travaux dans des formats de rencontre élargis :  À Lille, dans le cadre du Forum Mondial de l’Economie Responsable, l’ensemble des continents sera représenté à travers des organisations patronales. A Paris, c’est à un dialogue euro-africain sur les enjeux climatiques que nous vous convierons en compagnie du Comité économique et social européen.

 

Je voudrais enfin dire que la rencontre d’aujourd’hui et demain doit beaucoup à l’Organisation Internationale de la Francophonie, dont je salue le directeur de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme, qui a bien voulu apporter son soutien à son organisation. Le thème que nous avons choisi pour ce congrès fait explicitement référence à l’originalité de la pensée francophone en matière de RSE, ce qui sera en particulier démontré lors de l’une des tables rondes. Au-delà de ces deux jours, les autres rendez-vous que j’ai énumérés apporteront aussi, j’en suis convaincu, la démonstration que, partageant une même langue, ce sont des valeurs puissantes que nous avons en commun, dont celle de l’intérêt général. Les enjeux climatiques appellent tout particulièrement la mobilisation de cette valeur : ce que nous faisons en conseillant nos gouvernements et Parlements sur un tel sujet, c’est œuvrer au bien-être des générations futures, de nos enfants. Une belle mission s’il en est.

 

J’ai commencé par une citation d’un grand texte africain moral qui exprime la philosophie du rapport à la Nature que portent avec dignité depuis des millénaires les peuples d’Afrique. Comme nous sommes aujourd’hui au nord de ce magnifique continent, je voudrais terminer cette introduction à ce congrès par la citation d’un grand savant et philosophe, né dans l’Andalousie  musulmane et que son ouverture d’esprit aux autres religions a conduit à la prison et à l’exil : “L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence.” Ainsi s’exprimait Averroes, voici 1900 ans. Une parole plus que jamais exacte et qui ne peut que nous inspirer.

 

 

 

 

 

Mme Caroline NOKERMAN

Conseillère à la Direction de la Paix, de la Démocratie et des Droits de l’Homme de l’Organisation Internationale de la Francophonie

 

 

 

 

 

Au nom du  Directeur de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), M. Christophe Guilhou, malheureusement empêché

 

 

 

aujourd’hui, j’ai l’honneur de vous témoigner de l’intérêt que l’OIF porte aux travaux de l’Union des Conseils économiques et sociaux et Institutions similaires des Etats et gouvernements membres de la Francophonie (UCESIF) qui nous réunit aujourd’hui en Congrès sur cette question cruciale de la responsabilité sociale/sociétale des entreprises.

 

Tout d’abord, je voudrais rappeler ici que l’histoire de la Francophonie institutionnelle est marquée par la mise en place de réseaux comme le vôtre, en tant qu’espaces de compétences similaires, privilégiant l’échange d’expériences et de savoir-faire, notamment par la concertation, la formation par les pairs et le développement de capacités et d’outils de travail comparatifs et mutualisés. La tenue de votre Congrès-séminaire traduit parfaitement ces impératifs. L’OIF s’en félicite.

 

Lors de l’Assemblée générale de l’UCESIF à Brazzaville, le 4 mai 2012, les 22 Conseils membres de votre Union ont inscrit solennellement dans leurs statuts leur détermination à promouvoir les droits économiques, sociaux et environnementaux dans l’espace francophone. Dans ce contexte, l’UCESIF s’est engagée dans l’élaboration de sa Charte sociale, en s’appuyant sur un comité de rédaction mis en place ici à Rabat en 2012.

 

Cette Charte, réalisée avec l’appui de notre Organisation et adoptée le 17 décembre 2012 à Rabat, constitue un outil concret d’aide à la gouvernance  en promouvant l’effectivité des droits économiques, sociaux et environnementaux.

 

La mise en œuvre de ces droits donne en effet toutes ses dimensions à l’individu. Ils constituent des socles pour que chaque être humain puisse vivre dignement par une implication des acteurs économiques et sociaux. Ils touchent à de multiples dimensions, souvent complémentaires les unes des autres, comme le dialogue social, le développement humain, la croissance économique, la démocratie, la paix et la sécurité, pour lesquels la Francophonie œuvre sans relâche.

 

Mobilisée sur les enjeux du développement durable et de la Francophonie économique ainsi que d’une plus grande gouvernance démocratique au sein de l’espace francophone, l’OIF s’est saisie des défis politiques, juridiques et économiques de la responsabilité sociale des entreprises (RSE).

La Direction de la paix, de la démocratie et des droits de l’Homme (DDHDP) participe à la mise en œuvre de ce mandat aux côtés de la Direction de la Francophonie économique de l’OIF et de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable (IFDD). Cet organe subsidiaire de l’OIF s’est pleinement impliqué dans le processus de Marrakech dès 2005, en appuyant l’élaboration de la Norme ISO 26 000 qui porte les lignes directrices du développement reconnues aujourd’hui comme le principal outil de la RSE. Depuis son adoption, l’OIF a appuyé diverses formations nationales et a soutenu des réseaux d’acteurs, privés comme étatiques, comme le réseau Normalisation et Francophonie – RNF- dont la collaboration avec notre organisation est appréciée.

 

En 2008 à Québec, en 2010 à Montreux, les États et gouvernements francophones se sont solennellement engagés à « promouvoir la responsabilité sociale/sociétale et environnementale de l’entreprise, notamment en encourageant les entreprises des pays membres de la Francophonie à adhérer aux instruments, normes et principes internationaux pertinents ainsi qu’en favorisant leur harmonisation ».

Dans le domaine plus spécifique des industries extractives, lors du Sommet de Kinshasa en 2012, les Chefs d’Etat et de gouvernements ont adopté une Résolution sur la bonne gouvernance dans les industries extractive et forestière par laquelle ils reconnaissent « l’importance et la pertinence pour les industries extractive et forestière de la mise en œuvre des principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme adoptés par le Conseil des droits de l’Homme en juin 2011 ».

 

C’est dans ce cadre, et en cohérence avec les travaux menés par les Nations unies, que l’OIF entend contribuer au « développement de la capacité de tous les acteurs à mieux faire face aux défis dans le domaine des droits de l’Homme et des entreprises », En effet, l’activité économique ne peut se déployer en dehors de toute considération des droits de l’Homme, et ceux-ci ne peuvent s’exercer pleinement s’il n’existe aucun espoir d’employer ses capacités, d’atteindre la prospérité économique, et de créer de nouvelles richesses.

 

En insistant sur la nécessité de placer « l’épanouissement de l’individu au cœur du processus du développement économique durable », la Stratégie économique récemment adoptée par les Chefs d’Etat et de gouvernement de la Francophonie confirme cette approche.  Elle promeut une économie inclusive et durable fondée sur le développement du capital humain, la réduction des inégalités, la protection du capital naturel et l’atténuation de la vulnérabilité aux changements climatiques. Les entreprises, au cœur de l’activité économique, sont des acteurs majeurs pour la mise en œuvre de cette économie responsable, respectueuse des droits de l’Homme et des générations futures. Il est indispensable de rappeler que notre Organisation adopte l’approche par les droits et qu’elle s’engage dans le secteur de la responsabilité des entreprises au regard des droits de l’Homme. La quasi-totalité des thématiques de la RSE est enracinée dans le projet des droits de l’Homme (droit au travail et les conditions de travail / droits de l’Homme relatifs à la propriété foncière / droits de l’Homme relatifs à l’environnement) et y trouve une traduction juridique qui lui sert de socle.

 

La Direction de la paix, de la démocratie et des droits de l’Hommes s’est ainsi fixé comme objectif stratégique de valoriser le rôle régulateur de l’État et de ses institutions dans la mise en œuvre effective de la RSE, au nom de la défense de l’intérêt général et de son rôle de protection des droits de l’Homme. Cet objectif se décline à deux niveaux :

– promouvoir les principes universels et le cadre juridique international de la RSE ;

– sensibiliser, informer et former les acteurs francophones sur la RSE au regard des droits de l’Homme.

 

Dans le cadre des activités de sensibilisation, d’information et de formation que nous menons, une attention spécifique mérite d’être portée tant aux acteurs de la société civile, en veillant à associer les acteurs du développement, de l’environnement, des droits de l’Homme, qu’aux partenaires institutionnels. A travers les réseaux institutionnels francophones, la Francophonie offre la possibilité d’un travail approfondi avec, en particulier, vos institutions et les institutions nationales des droits de l’Homme ici représentées par le Président de l’Association francophone des Commissions nationales des droits de l’Homme (AFCNDH), M. Driss El Yazami, mais aussi les acteurs judiciaires ou les autorités de protection des données personnelles mobilisées sur la question de l’intégration de la protection de la vie privée dans la RSE. Ceci permet une approche pluridisciplinaire indispensable des enjeux de la RSE.

 

Après la publication d’un livret intitulé « Les droits de l’Homme au cœur de la responsabilité sociale des entreprises (RSE) », ma direction a accompagné, de 2012 à 2014, la société civile d’Afrique francophone sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE) et la responsabilité des entreprises en matière de droits de l’Homme (REDH).

 

C’est ainsi qu’en février 2008 fut organisé à Rabat le 1er séminaire sur les droits de l’Homme et les entreprises dans le cadre de la Francophonie. Encore récemment, au Burkina Faso, en 2014, un atelier sous-régional a été  organisé à l’intention des INDH de l’Afrique de l’Ouest et des Organisations de la Société Civile pour leur permettre de veiller au respect des droits de l’Homme par les entreprises. Malheureusement, l’atelier n’a pu se tenir dans sa totalité car il s’est déroulé au moment du renversement du gouvernement de Blaise Compaoré.

 

En capitalisant sur ces bases, vos institutions sauront sans doute apporter leur contribution. Dans l’attente de pouvoir bénéficier des conclusions de votre Congrès-séminaire pour lequel nous avons favorisé la participation d’institutions du Sud, au nom de l’Organisation internationale de la Francophonie, je souhaite plein succès à vos travaux.

 

Je vous remercie pour votre aimable attention.

 

 

 

 

 

TABLE RONDE 1

 

La RSE, définitions, contenu et dynamiques

 

    Modérateur – M. Tabé GBIAN, Président du CES du Bénin

 

Le thème central de ce congrès-séminaire, la responsabilité sociétale des entreprises, est l’une des préoccupations constantes des Conseils Economiques et Sociaux, puisqu’elle est une réponse aux demandes de la société civile constituée des associations et organisations des domaines de l’environnement, de l’écologie et de l’humanitaire qui appellent à une meilleure prise en compte, par les entreprises, des impacts environnementaux et sociaux générés par les activités de ces dernières. Débattre donc d’une telle question relève bien de la mission des Conseils Economiques, Sociaux et Environnementaux, eux qui sont le creuset de la société civile la mieux organisée et qui regroupent d’ailleurs en leur sein des représentants de toutes les composantes de cette société civile. C’est pourquoi, je suis particulièrement heureux de l’initiative prise par l’UCESIF et le CESE du Royaume du Maroc de conduire ici une réflexion commune sur ce sujet.

 

 

 

Introduction

 

Mme Bouchra M’ZALI

Professeure à l’Université UQAM, Québec, Canada

 

 

 

 

 

Pourquoi parle-t-on d’ESG (Environnement, Social et Gouvernance) ? Plusieurs facteurs y ont contribué, et parmi ceux-ci figurent des scandales, tels que ceux d’Enron et d’Exxon Valdez. Au début des années 2000, lorsque l’on réalisait le

 

 

classement des pays en fonction de leur PIB,  General Motors pesait plus que le Danemark, que la Norvège et que la Pologne, Wal-Mart pesait plus lourd que la Norvège, et Shell que le Koweït et l’Arabie Saoudite, notamment. En 2010 Walmart était classé dixième, pays et entreprises confondus. Cette entreprise a donc la puissance  d’un grand Etat.

 

Historique de la mobilisation citoyenne

 

Comment peut-on réguler ce type d’entreprise ? A une époque, les Quakers sont apparus, qui ont refusé de faire de l’argent à partir d’activités immorales telles que l’esclavage. Dans les années 1960, les  fonds de pension américains ont commencé à refuser d’investir dans les produits liés à l’agent orange et à l’armement. Une fois la guerre du Viêt-Nam passée, nous pensions pouvoir respirer mais il y a eu l’Apartheid sud-africain, qui a suscité une mobilisation citoyenne amenant des vagues de désinvestissement successives. Puis, ce fut  la grande catastrophe naturelle causée par Exxon. La mobilisation se fait aujourd’hui autour de différents vecteurs comme l’environnement mais aussi les conditions sociales. Le cas le plus parlant sur ce plan est celui de Nike qui, voyant ses ventes chuter, a opté pour l’adoption d’un code de bonne conduite exigeant ; Nike est aujourd’hui une référence.

 

Il y a toujours une sorte de dilemme. Coca-Cola a par exemple gagné le prix de la meilleure entreprise pour les travailleurs noirs américains tout en étant poursuivie au même moment par les cadres noirs qui ne pouvaient pas accéder au top management.

En 2006 sont mis en place les Principes pour l’Investissement Responsable (PRI) qui amènent les fonds de pensions et autres investisseurs à adopter des critères sociaux, environnementaux et de gouvernance. Parmi de nombreuses autres entités, la Caisse de Dépôt et de Consignation a adhéré aux PRI.

 

Le pouvoir du consommateur

 

Le consommateur peut boycotter (lorsqu’il refuse d’acheter) ou buycotter (lorsqu’il apporte son soutien en achetant à une entreprise qui respecte les critères ESG).

Des ONG comme Greenpeace et WWF suivent cette démarche et la recommandent sur la place publique. Les réseaux sociaux, qui sont désormais, à l’instar des multinationales, tentaculaires, sont un catalyseur et un tremplin de l’action citoyenne.

La première responsabilité de l’entreprise reste de gagner de l’argent, dont dépend sa survie économique. Mais ses clients sont aujourd’hui en mesure de la contrôler l’entreprise car les mentalités de ses dirigeants ont changé. Ainsi, dans les années 70 le constructeur de la voiture Pinto n’a pas corrigé son défaut de conception afin de ne pas entamer ses bénéfices et ce, malgré les risques avérés d’explosion. Aujourd’hui TOYOTA et les principaux constructeurs automobiles rappellent aussitôt leurs modèles présentant des défauts pouvant porter atteintes à la sécurité des utilisateurs.

Les réseaux sociaux, ainsi que nous avons pu le voir lors des Printemps arabes, jouent un rôle déterminant. C’est la même chose pour les entreprises. Ainsi Shell a dû lancer une longue et couteuse campagne publicitaire pour répondre au boycott faisant suite aux pollutions occasionnées au Nigeria.

De plus, le boycott est une spirale puisque, lorsque les entreprises perdent des ventes, l’actionnariat est mécontent et, de facto, une augmentation du coût du capital s’ensuit.  A l’inverse, le buycott tend à rassurer.

La maximisation de la richesse des entreprises nécessite de maximiser la valeur du prix de l’action. Pour ce faire, certaines grandes firmes trouvent leur variable d’ajustement dans de vastes plans de licenciements et de réduction de moyens ce qui conduisent à une augmentation des cas de burn-out.

Toute la question est de savoir si ce que l’on enseigne dans les Business Schools est encore valable. Nous savons aujourd’hui que le modèle socialiste ne marche pas. Mais nous n’osons pas dire que le modèle capitaliste ne fonctionne pas non plus.

Prenons l’exemple d’une entreprise marocaine ayant pour cliente une entreprise européenne. Elle fait partie d’une chaine de valeur, car elle-même donne des ordres à une autre entreprise marocaine. La chemise qu’elle produit est vendue 50 dollars en Europe. Six dollars vont au producteur, représentant les coûts de production. 6,50 dollars vont à l’image de marque (branding). Le distributeur prend 50%. Les grandes enseignes ont rapidement compris qu’elles étaient en mesure de réintégrer une partie de cette marge en ouvrant leur propre enseigne.  Un tel système, inéquitable, ne peut pas fonctionner durablement.

La concentration, en cours, a déjà pour effet de faciliter le boycott, qui apparait le jour où les enseignes et marques se comportent de façon scandaleuse. Aujourd’hui de nouveaux acteurs apparaissent, que l’on appelle investisseurs responsables et consommateurs responsables, qui boycottent et buycottent, chacun dans son domaine et son redoutés par les entreprises.

La concentration a aussi pour effet une perte de contrôle de la qualité des produits mis sur le marché. Ainsi est-il bien connu que la qualité de la marque Tommy Hilfiger n’est pas constante, parce que cette société vend des licences à un grand nombre de fabricants : le même vêtement Hilfiger peut être produit par différentes structures. Le système se fragilise en se concentrant.

 

Lorsque les entreprises s’autorégulent à la suite d’une mise en cause, elles élaborent un code de conduite dit corporatif. Le code de conduite peut être établi au niveau d’une association d’affaire (comme le label CGEM) et définir un certain nombre de règles communément admises. Le code de conduite peut être multipartite, incluant  des gouvernements, comme les Principes de Kimberley de la filière diamant, par exemple.

 

D’après certaines enquêtes, aujourd’hui les gens ne souhaitent plus travailler pour une entreprise ayant une mauvaise réputation, les « talents » choisissent désormais leur entreprise. Une récente étude de PricewaterhouseCoopers montre d’ailleurs que la « génération Z » rejette les institutions financières.

La RSE est donc finalement une manière, pour l’entreprise, sous le regard critique des organisations de la société civile et des consommateurs, de se gérer en sorte de minimiser ses impacts négatifs sur la société et l’environnement qui pourraient, étant dénoncés, affecter sa profitabilité et sa capacité à attirer les talents qui vont lui permettre d’innover et de rester compétitive. Volontairement ou sous cette contrainte, elle apportera en outre une contribution au bien-être général et à la préservation de la planète.


 

Mme Assia BEN SAAD

Chef de département des affaires juridiques au sein de l’Agence Marocaine  de Développement des Investissements (AMDI), membre du PCN

 

 

 

 

Mon intervention porte sur le Point de Contact National (PCN) marocain pour la mise en œuvre des Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales.

PCN et Principes directeurs

Le PCN marocain est un mécanisme mis en place suite à l’adhésion du Maroc, en 2009, à la Déclaration de l’OCDE sur l’investissement international et les entreprises multinationales. Le

PCN a pour vocation d’aider les entreprises et leurs actionnaires à prendre des mesures afin de promouvoir les objectifs des Principes directeurs. Mis en place en 2010, il a été confié à l’Agence

 

 

 

marocaine des investissements qui assurait seule son fonctionnement jusqu’à ce qu’il devienne une organisation interministérielle en 2013. Il regroupe actuellement le Ministère des finances, le Conseil de la concurrence, le CNDH, le Ministère des affaires étrangères, le Ministère des affaires économiques et de la gouvernance et un certain nombre de départements ministériels qui assistent le PCN dans les Principes directeurs qui les concerne.

 

Il peut nouer des relations avec les milieux d’affaires mais aussi avec les organisations de travailleurs et les autres parties prenantes. Sa principale mission est de promouvoir les Principes directeurs, et la deuxième est de contribuer à résoudre les problèmes qui se posent en cas de non-respect d’un des Principes directeurs.

 

Grâce à l’investissement direct, à l‘échelon international, les multinationales apportent des avantages aussi bien dans leur pays d’attache que dans les pays dans lesquels elles investissent en leur procurant des capitaux productifs et un savoir-faire, en générant des créations d’emploi et des recettes fiscales.

D’autre part, les répercussions sociales, économiques et environnementales de leurs activités sur les pays dans lesquelles elles sont implantées sont source de préoccupation pour les populations et pour les gouvernements. En souscrivant aux Principes directeurs les gouvernements ont pour objectif d’encourager la contribution positive que les entreprises multinationales peuvent apporter au progrès économique, environnementale et sociétal tout en réduisant les externalités négatives qu’elles peuvent engendrer. Ces Principes directeurs sont des normes volontaires de conduite responsable des entreprises qui les invitent à agir en conformité avec les législations applicables et les normes internationalement admises.

 

Domaines en questions

 

Mis en place en 1976 et reformés à plusieurs reprises, les Principes directeurs portent sur :

 

  • Les principes généraux
  • La publication d’informations
  • Les droits de l’Homme
  • L’emploi et les relations professionnelles
  • L’environnement
  • La lutte contre la corruption
  • Les intérêts des consommateurs
  • La science et la technologie
  • La concurrence
  • La fiscalité

 

Tout un chapitre est consacré aux principes généraux, qui invite les entreprises à respecter les politiques établies dans les pays où elles exercent leurs activités et les textes internationaux, et à inviter les autres acteurs sur lesquelles elle a un pouvoir d’influence, à faire de même. Une multinationale devrait donc respecter ces Principes directeurs mais aussi convaincre ses sous-traitants, commerciaux et fournisseurs (toute la chaîne de valeur) d’en faire de même. Ainsi, une multinationale basée en Europe peut voir sa responsabilité questionnée si un de ses fournisseurs basé, lui, en Afrique (ou ailleurs) ne respecte pas les droits humains.

 

Le chapitre relatif à la publication d’informations a pour but de favoriser une meilleure compréhension des activités des entreprises multinationales et incite les entreprises à assurer une publication de ses activités, de ses résultats et des questions sociales.

 

Concernant les droits de l’Homme, les entreprises se doivent d’éviter d’être la cause d’incidents liés au non-respect des droits humains dans leurs activités.

 

Les entreprises doivent en outre prendre en compte les effets prévisibles de certaines de leurs décisions sur l’environnement, la santé et la sécurité.

Au niveau scientifique et technologique, les entreprises devraient faire bénéficier les  pays  d’accueil des fruits de leur recherche et contribuer au développement de la capacité d’innovation à l’échelle locale et nationale.

 

Au niveau marocain, tous les Principes directeurs sont inclus dans l’arsenal juridique national et sont donc justiciables. L’enjeu du PCN marocain est de sensibiliser les multinationales marocaines qui s’installent dans d’autres pays pour qu’elles les respectent.

 

Les PCN en général et les Principes directeurs de l’OCDE sont donc des vecteurs  de la Responsabilité Sociale des Entreprise

 

 

 

 

 

 

Mme Nabila TBEUR

Conseil National des Droits de l’Homme du Maroc

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous parlons beaucoup, depuis 2011, année d’adoption des Principes directeurs pour les  entreprises et les droits de l’Homme par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies, de la question des droits de l’Homme dans l’économie, et cette question fait un peu peur dans le monde de l’entreprise. Les Principes directeurs sont des normes volontaires qui n’ont pas une portée  extraterritoriale. Ils viennent d’efforts conduits, depuis 2003, pour définir des normes pour la question des droits de l’Homme dans l’entreprise.. Une norme contraignante a été proposée mais rejetée en 2004 suite à la féroce opposition de certains pays, notamment les Etats-Unis. Le Secrétaire général des Nations-Unies a alors mandaté M. John Ruggie pour une étude qui a recensé notamment 300 plaintes reçues par une association américaine qui, toutes, étaient  liées à des activités d’entreprises. Un bon nombre étaient liées à des questions de discrimination (genre, égalité homme-femme), de non-respect des libertés syndicales et du droit d’association, à l’environnement, aux droits de l’Homme et à la sécurité. Des plaintes étaient liées au non-respect du droit à la vie, du droit à la santé, du droit à un logement ou encore  du droit à l’éducation.

L’influence de la société civile sur cette étude a été importante. Elle a relevé que l’impact de ces violations sur les entreprises elles-mêmes est lourd puisque elles génèrent des pertes importantes en termes d’image et de revenus.

Le rapport de John Ruggie a proposé, en 2008, un cadre général articulé autour de trois questions principales : protéger, respecter et réparer. Ce cadre a été adopté.  En 2011,  il a traduit en des Principes directeurs volontaires  décomposés en  trois piliers principaux.

Le premier est que la responsabilité sociale et sociétale n’est pas uniquement une responsabilité de l’entreprise ou de l’acteur privé mais d’abord une responsabilité des Etats. Ceux-ci ont donc l’obligation de mettre en place des législations et de soutenir les entreprises pour qu’elles puissent assumer leurs responsabilités.

Le deuxième pilier précise que l’entreprise doit veiller à ne pas porter atteinte aux droits de l’Homme d’autrui et, pour cela,  doit mettre en place une « due diligence », diligence raisonnable pour gérer les risques d’impacts négatifs sur les droits de l’homme. Elle doit mettre en place les politiques et procédures nécessaires pour les éviter une fois qu’elle les a identifiés

Enfin le troisième pilier, novateur, établit que les victimes de violations des Droits de l’Homme doivent pouvoir disposer de voies recours, en particulier si le recours judiciaire est, comme ici au Maroc, très difficile. Les Principes directeurs préconisent d’utiliser la médiation sociale mais aussi de renforcer le  rôle de la société civile et  des institutions nationales des droits de l’Homme et autres institutions de gouvernance. Au Maroc, il y a le CNDH, le Conseil de la concurrence, l’Instance Centrale de Prévention de la Corruption (ICPC), le Conseil économique et social et ces institutions ont un rôle à jouer par rapport à l’acteur privé.

Les Principes directeurs des Nations-Unies s’adressent à tout type d’entreprise, qu’elles soient publiques ou privées, petites, grandes ou de taille intermédiaire, et doivent être appliqués par tous les Etats.

Le deuxième pilier nous concerne tout particulièrement puisqu’il insiste sur le fait que les entreprises doivent absolument éviter d’avoir des incidences négatives sur les droits de l’Homme, de façon directe ou indirecte. Elles doivent mettre en place des mesures de réparations lorsque des incidences négatives  se produisent. Elles doivent surtout adopter une démarche de « diligence raisonnable », ce qui veut dire qu’elles doivent prévenir, atténuer les incidences négatives y compris chez leurs fournisseurs. Au Maroc le large tissu de PME peut être impacté positivement par l’influence que peuvent avoir les grandes entreprises mettant en place une méthodologie de diligence raisonnable à travers un « monitoring » et des mesures d’accompagnement.

Je cite pour exemple le cas d’une entreprise labellisée qui a accompagné un petit fournisseur pour qu’il ne fasse plus travailler d’enfants.

 

Toutes les institutions internationales de régulations ont mis à jour leurs standards en s’inspirant des Principes des Nations Unies. Les Principes directeurs de l’OCDE ont ainsi été révisés en 2011 en y intégrant un chapitre sur les droits de l’Homme, et la Société Financière Internationale a intégré des exigences en matière de droits de l’Homme dans ses critères de prêts.

Actuellement on assiste à une harmonisation entre les différentes normes, et je vais d’ailleurs assister la semaine prochaine, pour la première fois, à une réunion entre l’OCDE et le groupe de travail des Nations-Unies du Conseil des droits de l’Homme sur les droits de l’Homme et les entreprises. Son objet     est d’échanger sur la façon d’encourager les pays à mettre en place des plans d’action en matière de RSE.

 

Les INDH sont citées à trois reprises dans les Principes directeurs. Le Comité international de coordination des INDH s’est réuni en 2008 et a précisé, dans une déclaration, les axes sur lesquels les INDH peuvent être très utiles. Ce sont: informer les gouvernements sur les incidents, émettre des rapports et des recommandations sur les questions relatives à l’entreprise et aux droits de l’Homme, participer à l’élaboration des plans nationaux en matière de droits de l’Homme et de RSE. Surtout, ils peuvent recevoir des saisines, ce qui est le cas du Conseil National des Droits de l’Homme (CNDH) du Maroc : il a reçu quelques saisines relatives à des allégations de violation de droits de l’Homme par des entreprises multinationales.

Nous avons ainsi désormais, au Maroc, plusieurs outils qui permettent de mettre en place cette responsabilité et de l’intégrer au sein de l’entreprise : la Charte RSE et label de la CGEM, le PCN, qui offre des possibilités de  médiation, et le CNDH.

Il est temps de réfléchir à un plan d’action pour mettre en place des médiations afin d’être plus efficace vis-à-vis des entreprises multinationales, tout en prenant en considération les difficultés et les besoins du Maroc d’attirer les investissements étrangers et de consolider son tissu économique,  composé surtout de TPE et PME qui peinent à s’aligner sur toutes les dimensions de la RSE.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mme Evelyne PICHENOT

Membre du CES européen, auteure de l’avis sur la Communication RSE de la Commission européenne et de l’avis sur l’accord de commerce avec la Corée

 

 

 

 

 

Je vais centrer mon propos sur trois points.

 

  • La situation au niveau de l’Union européenne
  • L’apport de ces normes internationales à l’Union européenne
  • L’utilisation de la RSE dans la politique commerciale de l’UE

 

1/ L’Union européenne dispose désormais d’une définition consensuelle. Il a fallu attendre une communication en 2011 pour qu’un accord soit trouvé stipulant qu’il s’agit des impacts des entreprises sur les sociétés humaines et sur la nature.

 

2/ Cette définition s’est construite sur les grandes normes internationalement reconnues. L’UE a ainsi choisi de se référer aux principes de l’ONU, de l’OIT, de l’OCDE et de l’ISO 26000. C’est une originalité, puisque trois de ses normes ont un caractère public et une a un caractère privé. Le choix de l’ISO 26000 découle de ce que la négociation a associé une centaine de pays, dont certains grands émergents comme le Brésil et la Chine, ce qui confère une forte légitimité à cette norme.

 

3/ L’UE a tiré profit de ces grandes normes en construisant une stratégie commune entre tous les Etats membres. Le Comité économique et social européen prépare des propositions sur le sujet pour le programme des cinq prochaines années.

 

L’impact réel de la RSE dans l’UE

 

Il est très difficile d’apprécier le nombre et la qualité des initiatives des entreprises responsables. Nous constatons cependant que la très grande majorité des entreprises multinationales d’origine européenne sont en phase avec la RSE et que la moitié des 8000 à 9000 entreprises qui ont adopté le Pacte mondial de l’ONU sont européennes.

 

La RSE est-elle un levier d’action utile dans la politique commerciale de l’Union ?

 

L’Union européenne a négocié très récemment certains accords commerciaux dont le premier de cette nouvelle génération est l’accord avec la Corée du Sud. Pour la première fois dans ce type de traité, un chapitre est dédié au développement durable. Celui-ci est, de plus, incitatif et assorti d’un comité de suivi qui se réunit régulièrement pour faire le point sur la mise en œuvre  des  aspects développement durable et RSE de ce chapitre. La partie européenne du comité de suivi est particulièrement attentive au respect des principales conventions fondamentales de l’OIT, sujet polémique. Nous souhaiterions d’autre part faire, avec les Coréens, un inventaire des politiques RSE entreprises européennes qui interviennent en Corée, et vice versa, pour croiser nos expériences.

Nous souhaitons que la révision de l’accord permette d’améliorer les points de contacts nationaux (PCN) des pays concernés pas l’accord : membre de l’OCDE, la Corée dispose d’un PCN mais qui est faible et mérite d’être développé. Plus généralement, parmi la trentaine de points de contact nationaux existants – comme celui du Maroc qui a été présenté plus tôt, tous ne sont pas très actifs, même dans l’Union européenne, il y a donc un travail à faire sur ce point.

 

Nous intégrons aussi, dans nos travaux communs avec la Corée, les questions de lutte contre les gaz à effet de serre dans la perspective des négociations sur le climat.

 

D’autres accords commerciaux ont été ratifiés récemment par l’UE qui contiennent, désormais obligatoirement, ce nouveau chapitre dédié au développement durable ainsi qu’une référence à la RSE.

Au niveau de la société civile nous nous préoccupons principalement d’améliorer le contenu de ce chapitre sur le développement durable.

Le rôle que joue l’UE dans la tendance actuelle qui vise à intégrer des dimensions relatives au travail ou à l’environnement dans les traités commerciaux est intéressant. L’OIT vient de produire une étude sur ce domaine, qui considère, sur 250 accords commerciaux étudiés, que plus d’une cinquantaine  comportent une dimension relative au travail.  Introduire le développement durable au sein d’accords bilatéraux pousse l’ensemble de la régulation mondiale dans le bon sens, la limite étant qu’il n’est pas possible d’en faire de même dans les accords multilatéraux.

 

Depuis 2013-2014, l’UE a pris des directives pour améliorer significativement trois éléments : la transparence, la crédibilité des initiatives et la bonne gouvernance. Ces directives sont en cours de transposition dans les législations nationales et apporteront un nouveau souffle sur ces sujets à partir de 2017.

– Une directive rend ainsi désormais obligatoire le reporting extra financier annuel pour les entreprises de plus de 500 salariés. Ces entreprises vont devoir rendre des comptes sur les aspects sociaux, c’est à dire liés au personnel, le respect des droits humains et la lutte contre la corruption.

– Les critères de développement durable peuvent aussi être utilisés dans le cadre de la passation des marchés publics dans le cadre de la nouvelle directive sur le sujet.

– Une autre législation vient d’être adoptée par le Parlement européen qui prend position sur l’approvisionnement responsable en minerais en provenance des zones de conflits. Les entreprises européennes qui importent du tungstène, de l’étain, du tantale et de l’or devront obtenir un certificat de garantie de provenance fourni par un tiers indépendant, ce qui constitue une nouvelle étape en termes de transparence et de gouvernance.

 

Nous avons trois grandes préoccupations pour le programme des cinq prochaines années, celle de la nouvelle mandature européenne. Tout d’abord, l’amélioration de la traçabilité dans les chaines de valeur : les entreprises multinationales doivent aider leurs sous-traitants à améliorer leur dispositif en matière sociale et environnementale. Nous avons d’autre part le souci de connaitre le niveau de responsabilité des entreprises dans leur sphère d’influence : il s’agit de définir juridiquement les liens existants entre les sociétés mères et les filiales, entre les fournisseurs et les donneurs d’ordres.

 

Enfin, nous nous intéressons à la mise en œuvre, au sein de l’UE, des Principes directeurs des Nations unies sur les droits de l’Homme et le devoir de diligence raisonnable qu’ils ont  apportés.

Déjà, la présentation du dispositif de diligence raisonnable en matière de droits humains sera obligatoirement dans le rapport annuel extra financier exigé par la directive sur le reporting, ce qui veut dire que les grandes entreprises européennes devront communiquer sur les impacts de leurs activités. En outre, à la demande de la Commission qui a invité tous les Etats-membres a le faire, cinq pays européens ont établi un plan spécifique pour la mise en œuvre du devoir de diligence raisonnable et quelques Etats travaillent sur l’extraterritorialité, c’est à dire la responsabilité des entreprises en dehors de leurs frontières.

Il devrait en résulter un mouvement général d’extension de la RSE dans le monde, les entreprises européennes étant ainsi poussées à demander à leurs fournisseurs et sous-traitants des informations de plus en plus précises sur les impacts locaux de leurs processus de production.

 

 

 

 

 

 


 

Débat et partage d’expériences

 


 

  1. Achour MBEIRIK

Vice-Président du CES de Mauritanie

 

Les exploitations minières aux méthodes surannées provoquent de nombreuses conséquences que les citoyens subissent. La situation est telle que nous devons réfléchir sur le rôle des Conseils économiques et sociaux dans la régulation de l’investissement dans les pays en développement et dans l’encadrement de ces investisseurs.

 

Mme Guilao Joséphine LENAUD

Vice-Présidente du CES de Guinée

 

Pour ne pas avoir de contraintes, les grands Etats ne ratifient que très peu de conventions, fussent-

 

elles  les plus élémentaires. Nous sommes, à des degrés différents, à la fois victimes et pollueurs.

 

  1. Gérard Amangoua

Directeur exécutif, Global Compact – Cote d’Ivoire

 

La démographie galopante au sud du Sahara est un des grands problèmes, avec la gouvernance. Nous avons également un problème de vision même si, à ce niveau, l’Union africaine a fait un pas en avant ces dernières années. Dans les quinze ans à venir est ce que les mêmes problématiques vont se poser ?

 

 

 

 

Membre du CES du Maroc

 

Qu’elles soient minières ou pétrolières, les industries extractives sont un défi pour les pays africains. Si elles se confortaient vraiment a un objectif de croissance inclusive, leurs activité d’extraction des ressources naturelles devrait se baser sur quatre principes : la transparence, le respect de l’environnement, l’intégration économique et le respect des droits des populations.

Beaucoup d’Etats se trouvent malheureusement désarmés face à la puissance de firmes multinationales tentaculaires. Le renforcement des capacités des Etats est indispensable pour faire face et redonner un certain équilibre entre les différents acteurs économiques de cette industrie et les pouvoirs publics.

Il est heureux que des lois aient été votées, notamment aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, concernant la lutte contre la corruption dans les industries extractives qui touche les « minerais de sang » au Sud-Kivu et en RDC.

 

  1. Olivier Maurel

Consultant

 

Nous voyons de plus en plus de jeunes se retourner contre les aînés et rejeter les valeurs qui fondent la société capitaliste inéquitable. Cette fracture générationnelle montante, extrêmement douloureuse, semble inévitable lorsque l’on constate que 65% à 75% de la population à moins de 35 ans.

Il apparait aujourd’hui nécessaire et urgent de demander aux Etats de systématiser les analyses d’impact des investissements. Les entreprises doivent connaitre les impacts, positifs ou négatifs, qu’elles font peser sur l’environnement. Il faut inciter puis, à défaut, contraindre les entreprises à mettre en place des évaluations de leurs impacts sur les sociétés et sur l’environnement.

Pourquoi les pays africains n’arrivent-ils pas à négocier le transfert de technologie ? Pourquoi ne suivent-ils pas l’exemple de ce que la Chine qui a imposé les joint-ventures systématiques? Pourquoi n’existe-t-il pas de code minier régional ou sous régional en Afrique ?

Passer d’une culture de l’exportation (encouragée ces dernières années) à une culture de la production locale est un des enjeux clés car, sans production locale. il ne peut y avoir de réel essor économique. La croissance, même inclusive, ne sera qu’une illusion si l’argent ne reste pas sur le sol africain.

M. Bene Marie ESSOME BIKOU

Secrétaire général du CES du Cameroun

La RSE s’articule autour des valeurs économiques, sociales et environnementales. Plus de 90% de notre tissu industriel est composé de PME voire d’entreprises unipersonnelles. Ces entreprises doivent réaliser des bénéfices pour réinvestir et employer la jeunesse qui constitue l’essentiel de la main d’œuvre. On demande aux Etats d’agir sur les entreprises pour restreindre leurs effets négatifs. Le peuvent-ils ? Au Cameroun, lorsque l’Etat à fait pression sur une entreprise chinoise qui construisait un barrage, cette entreprise à menacer de fermer ses portes. La pression doit venir de l’Occident et être mise sur ses multinationales.

 

  1. Akoli DAOUL

Vice-Président du CESC du Niger

 

La situation au Sahel présentée dans la note de cadrage est inquiétante. L’existence même des Etats est menacée par les intégristes de Boko Haram. Les populations civiles sont les principales victimes de cette situation. Si les Etats et leurs armées ne sont pas en mesure de garantir les droits de l’Homme ou les violent eux-mêmes, nos institutions doivent être en mesure de les interpeller.

 

Membre du CESE du Maroc

 

Est-ce que le PCN marocain a déjà été saisi d’une plainte contre une multinationale implantée au Maroc ? Pourquoi n’a-t-on que peu d’information sur le PCN marocain ?

 

 

 

 

 

 

 


Réponses des intervenants

 

 

Mme Nabila TBEUR

Conseil National des Droits de l’Homme au Maroc

 

Le CNDH marocain a fait des rapports très exhaustifs sur des problématiques sociales. Les problèmes sont bien identifiés mais pour agir il nous faut des actions cohérentes et une coordination entre les acteurs clés. 86 000 enfants travaillent dans le secteur informel au Maroc. Nous nous sommes aussi focalisés sur les questions de parité et d’égalité en nous appuyant sur le travail du CESE et les statistiques du Haut-Commissariat au Plan (HCP). Nous élaborons actuellement une stratégie avec l’ensemble des parties prenantes. La question de l’employabilité des personnes en situation de handicap est aussi préoccupante, puisque celles-ci subissent de très fortes situations d’exclusion.

Le Maroc a développé tout un processus de régularisation des migrants et un grand nombre d’entre eux ont désormais une carte de séjour. Mais il reste à les insérer dans le marché de l’emploi.

Pour l’ensemble de ces problématiques sociales la RSE peut nous aider à apporter des réponses.

 

Mme Assia BEN SAAD

Chef de département des affaires juridiques au sein de l’ADMI, membre du PCN

 

Par rapport à la question du non-respect de l’environnement par les multinationales installées dans les pays subsahariens et au non-respect du transfert technologique, il est important de préciser que l’ensemble des pays de l’OCDE disposent d’un PCN. Or chaque PCN peut recevoir des requêtes ou des plaintes. Les Principes directeurs de l’OCDE sont non contraignants, ils sont volontaires. Les PCN ne sont donc pas en mesure de sanctionner les entreprises, mais ils négocient avec elles pour améliorer leur respect de l’environnement, leur respect des droits des travailleurs. Et cela fonctionne.

Les pays en développement ne disposent pas tous d’un PCN, mais il est possible de saisir le PCN du pays dont l’entreprise incriminée est originaire pour déposer une plainte.

 

 

 

Concernant le Maroc, son PCN n’a, jusqu’à aujourd’hui, reçu aucune plainte. Le PCN marocain a toutefois collaboré avec un autre PCN pour une plainte concernant une multinationale installée au Maroc.

 

Mme Bouchra M’ZALI

Professeure à l’Université UQAM, Québec, Canada

 

En fonction des secteurs et des périodes les enjeux et la façon d’y répondre ne sont pas les mêmes. La donne est en train de changer. Par exemple, la Chine est revenue sur le principe du troc qu’elle appliquait systématiquement : minerais contre infrastructures autoroutières par exemple, préférant délivrer des crédits. Elle est en train de monter une Banque Mondiale alternative, qui accordera des prêts, et les règles chinoises risquent donc de primer un jour proche. Elles intégreront sans doute aussi des critères de responsabilité, au moins environnementale. Aujourd’hui nous n’avons plus le choix, il nous faut réussir l’internalisation des externalités.

 

Mme Evelyne PICHENOT

Membre CES Européen, auteur de l’avis sur la Communisation RESE et de la Commission européenne et de l’avis sur l’accord de commerce avec la Corée

 

La RSE est un outil parmi d’autres. Lorsque l’on met en place une législation européenne sur les industries extractives cela signifie que les multinationales vont devoir déclarer, dans chaque pays, le montant de leurs versements aux gouvernements et aux responsables locaux. La société civile pourra demander des comptes. Des processus sont aussi en cours sur la question de la lutte contre l’évasion fiscale. Des réponses, certes partielles, mais, depuis quelques années plus prometteuses que jamais auparavant, sont déjà apparues. Renforcer les Etats c’est aussi renforcer les sociétés civiles, d’où l’importance des CES. L’année 2015 est décisive, nous allons avoir trois grandes conférences :

 

  • Addis-Abeba en juillet sur le financement du développement
  • New York en septembre sur la définition des Objectifs de Développement Durable (ODD) à l’échelle planétaire
  • Paris avec la COP21 en décembre

 

Ces trois temps forts sont interdépendants. Nous observons en Europe une pression très forte des investisseurs pour se désengager des énergies fossiles au profit des énergies renouvelables. Des évolutions positives sont en marche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TABLE RONDE 2

 

La RSE, les engagements des entreprises et leurs apports à la cohésion sociale ; Des chefs d’entreprises lancent des démarches collectives

 

Modérateur – Mme Aminata TALL, Présidente du CESE du Sénégal

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. Said SEKKAT

     Président de la Commission RSE et Label de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc

 

 

 

 

 

 

 

 

La CGEM est la représentation de l’ensemble des entreprises au Maroc. Elle regroupe 3700 membres directs et près de 88 000 membres indirects à travers les fédérations externes. A l’instar du tissu économique marocain elle représente une large majorité de PME / PMI. La CGEM vise à être une force de proposition vis-à-vis des pouvoirs publics,  valoriser le rôle de l’entreprise dans a création de richesses et le développement économique et social, promouvoir et contribuer à la mise en œuvre d’une politique de développement et de modernisation de l’entreprise et d’amélioration de l’investissement et enfin favoriser les partenariats à l’échelle nationale et internationale. Elle est constituée de 22 commissions permanentes, 31 fédérations sectorielles, et toutes les régions y sont représentées. Nous avons commencé à nous intéresser à la RSE il y a huit ans. Le Maroc a signé plusieurs traités de libre échange et a adhéré au Comité de l’investissement de l’OCDE. L’Etat et le secteur privé sont très fortement impliqués dans l’amélioration du climat des affaires et la promotion de l’investissement responsable. Nous assistons aussi à l’apparition de nouvelles exigences de la part des donneurs d’ordres qui amènent les entreprises à se mettre à niveau. Au niveau du contexte social il y a aussi le nouveau rôle de l’entreprise à qui l’on demande aujourd’hui, en plus de ses activités de production de richesses, de s’intéresser à son environnement. Les consommateurs sont d’ailleurs plus attentifs et continueront à l’être davantage. En 2006 la CGEM a créé une commission spécifique RSE afin de mettre en place une stratégie. Un projet de charte propre à l’environnement économique marocain a été proposé en amont aux partenaires (gouvernement, syndicats, etc…) et a été adoptée au conseil d’administration de la CGEM en décembre 2006. Elle est constituée de neuf domaines d’actions qui sont eux-mêmes constitués d’un ensemble d’objectifs eux-mêmes constitués de critères mesurables. Il y’a une totale convergence entre la norme ISO 26000 et notre charte CGEM. Afin d’encourager les entreprises à adopter cette démarche RSE et pour créer un cercle vertueux nous avons mis en place un dispositif de labélisation. Une entreprise qui souhaite obtenir le label sélectionne un  cabinet d’évaluation qui l’accompagne et lui propose ses recommandations qui débouchent sur la mise en œuvre d’un plan d’action. L’ensemble de la démarche est axée sur l’amélioration continue. Le rapport est soumis à un comité d’attribution qui est constitué de personnalités indépendantes. Le label est attribué pour une durée de trois ans avec une étape intermédiaire d’évaluation de dix-huit mois. Il est intéressant de noter que nous traitons avec certaines entreprises ayant déjà renouvelé par trois fois leur label et à chaque fois le niveau d’exigence gagne en ambition

 

M. Kamal FAHMI

Directeur Développement RH à l’international du groupe MANAGEM

 

 

 

 

 

 

Je débuterai par une présentation du club des entreprises labélisées RSE, innovation de la commission RSE. Club créé en février 2011, il a pour objectif de mettre en réseau toutes les entreprises labélisées pour créer un espace d’échanges et de partage des bonnes pratiques en matière de RSE. Il s’agit d’un club, pas d’une association, organisé avec un comité, un président et un vice-président, en s’appuyant sur les chefs de projets de la commission RSE, en organisant des rencontres. Le club se réunit une fois par trimestre pour traiter les différents thèmes liés à la RSE. Dans ce mandat, nous avons traité sept axes relatifs à l’environnement, au social, le sociétal, les élections des délégués du personnel. En général, le taux de participation de nos rencontres est de 50 personnes. On se réunit souvent chez les entreprises labélisées pendant deux/trois heures, dans un cadre convivial, en faisant appel à un expert qui anime la thématique en plus de témoignages de deux ou trois entreprises et un débat. Au cours de ces rencontres, nous invitons les professionnels pour se faire rencontrer et nouer des contacts.

 

 

MANAGEM est le premier groupe minier privé marocain, présent au Maroc à travers sept exploitations minières mais aussi en Afrique, au Gabon, en RDC, au Soudan, en Côte d’Ivoire, au Mali, en Guinée, au Burkina Faso. Le groupe MANAGEM représente 3,8 milliards de dirham de chiffres d’affaires, un investissement de 1,4 milliard dont 50% consacrés à la recherche développement, dans le but de pérenniser nos activités, augmenter la durée de vie de nos mines mais aussi la recherche d’opportunités, d’accroissement au Maroc mais aussi à l’international. Notre ambition est d’être un opérateur minier leader dans la région par l’innovation, par la performance, et par la responsabilité. Par la performance car le secteur minier fait face à des fluctuations des investissements, des gisements, des taux de change, par conséquent, la maitrise de nos prix de revient est très important pour pouvoir durer dans le temps. Par l’innovation, cela nous a permis de transformer aujourd’hui des contraintes environnementales que nous vivons en opportunités créatrices de richesses et de revenus à travers la valorisation de nos déchets miniers. Par la responsabilité, vis-à-vis des actionnaires car ils mettent de l’argent donc ils attendent un retour sur investissement, vis-à-vis des fournisseurs et des sous-traitants présent dans la chaine de valeur. Aujourd’hui, nous avons la fierté au Maroc d’avoir plus de 70% de nos sous-traitants fournissant locaux, vis-à-vis de notre personnel, socle de notre richesse. Nous sommes présents essentiellement dans le milieu rural. Pour pouvoir attirer les talents, les fidéliser, il faut tout un dispositif que nous mettons en place pour assoir une cohésion social à travers des actions que nous menons au terme de formation ; En 2014, nous avons investi 15 millions de dirham en matière de formation qui correspond à plus de 20,000 jour de formation. A travers aussi des actions sociales que nous menons pour nos salariés et leurs familles : maison de vacances, colonies de vacances pour les enfants. Mais aussi, nous avons instauré un dialogue social vis-à-vis de nos partenaires sociaux où nous avons la fierté aujourd’hui d’avoir un climat social serein qui nous permet de gérer, de poursuivre notre développement dans la sérénité. Responsabilité vis-à-vis de nos riverains aussi. Les bassins miniers ne se situent pas à côté de Rabat ou de Casablanca mais plutôt dans des endroits reculés où il y a un manque caractérisé d’infracteurs, donc quand on découvre un gisement, il faut tout un projet de développement socioéconomique pour pouvoir valoriser le gisement : construction de route, eau, électricité, infrastructures sociales. Ces dernières servent pour l’exploitation minière mais aussi à désenclaver toute la zone minière. Aujourd’hui, notre métier participe à l’exode inverse : de l’urbain vers le rural, qui profite à un développement socioéconomique et qui crée un écosystème autour de l’activité minière. On fait de la RSE sans le savoir depuis de longue date car cela fait partie de notre ADN, de notre activité. La RSE nous a permis de structurer notre démarche. Nous avons mis en place une nouvelle approche de développement socioéconomique des régions à travers une approche basée sur la concertation avec l’ensemble des acteurs de développement des régions minières, les communes, les collectivités locales, les tissus associatifs, à travers une approche participative, notamment sur les projets de développement. Avant, nous avions une approche plutôt caritative mais il y a eu un changement de stratégie, tous les projets de développement émanent de concertation de participation ou nous impliquons les acteurs communautaires pour identifier leurs projets, le mettre en place, et apporter aussi le financement nécessaire. dans cette approche, nous avons mis en place un programme depuis 2012, managing solidaire, qui est axé selon quatre axes fondamentaux :

  • solidaire pour la réussite scolaire, à travers un certain nombre d’actions, la construction et la mise à niveau des écoles dans les zones minières, au Maroc mais aussi en Afrique là où nous sommes présents, notamment au Gabon, au Soudan et en RDC , à travers l’accompagnement des jeunes au niveau de la région, notamment le renforcement de leur capacité en matière scolaire et l’organisation des colonies de vacances, etc.
  • Deuxième axe, c’est solidaire pour une deuxième chance pour les jeunes déscolarisés, mis en place, avec l’office de formation professionnelle, d’un programme d’information pour les jeunes déscolarisés pour qu’ils puissent se prendre en charge.
  • Troisième axe, solidaire pour l’entreprenariat, nous accompagnons les associations féminines pour la création de sociétés génératrices de revenus et en 2013 nous avons accompagné une association dans al région de Ouarzazate, pour les former sur la broderie et le tissage et aujourd’hui, la mine achète tout l’équipement pour notre personnel mais aussi nos sous-traitants, mais aussi les vêtements scolaires pour les jeunes de la région.
  • Le dernier axe, c’est le bien-être des populations, notamment à travers des caravanes médicales, au Maroc, au Soudan, au Gabon et en RDC, la mise à niveau des routes, la mise en place d’eau et d’électricité. Ce programme est piloté au niveau d’une entité corporate, et on a recruté récemment des agents sociétaux, on a adapté notre organisation par rapport à ce programme, qui sont les interlocuteurs vis-à-vis des associations pour pouvoir piloter, suivre, tous les programmes développement.

Pour MANAGAEM, la RSE a permis de structurer, de formaliser, toute notre démarche RSE. Aujourd’hui, nous avons une direction développement durable au sein d

u corporate, avec des entités au niveau de chaque exploitation, au Maroc et à l’international. Cela nous a permis aussi d’évaluer notre démarche. Aujourd’hui toutes nos filières sont labélisées. Mais le plus important, c’est que nous avons aujourd’hui transféré cette démarche au niveau des pays d’implantation et en 2014, nous avons le site au Gabon qui a commencé en 2014, qui est

 

aujourd’hui certifié 18000/1 14000/1. On a fait aussi évaluer cette exploitation par VIGEO sur l’ensemble des axes de la RSE. La RSE aujourd’hui est portée au plus haut niveau de notre organisation, c’est quelque chose sur lequel nous nous appuyons pour développer notre activité au Maroc et à l’international et donc c’est une démarche sur laquelle nous sommes conscients que cela va nous permettre aussi de pérenniser dans la durée nos activités.

 


M. Philippe BARRY

Président de l’initiative RSE Sénégal

 

 

 

 

 

Je remercie l’UCESIF de m’avoir invité, particulièrement son excellence M. Michel DOUCIN, de me donner l’opportunité de faire un plaidoyer pour la RSE et surtout sur les attentes que j’ai de l’UCESIF pour l’institutionnalisation de la RSE. Je partagerai avec vous l’expérience que nous avons au Sénégal, et dirai quelques mots sur les limites de ce dispositif et ferai des recommandations.

L’initiative RSE Sénégal est une initiative collective privée, qui vise à promouvoir la responsabilité sociétale au Sénégal. Créée depuis 2008, nous avons fait quelques avancées et parmi ces avancées, il y a notamment le fait qu’aujourd’hui, au sein de la société sénégalaise, on parle du concept de RSE. Pas une semaine ne passe sans que l’on parle de la RSE dans la presse, dans les milieux académiques, au niveau de la société civile et même au niveau des collectivités locales.

 

 

Ceci a permis notamment de faire prendre conscience de la responsabilité individuelle mais également  collective que nous avons dans le développement du pays. Nous sommes tous responsables de ce qui se passe dans le pays. Cependant, ce mouvement reste encore timide au niveau des entreprises. Ceci est dû à l’absence d’institutionnalisation de la RSE. lorsque l’on parle de RSE, il faut parler du contexte dans lequel nos entreprises évoluent, mais également des enjeux. Au Sénégal, le premier référentiel est le plan Sénégal émergent. C’est un cadre consensuel de coordination de nos interventions publiques. Les entreprises doivent s’y référer. Nous avons trois piliers au niveau du plan Sénégal émergent : la transformation structurelle de notre économie, le partage des richesses à travers l’inclusion sociale et la bonne gouvernance. Les entreprises sont interpellées par ces trois piliers.

Quant aux enjeux, je voudrais en citer cinq qui sont pris au cœur dans notre pays :

  • la question de l’emploi et notamment de l’insertion professionnelle des jeunes. Au Sénégal, entre 250 et 290 000 jeunes qui tapent chaque année à la porte du milieu du travail. Sur 14 millions d’habitants, 300,000 emplois privés seulement et 120,000 fonctionnaires, ce qui pose un véritable problème.
  • le poids du secteur informel : 50% du PIB est tiré par le secteur informel. Nous avons 80% de l’économie concentrée à Dakar et un taux de bancarisation inférieur à 15%, ce qui démontre le poids du secteur informel.
  • la dégradation accélérée de notre environnement, avec 40,000 hectares de forêt dégradés chaque année. Le Sénégal est un pays côtier, avec 700 kilomètres, avec une forte érosion côtière et 70,000 tonnes de déchets plastique qui sont dans la nature.
  • l’accès aux services sociaux de base
  • l’éthique de la gouvernance.

Aujourd’hui, les entreprises sont interpelées, par rapport à ces enjeux. Nous avons créer cette initiative pour amener les entreprises à répondre non seulement au référentiel politique et économique que nous avons mais également aux enjeux qui ont été cités. Nous avons une vision à travers cette initiative, que le développement de nos pays ne se fera que par une valorisation de nos ressources locales. Les ressources locales renvoient au capital humain et la transformation de nos ressources naturelles. C’est la vision que nous avons. Nous avons également un outil, développé en 2012, la Charte RSE et développement durable  des entreprises du Sénégal et nous avons également des projets fédérateurs avec pour ambition d’amener les entreprises qui se disent responsables à aller sur les projets fédérateurs qui répondent aux enjeux du développement durable du pays. l’initiative est constituée de trois groupes d’acteurs : 30 grandes entreprises regroupés dans le réseau RSE Sénégal, un groupe des partenaires institutionnels dans lequel on retrouve les ambassades du Canada, du Pays-Bas, l’AFD, le patronat à travers le CNP et les milieux académiques, et un groupe d’acteurs de micro et petites entreprises qui sont dans des filières porteurs prioritaires pour le développement du Sénégal à savoir l’agroalimentaire, l’agroforesterie, la transformation des déchets, l’écotourisme, les systèmes de construction en terre. L’objectif est d’amener les grandes entreprises qui se disent RSE à accompagner l’entreprenariat local. La question de l’emploi ne sera pas réglée dans nos pays par l’emploi direct mais par l’entreprenariat notamment initié par les jeunes. Nous avons une charte à l’instar de la CGEN, groupe de 11 entreprises qui a développé cet outils qui comporte 7 engagements sur l’éthique, sur l’environnement, sur la chaine d’approvisionnement, le développement économique local, sur le social interne et enfin l’engagement communautaire. A ce jour, 23 entreprises ont signé cette charte. Notre ambition est d’amener les entreprises sur des chantiers fédérateurs répondant aux enjeux développement durable dont le premier est un chantier mis en place d’un incubateur à 70 Km de Dakar spécialisé dans les économies vertes, partenariat public privé entre RSE Sénégal, un institut des sciences de l’environnement de l’université de Dakar et deux structures de formation professionnelle. Nous avons également comme deuxième axe la promotion des produits locaux. Troisième axe, la décentralisation économique, il faut absolument que nous intégrions les collectivités locales dans des démarches de responsabilité sociétale d’organisation. C’est un enjeu très fort. Le Président de ‘l’association des maires du Sénégal dit que sa commune il y avait 92% de son effectif qui n’a pas le bac, ce qui pose un vrai problème. Dernier chantier concerne la promotion de l’économie circulaire, sur les déchets.

Les limites de ce dispositif, c’est l’absence d’organes publics, privés, pas de notation ou de contrôle. Quant au niveau d’engagement des entreprises, l’absence d’incitation pour les entreprises et l’absence de soutien pour les initiatives innovantes comme celle que nous avons créée en 2008 au Sénégal.

Quelques recommandations issues du réseau normalisation francophonie dont RSE Sénégal est membre, c’est poursuivre l’action de sensibilisation des entreprises qui interviennent en Afrique. Egalement des recommandations issues du 4 ème forum sur la RSE au Sénégal car nous organisations chaque année depuis 2009 un forum sur la RSE, parmi les recommandations, c’est mettre en place dans chaque pays un cadre institutionnel sur la responsabilité sociétale. Je pense que les CES pourraient être ce cadre institutionnel. Faire adopter dans nos stratégies de développement durable des mécanismes d’appui aux initiatives collectives, des incitations aux entreprises et aux organisations qui contribuent par la mise en place de démarches RSE structurées, et le troisième élément, mettre en place des dispositions favorables aux entreprises et aux organisations qui publient régulièrement en toute transparence les rapports. Enfin, lancer, en relation avec les médias, une initiative de partenariat dans le domaine de la communication. Enfin, lors de mon audition en décembre 2014 au CES du Sénégal, j’avais fait également quelques recommandation de réaliser une étude sur l’opportunité d’une plateforme nationale sur la RSE come cela existe en France, réaliser une étude sur la faisabilité de création d’un observatoire national sur les pratiques de la RSE et lancer un grand prix RSE au niveau national. Je pense que l’UCESIF pourrait intégrer ces recommandations.

 


François FATOUX

Délégué Général de l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises

 

 

 

 

 

 

 

L’ORSE est basé en France a été  créé en 2000. C’est une organisation multi acteurs qui associe des grandes entreprises, des fédérations patronales, des organisations syndicales, des gérants d’actifs et des ONG. Cela  nous a amené à adopter une posture de distanciation par rapport à ce que pouvaient faire les entreprises. Dans le domaine de la RSE, il y a une profusion d’initiatives que l’on appelle label, charte, code de conduite, audit, référentiel de management. Nous pouvons peut être regretter cette complexité mais après quelques années d’observation (cela fait déjà 15 ans que nous sommes en veille sur ces questions-là), nous devons accepter la complexité de ce concept de RSE puisqu’il doit intégrer à la fois des dimensions territoriales, sectorielles, des attentes différenciées selon les parties prenantes mais aussi des modèles de construction qui devront intégrer la taille des entreprises voire même la nature juridique de ces entreprises. Nous pourrions parler d’acteurs économiques et il y a aussi toute une réflexion à conduire vis-à-vis des collectivités et des autorités publiques sur l’Etat exemplaire. Notre mission est de permettre à l’ensemble des acteurs de mieux s’y retrouver dans cette jungle de la RSE et de considérer que tous les acteurs doivent être à même niveau d’information. Il ne peut pas y avoir de différence de perception selon que l’on soit un expert, une

 

 

 

 

 

 

 

 

 

association, un syndicaliste, une administration ou d’autres acteurs ou comme les  PME. Il faut faire le pari de l’intelligence de ces parties prenantes et considérer qu’il n’y a pas d’un côté les experts de la RSE qui peuvent être des consultants, des organisations spécialisées, des universitaires, mais que tous les acteurs doivent pouvoir s’approprier ces questions. Cela nous a amené à une posture de vulgarisation puisque lorsque nous nous sommes créé en 2000, il n’y avait pas de réseau francophone traitant des questions de RSE. Cela nous a amené à traduire des documents en anglais, des référentiels privés car certaines organisations internationales ne traduisent pas les documents de travail dans d’autres langues que l’anglais, ce qui est un véritable problème pour les acteurs qui travaillent sur ces questions-là. Nous avons traduit le GRI à deux reprises car nous considérions que c’est un instrument intéressant pour permettre aux entreprises de construire leur rapport de développement durable. Cela ne nous a pas empêché d’avoir un point de vue distancé, critique mais c’était une initiative clef comme il peut y avoir d’autres avec l’ISO 26000, les principes de l’OCDE ou de l’ONU en direction des multinationales. Là où il y a carence des engagements publics, nous avons cherché à les combler. Pour la France sur des sujets qui touchent au dialogue social nous gérons une base des accords d’entreprise qui peuvent être négociés entre les syndicats et les entreprises. Nous avons été plus loin en considérant que cette information devait aussi circuler dans le monde francophone et nous avons créé en 2010 un site dédié aux questions de reporting, qui soit bilingue français anglais. Il s’agit du site www.reportingrse.org  qui présente l’ensemble des initiatives et référentiels sur la RSE puisqu’entre l’ISO 26000, SA 8000, la GRI, pacte mondial, ce n’est pas toujours évident de s’y retrouver. Nous allons mettre en ligne la nouvelle réglementation ivoirienne car dans le cadre de la stratégie nationale ivoirienne adoptée en 2014, il y a un article qui parle du reporting des entreprises. Cela montre l’intérêt que les administrations et les autorités publiques portent aux questions de RSE. Nous ne sommes plus dans une phase où la RSE relevait exclusivement d’acteurs privés. Aujourd’hui, de plus en plus d’Etats s’approprient et mettent en place des stratégies nationales sur la RSE. Il faut aussi accepter que l’on puisse arriver à la RSE par différent parcours et qu’aussi bien une ONG locale, donneur d’ordre international, Etat soit capable de traiter ces sujets là avec ses propres préoccupations. Ces dernières peuvent être sectorielles. Le secteur des mines en Afrique n’a rien à voir en termes d’enjeux avec le secteur de la finance en France donc il faut être capable d’avoir cette approche sectorielle. On peut aussi avoir une approche géographique. Beaucoup d’initiatives sont structurées sur un plan national et il faut reconnaitre cette dynamique étatique. Dynamique des parties prenantes aussi : comment un syndicat va-t-il pouvoir échanger avec ses partenaires dans d’autres pays, sur un plan local comme sur un plan international ? Il y a les questions d’environnement, de corruption, des droits de l’Homme. Le concept de RSE s’est développé plutôt au départ dans les pays européens et  d’Amérique du Nord. Nous nous sommes dit qu’il fallait valoriser, faire connaitre les acteurs qui se mobilisent sur un plan national sur les autres continents comme l’Amérique du Sud et l’Afrique car il y a un véritable problème d’accès à l’information. Cela nous a amené à réfléchir sur ce que pouvait être la RSE dans les pays du Maghreb. A plusieurs reprises, nous avons été sollicités car nous étions un réseau multi parties prenantes, pour que soit créé sur un plan national un observatoire sur la RSE. Nous avons décliné cette proposition pour plusieurs raisons : en termes de légitimité, il nous semblait difficile de porter une démarche qui ne soit pas portée par les acteurs locaux, pour des questions juridiques, il existe encore des pays où le fait de créer une association nécessite de passer par le ministère de l’intérieur ou une autorisation gouvernementale, contrainte financière mais surtout une pratique de pouvoir car lorsque vous créez une structure, se pose la question de la désignation d’un président, d’un bureau. Or il ne fallait pas que la RSE devienne un enjeu de pouvoir d’où le fait d’imaginer autrement les dynamiques de partage. Fondamentale, la RSE c’est pouvoir partager des difficultés mais aussi des bonnes pratiques ce qui ne nécessite pas de créer une structure formelle. Nous avons imaginé des plateformes virtuelles permettant aux acteurs d’échanger sans qu’il y ait derrière d’enjeux de pouvoir. Trois dimensions dans ces plateformes :

  • une visibilité sur les référentiels internationaux, car il n’est pas évident dans certains pays de savoir si telle convention de l’OIT a été ratifiée;
  • la capacité à valoriser des initiatives nationales ;
  • la valorisation des bonnes pratiques d’entreprise.

Nous avons commencé par  l’Algérie avec la volonté de mettre en place un site internet dédié aux questions de RSE dans ce pays portées par les acteurs locaux pour mieux faire connaitre auprès de l’ensemble des acteurs ce qui pouvait se faire : www.rse-algerie.org. Pour l’ORSE, il y avait une dimension clef, créer les conditions de partage d’un pays à un autre. D’où l’intérêt de créer des plateformes nationales pays interconnectées les unes avec les autres. Si je travaille dans le secteur des mines au Burkina Faso, il peut être  intéressant de savoir comment au Sénégal, au Mali, en Côte d’Ivoire. Initier une démarche de RSE pour une entreprise, c’est à la fois une démarche cohérente, structurée, mais c’est aussi pouvoir formaliser sur des sujets simples des études de cas. L’un des enjeux est la couverture sociale des employés. En Algérie, on trouve aussi des informations sur la bonne pratique des crèches. Pendant longtemps, c’était impossible dans certains pays. Nous avons pour projet de concevoir un site sur la RSE en Tunisie qui devrait être rendu public au cours du premier trimestre 2016. Ce site sera accessible en français mais aussi en arabe qui est la langue de travail de beaucoup de parties prenantes comme les ONG et les syndicats. La question de l’accès à la langue pratiquée dans son pays est essentielle si l’on souhaite que la RSE soit l’affaire de tous. J’en donne pour exemple les multinationales qui élaborent sur un plan mondial un code d’éthique sans le traduire dans langues utilisées dans leurs filiales locales. Cette question doit être débattue en interne avec les représentants des salariés pour les multinationales qui s’engagent notamment dans le cadre des accords-cadres internationaux (la liste à jour de la centaine des multinationales signataires dans le monde est accessible sur le site de l’ORSE). Apres la création par l’ORSE de sites internet sur la RSE dédiés aux pays du Maghreb (Tunisie, Algérie et Maroc), nous avons cette ambition d’aller plus loin, d’aller sur d’autres pays d’Afrique. Plutôt que d’avoir des sites internet pour chacun des pays, notre  réflexion va plutôt de faire connaitre par pays, un certain nombre d’initiative, de référentiels ou d’éléments d’informations qui ne sont pas connus des acteurs locaux. Lorsque l’on va sur le site de l’OIT, de la banque mondiale, d’ONU Femmes,  il y a beaucoup d’informations qui traitent du pays en question. Mais qui peut imaginer que cette information existe dans le pays en question ? Nous en avons  fait la démonstration sur la question du travail des femmes au Maroc : en quelques années, 4 études ont été financées par des bailleurs internationaux portant sur le même sujet car aucun de ces acteurs ne s’était concerté, ne savait qu’une telle étude avait déjà été traitée dans le pays en question. Donc, aller chercher l’information accessible quelque part et pouvoir la porter à la connaissance des acteurs locaux, c’est une question capitale. Nos réflexions sur la RSE sur un plan national doivent passer par la question de l’e-gouvernement, c’est à dire le fait pour les Etats de redéfinir leur rôle dans le cadre des stratégies d’open data en mettant à même niveau de connaissance l’ensemble des citoyens comme des acteurs économiques, sociaux et politiques

 


M. Gérard AMANGOUA

Secrétaire Exécutif du Réseau Côte d’Ivoire

 

 

 

 

 

Nous avons une expérience en matière de RSE qui n’est pas très conventionnelle car nous sommes membres d’un réseau sous l’égide des Nations Unies, le réseau Global Compact. Aujourd’hui, nous avons une mondialisation plus accrue. Lorsque l’on voit les exemples dans les pays d’Asie du Sud Est ou du Golfe, l’Afrique même car on parle d’un taux de croissance depuis5 ans en hausse. Nous avons aussi une démarche entreprise par l’Union Africaine après 50 ans. J’ai participé à un des ateliers à Addis-Abeba. Nous avons beaucoup parlé de la bonne gouvernance, du changement climatique, de la santé, l’implication des rôles des acteurs privés, de la société civile et des gouvernants. Le décor est

 

 

 

 

 

 

 

 

aussi constitué d’acteurs politiques très importants aujourd’hui. Ce qui est important, c’est l’évolution constatée au niveau des acteurs politiques. On est passé de l’indépendance à une période de tendance économique avec beaucoup de difficultés, nous avons aussi du point de vue

 

des infracteurs politiques, une kyrielle de parties politiques, une centaine en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Dans certains pays, il y en a une cinquantaine. Ils ont des agendas politiques et des idéologies différentes. Tout cela doit apporter quelque chose à la société, à nos peuples.

Au niveau du secteur privé, bien avant l’indépendance, il y avait le colonisateur mais progressivement, on s’est rendu compte de l’émergence d’un secteur privé, de plus en plus présent et qui  a besoin d’être fort aujourd’hui pour que des attentes soient à la même hauteur que celles des hommes politiques ou des groupements politiques. La société civile, dans certains pays, beaucoup de difficultés pour s’imposer, comme au Nigéria par exemple, et même dans nos différents pays, dans la zone Maghreb, Afrique de l’Ouest, Afrique centrale, c’est une tendance qui se développe de voir des organisations de la société civile qui soient plus responsables mais aussi plus engagés dans les problématiques que nous venons d’évoquer.

Pour expliquer pourquoi nous nous sommes engagées en Coté d’Ivoire dans le Pacte Mondial, il faut d’abord expliquer ce qu’est le pacte mondial. C’est un programme mondial qui a été mis en place par le Secrétariat général des Nations Unies en 2000, mais aussi un réseau constitué de représentants du secteur public, secteur privé et société civile. Cela porte 4 groupes de principes qui sont les droits de l’Homme, les conditions de travail, la protection de l’environnement et la lutte contre la corruption. En fait, pour brièvement expliquer la démarche, tous nos pays ont signé la Déclaration des droits de l’homme. Les organisations des sociétés civiles sont impliquées dans la protection des droits humains, le secteur privé a également pris le relai dans l’espace économique. Les conditions de travail, toutes les conventions signées ou ratifiées sur le travail, l’implication du BIT dans la plupart de nos pays, tout cela les gouvernants l’ont signé. Au niveau de la société civile également, il y a des initiatives qui sont prises pour aller dans ce sens. Au niveau de la protection de l’environnement, beaucoup de choses à dire. Le protocole de Kyoto n’a pas donné totalement satisfaction. Les organisations de la société civile comme Greenpeace travaillent énormément pour que les préoccupations soient prises en compte et également le secteur privé. C’est cet ensemble qui a été plus ou moins proposé par les Nations Unies dans lequel nous nous sommes retrouvés au niveau de la Côte d’Ivoire. Nous nous sommes engagés d’un acte volontaire. C’est difficile de mobiliser les entreprises ou même les organisations de la société civile ou tout autre partenaire à s’impliquer car il faut d’abord être volontaire. On peut faire de la promotion. Il faut respecter et appliquer les 10 principes tout au long de l’année et ensuite rédiger un rapport sur ces 10 principes. Il est important de se rendre compte qu’il devient de plus en plus difficile d’être membre d’un réseau comme celui-ci car il y a des critères, des contraintes, les choses deviennent de plus en plus compliquées. Nous avons pu signer un mémorandum d’accord avec le siège à New York cette année et cela nous permet d’être beaucoup plus formel, plus officiel. Nous allons participer cette année du 23 au 25 juin au 15 ans de l’anniversaire de ce réseau. C’est une plateforme pour nous également pour montrer nos engagements dans le sens de la responsabilité sociale des entreprises.

La Côte d’Ivoire est le premier producteur mondial de cacao. Cette manne représente 60% des recettes d’exportation. Nous nous sommes demandé comment maintenir le durabilité et la chaine d’approvisionnement car c’est ce secteur qui permet de nourrir près de 4 millions de planteurs et donc pour nous, c’est une question très importante. Comment aujourd’hui insérer des jeunes dans la vie active est aussi une préoccupation. Finalement, le dialogue politique entre les partenaires du secteur public et du secteur privé. Le premier exemple, le travail des enfants dans al cacao culture, nous nous sommes impliqués au niveau du global compact dans la mise en place d’une coalition internationale avec l’Etat, l’industrie mondiale du chocolat, les acteurs publics et privés de la filière café cacao en Côte d’Ivoire, le BIT, la fondation mondiale du cacao, l’administration américain et le congrès américain. Nous avons eu à traiter du protocole Harkin-Engel, deux sénateurs américains qui se sont mis dans la problématique de poser toutes les préoccupations des consommateurs américains. Nous avons eu également une directive européenne à l’époque où il fallait traiter la question du travail des enfants afin de pouvoir avoir accès au marché européen. Pour poursuivre, il faut dire que nous sommes engagés dans un projet pilote, réponse qu’il fallait. Nous avons porté des actions de sensibilisation, de communication et de prévention. Il faut faire sortir du système les enfants qui travaillent et les ramener à l’école. Mais le problème persiste car il n’est pas que national mais sous-régional. Un travail est fait au niveau du Comité  national du suivi où nous sommes engagés également avec l’Etat et les acteurs de la filière café cacao. Concernant la formation des jeunes, nous avons travaillé sur deux aspects. Le premier  est l’entreprenariat avec  l’unité internationale du ?? il fallait faire ressortir toutes les questions qui demain vont être adressées par cette nouvelle génération qui arrive sur le marché. Nous avons travaillé avec l’université en faisant un certain nombre de propositions et contre la corruption, il est important que le secteur privé soit impliqué. Nous avons travaillé avec l’Etat et un certain d’experts juridiques pour rédiger des textes pour créer la Haute autorité de lutte contre la corruption en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, c’est un point important car cela permet de donner confiance aux investisseurs et également de créer des conditions de développement inclusif. Pour terminer, il faut dire que nous avons évoqué ces trois points car ils étaient importants pour tous dans le cadre des droits humains et des normes de travail mais aussi dans el cadre de la lutte contre la corruption mais ce qu’il faut dire au niveau du secteur privé, il faut qu’il y ait un secteur privé très fort en Afrique pour pouvoir porter hait un certain nombre de proposition vis-à-vis des gouvernements.

 

 

 


 

Débat et partage d’expériences

 

 

Mme Delphine COUVEIHNES MATSUMOTO

Spécialiste de programme, OIF

 

  1. FAHMI, comment est organisé et respecté le principe de consultation dans votre entreprise ? On se rend compte sur le terrain que les populations locales sont rarement consultées et participent très peu lors des décisions pour l’exploitation minière.

y-t-il des plans prévus lors de la fermeture des mines ? Pendant la durée de l’exploitation, on a de l’implication, des constructions d’écoles, des services de soin mais souvent malheureusement, lorsque l’entreprise part, l’Etat au niveau social est difficile pour les populations qui reste. Votre entreprise prévoit-elle des mesures dans ce type de situations ?

Pour les réseaux nationaux, comment accompagnez-vous les entreprises au respect des droits de l’homme ? En tant qu’organisation internationale, nous avons s aussi organisé des activités avec le haut-commissariat des droits de l’homme pour encourager les entreprises à un meilleur respect des droits de l’homme dans le cadre de leur activité et il semblait difficile  à mobiliser sur ces questions car il y avait un peu de réticence voire de peur de  crainte d’être remis en question dans leurs activités. Et nous nous essayons de créer u dialogue multi partie qui permet aux entreprises de se sentir à, l’aise avec ce concept, avec ces principes et ces droits pour leur permettre de respecter au mieux les

 

 

engagements que leurs Etats ont pris u niveau international.

 

Mme Bouchra M’ZALI

Professeure à l’Université UQAM, Québec

 

  1. FAHMI, vous avez des gisements et des exploitations en RDC et je me demandais, comme la RDC est signataire de l’ETI, est ce que vous produisez les rapports concernant la transparence sur les redevances et si oui, le faites-vous pour les autres pays qui ne sont pas signataires ?
  2. BARRY, qui de l’entreprenariat, autrement dit quid de la formation des jeunes pour les amener à développer leur propre travail. Qu’en est –il du micro ou du nano crédit, avec de l’accompagnement pour leur permettre de réussir.
  3. FATOUX, est ce qu’aller vers les pays émergents d’Amérique latine où on a beaucoup d’expériences, est-ce une voie ? Ou faut-il se limiter à la francophonie ?

M. X

 

  1. SEKKAT, quel est l’impact du syndicalisme dans l’apaisement du climat social, notamment les revendications, comment arrivez-vous à juguler ce phénomène ?
  2. AMANGOUA, quelle est la part des enfants maliens et burkinabés qui travaillent dans cette exploitation ? Prenez-vous des dispositions pour les extraire de ce processus et pour les former ?

M. Mamadou DOUCHI

Président de la section des affaires économiques et financières du CESOC du Niger

 

Le Niger est signataire de l’ITE et j’aimerais comprendre au niveau du groupe nucléaire AREVA, si l’AREVA est signataire ou membre de la RSE en Afrique si cela s’applique à AREVA au Niger ? La fermeture de ses sites a créé des inégalités sociales énormes et les populations sont dans un désarroi total.

Les chinois comprennent-ils quelque chose de la RSE ? Ils ne s’organisent ni en syndicat et ne font aucune réclamation. Les documents sont-ils traduits du chinois ou bien ne veulent-ils pas qu’ils soient traduits ? Font-ils semblant d’être ignorant ?

M. Amadou Lamine SY

Directeur de la coopération et du partenariat du CES du Sénégal, Secrétaire général de l’UCESA

 

Depuis hier, nous avons parlé de l’importance de la RSE, l’intérêt que cela peut représenter pour la prise en charge des préoccupations environnementales. Je voudrais prendre le chemin inverse en demandant si dans le cadre des modalités d’application de la RSE, ce concept ne pourrait-il pas présenter des dangers ou des objectifs inavoués, des niches de non transparence que le concept est censé combattre ? dans l’allocation du budget RSE, cela pourrait-il constituer dans un certain cas, un billet pour les entreprises pour réaliser leurs objectifs commerciaux ? D’autre part aussi, dans les pays africains, nous connaissons l’importance de la fiscalité dans le cadre incitatif qui est demandé dans le cadre de la mise en œuvre de la RSE, cela ne pourrait-il pas constituer une ligne de fuite pour fragiliser encore els budgets des Etats africains ?

 

Membre CESC Mali

 

La grosse difficulté au Mali, c’est que le travail des enfants, même si les autorités sont très conscientes de cette situation critique, apparait comme un acte de socialisation. Certes il y a eu des perditions scolaires et il faut trouver le moyen d’envoyer l’enfant au niveau d’une structure où il peut travailler. Cela dépend de la perception. Beaucoup pensent bien faire en envoyant ces enfants de façon précoce au travail. Comment faut-il renverser cette tendance ?

Par rapport à l’aspect mendicité des enfants, en soit, peut-on considérer comme une activité ? Car les enfants qui quittent le domicile du matin au soir ne font que mendier. Est-ce en soit un travail ? Cela constitue un incubateur de tous les dangers au Mali. J’aimerais que l’on prenne des dispositions pour faire des propositions de gestion de cette situation.

M. Olivier MOREL

Consultant

 

Ma question portera sur les trois limites évoquées par M. BARRY.  Question du retrait voire de l’absence de régulation. Je pense que des actions volontaires sont indispensables. Sans volontarisme, pas d’innovation.  Casser la dynamique de gens qui veulent être volontaires est vraiment dommage. On est sorti aujourd’hui de l’opposition entre le volontaire d’un côté et de l’autre côté la régulation. Mais selon M. BARRY, la régulation est encore manquante. Je voudrais souligner une hypocrisie fondamentale. Aujourd’hui, il existe une inégalité fondamentale entre les droits et les devoirs des citoyens et les droits et les devoirs des acteurs économiques à commencer par les entreprises. Aujourd’hui, un citoyenne st obligé de payer ses impôts, de suivre le code de la route, d’appliquer la loi, y compris pour les plus petits larcins. Aujourd’hui, l’évasion fiscale, la corruption, le fait de pouvoir organiser l’irresponsabilité juridique au nom de el chaine d’approvisionnement est permanente. Je ne parle pas des PME mais des grosses entreprises car les PME sont aussi liées par leur contrat aux multinationales. A un moment donné, on ne pourra pas continuer à parler de RSE si on ne rétabli pas le balancier entre des droits mais aussi des devoirs pour les acteurs économiques. En France, on dit qu’il faut diminuer le poids des CDI. Pour éviter cette précarité des CDD on va les généraliser. Il faut plus de CDD. Cela revient à dire que pour renforcer le mariage, on va faciliter le divorce. On a discours totalement unilatéral.

Concernant l’incitation vis-à-vis des entreprises, il faudrait peut-être que les Etats et les collectivités locales comprennent que ne pas sanctionner les entreprises qui ont des mauvaises pratiques, c’est sanctionner celles qui ont des bonnes. L’absence de mise en place de sanctions pénalise les entreprises qui aujourd’hui ont des activités respectueuses des droits humains, de la législation, de l’environnement. L’absence de sanction pénalise ceux qui portent haut l’étendard de RSE.

Dernier point concernant l’accompagnement des initiatives multi partîtes, très probablement, les CES et les institutions nationales des droits de l’homme ont un vrai rôle à jouer pour qu’il y ait un espace de dialogue multipartite équilibré. Trop souvent, des parties prenantes sont en fait choisies par l’entreprise car elles ne sont finalement pas si dérangeantes. Pour avoir un cadre, il peut y avoir la compréhension des rôles et des limites des rôles de chacun, c’est quelque chose de fondamental. Cela permettrait peut-être d’éviter, que en Afrique, il y a énormément de confusion entre la RSE et la philanthropie. Construire des écoles, ce n’est pas le rôle des entreprises. Or, elles le font car cela fait de la bonne communication. Les populations l’acceptent car l’Etat est défaillant. Mais lorsque l’entreprise part, l’école ferme, les murs restent mais le personnel. Il faut réfléchir à comment avoir une philanthropie responsable et comment développer l’achat local, l’emploi local, le développement de l’activité local.

 

  1. Richard NGUB’USIM MPEY-NKA

Rapporteur du CES RDC, Professeur à l’Université de Kinshasa.

 

En RDC, l’instabilité que nous connaissons à l’Est depuis plus de 20 ans maintenant est due au coltan. Si la RSE était née à ce moment, peut-être y aurait-il moins de dégâts. Aujourd’hui, je ne sais pas à quel niveau nous pourrions rapporter quelque chose de favorable à la paix. Les entreprises qui créent leur richesse sur la guerre et les intérêts capitalistes, je pense qu’il y a moyen d’intégrer la notion de paix.

Concernant l’implication des jeunes, j’ai beaucoup travaillé sur les jeunes désœuvrés en les intégrants dans des circuits d’auto emplois et j’ai constaté que ces jeunes ont besoin d’un encadrement à la fois pédagogique et technique. En RDC, il y a un institut d’insertion professionnel qui joue bien ce rôle mais qui est plus ou moins bureaucratisé et qui devrait s’améliorer. Concernant les étudiants, je pense que nos programmes ne sont pas très différentes et je constate que les programmes d’enseignements n’insistent pas beaucoup sur la créativité. J’ai initié des enseignements de séminaires de créativité, tant avec les étudiants qu’avec les enseignants. Cette dimension de créativité manque. Si les gens sont encadrés, accompagnés dans des actions où la créativité est cotée, cela peut amener à résoudre un certain nombre de problématiques soulevées ici.

Au niveau de la francophonie, la difficulté du français a été soulignée. Que devons-nous faire ? Il y a un défaitisme qui donne raison à ceux qui disent que la francophonie a trop insisté sur la français là où les autres ont appuyé sur l’économie et sur le bien-être des populations.

M.  Ahmedi MOHAMED

Professeur à l’Université, Fès, Maroc

 

La RSE n’est plus un choix pour l’entreprise, c’est devenu une stratégie qu’il faut intégrer même au sein de la chaine de valeurs de l’entreprise.

Il existe un certain nombre d’obstacles que le dirigeant doit vaincre. Ce sont surtout des obstacles internes. Le premier est un obstacle cognitif. Il faut vulgariser le concept. Aujourd’hui, la bataille la plus âpre consiste à faire prendre conscience aux autres qu’un choix ou qu’un changement est nécessaire et que tout le monde doit se mettre d’accord sur ces causes. M. FAHMI, croyez-vous que seulement en vulgarisant le concept de RSE, peut-on parler de RSE au sein de l’entreprise ?

L’autre obstacle est financier. L’application de la RSE nécessite des ressources financières, qui sont limitées pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Avez-vous essayé de calculer concrètement le cout de la RSE au sein de MANAGEM ?

 


 

 

 

 

Réponses des intervenants

 

 

M. Said SEKKAT

Président de la Commission RSE et Label de la Confédération Générale  des Entreprises au Maroc

 

Je rebondirai à propos des deux questions concernant les syndicats dans l’entreprise et l’autre les droits de l’homme dans l’entreprise et comment faire pour mettre en place des systèmes de respect des droits de l’homme dans l’entreprise.

Ce sont des sujets qui ne sont pas évidents. On a mis en place la charte et le label. Dans son premier axe, la charte pose le respect des droits humains, prévenir toute forme discrimination, promouvoir l’égalité des chances entre les hommes et les femmes et envers les catégories vulnérables, notamment les handicapés. La question du genre est l’une des plus difficiles au Maroc. Nous sommes très mal placés sur la question. Il y a beaucoup à faire. Au niveau de la labélisation dans les entreprises, on leurs donne des outils de manière à évoluer. Les outils, c’est de faire un audit au sein de l’entreprise et savoir ce que ‘l’on mesure, mettre en place des tableaux de bord au niveau des RH hommes/femmes, suivre les rémunérations hommes/femmes, voir la représentation des femmes dans les organes syndicaux, de gouvernance, etc. ensuite, on donne des outils pour améliorer les représentativités des femmes dans l’entreprise. On a lancé un projet, avec le département d’Etat américain du travail et ce projet va travailler avec des entreprises pilotes sur trois phases, faire un diagnostic qualitatif et quantitatif des entreprises pour voir leur pratique et la gestion RH. Ensuite, on fait un plan d’action qui prévoit l’amélioration au niveau RH et à la fin, on aboutit sur un plan d’action et de bonnes pratiques. Cela permet de travailler concrètement sur la question sur le genre. Aussi la question de personnes handicapées. Une loi est en cours de préparation mais nous sommes en retard sur la question. Nous travaillons activement avec le conseil national des droits de l’homme sur la question. L’interdiction du travail des enfants rentre aussi dans le respect des droits de l’homme, nous avons signé une convention avec l’UNICEF sur la question. Sur la question des droits syndicaux, il faut respecter la liberté d’association et l’exercice

 

du droit syndical, promouvoir les négociations collectives, prévenir les conflits du travail et tout mettre en œuvre pour les résoudre pacifiquement. Il n’y a pas longtemps, il y a eu un débat sur la question et un chef d’entreprise a témoigné en disant qu’il ne voulait pas entendre parler des syndicats dans son entreprise. C’est malheureusement le système de pensée ancien qui veut que les syndicats sont source de conflit. Aujourd’hui, quand on met en place une démarche RSE à travers le respect de la liberté syndicale et qu’on a une approche concrète, pragmatique, ce n’est plus un problème. Ce que disait ce témoignage c’est que c’était un verrou mental que le chef d’entreprise a fait sauter, il a fait rentrer les syndicats dans son entreprise et a constaté que les choses fonctionnaient bien à partir du moment où il avait une démarche RSE.

M. François FATOUX

Délégué Général de l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises

 

Concernant la question de l’appropriation des enjeux et des outils, nous avons des difficultés et notamment dans le monde de la francophonie, le monde syndical ne s’est pas encore approprié en termes de création d’outils ce concept et donc ce concept apparait complètement étranger au monde syndical. Dans mes déplacements, je me suis intéressé à la manière dont les outils avaient été construits. Systématiquement, j’entendais un discours d’entreprises, mais ce qui nous intéressait, c’était de voir la réaction, le pendant côté syndical. Cela pose la question de la manière dont on peut formaliser les outils.  Si on parle d’outils sur le genre, en France, l’ORSE a produit des guides pédagogiques sur l’égalité entre les femmes et les hommes en association aussi bien le patronat que les organisations syndicales. On est capable de créer des outils en direction de l’ensemble des acteurs. Cela peut créer des révolutions dans certains pays où les syndicats peuvent être perçus comme l’opposition. Nous avons tout intérêt à ce qu’il y ait des démarches d’ »appropriation, on ne peut pas construire durablement une démarche de RSE sans que le monde syndical se soit engagé lui-même. On a des démarches vertueuses avec les accords mondiaux sur la RSE, ce qui pose la question de la traduction de ces accords. Au tout début, ils n’étaient accessibles que dans une ou deux langues. On ne peut pas avoir une démarche d’appropriation des salariés s’il n’y a que deux langues de traduction. Cela pose la question de l’Amérique du Sud. En Amérique du Sud, les entreprises ont construit une démarche avec un modèle qui prévaut, le modèle américain. Car beaucoup d’entreprises regardent du côté du modèle américain notamment en termes de mécénat. Pour autant, avec ces réseaux, il y a de fortes attentes pour regarder ce qui se passe en Europe et en Afrique. Il faudrait peut-être se pencher sur la question de créer des partenariats d’un continent à un autre, entre le monde francophone et le monde hispanique. Il n’est pas normal que lorsqu’on se rend à une réunion du BIT, on n’a que le document qu’en anglais, parfois en espagnol, voire l’arabe. Malheureusement, trop peu documents sont traduits en arabe. Des conventions majeures de l’OIT qui n’ont pas été traduites. C’est aussi la question des organisations publiques internationales de vérifier la traduction des documents. Sur le chinois, un certain nombre de documents sont traduits en chinois, comme des accords signés par des multinationales. Appuyons nous des référentiels qui existent et faisons les connaitre aux acteurs concernés.

M. Philippe Barry

Président de l’initiative RSE Sénégal

 

Je structurai les interventions du public autour de trois axes : la question de la régulation et surtout le principe de légalité ; les enjeux : l’entreprises doit-elle prioriser ses enjeux ?; la structuration des projets, comment peut-on amener des entreprises à aller vers des projets dits structurants plutôt que d’aller vers la simple action philanthropique ou de mécénat .

 

Premier élément sur la régulation est lié à l’institutionnalisation de la RSE. Je voudrais bien faire la distinction entre le principe de légalité, qui est le rôle de l’Etat, il doit y avoir des sanctions par rapport au non-respect des dispositions législatives et règlementaires. La question qui se pose c’est est ce que dans nos Etats africains, les administrations, notamment le secteur des mines, au Sénégal il y a une région minière qui est à 700 Km de la capital, est ce que les administrations ont les capacités de faire respecter les lois et règlements dans ces zones rurales. Voilà toute la difficulté que nous avons. Le poids du secteur informel est important. Quand on parle de RSE, il faut se poser la question du respect de la loi. Après, intervient la régulation. Si nous n’avons pas un dispositif qui permet d’aller vers des notations qui n’existe pas ; en Europe ou dans les pays du Nord, vous avez un mécanisme qui permet d’évaluer le niveau d’engagement des entreprises, ce que nous n’avons pas encore en Afrique. Je crois qu’il faudrait qu’on puisse le mettre en place. Donc, je fais la distinction entre le principe de légalité et la RSE qui va au-delà de la loi et des règlements du pays

Concernant la question des enjeux, s’il on prend le cas de RSE Sénégal, nous intervenons notamment sur l’aspect management des entreprises mais également sur le volet de l’engagement communautaire. Comment amener des entreprises qui se disent RSE  à s’impliquer de manière durable sur des projets d’engagements communautaires. Je crois qu’il faut également que nous ayons des organisations de la société civile fortes. Depuis 2008, nous avons lancé cette initiative, nous avons très peu de rencontres sur les droits de l’homme. A la fin de mois à Dakar, nous aurons une rencontre organisée par le BIT sur cette question des droits de l’homme et les entreprises viendront intervenir pour savoir ce qu’elles font, notamment sur la question de la chaine d’approvisionnement. Concernant les projets structurants, nous avons des entreprises qui font du mécénat pour améliorer leur image mais ce n’est pas ce que nous voulons. Nous voulons des entreprises qui investissent, qui s’engagent sur deux/ trois sur des projets structurants mais dans le cadre d’un partenariat public privé. On ne peut pas distinguer la RSE engagement communautaire sans une implication forte de l’Etat. C’est là qu’intervient l’incitation, comment créer des fonds à l’instar de ce qui existe en Inde où 2% des bénéfices des entreprises ont affectés à des projets structurants répondant à des enjeux de développement durable. Je pense aussi au mécanisme de la taxe professionnelle en France. Pourquoi ne pas imaginer un tel mécanisme également dans nos pays où on demanderait aux entreprises qui font des bénéficies de réintégrer sous forme de déduction fiscale ces sommes là sur des projets structurants. D’où l’importance de mettre en place un organe public privé, peut-être par le biais des CES, qui permette d’analyser les projets qui nous sont soumis.

M. Gérard AMANGOUA

Secrétaire Exécutif du Réseau Côte d’Ivoire

 

La RSE aujourd’hui n’est pas totalement ancrée dans nos approches. Même au niveau des entreprises, il reste un travail à faire. Comme nous sommes dans un rythme assez accéléré avec tout ce que l’on vient d’entendre, j’ai bien peur qu’on ne puisse pas atteindre notre objectif. Je voudrais lier la RSE à la notion de développement durable. Dans cette dernière, on retrouve toutes les questions que l’on a évoquées tout à l’heure.

Concernant le travail des enfants, la part des enfants maliens et burkinabés dans les exploitations, c’est une question délicate car les statistiques sont toujours sujets à caution. Quand on a commencé à travailler avec l’USAIT,  le chiffre était de 2 millions en 2005 mais il s’agissait d’une extrapolation. On ne peut pas voir la réalité des faits. Au niveau de la Côte d’Ivoire, on s’est engagé dans un projet pilote sur une zone référence sur laquelle on a essayé de comprendre le phénomène et progressivement, on a fait l’extension et on s’est rendu compte que le phénomène était sous-régional et que les circuits étaient sophistiqués car il y des professionnels de la traite des enfants, des pisteurs, un certain nombre d’agents qui travaillent dans la chaine d’approvisionnement. Je ne peux pas vous donner des statistiques exactes mais je vais me rapprocher du comité national de suivi en Côte d’Ivoire afin de donner des éléments d’actualité sur la part des enfants burkinabés et maliens. Ce qui est sûr, c’est que des dispositions sont prises au niveau de la CEDEOA pour punir les contrevenants. Nous avons pu saisir quelques trafiquants qui ont été punis.

Il faut faire un distinguo : au départ, quand on a commencé, les gens disaient que le travail des enfants n’existait pas dans la cacaoculture. Progressivement, lorsqu’on a commencé à donner des preuves, ces preuves étaient palpables et il faut reconnaitre que quelque fois, les ONG internationales administrent un traitement de choc pour choquer pour pouvoir amener les dirigeants ou les responsables à prendre des décisions. Je m’appuie sur deux conventions qui ont été signé, ratifiées par la plupart de nos pays : l’une relative à l’âge minimum du travail. Un enfant peut travailler à partir de 15 ans. L’autre convention concerne les pires formes de travail pour les enfants. Lorsqu’un enfant utilise une machette, il peut se blesser à vie. Dans les dispositions des conventions, les charges lourdes sont bien expliquées. Un enfant qui porte 15 Kg de sac de cacao ne pourra pas grandir, il aura un problème en matière de maturité physique et il aura des séquelles. Il faut faire le distinguo entre ces notions-là. Je pense qu’aujourd’hui, le travail se poursuit. Malheureusement, c’est un problème qui a un aspect socio culturel et qui a besoin d’être pris dans un ensemble de problématique en matière de développement. Nous avons mis en place un système de certification. Mais dans l’agriculture, cela reste une vue de l’esprit. C’est une démarche qui n’est pas aisée. Cette démarche avait donc été mise de côté. Les consommateurs américains, européens ont peut être pris bonne note mais la menace est toujours là. Il faut faire une veille et continuer d’échanger avec toute l’industrie de la chocolaterie mondiale, avec l’administration américaine, avec le congrès américain, avec l’Union européenne, tous nos partenaires impliqués dans la chaine d’approvisionnement de la cacaoculture.

M. Kamal FAHMI

Directeur développement RH à l’international du groupe MANAGEM

 

Chaque projet minier fait l’objet d’une étude d’impact sur l’environnement contenant un volet relatif à la fermeture des mines. MANAGEM a connu le cas de fermeture d’une mine qui existait au Sud Est en 1999 et qui a rouvert en 2011. Tout le long de cette période, nous n’avons pas abandonné la mine, il y avait toujours des projets d’exploitation car il y a l’espoir de trouver des quantités de gisements et on pourra toujours rouvrir la mine, ce qui est réalisé aujourd’hui.

Concernant le projet en RDC est en phase d’étude de faisabilité, on n’est pas en phase d’exploitation. Le projet opérationnel aujourd’hui est celui au Gabon. Au Soudan il est à la phase pilote. Les projets situés dans les autres pays sont en phase d’exploration. La RSE va au-delà de l’aspect règlementaire. L’une des principales choses, c’est la règlementation.

Concernant la question de la vulgarisation de la RSE, bien évidemment, la RSE aujourd’hui, chez MANAGEM n’est plus un choix mais une stratégie au niveau du groupe, imposée par la nature même de l’activité minière qui se trouve dans des zones rurales et donc il faut que cette démarche soit portée au plus haut niveau et suivi au niveau du conseil d’administration et du comité des risques. Elle est déclinée à l’ensemble du personnel de l’organisation au Maroc mais aussi à l’international. Concernant le cout de la RSE, pour nous aujourd’hui, la RSE nous apporte énormément de choses. Tout d’abord en termes de cohésion sociale. En 2008, année de crise, le secteur minier a été touché de plein fouet. A l’époque, nous avions des entreprises qui faisaient le double ou le triple de notre taille qui ont connu des plans sociaux et ont fermé. A MANAGEM, en 2008, il y avait u mot d’ordre du président qui disait qu’il y aurait zéro licenciement et que tous les engagements qu’il avait pris vis-à-vis des populations seraient respectés. C’était fondamental concernant la cohésion sociale et le sentiment d’appartenance à l’entreprise qui permet que même en période difficile, on a fait une perte de -500 millions de dirham. On a pu sauvegarder l’emploi et continuer l’activité mais aussi on a pu maintenir nos engagements vis-à-vis de la population. La RSE en termes d’apport, nous pousse à regarder tous les processus d’amélioration des  performances en interne, notamment en matière d’économie et d’énergie, aujourd’hui nous avons 4 sites miniers à 70% d’énergie éolienne. Elle permet de faire des bénéfices importants. Il y a aussi tous les efforts de recherches pour économiser de l’eau. Aujourd’hui, on recycle dans les mines pratiquement 500 m3 par jour. Le dernier volet en matière d’environnement est la valorisation de nos déchets. Aujourd’hui, nous avons créé deux nouvelles activités grâce à la valorisation des déchets ce qui aboutit à la création d’emplois et de richesses.

Mme Aminata TALL

Présidente du CESE du Sénégal

 

Je ne partage pas totalement la confusion des rôles. Je considère que lorsqu’une société fait une bonne action de solidarité et construit une école, la responsabilité de l’Etat également est engagée. Il faut que les choses se fassent d’une certaine manière en relation avec les autorités étatiques pour un meilleur suivi. L’entreprise a l’obligation morale de mettre du personnel lorsqu’elle construit une école ou un hôpital. C’est là que les CESE ont également un rôle pour appeler l’attention de l’Etat sur l’existence de telles questions.

 

Nous pourrons retenir aujourd’hui que le concept même de la RSE est complexe. Vu l’éventail du champ qui cible l’économique, l’environnement interne ou externe, et qui cible également le social dans ce domaine précis, mais le dénominateur commun, c’est cette prise de conscience de l’ensemble des acteurs étatiques comme privés et de faire en sorte que les entreprises participent au développement durable de nos pays respectifs. C’est là où est important le souci de l’appropriation, aussi un dénominateur commun d’une certaine charte de complémentarité en fonction des spécificités de nos pays respectifs. Dans une stratégie d’organisation interne, pour le maintien d’une cohésion sociale et dans le principe de la solidarité active avec ses actions diversifiées à l’interne au niveau du personnel comme à l’externe. C’est devenu même un sacerdoce. L’objectif général étant le développement durable dans une parfaite démarche éthique. L’intérêt des CESE est dans ce souci d’être le médiateur entre les entreprises et l’Etat puisque le rôle des CES est de donner des avis à nos gouvernants et c’est à ce niveau que chacun de nos doit s’approprier la question, écouter les entreprises, voire ce qu’elles font, qu’elles sont leurs relations avec les Etats, quelles sont les difficultés, les failles. C’est la raison pour laquelle au Sénégal, nous avons convoqué une session extraordinaire où les responsables, les initiateurs de la RSE ont été auditionnés de long en large en plénière pour émettre un avis dans le cadre de nos travaux. C’est aussi un intérêt partagé aujourd’hui qui fait le séminaire soit tablé sur cette thématique avec ces différents démembrements. Chaque fois qu’il y a une complexité dans le champ sur lequel on doit intervenir, il y a des limites.  Notre rôle est de faire que la relation entre le gouvernement et les entreprises, dans le cadre du partenariat public privé, puisse être une relation gagnant gagnant. L’Etat ne peut pas tout faire à lui tout seul. Les entreprises n’ont pas tout simplement le rôle de faire des profits et de se les accaparer. Le profit doit être partagé et redistribué dans une philosophie éthique en veillant à une certaine transparence. L’hypocrisie règne au niveau des déclarations et autres. Certaines entreprises ne sont pas réellement contrôlées. La régulation à ce niveau, à travers une institutionnalisation de structures d’évaluation de contrôle puisse faire cela. Le problème de l’accessibilité, les langues sont un problème. Ce qu’il faut retenir, c’est la disponibilité des CESE qui ont trouvé aujourd’hui, à travers l’UCESIF, dans le cadre de ce séminaire, à traiter de ces questions et j’ai la claire conscience que de tout ce qui a été dit, des exemples pratiques de pays, vont pouvoir nous inspirer en relation avec toutes ces questions complémentaires, enrichissantes qui ont été posées.

Au Sénégal, nous avons une contribution forfaitaire des entreprises pour développer la formation professionnelle de 1995 à 1998, on était à 5% et j’ai souhaité que cela soit porté à 10 ou 20%. L’UCESIF aujourd’hui, a le devoir impératif de travailler à la promotion également de la langue française. Dans toutes les conférences internationales, si ce n’est pas traduit en anglais, on n’a pas d’autres formes de communication.  Obligation doit être faite au niveau des instances internationales que les textes soient tout aussi bien traduits aussi bien en français qu’en anglais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TABLE RONDE 3

 

Comment renforcer les engagements des entreprises et des investisseurs ?

Modérateur – M. Patrice EZATY MERIKO-EDZIA, Président du Conseil Economique et Social de la République Démocratique du Congo

 

 

 

  1. Alain DELMAS

Rapporteur de l’avis « la RSE, outil de la transition économique, sociale et environnementale » du CESE de France

 

 

 

 

 

 

 

 

Le CESE de France a adopté en juin 2013 un avis intitulé « La RSE, une voie pour la transition économique sociale et environnementale ». Le CESE s’était autosaisi de ce travail à la suite de plusieurs rencontres internationales, notamment, dans le cadre du G20 sur la dimension sociale de la mondialisation, dans le cadre de RIO+20 et d’autres d’organisations où, revenait souvent comme un leitmotiv, que la gouvernance économique du monde pose problème, provoquant une succession de crises économiques, sociales, environnementales et alimentaires. Le besoin de réfléchir à d’autres paradigmes était souvent avancé. C’est dans cette perspective que la question de la RSE arrivait souvent dans le débat. Le CESE a souhaité comprendre ce que l’on entendait avec ce concept de RSE et en explorer les forces et les faiblesses dans le cadre d’une transition qui, elle-même, soulevait des questions de choix de modèle économique.

La RSE invite les dirigeants d’entreprise à se poser la question de leur modèle économique avec leurs parties prenantes. Elle pose la question du rôle et moyens donnés à ces parties prenantes : il faut distinguer les parties prenantes externes et les parties internes, dont font partie les organisations syndicales. La question que nous avons rencontrée à ce stade, c’est celle du rôle des conventions de l’OIT, en particulier les conventions 87 de 1948 sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, , et la convention 98 de 1949 sur le droit d’organisation et de négociation collective. Pour être mises en œuvre réellement, ces conventions nécessitent à la fois la volonté des Etats mais aussi celle (ou responsabilité) des entreprises. Ceci nous a amenés à réfléchir à la complémentarité des formes de régulation : droit dur des conventions ratifiées par les Etats qui acquièrent force de loi, et droit souple relevant d’initiatives combinées de plusieurs parties prenantes. Notre avis a exploré cette complémentarité et a conclu, comme l’indique le titre choisi, que la RSE est une voie (parmi d’autres) pour la transition économique sociale et environnementale. Une voie pas unique mais qui mérite observation.  La RSE nous invite à prendre de la distance par rapport à des schémas de pensée trop rigides et à entreprendre des démarches basées sur le partage culturel. Les organisations syndicales sont porteuses de réflexions sur la question du développement durable en soulignant l’importance de sa composante développement humain dans toutes ses dimensions, et à échanger avec les autres acteurs économiques et de la société civile à ce sujet.

Par exemple, lors du colloque que la Plateforme nationale pour la RSE (rattachée au Premier ministre, dont je fais partie aussi) et le CESE ont organisé au Palais Iéna en novembre 2014 intitulé « La RSE en actes : ensemble vers un plan national d’action pour la RSE », j’ai présenté une expérience lancée par des organisations syndicales dans le secteur du bois pour faire progresser la formation professionnelle et l’emploi, selon des objectifs chiffrés, qui associe une pluralité d’acteurs publics et privés. Cette initiative s’est traduite par la mise en place d’un Observatoire régional social de la filière bois en Aquitaine, région à forte implantation de forêts. Au départ, c’est le Centre d’études et de Recherches économiques et sociales d’Aquitaine (CERESA), créé dans les années 1980 par la CGT Aquitaine, qui a lancé l’expérience. Le CERESA a pour vocation l’éducation populaire c’est-à-dire de donner des éléments de compréhension et d’appropriation des enjeux économiques et sociaux aux personnes, en favorisant le croisement secteurs d’activités/territoires. Je crois beaucoup en cette démarche qui pousse à travailler à partir de la réalité des territoires,  c’est-à-dire de ce dont ont besoin les hommes et les femmes dans les territoires. En relançant ce centre dans les années 2010, nous avons identifié que la question de la filière bois était essentielle dans la mesure où elle était culturellement, économiquement et socialement très importante en Aquitaine. Nous avons lancé les Etats généraux de la filière bois, qui représente 1,837 millions d’hectares de forêt, 213 millions de m3 de forêt de production, 38,047 emplois (2ème filière en termes d’emplois dans la région), avec un taux de féminisation de 14,5% seulement. La question de l’insuffisante égalité professionnelle a été l’un de nos fils rouges. Nous avons choisi de partir des enjeux sociaux : formation, emplois, conditions de travail et égalité professionnelle. Nous avons, pour cela, consacré la première année à rencontrer l’ensemble des acteurs de la filière: collègues syndicaux, ensembles des dirigeants d’entreprises (industriels, PME et TPE), les services de ‘l’État  et de la région, les associations environnementales. L’angle de la dimension sociale s’est avéré fédérateur. Des Etats généraux ont fait l‘objet d’un travail sur deux ans,  avec une série de réunions de travail avec l’ensemble des acteurs pilotées par un comité de pilotage réunissant, avec le CERESA et les acteurs économiques de la filière,  les ministères de l’agriculture et de l’environnement, le conseil régional et les conseils généraux de la région qui soutenaient la démarche. Nous y préparions des fiches propositions qui seraient ensuite mises à débat. Ce n’était pas un lieu de négociation mais de réflexion, de mise en convergence. La partie négociation était renvoyée aux parties prenantes. Les Etats généraux de la filière bois se sont tenus dans un lycée professionnel dont les étudiants ont travaillé sur certaines questions de la filière bois. Lorsque nous avons demandé des chiffres, nous nous sommes rendus compte qu’aucune étude « genrée » n’avait encore été réalisée par le milieu professionnel. Nous avons constaté que dans les classes de formation professionnelle, on ne comptait qu’entre 0 et 2 femmes.

Nous avons formulé une dizaine de propositions : égalité professionnelle, formation, mise en place d’un observatoire social de la filière bois, relance d’une activité très importante pour la région, la collecte de résine de pin dont sont tirés l’essence de térébenthine et la colophane, produits utilisés dans les colles, peintures et encres. La production de résine, essentiellement faite en France jusqu’en dans les années 1990, et représentant jusqu’à 20,000 emplois dans la forêt, avait quasiment disparu : on importe de Chine et du Brésil 98% de la consommation de résine en Europe alors que la ressource naturelle, renouvelable, existe.

L’une des raisons de la disparition de la filière que nous avons diagnostiquée est que les conditions de travail étaient difficiles. Le souci de l’innovation sociale a été une composante très importante de nos travaux et celle-ci a été reconnue comme un des éléments essentiels de développement de la filière. Abordant le sujet de la relance sous l’angle social, nous avons trouvé des solutions et élargi ensuite la question à l’ensemble des champs du développement social, économique et environnemental de la filière bois : de la plantation d’un arbre jusqu’au déchet utile. A partir de là, on a décliné les types d’emplois nécessaires, les contenus des formations et les déroulements de carrière (75% sont des ouvriers). Constatant que beaucoup de PME et TPE n’avaient pas les moyens pour créer des postes d’encadrement internes, nous avons étudié la possibilité d’une mutualisation qui permettrait aux salariés de suivre une formation et d’accéder à des postes dans d’autres entreprises tout en gardant leurs droits acquis.

L’Observatoire social pour la filière bois a été créé par l’Alliance Forêt bois, l’ANACT-ARACT, la CERESA, la CGT, la CFDT, la DRDFE, l’OPCA, la SYSSO, l’UIRPM et des partenaires institutionnels. Beaucoup ont été surpris de la présence de la CGT au début de cette initiative. Il a fallu du temps, du travail en commun pour que des relations de confiance s’établissent.

 

Cinq commissions de travail ont été mises en place : emploi/formation, conditions de travail/pénibilité au travail, veille sectorielle (avec la collaboration de l’INSEE), évolution professionnelle, collectif d’échanges sur la RSE.

 

Dans mon organisation syndicale, les idées de co-élaborer et de co-réfléchir avec des patrons ne va pas de soi. Mais, les salariés se l’approprient : il y trois semaines, lors d’une réunion de co-travail à Mimizan, 30 salariés étaient présents. Le fait de les faire réfléchir sur leur avenir et sur les possibilités de l’anticiper leur a donné confiance dans l’existence d’une dynamique. Le cadre conceptuel de la RSE, dont l’expérience que je vous ai présentée est une illustration, favorise cette dynamique collective lorsque l’ensemble des parties prenantes  joue le jeu.

 

 Mme Guilao Joséphine LENAUD

Vice-Présidente du CES de Guinée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les dernières décades de la marche de l’économie mondiale semblent fortement marquées par la survenue à répétition de crises profondes affectant tous les processus de production, d’échanges, de distribution des biens économiques ainsi que les flux de leurs valorisations monétaires.

 

 

 

 

 

 

Il a été souvent noté, de façon quasi-concomitante, un accroissement renforcé de la paupérisation de populations entières vivant dans nombre de régions riches en matières premières recherchées par les pays industrialisés et dont l’exploitation s’inscrit inexorablement dans un contexte inégal des termes de l’échange.

 

Les entreprises créées et installées localement vivent tout naturellement une forte concurrence des représentations des sociétés multinationales dans plus d’un secteur et plus d’une branche d’activité, ce qui favorise, stimule/amplifie par endroits des discriminations qui surgissent ou se développent sur les lieux de travail ou dans la société.

 

De la discrimination, essai de définition

 

Le concept de discrimination exprime l’action d’isoler et de traiter différemment certains individus ou un groupe de personnes par rapport à d’autres. C’est établir une discrimination ou une différence qui, bien souvent, éloigne de l’égalité et de la justice. La discrimination peut concerner différentes variables sociologiques telles que la race, l’ethnie, la couleur, la formation ouvrière professionnelle, la domination économique, la technostructure, les pratiques de gestion inégalitaire des travailleurs, etc….

 

De manière concrète, les discriminations sur les lieux de travail correspondent généralement au traitement inégal et/ou inégalitaire vécu par les travailleurs, et cela en rapport avec les conditions de travail, la qualification, la formation, la durée, la rémunération, l’exposition aux risques d’accidents et de sécurité etc… à l’occasion du travail.

 

Ces conditions discriminatoires semblent avoir caractérisé le processus du travail depuis la haute antiquité, une aggravation étant souvent impulsée par le machinisme et la maitrise de l’électricité qui ont favorisé, tous deux, l’intensification du rythme de la production (agricole et industrielle), des échanges et des transports.

 

L’organisation du système de production, en générant des discriminations, a souvent enregistré les réactions répulsives, plus ou moins violentes mais toujours vigoureuses et déterminées, des travailleurs qui en sont victimes et qui aspirent à faire instaurer des mesures rétablissant l’équilibre, le respect du droit,  l’égalité et l’harmonie.

 

Comment se présente l’entreprise qui abrite les lieux de travail ?

 

Selon le Code du Travail Guinéen, en son article 211.2 « On entend par entreprise, toute organisation, quelle que soit sa forme juridique (société, association, syndicat, propriété individuelle), ayant une activité de production, de distribution ou de fourniture de service ».

 

« L’établissement est un lieu déterminé où un groupe de personnes travaillent en commun de façon habituelle sous la direction d’une même autorité ». « L’entreprise peut comprendre plusieurs établissements ».

 

On peut donc comprendre l’entreprise  comme étant la capacité de regrouper sur des lieux de travail des groupes de personnes régies en général par les réglementations relatives aux questions de travail et de sécurité sociale adossées à/inspirées de la constitution du pays, du code du travail et plus particulièrement des dispositions plus pertinentes d’un Contrat de travail.

 

Tous ces textes prévoient la pratique systématique de l’égalité de traitement et de non-discrimination entre les citoyens et entre les travailleurs à l’instar des normes internationales du travail de l’OIT, ayant inspiré l’élaboration des moyens juridiques nationaux.

 

L’entreprise, en tant qu’outil majeur de production et de commercialisation des biens destinés à la satisfaction des besoins des consommateurs, a requis une attention soutenue et minutieuse de nombreux penseurs pour étudier et améliorer son organisation et son fonctionnement en vue de l’atteinte d’objectifs prescrits en termes de quantité, qualité, rentabilité, etc…. Ces recherches ont concerné tous les volets de l’existence de l’entreprise, depuis l’extraction des minerais, le processus de transformation des matières en produits finis, la maitrise de l’énergie, les systèmes de transport, la durée du travail, les effectifs de travailleurs dans les différents postes et lieux de travail, jusqu’aux questions de rémunération etc…

 

C’est sur cette masse d’information que l’entreprise organise et spécialise ses établissements, forme et renforce les capacités de ses ressources humaines en vue de consolider sa place dans le monde des affaires. Depuis des lustres, l’entreprise tend à intégrer dans son vécu la quête de justice et d’égalité ayant animé les travailleurs qui ont toujours repoussé, par différents mouvements sociaux, les pratiques de discrimination constatées à l’occasion du travail.

 

L’entreprise, un lieu privilégié de regroupement d’hommes et de femmes qui travaillent, dans des conditions variées, et qui affinent aussi parallèlement leurs capacités d’observation, d’analyse et de traitement, tant des matières dans le processus de production, que des différences subtiles existant entre les postes de travail et le traitement des hommes qui y sont affectés. C’est ici, sur ce terrain, que les manœuvres de discrimination sont ressenties, dénoncées et combattues par les victimes dont l’action a contribué positivement à l’amélioration du droit dans les relations de travail.

 

Ainsi le législateur reconnait-il à l’entreprise, à côté de ses missions de production et de transformation technologique des matières, la qualité de lieu privilégié d’application des lois préservant l’ordre public, dont les dispositions du Code du Travail constituent une illustration systématique primordiale. Le chef d’entreprise est sensé connaitre les arcanes de la loi régissant les relations du travail, celles – ci ayant une valeur économique et financière probante qu’il ne peut méconnaitre ni négliger.

 

Aussi, dans l’entreprise et ses différents lieux de travail, la discrimination et les pratiques qui lui ressemblent sont-elles traquées et combattues de manière vigoureuse et systématique, d’autant que la loi instituant le Code du Travail prescrit formellement ainsi qu’il suit :

 

« Article 2 : le droit au travail est reconnu à tous. L’Etat assure l’égalité de chances et de traitement des citoyens en ce qui concerne l’accès à la formation professionnelle et à l’emploi, sans distinction de race, de sexe, de religion et de philosophie »

 

« Article 4 : la discrimination est interdite sous toutes ses formes. Aucun employeur ou son représentant ou toute autre personne ne peut prendre en considérant le sexe, l’âge, l’ascendance nationale, la race, la religion, la couleur, l’opinion politique ou religieuse, l’origine sociale, l’appartenance ou non à un syndicat et l’activité syndicale, le handicap, pour arrêter des décisions en ce qui concerne notamment l’embauche, la conduite et la répartition du travail, la formation professionnelle, l’avancement, la promotion, la rémunération, l’octroi d’avantages sociaux, la discipline ou la rupture du contrat de travail ».

 

Discriminations sur les lieux de travail et solutions

 

L’entreprise, pour fonctionner et atteindre ses objectifs, embauche des travailleurs qu’elle rémunère à la fin d’un processus et d’une durée de temps de travail.

 

A cette occasion, des actes de discrimination ont pu être notés, bien que la loi oblige le patron d’entreprise à élaborer et appliquer un règlement intérieur, véritable condensé de législation sociale et du travail, également texte participatif et consensuel élaboré avec les représentants des travailleurs et l’administration représentée par l’Inspecteur du Travail.

 

Le Règlement intérieur est rendu obligatoire dans toutes les entreprises et tous les établissements employant habituellement au moins vingt-cinq salariés.

 

« Le Règlement Intérieur est le document écrit par lequel l’employeur fixe obligatoirement les règles générales et permanentes relatives à la discipline, en déterminant la nature et l’échelle des sanctions susceptibles d’être prononcées ainsi que les dispositions procédurales garantissant les droits de la défense, l’hygiène et la sécurité applicables dans l’établissement ou l’entreprise (Code art. 211.3) ».

 

Ce texte fondamental mentionne les principes d’égalité et de non-discrimination dans tous les différents actes de gestion des hommes sur les lieux de travail : embauche, formation, avancement, promotion, avantages matériels. Le pointage des temps de travail effectué sur la base de quarante heures par semaine est uniforme pour tout le monde, conduisant un mode de valorisation identique basé sur un système de classement catégoriel et de classification des postes de travail commun aux travailleurs des deux sexes.

 

Toutes les dispositions du règlement intérieur et des actes de gestion des travailleurs essaient de traduire concrètement les dispositions du Code du Travail comme celles – ci :

 

Article 241.1 : Le salaire et ses éléments constitutifs se négocient librement entre l’employeur et le travailleur.

 

« Article 241.2 : Tout employeur doit assurer, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l’égalité de rémunération entre les salariés quels que soient leur origine, leur sexe et leur âge.

 

Par rémunération, il faut entendre le salaire de base et tous les autres avantages et accessoires, primes et indemnités de toute nature, payés directement ou indirectement, en espèce ou en nature, par l’employeur au travailleur en raison de l’emploi de celui – ci ».

 

« Article 241.3 : Les différents éléments composant la rémunération doivent être établis selon les normes identiques pour les hommes et pour les femmes ».

 

« Article 241.7 : Tous les salariés ont droit à un salaire minimum interprofessionnel garanti ».

 

Pour prévenir les abus dans la durée du travail, dans certains professions et/ou circonstances, la règlementation impose des limitations juridiques, tant des durées journalière et hebdomadaire que des heures supplémentaires, dans le souci manifeste de protéger le droit au repos quotidien, hebdomadaire ou annuel du travailleur, en raison du caractère réparateur de la santé et de l’équilibre général.

 

Les conditions de travail comme la pénibilité des tâches, le port, le transport et la manutention des bagages et charges, les ambiances physiques des postes de travail (la chaleur, le bruit, l’éclairage, les vibrations), les volets hygiène santé et sécurité, etc…. font l’objet de stipulations expresses du Code du Travail pour appeler l’attention du patron d’entreprise sur la surveillance particulière de l’intégrité et de la santé des travailleurs  sur les lieux de travail en tant que valeur capitale à préserver.

 

Sur ces questions importantes de prévention des risques professionnels, le législateur a prévu le fonctionnement régulier d’un mécanisme paritaire faisant agir ensemble l’employeur (ou ses représentants) et les représentants des travailleurs : c’est le Comité d’hygiène et de sécurité pour informer et sensibiliser des risques d’accident, renforcer l’esprit de sécurité dans les postes de travail et lutter contre les habitudes hostiles à la vigilance.

 

De même des femmes travailleuses bénéficient-elles de protections particulières, notamment lorsqu’elles vivent une situation de grossesse ou d’allaitement.

 

Toutes ces rubriques constituent des thèmes où il convient de reconnaitre et magnifier l’action continue des travailleurs et de leurs organisations représentatives syndicales dans la lutte contre les moindres discriminations et la formulation de mesures correctives appropriées. L’action du mouvement syndical a, depuis de nombreuses décades, fortement contribué à enrichir le dialogue tant avec l’employeur public – le Gouvernement et ses représentants – qu’avec les employeurs privés – aussi bien à l’échelle de chacun des pays respectifs qu’au niveau de l’Organisation Internationale du Travail sise à Genève (Suisse).

 

Cette Organisation, par action conjointe de ses mandants tripartites (Gouvernement – Employeurs – Travailleurs) a produit une riche et impressionnante collection de Conventions et Recommandations communément appelées Normes Internationales du Travail. Elles sont destinées à la ratification des Etats membres qui s’en servent comme sources d’inspiration pour l’élaboration et amélioration de leurs législations nationales. Parmi les 53 Conventions ratifiées par la République de Guinée, figurent des conventions majeures luttant contre la discrimination ou prônant l’égalité de traitement et d’emploi parmi lesquelles on peut citer :

 

Conventions

 

N°29      : sur le travail forcé (1930)

N°81      : sur l’inspection du travail (1947)

N°87      : sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical (1948)

N°95      : sur la protection du salaire (1949)

N°98      : sur le droit d’organisation et de négociation collective (1949)

N°100 : sur l’égalité de rémunération (1951)

N°102 : concernant la sécurité sociale (norme minimum) 1952

N°105 : sur l’abolition du travail forcé (1957)

N°111 : concernant la discrimination (emploi et profession (1958)

N°117 : sur la politique sociale (objectifs et normes de base) 1962

N°122 : sur la politique de l’emploi (1964)

N°138 : sur l’âge minimum (1973)

N°182 : sur les pires formes de travail des enfants (1999).

 

Ces instruments ont grandement influencé l’action conduite par l’Etat et ses partenaires employeurs et syndicats de travailleurs en faveur de l’égalité, de la justice et de l’exclusion des pratiques discriminatoires sur les lieux de travail.

 

Il en est résulté, au plan national, une amélioration progressive de la rémunération, des conditions de vie et de travail, de santé, de formation, d’éducation des larges couches de travailleurs.

 

Des discriminations dans la société

 

La collecte des données statistiques a joué le rôle de fil d’Ariane pour aborder les discriminations dans la société.

 

Au-delà des questions d’emploi, de rémunération, d’avancement, de promotion, etc… ayant souvent une connotation matérielle, la structuration de la société, l’habitat, les activités socioprofessionnelles, tout comme les items relatifs au sexe, à l’ethnie, aux habitudes alimentaires et aux  religions peuvent alimenter des idées et comportements discriminatoires.

 

La réaction fréquente est souvent un comportement de négation du phénomène ; en prélude à une démarche plus constructive recherchant une solution corrective appropriée comme, par exemple, obtenir par un jeu de relations et de sensibilisation une meilleure compréhension et l’abandon d’attitudes de rejet, de mépris ou de dévalorisation.

 

L’action publique – donc de l’Etat – s’inscrit dans l’objectif premier de préserver l’ordre public en prévenant les sources de dispute, de tension, de frustration, voire de conflit. En la matière les actions d’information, d’explication, de sensibilisation et de communication sont à privilégier pour obtenir le changement des comportements avant tout recours aux procédés coercitifs.

 

Parallèlement l’Etat doit susciter, accueillir et encourager l’action durable des partenaires que sont les ONG, à l’instar de la conjugaison d’efforts pour pousser à comprendre et appliquer les instruments internationaux visant la promotion égalitaire et harmonieuse des femmes, des enfants et des personnes handicapées – victimes idéales des discriminations que sont :

  • La convention pour l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDEF),
  • La convention relative aux droits de l’enfant (CDE),
  • La convention pour la promotion des personnes handicapées(CPPH), toute produite par les Nations Unies et ratifiées par la République de Guinée.

 

L’action à conduire est exaltante, multiforme et d’impact certain pour le développement dynamique de ces couches importantes de la population Guinéenne.

 

Actions des CES-IS

 

Les CES-IS comptent parmi leurs membres des dirigeants d’entreprises importantes, de l’économie et des Organisations syndicales représentatives. Le dialogue tant au sein des CES-IS entre les membres que dans leurs organisations respectives parait de nature à faciliter  la compréhension et le traitement de tous les aspects des discriminations surgissant dans la gestion des relations professionnelles sur les lieux de travail. L’abordage lucide à froid peut être moins anxiogène, plus productif de confiance mutuelle dans la prévention et la résolution des conflits,  l’amélioration des méthodes et processus de travail.

 

Les CES-IS devraient procéder à des échanges d’expériences notamment par utilisation des NTIC et actions IEC conjointement conduite avec des Organisations spécialisées comme l’OIT et les ONG de lutte contre les crises et exclusions sociales.

 

Mme Bouchra M’ZALI

Professeure à l’Université UQA, Québec, Canada

 

 

 

 

 

L’investissement socialement responsable est une autre des formes d’expression de la responsabilité sociétale des entreprises, celle des actionnaires et financiers. De même que des clients avertis et engagés peuvent pratique le boycott et « buycot » à l’égard d’entreprises qui vendent des produits et services, il existe des actionnaires engagés qui décident de sélectionner sur des critères autres que la rentabilité financière les entreprises dans lesquelles ils placent leur épargne. On parle, à leur propos, d’actionnaires responsables. Ce n’est toutefois pas de la philanthropie de leur part : cela vaut encore la peine économiquement de faire ce choix.

 

Plus précisément, l’ISR, c’est de l’investissement fait en intégrant trois critères majeurs : l’environnement, le social et la gouvernance (ESG). Les trois termes visent à intégrer les grands principes et déclarations sur le développement durable dans l’analyse financière.

 

Plusieurs facteurs contribuent à susciter l’intérêt des financiers pour cette intégration :

 

  • Le désengagement des Etats, qui ne sont plus capables de tout légiférer, les programmes d’ajustement structurel leur ayant imposé d’accepter de plus en plus

 

 

 

d’investissements étrangers pour disposer des devises nécessaires au remboursement des dettes. Lorsqu’une entreprise arrive, 5 ou 10 ans de vacances d’impôt lui sont garantis.  Dans certains pays des entreprises produisent des objets pour 5 $ qui seront revendus

officiellement 7,10 $ à une société du même groupe située dans un paradis fiscal qui les revendra à une filiale aux Etats-Unis ou au Canada au prix de 150 $,

alors que le distributeur le vendra à 151 $. Le groupe ne paye au total presque jamais d’impôt. Aucun Etat ne peut légiférer au plan fiscal efficacement car il faudrait une législation supra nationale. Devant la carence de la régulation traditionnelle, ont émergé de nouvelles formes, dont l’ISR, façon pour les investisseurs de gérer des risques que la puissance publique ne sait plus prévenir.  L’ancien Secrétaire général Koffi Annan avait lancé l’une d’entre elles, les PRI (Principes de l’Investissement Responsable),  demandant à un certain nombre d’institutions financières d’investir en respectant des critères ESG. Elle compte plus de 800 adhérents aujourd’hui.

 

  • L’efficience des marchés : le principe est que si on investit avec des critères socialement et environnementalement responsables et de façon transparente, cela devrait être économiquement bon. C’est intuitivement cohérent, mais non prouvable au niveau des marchés. En revanche, il est prouvé que lorsqu’on n’est pas bon au regard de principes qui intéressent les ONG et leur bras armé, les actionnaires activistes, qui finissent par vous tomber dessus et vous faire une réputation détestable. Et ce n’est pas bon pour votre cotation boursière. Mais, à partir de quand le jeu du mauvais comportement n’en vaut-il plus la chandelle?  .

 

L’ISR prend plusieurs formes :

 

  • Le Negative Screening : l’investisseur rejette certains secteurs. Les communautés religieuses, par exemple, rejetteront tout ce qui est divertissement d’adultes, l’alcool, etc. Les ONG rejetteront l’industrie de l’armement, le nucléaire, les OGM, etc. selon leurs priorités.
  • Le Best in Class: plutôt que de rejeter on recherche les plus performants selon les classements ESG faits par des agences de notation. C’est la pratique courante des fonds de placement, qui gèrent des millions de milliards et doivent garantir une rentabilité minimale à leurs mandants, les retraités.

 

  • L’engagement actionnarial : les investisseurs engagés interviennent lors des assemblées d’actionnaires et y proposent des résolutions pour modifier la stratégie des entreprises. Par exemple, d’acheter du cacao équitable et de ne plus utiliser l’huile de palme. Le problème c’est que pour déposer des résolutions dans une assemblée générale, il faut détenir assez d’actions pour dépasser un seuil fixé. En France, il faut détenir 0,5% du capital. Aux Etats-Unis, il suffit d’avoir 2,000 $. On peut  atteindre les deuils en faisant des coalitions. Il existe quatre catégories principales d’actionnaires activistes : les communautés religieuses ; les investisseurs institutionnels ; les fonds mutuels ; et les fonds de pension, majoritaires aujourd’hui.

 

Le sujet de la RSE se prête, de façon générale à controverse : pour les néo-classiques, pratiquer la responsabilité sociale, c’est perdre de l’argent. Or, certaines entreprises ont construit des crèches pour retenir leurs jeunes employés qualifiés qui, ainsi ne quittent leur entreprise tant que leurs enfants ne vont pas à l’école. C’est une façon de fidéliser qui est très rentable pour les entreprises.

 

 

 

M. Fouad BENSEDDIK

Directeur scientifique de VIGEO, membre du CESE du Maroc

 

 

 

 

 

 

 

 

VIGEO est une agence de notation de la responsabilité sociale des entreprises. Nous

notons les entreprises cotées à l’attention des investisseurs et nous leur fournissons de

 

 

 

 

 

 

l’information et des opinions, des scores sur les profils environnementaux, sur la gouvernance, sur la capacité des entreprises cotées à respecter les droits de l’Homme, à valoriser leur capital humain, à protéger l’environnement, à avoir un  comportement éthique sur les marchés, à se doter d’une gouvernance transparente, à rendre compte du degré d’intégration de la RSE dans les délibérations budgétaires et à s’engager en faveur du développement économique et social des territoires dans lesquelles elles sont implantées.

 

 

 

 

 

 

Première remarque : Vigeo observe aujourd’hui une tendance à l’universalisation des discours sur la responsabilité sociale. Une de ses études auprès de  3,000 entreprises cotées dans le monde a constaté une accélération de l’utilisation des concepts de la responsabilité sociétale.

 

Deuxième remarque : Le phénomène d’universalisation se traduit par la généralisation du reporting d’information sur la responsabilité sociale. Vigéo a passé en revue la communication RSE de 1309 entreprises en 2008 puis en 2014, pour observer comment elle a évolué. Nous avons remarqué la généralisation des engagements sous forme discursive en faveur de la responsabilité sociale : il y avait 61% des entreprises qui, en en 2008 avaient un engagement en faveur de la responsabilité sociale,  et elles étaient 66% en 2014. On voit aussi l’extraordinaire différence entre régions du monde : c’est en Europe que l’on parle le plus de responsabilité sociale, avant l’Amérique du Nord, et loin devant l’Asie. Mais les Nord-américains et les asiatiques sont en train de rattraper les Européens en matière de discours et d’engagement en faveur de la responsabilité sociale.

 

Troisième remarque :  la gouvernance reste le sujet le mieux couvert dans les informations fournies par les entreprises car elles s’adressent, toujours, d’abord à leurs actionnaires dans leur communication.

 

Quatrième observation, les sujets qui ont le plus prospéré au cours des dernières années sont : d’abord l’environnement, qui a connu une hausse de 10 points pour la volumétrie et la disponibilité des informations concernant l’environnement. La prévention des pollutions accidentelles et les engagements de réduire les consommations d’énergie se développent. Vient ensuite la prévention de la corruption. Ce dont on parle de moins, ce sont les restructurations, les conditions pour permettent de changer de marché, la liberté d’association et les relations durables avec les fournisseurs. On parle volontiers d’intégration de standard sociaux dans la sélection des fournisseurs mais les engagements en faveur de relations durables avec les fournisseurs et les sous-traitants notamment les PME sont les moins commentés.

 

Cinquième remarque, le reporting à l’attention et au sujet des parties prenantes externes est plus développé que le discours relatif parties prenantes internes. Dans la conception des managers, parler de responsabilité sociale revient à  s’adresser à l’extérieur plutôt qu’aux collaborateurs internes, ce qui est une marque de vulnérabilité et de faiblesse pour le concept même de responsabilité sociale.

 

Sixième remarque : On observe une judiciarisation de la responsabilité sociétale avec l’entrée en scène des juges sur les affaires de responsabilité sociale, source de risques pour les entreprises qui accélère leur prise de conscience de l’importance du respect des normes internationales apparues dans ce domaine.

Les entreprises se font condamner pour des sujets qui touchent à leur responsabilité sociale. Sur 2522 entreprises observées,  19% ont fait l’objet d’une sanction légale au cours de la période 2013-2014 pour des motifs relevant de facteurs de responsabilité sociale. C’est aux Etats-Unis qu’on sanctionne le plus. Sur 625 entreprises évaluées, 30% ont fait l’objet d’une condamnation. C’est dans les pays émergents qu’on condamne le moins : sur 545, 41 seulement ont fait l’objet d’une condamnation.

 

Les chiffres du Japon ne signifient pas que la justice y est moins efficace mais qu’on a aussi à faire à des entreprises plus respectueuses.

 

Les facteurs motivant les condamnations :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Concernant les coûts les plus élevés des sanctions, le premier motif est l’atteinte aux règles de la concurrence, suivi de la prévention de la corruption, de la mauvaise information donnée aux consommateurs, des affaires de santé et de sécurité, de la relation aux consommateurs (manquement aux principes d’information, de sécurité), de la pollution et de la mise en place de dispositifs de contrôle. Les affaires de sécurité et de santé représentent en volume de 9% des sanctions mais seulement 1,2% des montants des condamnations. Il coûte plus cher de manquer aux règles du marché qu’à celles de sécurité. Mais, il ne faut pas oublier les différences existant entre les régions.

 

En conclusion, le discours sur la RSE se généralise, les engagements s’universalisent, même si l’on voit des différences entre les régions et entre les pays. Mais, la diversité des motivations, l’ambigüité de certaines notions et la variété des formes que prend cette universalisation soulèvent des questions quant à l’unicité et l’avenir du concept.

 

 

 

 

La pratique de la RSE résulte tout d’abord de préoccupations très différentes. Certains s’engagent dans la responsabilité sociale pour réduire des risques managériaux : investisseurs, top managers d’entreprises, actionnaires : ou alors, c’est pour eux une affaire de communication. La judiciarisation se traduit par l’intervention, de plus en plus  des départements juridiques qui signalent au reste de leurs collègues la nécessité de se préoccuper de ces sujets-là en réponse à la réglementation sur la prévention du dumping, ou à la résolution européenne d’Harlem Désir en faveur de la prise en compte des engagements de responsabilité sociale dans la définition des accords commerciaux de l’UE avec le reste du monde. Apparait aussi parfois l’intérêt des départements de risks management, autre porte d’entrée ou levier par lequel s’installe le concept dans l’entreprise, qui se penchent sur les approches en termes de droits de l’Homme et de sécurité des placements. D’autres s’engagent dans la RSE de façon beaucoup plus passionnelle, mus par la nécessité intime de réaliser des actions de solidarité, de faire du bien.

 

Ces préoccupations différentes produisent toutefois un même effet de système qui favorise aujourd’hui l’universalisation des engagements avec une tendance à la normalisation des concepts : l’idée d’opposabilité des normes universelles de l’ONU vis-à-vis des entreprises est en train de s’affirmer : elles ne sont plus considérées comme des acteurs non concernés par les droits de l’Homme ou les conventions internationales. Elles en deviennent les destinataires qui doivent rendre compte de leurs engagements vis-à-vis de ces normes.

 

La notion de partie prenante, nouvelle dans beaucoup de pays, ceux de culture de droit latin, qui est en train de proliférer, est source d’ambiguïtés. Même dans les pays en développement, cette notion est en train de s’affirmer, soulevant toute une série de questions à dimension culturelle : comment le PDG doit-il organiser le dialogue avec ses parties prenantes, en particulier les associations? Comment appliquer la notion de responsabilité des donneurs d’ordres vis à vis de leurs fournisseurs ? Ce concept demande à des acteurs qui n’avaient pas l’habitude de discuter entre eux. Aussi le risque est-il grand d’une confusion entre partie prenante et partie puissante, qu’une même entreprise cartographie ses parties prenantes différemment selon les pays, les traitant dans chacun en fonction de sa puissance de nuisance potentielle: elle fera attention aux syndicats là où ils disposent d’un droit du travail protecteur, et les ignorera là où ils sont faibles ou inexistants. Idem pour les associations de femmes, selon que leurs droits sont reconnus.

 

Car un autre élément de danger est que les entreprises se limitent à respecter la législation locale alors que, dans certains pays, elle est infra normative par rapport aux normes universelles. L’universalisation doit éviter le managerialisme sans universalisme. La limite en est la tropicalisation de la RSE : il ne faudrait pas se retrouver, par exemple, avec une RSE africaine au nom des spécificités africaines, et en déduire que les intérêts des femmes, des enfants et des syndicats ne sont pas très importants. Dans des pays maghrébins et du Moyen Orient, la loi considère que les femmes n’ont pas vocation à diriger les entreprises… Le danger d’exotisme de la RSE est quelque chose contre lequel nous nous battons depuis le début du concept de responsabilité sociale à l’époque où il était porté par des associations américaines peu enclines à reconnaitre la place des organisations syndicales en Europe.

Le défi est aujourd’hui de sortir  la RSE du soupçon qu’une universalisation superficielle, où cohabitent des mobiles plus ou moins sincères, des interprétations floues des notions et des pratiques différentes,  tend à la revêtir.

Pour certains, de ce fait, la RSE ne serait qu’un outil manipulatoire des pays riches ayant des visées protectionnistes à l’égard des pays pauvres et en développement.

En fait, la vocation de la RSE, et c’est le rôle des CES et de l’UCESIF de le faire savoir, est de protéger et de promouvoir le caractère universel des droits économiques sociaux culturels et environnement


Mme Joelle BROHIER

 

Directrice de RSE & PED (par vidéo)


 

 

 

Bonjour à tous, depuis Shanghai.

Tout d’abord je tiens à remercier vivement l’UCESIF, le Conseil Economique, Social et Environnemental du Maroc, et l’OIF de nous

 

 

 

donner cette formidable opportunité de vous présenter nos webinaires RSE. Un webinaire est un séminaire en ligne : grâce à internet et à une plateforme de webconférence, un intervenant fait une présentation devant son écran d’ordinateur et les participants suivent sur leur ordinateur. Tout le monde partage le même écran. Les webinaires sont un des nombreux outils innovants récemment apparus pour le partage de connaissances via internet : les CLOM (MOOCs en anglais), le livestreaming d’événement, le partage de vidéos de formation, etc.

Comment est née l’idée de ces webinaires consacrées à la RSE ? Nous avons lancé un site francophone sur la RSE dans les pays émergents et en développement en 2006. Il est toujours unique en son genre. Il bénéficie du soutien de l’AFD. Dès 2008, des acteurs d’Afrique francophone nous ont proposé d’apporter des contributions au site. Aujourd’hui RSE et Développement constitue un réseau de 40 partenaires et contributeurs qui nous envoient des ressources à mettre en ligne. En 2012, certains nous ont dit : « Nous voudrions développer notre connaissance de la RSE. Pourriez-vous nous proposer des séminaires de formation ? ». C’est ainsi qu’est né notre projet de webinaires.

 

Nous en proposons de deux types : des webinaires avec des professionnels d’entreprise qui partagent avec l’auditoire un aspect de la RSE dans leur entreprise, détaillant leurs objectifs, les actions mises en œuvre, leur engagement avec les parties prenantes, les résultats. Cela permet aux participants d’échanger avec des responsables RSE d’entreprises, opportunités qu’ils n’ont que rarement. Nous proposons aussi des webinaires autour des concepts fondamentaux de la RSE, comme les achats responsables, animés par des experts.

 

Les intervenants sont de haut niveau : par exemple Nabila Tbeur du CNDH Maroc, présente avec vous dans ce congrès, Didier Terrolle, Vice-président Excellence RSE de Sanofi, Pascale Thumerelle, Directrice de la RSE de Vivendi, des directeurs d’Orange, de Danone, d’Expanscience, mais aussi des responsables de Global Compact France, de Swisspeace, de Sherpa, du patronat ivoirien etc.

 

400 participants ont bénéficié, à ce jour, de 18 webinaires, la bonne jauge étant de 20 à 30 participants par webinaire, afin de permettre une fluidité des échanges. Jusqu’à 10 pays différents ont été associés à un même webinaire à travers les participants.

 

L’utilisation d’internet permet une montée en charge rapide du programme, qui ne serait pas possible avec des événements physiques sur l’ensemble des pays de la Francophonie. La formule permet des évolutions constantes du programme.  Quand nous avons commencé, nous pensions que les webinaires allaient principalement faciliter le transfert de connaissances RSE depuis les pays dits développés vers les pays dits en développement, ceux-ci n’ayant que peu accès,  comme au « Nord », à des événements relatifs à la RSE. La finalité était une diffusion plus rapide de la RSE dans les pays en développement francophones. Mais, à l’expérience, les résultats sont allés au-delà.

 

Les webinaires permettent en effet des échanges de points de vue entre acteurs de différents pays et de différents horizons. Ils facilitent les mises en relation. D’autre part, dès le début, les acteurs africains se sont très impliqués en regroupant dans une même salle différentes personnes (alors que le schéma initial était une utilisation individuelle), en proposant des intervenants et des modérateurs de webinaires, et même l’organisation complète de webinaires. Certains utilisateurs ont développé, grâce aux webinaires RSE&PED un leadership local, dynamisant la RSE dans leur pays et rendant ainsi visible la RSE du Sud. Ils donnent aux webinaires une dimension à la fois globale et locale.

 

L’un des effets induits des webinaires est une pédagogie du respect de l’environnement : les webinaires connectent des acteurs de différents pays sans les émissions de gaz à effet de serre qui seraient générées par les déplacements en avion qu’aurait produits une rencontre classique. Ce faisant, ils sont un mode d’éducation et de formation à la consommation responsable. Ils sont démocratiques car toujours proposés gratuitement aux utilisateurs, à qui il est simplement demandé de disposer d’une connexion internet et d’un ordinateur.
Or, seulement 7% des Africains ont actuellement accès à l’éducation supérieure,  alors que 50% des Africains ont moins de 25 ans.  Les experts s’accordent pour dire que la formation professionnelle est la clé de l’avenir du continent et que la meilleure réponse aux attentes de la jeunesse passe par l’éducation et l’emploi. Ce contexte africain absolument unique fait que la formation professionnelle via le numérique constitue une opportunité majeure pour aller vite et bien plus loin que ce que permettrait la formation dans des salles de classe. Un rapport du Sénat français disait : « Un des premiers MOOCs a été suivi par 160 000 inscrits dans le monde, faisant dire à son créateur qu’il lui aurait fallu dispenser 250 ans de cours en amphithéâtre pour toucher un tel public. »

 

Nos webinaires apportent ainsi des compléments aux compétences professionnelles des participants et créent une véritable communauté d’échange sur la RSE francophone multi-pays, multi-acteurs, avec une dominante panafricaine.

 

Si je devais résumer notre projet et les raisons de son succès, je dirais qu’il est à la croisée du développement économique de l’Afrique, de la montée de la RSE, des possibilités du numérique et du besoin de formation professionnelle du continent. Notre projet a rencontré l’intérêt d’une génération d’Africains qui se caractérise par sa jeunesse, son niveau d’éducation, son professionnalisme et sa volonté d’une économie juste, responsable et durable. Nous sommes au début de ce que nous espérons être une longue aventure. Si vous êtes intéressé, contactez-nous et rejoignez-nous – voici notre site et notre adresse. www.rse-et-ped.info.


 


Débats et partage dexpériences



Hassan BOUCHACHIA

GRI d’ADA partenaire au Maroc, Community leader de la GRI en Afrique francophone.

 

Le reporting extra financier se développe en Europe en prenant appui sur la récente directive de l’UE en matière de reporting extra financier et sur des lois nationales comme celles existant en France. Quel serait la meilleure manière pour un pays comme le Maroc et au-delà pour les autres pays de la région, d’installer un cadre réglementaire sinon une loi pour pousser certaines entreprises à devenir les porte-étendards de la rédition des comptes sur les plans sociétal et environnemental et pour donner exemple au reste du tissu économique de la région d’une manière concrète et palpable, en suivant une norme codifiée installée, GRI ou autre ?

 

Maitre Diara FATOUMA

membre du CES du Mali

 

Au regard des réalités économiques du Mali, je pense qu’il y aura quelques limites à l’application de cette notion de RSE dans ce pays, du fait de la difficulté de concilier responsabilisation des entreprises et nécessité pour nous, pays en voie de développement, d’offrir un code des investissements attractif pour les sociétés étrangères.

Ensuite, le tissu économique est ici composé majoritairement du secteur informel. Comment faire pour imposer la RSE à ces sociétés qui ne sont pour la plupart pas déclarées, donc échappent à toute possibilité de suivi,  en particulier en vue d’un meilleur traitement de leurs salariés sachant que ces sociétés ne déclarent pas leurs salariés par principe.

 

Majid RAHIB

Maroc, Professeur, Président d’une association qui encadre des étudiants pour qu’ils soient plus socialement responsables, éthiques, et aussi entrepreneurs sociaux.

 

On n’a pas parlé ici de l’entreprenariat social, qui est pourtant porteur d’une nouvelle race d’investissements, ceux qui ne visent que le plus fort impact social et environnemental. Il échappe au carcan administratif de l’ISR et est donc porteur de plus de potentiel.

Le social business n’a pas non plus été cité, par lequel une entreprise multinationale, ou même locale, cherche par l’innovation sociale à développer des partenariats gagnant-gagnant pour toucher les plus démunis tout en faisant des affaires. C’est une approche qui s’adapte de plus en plus à l’Afrique. Ce n’est plus une affaire de responsabilité sociale entre une multinationale et un pays, mais plutôt une relation tripartite entre l’Etat, l’entreprise et la société civile. La question est : comment renforcer la société civile et renforcer l’Etat pour mieux cadrer l’intervention de l’entreprise ?

 

Robin EDME

Conseiller finance responsable, ministère de l’écologie de France

 

En aucun cas ce que je dirai dans mon intervention engage mon gouvernement. Première remarque : on ne peut parler de RSE, sans y impliquer fortement le secteur financier, qui a un rôle majeur dans la responsabilisation de l’économie. Le problème aujourd’hui c’est que cette finance responsable doit montrer qu’elle tient sa promesse. Sa promesse, c’est celle d’un impact positif en matière environnementale et sociale. L’ISR doit démontrer cet impact et c’est très compliqué. Deuxième remarque : il ne peut y avoir de prise en charge de la RSE par les acteurs économiques que si existe un environnement réglementaire et législatif favorable. Je suis en opposition avec la remarque qui parlait d’un carcan imposé par les pouvoirs publics. Ces derniers doivent reprendre la main de manière forte sur ces sujets, faute de quoi, il faudra encore 25 ans ou un demi-siècle, voire un siècle, pour que les pratiques dites responsables se développent chez les acteurs économiques, qu’il s’agisse des entreprises ou des investisseurs.

Troisième point : en réalité, la plupart des sanctions existantes ont pour objectif de remettre en marche le marché pour qu’il fonctionne. Il n’y a que très peu de sanctions environnementales. Certes, BP en Louisiane ou Shell en France ont été lourdement sanctionnés, mais globalement les sanctions portent sur la gouvernance, sur le faussement des règles de concurrence, sur la corruption. Tous les débats  s’inscrivent aujourd’hui dans une approche néolibérale. Or je ne pense pas qu’il puisse y avoir un capitalisme responsable. Il faut réfléchir à une nouvelle approche, à un nouveau contrat social. L’un des enjeux majeurs de la RSE, c’est le partage de la richesse. Comment se partage-t-on cette valeur ajoutée ? Le véritable débat à propos des parties prenantes, c’est que, dans le cadre du jeu social actuel, ce sont les actionnaires sont une partie prenante dominante. La RSE doit être l’occasion de renégocier une forme de contrat social entre les différentes parties prenantes et notamment entre les actionnaires et les salariés.

 

  1. Olivier MOREL

Consultant en RSE et droits de l’Homme

 

Il y a un axiome sur lequel on ne peut pas ne pas buter : Est-ce que l’économie est au service de l’Homme ou est-ce l’inverse ? Aujourd’hui, très clairement, les arbitrages se font souvent en faveur de ce que l’on appelle hélas l’économie, alors que l’économie est plurielle. Arrêtons de dire « l’entreprise ». Comme si toutes les entreprises étaient les  mêmes. Arrêtons de dire « l’investisseur », comme s’ils étaient tous les mêmes. En Afrique, un agriculteur est un investisseur, il investit dans sa terre, il y investit sa sueur, son sang, sa famille. Pour qu’un arbre ou une plante pousse, il faudra attendre 20 ans, pour que le cacao donne, il faudra 5 ou 6 ans. Il investit, dans la durée, dans quelque chose qui va fructifier, qui va donner des fruits. A l’autre bout du spectre, l’investisseur fait de la sorcellerie, car son argent doit fructifier en trois mois. Le rapport trimestriel de l’entreprise doit donc lui montrer qu’il y a une fructification. Il faut que le dirigeant de l’entreprise qui ne restera que deux ou trois ans à son poste avant de passer à une autre entreprise puisse démontrer une fructification de la valeur boursière de l’entreprise. Tout cela est illusion. Tout ce qui favoriser le court-termisme qui est l’opposé du développement durable.

 

Il faut aujourd’hui valoriser une forme d’investissement, celui qui s’inscrit dans la durabilité. On peut créer une convergence entre développement durable, RSE et intérêt général de la société. Ce sur quoi fonctionne essentiellement l’économie africaine, c’est sur l’agriculture et sur l’industrie extractive. Le sous-sol ou le sol ne peuvent migrer et passer d’un pays à l’autre. Les entreprises qui ont besoin de bauxite, de titane ou d’or sont obligées de venir dans le pays où se trouvent les filons. Donc, au lieu de brader leurs sous-sols, les Africains devraient mettre les entreprises en concurrence et sélectionner celles qui exploiteront cette richesse unique sur la base de la durabilité et de la qualité ESG de leurs investissements.

  1. X

 

La responsabilité sociale est avant tout un choix de société. Par conséquent, ce n’est pas uniquement l’entreprise qui doit être responsable, mais aussi l’Etat, les collectivités locales, les organisations de la société civile, les syndicats, les partis politiques et les citoyens eux-mêmes. Par conséquent, il faut organiser toute la société, tous les acteurs et forces vives de la société, autour de la responsabilité sociale. Une idée intéressante a émergé : faut-il élaborer au sein de la société un grand contrat social pour la responsabilité sociétale ? Cela me parait allait de pair avec un deuxième élément : la responsabilité sociale est une culture. On ne peut pas réussir si on ne promeut pas, dans la société, la culture de la responsabilité sociale. Tous les acteurs sont

interpellés pour essaimer au sein de la société la culture de la responsabilité sociale. Troisièmement, je crois que la responsabilité sociale implique des métiers et par conséquent, il faut se former à la responsabilité, la dimension informative étant très importante, même si cela parait comme une évidence. Enfin, la responsabilité sociale exige un certain nombre de moyens, y compris financier. Comment s’organisent aujourd’hui les Etats pour mettre en place des dispositifs incitatifs et des dispositifs d’accompagnement pour que tous les acteurs puissent remplir toutes les exigences de la responsabilité sociale conformément aux normes universellement reconnues ?

 

 

 


 

 

Réponses des intervenants

 

 

M. Fouad BENSEDDIK

Directeur scientifique de VIGEO, membre du CESE du Maroc

 

A propos du reporting, pendant les années 2000, il y a eu des débats interminables. Quels indicateurs utiliser ?  Fallait-il les rendre obligatoires ?  La GRI a réussi « un coup » au Sommet mondial du développement durable de Johannesburg,

 

parvenant à glisser un passage qui appelait à l’engagement des entreprises en faveur du développement durable et au développement du reporting « sur le modèle d’initiatives comme celle de la GRI » dans la résolution finale des chefs d’Etat. Ce petit bout de phrase a permis à la GRI de prospérer et d’élaborer très sérieusement 4 versions de son protocole de reporting. L’idée était que des indicateurs précis et détaillés pouvaient être élaborés sur tous les sujets, pour

tous les secteurs, pour tous les pays, pour toutes les tailles d’entreprises et de pays. A l’expérience, cela s’est avéré une tâche titanesque, non réalisable.

 

La meilleure approche se trouve au niveau sectoriel et il est important de laisser à chaque entreprise la responsabilité d’identifier les sujets

 

sur lesquels elle veut s’engager et rendre compte,  et d’y associer une batterie d’indicateurs précis de son choix, intelligibles et qui rendent compte à la fois de ses progrès, de ses engagements et surtout du lien entre ses engagement de RS et son modèle économique. Car rendre compte d’objectifs de responsabilité sociale déconnectés du modèle économique, cela n’a pas de sens, cela conduit à une espèce de schizophrénie pas toujours acceptable, y compris pour les actionnaires. Les indicateurs, sont comme la problématique des aiguilles et du cadran. Si on fait des batteries d’indicateurs, sans les rapporter à des objectifs, c’est comme si on avait des aguilles sans cadran. Et des objectifs sans indicateurs, c’est comme avoir un cadran sans aguilles.

Nombre d’entreprises ont mis en place des systèmes de reporting exemplaires qui méritent d’être connus. Au Maroc, exemple de Lydec, a pris 20 engagement de responsabilité sociale qui leurs sont propres. A côté, il l’adosse à une batterie d’indicateurs, suivie dans le temps.

 

Se développe aujourd’hui le modèle du reporting intégré. Il met fin au découplage entre le reporting sur le business et la finance et le reporting RSE. Il prône leur intégration. Ce n’est pas un exercice facile, mais des entreprises, notamment en France comme Engie et Air Liquide, se sont engagées sur le sujet.

 

Les motifs de judiciarisation restent majoritairement de type classique : la justice intervient d’abord pour faire respecter l’ordre économique et commercial. Mais, on remarque aujourd’hui que des sujets touchant à la protection de l’environnement et à la corruption font l’objet de poursuites. Longtemps, on n’a pas puni la corruption, mais aujourd’hui elle suscite une aversion sociétale. Contrairement à une image répandue, les Etats Unis sont le pays qui sanctionne le plus sévèrement sur ces sujets. Mais c’est peu visible car une grande partie des affaires finit en règlement à l’amiable. Qui paye ? Le manager avec l’argent de l’entreprise. Il préfère coopérer avec la justice car, s’il ne le fait pas, c’est sa capacité personnelle à diriger des entreprises qui risque d’être en cause.

 

Derrière le mot entreprise, lorsque l’on parlait de responsabilité sociale pendant les années 50s, on entendait responsabilité sociale du propriétaire, des actionnaires. Aujourd’hui, lorsqu’on parle de RSE c’est d’abord de la responsabilité sociale des dirigeants qu’il s’agit. La responsabilité sociale, c’est un risque de la « dirigeance », capacité des dirigeants à intégrer les attentes, les intérêts et les droits de toutes les parties prenantes. Pendant très longtemps, on a considéré que le dirigeant n’avait pas de responsabilité particulière. Cette responsabilité sociale du dirigeant, c’est le maillot faible de l’approche américaine : lorsqu’on est condamné, on fait payer l’entreprise et on peut continuer à prospérer.

 

Le reporting doit-il être obligatoire ou facultatif ? Sur les questions environnementales, au début des années 2000, les entreprises françaises n’avaient pas du tout d’engagement. Elles étaient dernières de la classe au niveau européen. En matière de gouvernance, elles étaient aussi dernières aussi en matière d’engagement et d’information. Arrive la loi, et cela transforme rapidement les comportements. L’Etat, traditionnellement en France, de par son action législative, a un pouvoir disciplinant extraordinaire qui transforme les comportements des entreprises. La particularité du dirigisme législatif, de l’interventionnisme législatif et réglementaire français, c’est son extraordinaire capacité d’influence. Quand la France légifère, en général dans les 4/5 années qui suivent, on retrouve les mêmes principes et objectifs visés repris au niveau européen et en général dans l’espace francophone. La France dispose aussi d’un pouvoir potentiel d’exemplarité de son approche normative. Les dernières initiatives de la France, par exemple l’article 225 de la loi Grenelle II créant l’obligation pour les entreprises, à partir d’un certain seuil en capital ou en actif, de rendre compte de leurs engagements et de leurs performances avec des indicateurs en matière sociale, environnementale et sociétale, est tout à fait exemplaire de cette vocation à l’universalisation. L’Union européenne a suivi, quatre ans plus tard avec une directive sur le reporting en matière sociale, environnementale, de corruption et de droits de l’Homme

Mme Bouchra M’ZALI

Professeure à l’Université UQA, Québec, Canada

 

L’impact investing existe. Actuellement, je fais une recherche pour filaction, fonds de placement de cotisation syndicale qui ouvre droit à une déduction fiscale. Siégeant au conseil d’administration, j’essaie d’évaluer son impact. J’ai sorti une batterie d’instruments de mesure qui sont probants. Je participe aussi dans le conseil d’administration d’une entité communautaire qui cherche à sortir les gens de leur isolement en les accompagnant.  Cela marche. J’ai aussi formé des banquiers pour leur expliquer comment vendre leurs produits ISR. Les produits structurés, combinaison entre une option qui est en train d’être logée sur l’indice boursier, et une obligation achetée à escompte, sont déstabilisants pour les planificateurs financiers. Car, on peut acheter à un prix prédéterminé un bien, pétrole, etc, pour se protéger contre les hausses ou baisse de prix. Résultat,  aujourd’hui, on a des options sur des options sur des options, etc.. La régulation des Etats est dépassée par une finance tellement mathématisée que plus personne ne comprend rien. Il est impossible de réguler les impôts au niveau international en raison de l’existence de paradis fiscaux. Il faudrait une coalition d’Etats assez puissants pour les mettre au pas.  Aujourd’hui, on développe des outils financiers pour récompenser les gens qui restent longtemps dans la même entreprise, des primes contre le short termiste avec le reste.

 

Mme Guilao Joséphine LENAUD

Vice-Présidente du CES de Guinée

 

Les femmes sont discriminées sur leur lieu de travail, dans la société, dans l’accès aux pôles de décision et sur le plan économique. Les CES et institutions similaires ont d’abord un rôle fondamental d’exemple à jouer de par leur composition avant de faire des recommandations au gouvernement et au parlement. En Guinée nous avions débattu en plénière sur la RSE en Guinée et le texte de synthèse a déjà été envoyé au Secrétaire général de l’UCESIF.

 

  1. Alain DELMAS

Rapporteur de l’avis « la RSE, outil de la transition économique, sociale et environnementale » du CESE de France

 

Si on ne part pas de la question de la finalité de l’économie, on risque de rester dans une vision de la RSE qui pourra régler un certain nombre de problèmes immédiats mais nous enfermera dans une vision greenwashing de la RSE. Concernant la relance de la résine en Aquitaine, si on était resté sur l’approche de l’économiquement valable, on ne l’aurait jamais fait car on aurait conclu qu’on ne pourra jamais rivaliser avec la Chine ou le Brésil. Par contre, si la réflexion intègre d’autres indicateurs, comme les indicateurs de développement durable, cela peut aider construire une autre vision, un autre modèle économique  visant à répondre aux besoins.

Que met-on derrière le rôle des Etats ? La responsabilité d’un Etat est de mettre en place des régulations qui répondent à des besoins tels que faire en sorte que les gens puisse se déplacer pour aller au travail, se soigner, etc. Mais ce pouvoir à ses limites, celles de l’absence de pouvoir transnational. Si on ne trouve pas de solutions au niveau transnational sur des questions essentielles, on va vers des catastrophes économiques, sociales, environnementales et humanitaires dans les années à venir. Le danger est de remettre ces réflexions à plus tard.

 

  1. Patrice EZATY MERIKO-EDZIA

Président du Conseil Economique et Social de la République Démocratique du Congo

 

La RSE est très importante pour les CES. Concernant le CES du Congo, nous ne pouvons que saluer et faciliter l’initiative du staff de l’UCESIF d’avoir choisi ce thème pour ce séminaire congrès. C’est un thème qui englobe beaucoup de matières. Il y a l’aspect vulgarisation du concept qui dépend des types d’économies et d’organisation de l’Etat en place. Par exemple, si on doit appliquer la RSE dans le secteur des mines, il faut intercepter les problèmes en amont, dans les conventions des entreprises avec les Etats. Car elles induisent des contrats dérivés : la construction d’infrastructures, routes,  écoles et  hôpitaux. Le message de la RSE portera d’autant plus s’il est affirmé en amont.

La question de parties prenantes et des parties puissantes se pose particulièrement en Afrique, où les dirigeants politiques interviennent dans la négociation des conventions comme des parties prenantes très puissantes. On peut ensuite mettre une croix sur la possibilité de programmes, RSE ou autres. Ce sont les réalités que nous visons et qui sont tues. C’est sur cet aspect que nous, les Africains nous devons travailler. S’ajoute à cela la complication posée par l’économie informelle pour laquelle on ne sait pas structurer ni analyser les effets d’une mesure quelconque. Les résultats de la RSE seront donc très relatifs en fonction du milieu où ce concept sera divulgué et enseigné.

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

TABLE RONDE 4

 

La vision originale de la RSE portée par la Francophonie

Modérateur – M. Boulkassoum HAIDARA, Président du Conseil Economique, Social et Culturel du Mali (CESOC)

 

 

 

 

 

 

Je tiens tous d’abord à remercier l’UCESIF pour nous avoir permis d’assister à cet important congrès, séminaire de formation. Nous remercions également les organisateurs de ce séminaire car cela a été une réussite. Je tiens à féliciter M. Michel DOUCIN pour son dynamisme et son savoir-faire qui nous a permis de réaliser un bon chemin.

 

Mes félicitions vont à Nizar BARAKA en tant que président du CESE du Maroc et Président de

 

 

 

 

 

 

 

 

l’UCESIF. Je félicite également nos nouveaux adhérents tels que la RDC et l’Arménie qui nous ont rejoint. Je salue la présence de vous tous ici, Présidents de CES.

 

Quant au thème, c’est un thème d’actualité, très pertinent qui répond aux besoins de nos pays, à savoir la RSE. Nous allons nous l’approprier et nous impliquer, notamment dans sa mise en œuvre. Ceci étant dit, nous allons commencer par distribuer la parole aux différents intervenants, à commencer par M. DOUCIN qui va nous présenter ce thème.

 

 

M.Michel DOUCIN

Ancien ambassadeur français chargé de la RSE, ancien membre du Conseil d’administration de l’ITIE, Secrétaire général de l’UCESIF

 

 

 

 

 

 

Dans l’esprit francophone de la RSE, que nous avons exploré dès 2008 lors d’un colloque organisé par l’Association Francophone des Commissions des Droits de l’Homme qui se tenait déjà à Rabat, est très présente l’idée que le dialogue est certainement la meilleure manière d’arriver à rendre compatible ce qui ne l’est pas spontanément les intérêts divergents qui participent à la vie de l’entreprise. Nous l’avons constaté au fil des précédentes interventions, nous sommes dans une société bloquée où des intérêts antagonistes s’affrontent égoïstement au détriment d’une humanité menacée dans son existence par les dérèglements climatiques mais aussi par la pollution croissante dont l’entreprise issue de la révolution industrielle est largement la cause. Et l’un des obstacles à tout progrès est la cupidité, amplifiée par la corruption exercée sur les dirigeants politiques. L’Initiative sur la Transparence des Industries Extractives (IRTIE) a pour objectif de lutter contre la corruption dans un secteur à la fois stratégique pour les pays en développement et où elle s’exerce à grande échelle et avec facilité du fait de la complexité des mécanismes de financement.

L’idée a tout d’abord été portée par des ONG britanniques et reprise en 2002 par le Premier ministre Tony Blair qui a convaincu le gouvernement français, qui présidait alors le G7 d’Evian, de reprendre en 2003 cette initiative sous ce patronage. Le G7 a donc lancé cette initiative qui a été immédiatement soutenue par la Banque mondiale.

 

Le dispositif réunit, tant au niveau international que dans chacun des pays dans lesquels l’initiative se met en place, des compagnies pétrolières et minières, des Etats (pays concernés et Etats finançant l’initiative) et des représentants de la société civile (syndicats et ONG). Le Conseil d’administration international est donc tripartite avec un pouvoir également réparti entre les trois catégories d’acteurs : même nombre de sièges. Un Secrétariat anime l’ensemble et cherche à convaincre les gouvernements des pays miniers et pétroliers de rejoindre l’initiative. Dans chaque pays adhérant, on retrouve le même dispositif de gouvernance, à savoir : l’Etat, les entreprises minières et pétrolières/gazières intervenant dans le pays et des ONG locales, réunis dans un comité de suivi associé à l’ensemble de la procédure. Celle-ci consiste à rapprocher, en trois étapes, la comptabilité budgétaire de l’Etat dans lequel entrent les différentes ressources (fiscales, royalties, permis de recherche, etc…) liées à l’activité minière, et l’ensemble des versements des entreprises qui opèrent dans le pays au budget de l’Etat et des autres entités publiques nationales.  La différence est généralement très importante, l’une des raisons étant la corruption.

Un appel d’offre permet, une fois que l’Etat a officiellement adhéré et reçu l’accord du conseil d’administration international et que le comité de suivi local a été constitué, de choisir un cabinet d’audit financier qui fera  un premier rapprochement entre la comptabilité de l’Etat et celle des entreprises. Après avoir repéré les différences, le cabinet discute de leur origine conjointement avec l’Etat et les entreprises en cherchant à réconcilier les deux comptabilités. Le résultat de ce travail est alors présenté devant le comité tripartite local qui donne son avis et au conseil d’administration international. Vient un deuxième temps où un autre cabinet d’audit indépendant est chargé de porter un jugement sur le travail de vérification et les explications conciliatrices fournies par son confrère. Le comité tripartite local et le conseil d’administration international sont saisis des conclusions et décident alors de décerner ou non pour les 3 prochaines années un label de conformité à l’Etat concerné.

 

Le dispositif est compliqué et d’autant plus exigeant que l’ensemble de ce travail de rapprochement de comptabilités complexes  doit être réalisé  dans le court laps de temps de deux ans. Il est aisé de comprendre l’importance du défi lorsqu’il s’agit de réaliser cette vérification visant à d’identifier des preuves de corruption dans des pays tels que la Nigeria, où plusieurs rapports internationaux officiels ont chiffré à des centaines de milliards de dollars la corruption due au pétrole.

 

Pourtant le processus fonctionne et avec un certain succès, s’étant même élargi à l’industrie de l’exploitation forestière. Lancée en 2004, effectivement démarrée en 2006, l’initiative a atteint aujourd’hui des résultats extrêmement encourageants. Ainsi une quarantaine de pays (y compris certains pays développés comme la Norvège et, récemment, la France et la Grande-Bretagne) sont entrés dans le dispositif. Parmi eux, la moitié sont des pays appartenant à la Francophonie.

 

Le sujet s’insère donc bien dans la thématique de cette table ronde, les caractéristiques de l’esprit de la Francophonie dans la RSE. Un résultat très intéressant de cette initiative, l’ITIE, est que son dispositif est apparu insuffisant à certains gouvernements eu égard au fait que certains pays pétroliers et miniers refusent de s‘y joindre. Les principaux pays pétroliers (pays du Golfe) n’ont ainsi jamais accepté d’y entrer, à la fois Parce que la transparence sur le budget de leur Etat leur est inconcevable et parce l’ITIE, exigeant la création d’un comité de suivi dont Ng et syndicats font partie, introduit de la  démocratie et de la redevabilité, concepts en opposition avec l’esprit de ces monarchies absolutistes.

 

Certains législateurs ont donc décidé de prendre le problème sous l’angle règlementaire et de prendre au piège du marché financier les compagnies pétrolières de ces pays,  au niveau du Stock Exchange de New-York. Comme la plupart des compagnies pétrolières sont immatriculées à la bourse de New-York, le gouvernement américain institué, avec la loi Dodd-Franck,  l’obligation, pour les compagnies pétrolières cotées, de donner dans le détail les informations sur les revenus qu’elles versent aux différents gouvernements.

 

Un règlement européen prescrivant ce même genre d’obligations a depuis été adopté pour les compagnies dont le siège est en Europe.

 

Ces deux lois sont en fait une déclinaison, un perfectionnement et un complément de l’ITIE, celle-ci ayant joué un rôle exploratoire permettant de tester l’efficacité et les limites de la soft-law, ou droit souple.

En conclusion, il me semble que l’esprit de la Francophonie apparait dans l’ITIE sous deux angles.

Le premier tient au fait que l’ITIE est d’abord un mécanisme incitant au dialogue entre acteurs aux intérêts divergents et est porteur d’un esprit de démocratie participative. Pour cela, il incite à la professionnalisation des ONG : celles-ci ne peuvent exercer le rôle qui leur est proposé dans les comités tripartites locaux et au conseil d’administration international que si elles acquièrent une expertise sur les aspects techniques et financiers d’un sujet fort complexe, l’économie minière et pétrolière.

 

Le deuxième trait caractéristique de la Francophonie dans l’ITIE est qu’elle se conçoit comme complémentaire d’approches règlementaires obligatoires. Lorsque le dialogue ne suffit pas à résoudre un problème, alors la loi et le règlement ont toute leur place : directive européenne sur la transparence des industries extractives, mais aussi codes miniers.

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

M.Hervé GOMBERT

Directeur général Maroc Groupe Chèque-Déjeuner

 

 

 

 

 

 

En quoi la forme juridique du Groupe Chèque-Déjeuner facilite-t-elle le développement d’une politique de RSE et quelles en sont les spécificités?

Le Groupe Chèque-Déjeuner (Up désormais) est né il y a cinquante ans d’une idée très simple. Cette idée était de proposer des solutions pour aider les personnes à mieux vivre au quotidien et contribuer au progrès social. Il fonde son originalité sur sa structure coopérative et son organisation singulière. Cette différence façonne sa façon d’être et son modèle de responsabilité sociétale l’efficacité des organisations et le mieux-vivre des individus, étant au centre de ses préoccupations. Le Groupe Up a créé le chèque-déjeuner en France. Aujourd’hui le Groupe compte 2500 employés et est numéro 3 mondial sur le marché des chèques et cartes de services

 

prépayés. Il compte 27 millions d’utilisateurs et 210 000 clients, près de deux millions de commerçants affiliés et un volume d’affaires de l’ordre de six milliards d’euros. Depuis une petite dizaine d’années la priorité est au développement à l’international. Aujourd’hui le Groupe a des filiales dans quatorze pays sur trois continents différents.

En termes de mixité, 53% des collaborateurs sont des femmes, et 47% d’hommes. La présidente du groupe est une dame qui a été élue l’été dernier. D’autre part l’âge moyen y est de 37 ans. Ce groupe cultive cinq valeurs fondamentales :

 

  • L’engagement
  • L’innovation
  • La solidarité
  • L’entrepreneuriat
  • L’équité

La maison mère du Groupe, basée en France, est une Société coopérative et participative (SCOP). Son capital est majoritairement détenu par les salariés, la gouvernance y étant démocratique (une personne = une voix), sans lien avec le capital détenu. Les administrateurs et les dirigeants sont élus par les salariés. Pour le Groupe Up la vision économique et de développement s’inscrivent dans la durée.

 

Les caractéristiques de l’économie sociale reposent sur des principes communs qui font aujourd’hui consensus au niveau international et qui font bien sur écho aux éléments touchant à la RSE et que l’on peut résumer ainsi :

 

  • La place des femmes et des hommes est au cœur de l’économie et en constitue la finalité
  • L’objet social prime sur le capital
  • L’adhésion au projet et aux structures est ouverte et volontaire
  • La gestion démocratique est affirmée sur la base une personne = une voix et s’accompagne de la mise en place d’instances collectives de décision et de l’élection des dirigeants
  • La lucrativité est limitée
  • Les fonds propres sont impartageables, et la majeure partie des excédents n’est pas distribuable, afin de garantir la pérennité des projets. Les réserves ne sont pas partageables et une part conséquente du résultat net, 90%,doit obligatoirement servir l’investissement et garantir la pérennité de l’entreprise et de ses projets. Dans les 10% restants, 7% sont distribués aux sociétaires et 3% sont réservés à une caisse de solidarité qui sert lorsqu’un employé rencontre un problème financier. N’importe quel employé, à quelque échelon qu’il soit, peut demander à être aidé financièrement, anonymement et sans plafond prédéfini.
  • Les sociétaires du Groupe Up reçoivent une participation totalement égalitaire représentant 45% des résultats nets du groupe.

 

La Confédération internationale des coopératives de salariés, porteuse de ces valeurs, et très représentée dans le monde francophone, compte 65 000 coopératives qui emploient 3 millions de personnes dans le monde.

 

Quelle vision de notre activité économique cela implique-t-il ?

Les titres-repas, pour ne citer qu’eux, sont un outil au service des entreprises ou organismes publics qui bénéficient aux salariés et aux citoyens. Le développement international du groupe s’est fait en s’appuyant sur sa capacité d’innovation économique et sociale pour proposer des solutions qui répondent aux besoins exprimés localement en prenant en compte les habitudes de consommation et les aspirations des représentants légitimes des entreprises et des salariés.

C’est dans ce cadre que le groupe est particulièrement attentif aux travaux effectués au sein des Conseils économiques et sociaux et institutions similaires. Ils représentent l’expression et la réflexion des corps intermédiaires et de la société civile, et participent souvent, de par leurs travaux, aux évolutions législatives et règlementaires.

Dans le cadre de sa stratégie de développement à horizon 2018, le groupe Up a décidé de ne plus mener une stratégie RSE distincte et de l’intégrer afin qu’elle ne fasse plus qu’un avec la stratégie globale du groupe. Tous les éléments de la RSE sont désormais intégrés dans quatre programmes stratégiques ambitieux qui constituent le cœur du plan de développement.

 

  • Profit : comme toute entreprise, le Groupe UP doit se développer sur ses marchés, être rentable et donc faire des bénéfices. Ce qui va nous différencier de nos concurrents tient davantage au fait que ces profits servent avant tout l’entreprise dans son développement, assuré jusqu’à ce jour sans aucun endettement extérieur, uniquement sur ses fonds propres. Nous n’avons pas le souci de verser des dividendes à des actionnaires extérieurs à l’entreprise puisque nous n’en avons pas.

 

  • Personnes : les femmes et les hommes qui participent à la vie de notre entreprise sont au cœur de notre projet économique. Les budgets de formation y sont très importants et le dialogue social y est vu comme un levier de performance de l’entreprise. Développer les compétences de ses collaborateurs, renforcer l’égalité des chances et valoriser l’importance du dialogue sont des enjeux reconnus. Nous revendiquons la position d’acteur le plus innovant, le plus porteur de sens et de valeurs pour nos clients, nos affiliés et nos bénéficiaires.

 

  • Proximité : elle caractérise la relation que nous avons avec notre « écosystème » et qui se matérialise par notre politique de mécénat. A titre d’exemple, la Fondation du groupe UP, grâce à un partenariat signé avec le Ministère des affaires étrangères en 2014, a commencé à internationaliser ses actions, ce qui lui a permis de soutenir au Maroc, à Salé, l’émergence d’un projet de coopératives de femmes de ménage. Chaque collaborateur du Groupe Up contribue, à son échelle, à soutenir la société civile. Ces actions sont renforcées par une démarche d’achats responsables, le rayonnement de la Fondation du Groupe Up et la formalisation d’une politique de mécénat. Cette mobilisation vise à faire de Up une marque universelle du progrès social dans le monde.

 

  • Planète: la dimension environnementale de nos actions est également prise en compte. Trois actions sont engagées dans ce cadre : encourager la mesure de l’empreinte environnementale de nos activités dans l’ensemble des sociétés du groupe; encourager la réduction de cette empreinte; définir une stratégie de réduction / compensation carbone. Responsable vis-à-vis de la planète, le groupe déploie ses solutions au quotidien dans la lutte contre le réchauffement climatique, en y associant ses parties prenantes internes et externes.

 

Comme je l’indiquais en introduction, la gouvernance démocratique du Groupe est assurée par ses statuts coopératifs qui prévoient que tous les salariés-sociétaires participent à l’Assemblée générale. Aujourd’hui, 12 juin, se tient à Gennevilliers, une Assemblée Générale mixte qui va conduire à l’élection d’un nouveau Conseil d’administration. Elle revêt également un caractère exceptionnel, puisqu’elle va adopter un principe d’ouverture de la SCOP aux filiales les plus anciennes du Groupe en France, ce qui fera pratiquement doubler le nombre de sociétaires. Ceci participe d’un processus engagé il y a maintenant plus d’un an visant à impliquer de façon plus marquée encore l’ensemble des salariés du Groupe (quelle que soit leur filiale et leur pays) dans la gouvernance de l’entreprise.

 

Pour conclure, le Groupe UP représente une voie originale de développement qui s’appuie sur les éléments clés de la RSE. Celle-ci fait donc partie de notre ADN et est « consubstantielle » à notre modèle entrepreneurial. Il est cependant déterminant que nous continuions à nous interroger sur le sens de notre démarche entrepreneuriale, afin de garantir un développement économique qui devra se faire en garantissant les valeurs fondatrices de notre Groupe

 

  1. Robin EDME

Président du groupe « Les Amis du Paragraphe 47 », Conseiller finance responsable au Commissariat Général   au Développement Durable (CGDD), France

 

 

 

 

 

 

 

 

L’article 47 de la déclaration finale de la Conférence internationale Rio+20 demandait notamment aux Etats de promouvoir le développement durable des entreprises. Le Brésil, l’Afrique du Sud, le Danemark et la France ont décidé de se réunir pour constituer un groupe informel d’Etats ayant l’objectif  de promouvoir par tous moyens à leur disposition le reporting extra-financier auprès des entreprises. La particularité de notre groupe est d’être strictement intergouvernementale et il est donc composé exclusivement de représentants de gouvernements. Aujourd’hui, il compte quatre pays représentant l’Amérique latine, un pays africain et quatre pays européens, dont deux francophones, France et Suisse. Notre ambition est de doubler nos membres à l’horizon 2020. Notre priorité va au renforcement du pôle régional africain (des invitations à rejoindre le Groupe ont été adressées à plusieurs gouvernements francophones d’Afrique engagés dans des politiques de RSE crédibles) et au développement d’un pôle asiatique.

 

Nous considérons que le reporting extra-financier est un instrument privilégié et majeur de développement des pratiques de RSE par les entreprises. De manière caricaturale, on pourrait dire que notre credo est que, si les pouvoirs publics devaient se concentrer sur un axe particulier, ce serait de mettre en place un environnement règlementaire favorable au développement de pratiques de reporting.

 

Nous avons deux activités principales, la production d’études et l’influence, en particulier dans le cadre de la négociation des Objectifs de développement durable (ODD). Nous poussons pour qu’ils reconnaissent la nécessité d’un reporting de la part des entreprises et des acteurs économiques sur les domaines du développement durable. Nous le faisons de manière active au

 

 

 

 

 

 

travers de nos représentations respectives de nos pays membres à New-York. Il m’arrive de plus en plus de devoir signer, en tant que Président de ce groupe, des prises de positions pour s’assurer que l’article 12.6 du document provisoire des coprésidents soit maintenu. Cet article mentionne en effet la nécessité de mettre en place un reporting sur les ODD.

En termes de production, nous avons adopté une charte qui affiche les principes qui guident notre action. Nous avons aussi  publié deux études. Un premier document concerne la façon dont les agences de l’Etat et les entreprises publiques réalisent ce reporting de développement durable chez certains de nos membres.  Plus récemment, nous avons lancé une étude de cas comparant et évaluant les politiques publiques en matière de reporting extra-financier de cinq de nos membres (Brésil, Danemark, France, Chili et Afrique du Sud).

Nous avons également lancé une étude comparative des politiques publiques dans le domaine financier stricto sensu, ce qui constitue une première mondiale.

 

Nous recommandons la mise en place d’une législation pour la promotion du reporting extra financier et qui le rendrait obligatoire à travers une série de mesures obligatoires combinées avec des incitations volontaires. Ce reporting doit être obligatoire sur les enjeux qui sont dits « matériels », c’est à dire les plus importants tants pour les entreprises que pour la société. Nous recommandons également que les Etats mettent en place un mécanisme de contrôle et de vérification de la sincérité de leurs pratiques de reporting des entreprises.

Avant de mettre en place une législation, il faut en tester les objectifs et les mécanismes de mise en œuvre de manière concertée avec l’ensemble des parties prenantes. C’est ce qui a été fait en France (pionnière en la matière) en 2001 et au Danemark en 2008.

Enfin il faut que cet environnement réglementaire du reporting soit conforme aux standards internationaux existants, dont deux ont été présentés hier et aujourd’hui, les Principes directeurs des Nations Unies sur les droits de l’Homme et les entreprises, et les Principes de l’OCDE pour les entreprises multinationales.

 

Cet environnement règlementaire ne peut se faire sans prendre en compte les acteurs financiers, dont le rôle est fondamental dans l’économie Ainsi, la France, pionnière dans ce domaine, a exigé par la loi dite Grenelle II de 2010, que ses sociétés de gestion d’actifs déclarent de quelle manière elles prennent en compte les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leurs politiques d’investissement. Et plus récemment, dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte, il est demandé aux investisseurs de calculer l’empreinte carbone de leur portefeuille d’investissement.

 

 

 

 

Il n’est, en effet pas raisonnable de mettre en place de politique RSE sans y associer de manière très étroite les acteurs financiers. Économies réelle et financière sont les deux faces d’une même pièce.

 

Le Groupe des amis du paragraphe 47 a le projet de s’intéresser à d’autres grands sujets : reporting et droits de l’homme,  et reporting et changement climatique.

 

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir et j’espère que des institutions  comme les CES pourront servir de caisses de résonance pour inciter les Etats à mettre en place un environnement règlementaire et législatif favorable à la promotion du reporting extra-financier. Car le reporting extra-financier, méthodologie où un pays francophone, la France, joue un rôle leader,  est un outil absolument privilégié pour que les acteurs économiques prennent en compte et développent des pratiques de RSE.

 

 

Mme Brigitte DUMONT

Directrice RSE du groupe Orange

 

 

 

 

 

 

 

 

Orange est un groupe de télécommunication présent dans 29 pays majeurs, employant 156 000 salariés, dégageant un chiffre d’affaires de 39 milliards d’euros et desservant 234 millions de clients dans le monde fin 2014. Il fait aujourd’hui face à de très importants enjeux en termes d’environnement. Nous avons déjà parlé de raréfaction des ressources, de changement climatique, de risques de pollution et de biodiversité. J’ajoute les enjeux démographiques, importants pour les sociétés, certains pays voyant leur population vieillir lorsque d’autres la voient  augmenter.

 

Des rééquilibrages s’amorcent entre le rôle des pouvoirs publics et celui attendu des entreprises.

 

 

 

 

En termes d’économie, de nouveaux modes de collaboration, de production et de coopération sont en train d’émerger bousculant les business models traditionnels. Le rythme technologique est impressionnant et sa rapidité nécessite, pour les entreprises technologiques, d’accompagner le développement des compétences de leurs collaborateurs pour leur permettre d’acquérir celles qui sont nécessaires. Ces technologies peuvent cependant provoquer des fractures: nous parlons alors de fracture numérique et de ras-le-bol numérique.

 

Orange s’est engagé en matière de RSE, dès l’apparition du concept, dans son laboratoire de recherche au départ. Puis les questions de limitation des impacts de sa consommation d’énergie lui sont apparues comme des enjeux de développement durable. Comme toute grande entreprise, Orange a communiqué sur ses  objectifs de RSE.

 

L’entreprise a voulu engager toutes ses équipes dans l’aventure pratique de la RSE car il s’agissait de modifier, au sein de l’entreprise, les comportements  quotidiens et de modifier en profondeur les processus de production et les processus professionnels.

 

Une contractualisation a été conclue entre les dirigeants d’Orange et les syndicats par le biais d’accords-cadres internationaux. En 2004, a été mis en place un Comité de Groupe Européen. En 2006, Orange a négocié un accord mondial sur les droits fondamentaux suite à son adhésion, en 2005, au Global Compact. En 2010, Orange s’est doté d’une nouvelle instance de dialogue social international : Le Comité de Groupe Monde. A Abidjan en 2014 s’est tenue la réunion de relance du dialogue social mondial entre UNI Global Union et Orange. Par « l’accord sur les droits fondamentaux » de 2006, le groupe s’engageait à respecter la dignité des salariés, à veiller à ce que son management applique ce principe, à organiser un dialogue avec l’ensemble de ses parties prenantes, à informer ses fournisseurs et sous-traitants de l’existence de l’accord. L’accord « santé sécurité Groupe Monde » de 2014 le renforce. L’accord a été porté à la connaissance de l’ensemble du personnel des entités du groupe et communiqué au management des filiales concernées.

 

Cet accord inaugure une série d’autres accords qui sont le résultat du  volontarisme du management et d’une plus large implication de toutes les parties prenantes. Il s’appuie sur les conventions fondamentales de l’OIT interdisant le travail forcé ainsi que le travail et l’exploitation des enfants, invitant à veiller à la santé et à la sécurité au travail, à respecter la liberté syndicale et le principe de la négociation collective, ainsi qu’à lutter contre les discriminations.

 

Ce qui semble aujourd’hui aller de soi en France était précurseur en 2005 lorsque la préparation de l’accord a été lancée. Le groupe a pour règle de base de n’opérer aucune distinction de principe dans les relations de travail, en particulier de recruter les hommes et les femmes en fonction de leurs compétences propres,  et de traiter chacun avec dignité, d’une façon non discriminatoire et respectueuse de son âge, de son origine sociale, de sa situation de famille, de son sexe, de son orientation sexuelle, de son handicap, de ses opinions politiques, syndicales et religieuses, de son appartenance ou non, vraie ou supposée, à une ethnie ou à une nation, conformément à la convention de l’OIT numéro 111.

 

En 2010, l’accord conclu avec le Comité de Groupe Monde a démontré la volonté d’une véritable égalité de traitement des salariés du groupe et l’évolution notable qu’est le principe d’un équilibre entre femmes et hommes parmi les représentants. Bien qu’il puisse être difficile, dans certaines branches, d’avoir un nombre de femmes suffisant dans les  cadres, le Président a pris l’engagement d’atteindre un taux de représentation des femmes dans les instances dirigeantes et dans les réseaux de management de 35%, ce qui est particulièrement ambitieux dans le mesure où le taux de féminisation du groupe Orange est de 37%.

 

Enfin, « l’accord santé sécurité Groupe Monde » de 2014 a été négocié, classiquement, avec des représentants de l’UNI Global Union, de l’ICTS, de l’Alliance syndicale mondiale UNI-Orange, mais aussi un représentant de la Pologne pour les filiales d’Europe ainsi que les trois organisations syndicales françaises affiliées à l’UNI : la CFDT, la CGT et FO. Il a instauré une démarche pleinement participative pour un dialogue social innovant.

 

Cet accord instaure Orange en tant qu’employeur responsable, au-delà de sa responsabilité légale, puisqu’il se préoccupe de l’accès aux soins et à la protection sociale des salariés du groupe dans les pays où elle est encore en gestation.

 

Orange porte une autre ambition, tout aussi importante, celle d’approfondir ses relations avec ses fournisseurs pour parvenir à des achats responsables. Il s’agit d’établir des relations de confiance et de loyauté avec les fournisseurs et de faire en sorte que ceux-ci adoptent la même attitude responsable en proposant des produits et services qui respectent, tout au long de leur cycle de vie, les lois sociales et de l’environnement exigent des processus de sélection des fournisseurs, mais aussi l’évaluation et l’audit pour s’assurer du respect des engagements et, avant tout, d’établir des relations basées sur une éthique professionnelle. En France, dans une démarche volontariste d’achat responsable Orange a signé, en juin 2010, la « charte des relations fournisseur responsables » et, en juillet 2010, la « charte d’engagement volontaire du secteur des télécoms pour le développement durable ». Dans la zone AMEA (Afrique, Moyen-Orient, Asie) une charte équivalente est en cours d’élaboration.

 

D’autre part il existe une initiative sectorielle particulière, la Joint Audit Cooperation (JAC). Orange fait partie des dix opérateurs signataires, dont neuf sont européens et un américain. Il prévoit que chacun négocie avec ses fournisseurs pour que l’audit réalisé sur 142 items définis en commun par l’un des membres du JAC soit valable pour les neuf autres. Ceci  permet une démultiplication importante du contrôle.  Les 142 items portent à la fois sur les technologies de l’information et de la communication, sur les conditions de travail, sur l’environnement.

 

Le dernier plan stratégique que le PDG, Stéphane Richard, a présenté le 17 mars 2015, s’appelle « Essentiels2020 ». Il a été co-construit avec l’ensemble des divisions et tous les pays du groupe.  Il inclut la RSE. Les correspondants RSE au sein du groupe ont été associés à sa préparation et ont apporté des  contributions concernant aussi bien la stratégie d’entreprise que les produits et services.

 

D’ici 2018, douze des vingt pays à plus forte croissance dans le monde se situeront sur le continent africain. L’Afrique connaît une croissance constante de 4-5% par an portée par d’importants investissements dans les infrastructures, un accroissement continu du secteur agricole et l’expansion des services. Le continent africain est touché, probablement plus que tout autre, par la révolution numérique qui bouleverse le quotidien de la plupart des habitants de la planète. Les villes africaines sont de plus en plus connectées, et huit d’entre elles figurent d’ailleurs parmi les hubs technologiques les plus attractifs dans le monde. Les usages digitaux explosent grâce au taux de pénétration du mobile qui dépasse 60% sur le continent et même 100% dans certains pays. Tous les mois, 100 millions de jeunes en Afrique et au Moyen-Orient se connectent à Facebook via leurs mobiles. Le mobile est également à l’origine de nouvelles activités dans le domaine du commerce, de la santé, de la sécurité et de l’éducation qui révolutionne l’univers du paiement dans les pays ou 80% de la population ne dispose pas de compte bancaire. Les besoins en Afrique sont sans limites et l’innovation y est absolument vitale. Le mobile, dont l’Afrique est le deuxième marché mondial, a favorisé l’apparition d’une nouvelle classe d’entrepreneur (les startupers) qui se lancent dans l’aventure entrepreneuriale avec comme priorité d’améliorer le quotidien de leurs concitoyens et d’accélèrer la croissance de leurs pays. Au Maroc, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Sénégal, au Mali et au Niger, ces startups nouvelle génération considèrent le digital comme une formidable opportunité pour doter les pays d’infrastructures, répondre aux besoins essentiels et créer des revenus et des emplois. Peu à peu, des écosystèmes d’innovation se mettent en place à l’exemple des accélérateurs et incubateurs d’entreprises.

 

Le groupe Orange dessert 110 millions de clients dans vingt pays d’Afrique et du Moyen-Orient. Le numérique est un levier majeur de développement économique et social. Sur le continent, il peut amener de réelles améliorations dans la vie quotidienne des populations. Il est donc de notre responsabilité d’agir en partenariat. La réalité des chiffres vient appuyer cette conviction profonde. Les télécommunications représentent, au Sénégal, 13,6% du PIB et notre filiale Sonatel pèse un peu plus de 7%. Au Mali c’est 9,6% du PIB pour 4000 emplois créés. En Côte d’Ivoire c’est 8 % et en Jordanie environ 12%. Cet impact direct sur la croissance s’accompagne de conséquences visibles sur l’emploi mais également sur la communication, les activités commerciales et les problématiques sociales. La création d’un incubateur au Mali destiné à aider un certain nombre de jeunes à acquérir des compétences dans le domaine du digital est en cours, de même que celle d’une école de codage.

L’engagement responsable d’Orange s’inscrit dans les territoires et sa présence lui conferre un rôle important dans l’économie du continent mais aussi dans son développement. C’est pourquoi, dans tous les territoires le groupe est présent, il s’est engagé à garantir l’accès du plus grand nombre aux nouvelles technologies et à favoriser l’innovation numérique sous toutes ses formes. Au-delà de la fourniture d’une connectivité optimale et de services mobiles à valeur ajoutée Orange soutient, par des dispositifs partenariaux, les startups innovantes qui s’appuient sur les technologies de l’information dans une démarche « d’open innovation ».  Accélérer la croissance de ces jeunes entreprises c’est renforcer la dynamique de développement local tout en militant durablement avec ceux qui connaissent le mieux les attentes d’une société en pleine mutation. Le dispositif d’accompagnement de l’innovation d’Orange est unique par sa maturité et sa diversité. Alors que la langue de l’innovation en Afrique, comme partout ailleurs, est l’anglais, le groupe revendique un engagement multiculturel à la fois anglophone et francophone.

 

Il a lancé le « prix Orange de l’entrepreneur social » en Afrique en 2011. Les « Orange Fabs » sont des accélérateurs de startups qui accueillent pendant quelques mois des entreprises.

 

 

 

L’incubateur est une structure multi partenariale qui accompagne, sur une durée allant de quelques mois à quelques années. Orange  a accompagné la création d’accompagnateurs au Sénégal, à l’île Maurice et au Niger. L’incubateur,  extérieur aux filiales, est en partenariat avec les acteurs du pays (agences techniques de l’Etat, bailleurs, universités) et les autres entreprises multinationales. C’est une structure privée partagée, gérée comme une startup et permettant le partage des risques, le partage des coûts et les non-profits.

 

L’incubateur est une réussite emblématique de la volonté d’Orange de co-construire, partout où il est présent, des politiques internes et des partenariats externes pour mettre au cœur de l’écosystème du groupe, l’open-innovation sociétale.

L’esprit de dialogue et de partage caractéristique de l’approche francophone de la RSE est donc au cœur de la démarche responsable d’Orange. S’y ajoute une longue tradition de partenariat avec les organisations syndicales qui la différencie nettement de ses concurrents d’autres nationalités et est typique de la Francophonie : le premier accord cadre international a été conclu par une entreprise française, Danone en 1988.


 

 

  1. Aziz DERJ

Directeur du Développement Durable de COSUMAR

 

 

 

 

 

 

 

 

Créée en 1929, Cosumar est l’entreprise de production sucrière du Maroc. Suite à la privatisation des sucreries nationales et à un appel d’offre, la société Cosumar a acquis l’ensemble des sucreries du pays. Nous représentons cinq sociétés qui détiennent sept sucreries et une raffinerie. Nous réalisons un chiffre d’affaire de 6 milliards de dirhams (environ 550 millions d’euros) avec 1750 collaborateurs et

 

 

 

 

nous produisons 1,65 millions de tonnes de sucre par an.

 

80 000 agriculteurs cultivent 40% des  besoins du pays en sucre sur 80 000 hectares. L’industrie sucrière travaille de manière saisonnière. Trois fois par an, elle reçoit la récolte et la traite. Cela génère pratiquement dix millions de journées de travail saisonnier. Nous avons des interactions avec 80 000 agriculteurs, des milliers de transporteurs, avec plus de 1750 collaborateurs permanents et 35 millions de consommateurs.

Notre politique de développement durable est bâtie sur la satisfaction des besoins des populations et la préservation de la planète, tout en assurant notre développement et un profit à l’ensemble de nos parties prenantes. Nous avons intégré la RSE au cœur de notre développement durable et de notre leadership.

 

Au nom d’un développement responsable nous avons identifié un ensemble d’actions et d’objectifs qui définissent la responsabilité sociale de l’entreprise.

 

Une de ces actions est l’assistance à la création et à l’accompagnement d’entreprises en situation de sous-traitants et  fournisseurs. Ce sont sont les distributeurs d’intrants aux agriculteurs, les transporteurs et manutentionnaires. Nous avons tout d’abord constaté un problème de raréfaction de la main d’œuvre agricole qui engendre une augmentation de son coût. D’un autre côté nous avons également constaté un déficit de compétence des différents prestataires. Aussi avons-nous retenu l’objectif de développer la mécanisation,  un approvisionnement en intrants de qualité pour l’ensemble de nos agriculteurs, et également de sécuriser le transport et l’approvisionnement des usines en betteraves et en cannes. Pour ce faire nous œuvrons à la création de sociétés de travaux agricoles, de distributeurs d’intrants et de sociétés de transport permettant de transporter la canne des champs aux usines. Tout ceci a pour finalité d’améliorer la productivité des terres agricoles (meilleurs rendements et meilleurs revenus pour les agriculteurs) ainsi que la création d’emploi au niveau rural et le développement à l’échelle régionale. Nous avons également développé des programmes spécifiques avec l’Agence nationale de promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC) au travers de deux projets permettant la création et l’accompagnement d’entreprises. La mobilisation de quelques 150 cadres et conseillers techniques de Cosumar a permis d’accompagner les prestataires et de les former. Nous avons impliqué les Comités régionaux d’investissement, les Comités techniques régionaux du sucre  en les chargeant d’identifier et de sélectionner les meilleurs candidats. Nous accompagnons les jeunes entrepreneurs auprès des administrations et des organismes de crédit. Ce suivi contribue à leur réussite.

 

Ainsi, Cosumar garantit à chaque prestataire un certain niveau de chiffre d’affaire annuel et préfinance l’acquisition du matériel ainsi que le besoin en fonds de roulement (BFR). Notre budget prévisionnel annuel est de l’ordre de 30 millions de dirhams (presque 3 millions d’euros) pour le financement d matériel nécessaire à la mécanisation. Nous organisons aussi des formations sur les équipements, sur le management.

 

Notre entreprise garantit en outre le règlement des prestations faites auprès des agriculteurs. Nous contractualisons avec ces prestataires, qui deviennent nos fournisseurs par le biais de contrats-cadres. Nous avons mis en place un système de suivi et de monitoring par l’informatisation de nos opérations internes et externes.

 

Les clefs du succès

 

L’engagement de Cosumar dans sa politique de RSE, la sélection de prestataires engagés et volontaires, la mise en place d’un cadre contractuel et de partenariat gagnant-gagnant et la garantie de marché offerte contribuent au développement du tissu industriel autour de Cosumar. Cette politique permet également de démocratiser les actions au niveau rural et de mettre à disposition des agriculteurs des technologies nouvelles.

 

Les impacts économiques

 

76 sociétés de distribution ont été créées et ont généré 195 emplois directs. 74 sociétés de mécanisation pour la betterave, et quatre pour la canne ont généré 214 emplois directs et près de 4000 emplois indirects. La création de cinq sociétés de transport et de manutention a permis la création de 170 emplois directs et 5500 emplois indirects.

 

En conséquence de ce travail de création de sous-traitance et d’accompagnement, le rendement des agriculteurs est passé de 8 à 12 millions de tonnes de sucre par hectare. Cette action a donc été bénéfique à la fois pour les agriculteurs et pour le monde rural avec le développement d’activités au niveau local.

 

 

 

L’agrégation, qui est une forme élaborée de contractualisation, me semble bien, au total, illustrer une des spécificités de la vision francophone de la RSE, le souci de rapports équilibrés entre acteurs, que le dialogue permet d’instaurer.

 


Débats et partage d’expériences


 

Mme Evelyne PICHENOT

CESE de France et CES européen

 

Le groupe de pays amis du paragraphe 47 reçoit-il le soutien des sociétés civiles, en particulier des groupes majeurs qui gravitent autour de l’ONU et avez-vous créé des alliances avec eux qui peuvent influencer le résultat final.

 

  1. Olivier MOREL

Consultant

 

Les principes directeurs des Nations Unies appellent un comportement de diligence raisonnable, et ISO 26000 un devoir de diligence de la part des entreprises. L’enjeu est bien plus

 

crucial que celui du reporting. Comment mettre en place et rendre systématique les processus d’analyse d’impact, les intégrer dans le management et communiquer à leur sujet.

Lorsqu’une décision est prise et que le cycle de vie d’un produit ou d’un service est connu, comment vous assurez-vous que tous les impacts sont analysés ?  Le faites-vous seuls ou avec les parties dites intéressées, concernées ou possiblement affectées par ces effets ?

 

  1. Fouad BENSEDDIK

Directeur scientifique de VIGEO, membre du CESE du Maroc

 

Au sujet des mobiles et de l’apport des mobiles, je me souviens d’une époque récente au Maroc où, pour avoir une ligne de téléphone, il fallait connaitre un ministre en exercice ou payer très

 

cher. La téléphonie mobile a permis de connecter et de désenclaver, en particulier le monde rural, de façon assez remarquable. Cela ne dédouane pas les entreprises du secteur de leur

 

 

responsabilité. Près de 80% de leur chiffre d’affaire proviennent du pré-payé, qui est payé

 

par les plus pauvres avec les tarifs les plus chers, à l’exception d’Orange.

Orange a initié un grand programme international pour le dialogue en faveur du respect du droit à la liberté d’expression, quelles que puissent être les limites apportées par les gouvernements, qui mérite d’être salué.

 

Mme Evelyne PICHENOT

CESE de France et CES européen

 

Le groupe de pays amis du paragraphe 47 reçoit-il le soutien des sociétés civiles, en particulier des groupes majeurs qui gravitent autour de l’ONU et avez-vous créé des alliances avec eux qui peuvent influencer le résultat final.

 

  1. Olivier MOREL

Consultant

 

Les principes directeurs des Nations Unies appellent un comportement de diligence raisonnable, et ISO 26000 un devoir de diligence de la part des entreprises. L’enjeu est bien plus

 

crucial que celui du reporting. Comment mettre en place et rendre systématique les processus d’analyse d’impact, les intégrer dans le management et communiquer à leur sujet.

Lorsqu’une décision est prise et que le cycle de vie d’un produit ou d’un service est connu, comment vous assurez-vous que tous les impacts sont analysés ?  Le faites-vous seuls ou avec les parties dites intéressées, concernées ou possiblement affectées par ces effets ?

 

 

 

  1. Fouad BENSEDDIK

Directeur scientifique de VIGEO, membre du CESE du Maroc

 

Au sujet des mobiles et de l’apport des mobiles, je me souviens d’une époque récente au Maroc où, pour avoir une ligne de téléphone, il fallait connaitre un ministre en exercice ou payer très cher. La téléphonie mobile a permis de connecter et de désenclaver, en particulier le monde rural, de façon assez remarquable. Cela ne dédouane pas les entreprises du secteur de leur responsabilité. Près de 80% de leur chiffre d’affaire proviennent du pré-payé, qui est payé par les plus pauvres avec les tarifs les plus chers, à l’exception d’Orange.

Orange a initié un grand programme international pour le dialogue en faveur du respect du droit à la liberté d’expression, quelles que puissent être les limites apportées par les gouvernements, qui mérite d’être salué.

 

 

 

 

Réponses des intervenants

 

 


  1. Hervé GOMBERT

Directeur général Maroc du Groupe Chèque-Déjeuner

 

Intégrer les filiales dans notre système de SCOP n’est pas simple. Les employés de ces peuvent-ils devenir sociétaires ? Notre assemblée générale vient de décider à la majorité de 88% des votants d’intégrer les employés de nos filiales en France comme nouveaux sociétaires. Ils sont donc 300 à devenir de nouveaux actionnaires dans notre groupe. Ce sera effectif début janvier. Pour les filiales à l’étranger, c’est apparu plus compliqué. Aujourd’hui, au Maroc, nous sommes 8 employés. Les sociétaires français touchent 45% + 7% des dividendes. Lorsqu’une filiale perd de l’argent, les sociétaires ne touchent rien mais ne perdent rien non plus. Or, la filiale du groupe Chèque-déjeuner au Maroc perd actuellement de l’argent. Quel serait l’intérêt, pour ses employés, de devenir actionnaires alors qu’il n’y aurait aucun bénéfice ? La volonté de la direction du groupe est qu’à l’horizon 2018, la totalité des employés, filiales comprises, soient actionnaires. Aujourd’hui, nous sommes en Europe, en partie en Asie, avec la Turquie, en Amérique du Sud, avec le Mexique et le Brésil, et nous avons un drapeau planté ici au Maroc. Nous réfléchissons à offrir d’autres services, notamment d’aide à la personne pour les étudiants. Le Maroc va servir de point d’ancrage et de test pour de nouveaux services, de hub, pour le développement sur l’Afrique. Concernant la systématisation des analyses d’impact, le groupe et chaque filiale du groupe font réaliser ses analyses d’impact de façon indépendante, qui remontent après au groupe.

 

  1. Robin EDME

Président du groupe « Les Amis du Paragraphe 47 », Conseiller finance responsable au Commissariat Général au Développement Durable (CGDD).

 

Le groupe est amis est un groupe informel qui n’a pas vraiment de statut. Il est constitué d’Etats qui se réunissent de manière informelle pour discuter de la promotion du  reporting développement durable et envisager les différents moyens d’y parvenir. Il existe, dans le système onusien, des groupes informels équivalents. Le dispositif permet de travailler avec souplesse. Bien évidemment, pour chacune de nos actions, les pays membres valident les actions du groupe à travers leurs circuits hiérarchiques.

 

La priorité est de parvenir au même niveau de compréhension des enjeux du reporting par l’organisation de rencontres des parties prenantes professionnelles de nature technique. La question de l’intégration de parties prenantes privées a été soulevée par certains pays, mais nous avons répondu négativement  il faut que les pouvoirs publics aient de temps de se fixer des lignes d’action sans pression externe sur certains aspects techniques. L’ouverture aux groupes majeurs viendra plus tard.

 

Les analyses d’impact ne sont pas plus ou moins importantes que le reporting. Car tout ce que nous cherchons à faire en matière de promotion du reporting développement durable, c’est que ces indicateurs mesurent l’impact. On cherche d’abord à mesurer l’impact dans un premier bloc dit de matérialité. Il existe un deuxième bloc, celui de la responsablilité, ce que la société civile attend de ses entreprises. Dans ce cadre, il existe de nombreux indicateurs qui peuvent être utilisés, par exemple de parité hommes/femmes, de mixité sociale… Quand le reporting est bien conçu, il mesure en principe les impacts importants. C’est rarement le cas. Les normes de reporting mélangent  sujets de matérialité économique et sujets de responsabilité sociétale des opérateurs économiques, c’est à dire à l’égard de la société. Le fait de mettre les deux ensembles donne une jolie cacophonie.

La vraie question qu’il faut poser, c’est combien d’indicateurs dits de développement durable sont transmis chaque mois au comité exécutif. Ils se comptent sur les doigts d’une main, démonstration que le sujet ne préoccupe pas encore vraiment les dirigeants d’entreprises. Nous nous inscrivons dans un processus long. Soyons patients : il a fallu plus d’un siècle pour mettre en place le reporting financier.

 

  1. Aziz DERJ

Directeur du développement durable de COSUMAR

 

L’eau est un souci essentiel pour l’agriculture. L’eau est particulièrement un problème au Maroc, qui manque d’eau. La culture sucrière se situe dans des zones irriguées, car sans eau on ne peut pas produire de sucre. L’Office de mise en valeur agricole distribue l’eau aux agriculteurs. Il  fait partie du comité comité régional qui définit chaque année les périmètres qui vont recevoir de l’eau et en quelle quantité. Au Maroc, la priorité est donnée à l’arboriculture, non à la plante sucrière. COSUMAR  accompagne les planteurs en les aidant à financer des systèmes d’irrigation au goute à goute et par aspersion, selon les cas. C’est le rôle du département de la recherche en développement de COSUMAR d’apporter le conseil adapté.

Contrairement à beaucoup de plantes, la canne à sucre et la betterave sont consommées en totalité en Maroc. L’eau utilisée est donc consommée au niveau marocain. Au niveau industriel, nos investissements ont permis que la consommation en eau diminue fortement grâce à des systèmes de récupération de l’eau et de recyclage. Lorsque l’on économise de l’eau, on diminue les coûts et on gagne de l’argent. Le sucre est un produit est réglementé dont le prix d’achat des intrants est fixe : la betterave et la canne nous sont vendues à un prix fixe. Toute la valeur ajoutée dégagée se trouve dans l’amélioration de la productivité des raffineries.

 

Pour l’ensemble des actions que nous menons en interne ou en externe, nous étudie quel en est l’impact sur nos profits, mais aussi sur le volet personnel et sur le volet environnemental. On s’est rendu compte que l’évaluation qualitative n’était pas suffisante et qu’il était important  de quantifier ces impacts. Pour cela, nous avons formé les personnes qui gèrent ces projets à l’analyse coût/avantage. Cette dernière nous permet de mesurer de manière quantitative l’impact sur le social, sur l’économique et sur l’environnemental.

 

Concernant l’analyse des risques,  l’approche du risk management a été utilisée lorsque COSUMAR a racheté SCURY et des terres où était cultivée la betterave. Il est apparu que la durabilité de l’entreprise était liée d’abord aux agriculteurs, des parties prenantes qui ont un impact important sur la durée de vie de l’entreprise et sur sa profitabilité. L’une des actions identifiée après analyse des risques était la non disponibilité de la main d’œuvre. Pour mettre en place la stratégie RSE, nous avons identité l’ensemble des parties prenantes,  leur impact et leur pouvoir sur l’entreprise. A travers cela, et des entretiens particuliers avec chacune des parties prenantes, utilisant une approche empruntée à la littérature anglophone, nous avons pu mesurer et prioriser nos actions et mettre en place des plans d’actions pour répondre à leurs attentes, en corrélation avec la stratégie de l’entreprise. Il ne s’agissait pas de faire de la philanthropie, mais d’identifier, pour toutes les actions envisagées quel serait leur impact économique, social et environnemental, de maitriser les risques de l’entreprise.

 

Mme. Brigitte DUMONT

Directrice RSE du groupe Orange

 

L’arrivée du mobile dans un certain nombre de pays d’Afrique a fait qu’il y a eu une substitution extrêmement rapide du réseau fixe, qui nécessitait un fort investissement et un temps de déploiement du réseau extrêmement important, par la technologie du mobile. Elle a permis de désenclaver un grand nombre de zones rurales et d’établir la communication entre des populations qui étaient jusque-là très isolées. La mise en relation s’est faite aussi entre des villages éloignés et la diaspora. Ceci participe pour nous d’un objectif de RSE qui est la lutte contre les fractures numériques géographiques par le déploiement d’infrastructures et de technologies que nous maitrisons, et aussi de lutte contre les fractures numériques sociales par le développement de produits et services à destination de personnes handicapées pour leurs permettre de s’inclure dans la société,  ainsi que de lutte contre les fractures numériques culturelles en donnant l’accès à un certain nombre de contenus, notamment grâce à l’axe d’éducation numérique portée par la Fondation Orange qui fournit à des écoles des contenus et des équipements en tablettes.

 

Le marché africain a une caractéristique assez différente d’autres régions : la diffusion y est massive et il y a beaucoup d’opérateurs dans chaque pays. Le marché africain a comme particularité la multi Sim, carte permettant d’être raccordé à un opérateur ou à un autre. Les Africains sont équipés de plusieurs cartes car ils sont très agiles pour passer d’un opérateur à un autre en fonction de la meilleure tarification. Le marché du multi Sim est un marché typiquement africain qui fait que nous ne sommes qu’un parmi d’autres opérateurs.

 

Nous avons été à l’initiative de deux associations et initiatives sectorielles de RSE avec d’autres, d’une part l’Industry dialogue sur les droits de l’Homme et la liberté d’expression, créé au moment du Printemps arabe après qu’Orange et Vodafone ont été interpellés sur ces questions. Nous avons travaillé activement avec d’autres opérateurs et les ONG pour imaginer des principes communs pour défense les droits de l’Homme et la liberté d’expression dans notre domaine. Nous nous sommes aussi appuyés sur les travaux de la GNI, ONG américaine qui intervient dans le domaine de l’internet. Cela nous a fait progresser dans la compréhension des difficultés que nous rencontrions. Effectivement, dans les obligations d’un opérateur de télécom,  figure celle de participer à la sécurité et à la sureté nationales, et sommes soumis à la maitrise par le gouvernement de ses choix en matière de lutte contre le terrorisme et le banditisme et à ses estimations sur le niveau de sureté qu’il est nécessaire de maitre en œuvre. Nous avons défini comme principe d’engager les gouvernements dans des dialogues auxquels participent des représentants de la société civile afin de structurer les processus d’écoute, de coupure, tous sujets qui pourraient conduire à considérer que les droits de l’Homme ne sont pas protégés.

 

L’autre initiative prise en matière de RSE, c’est le digital society forum.  Des chercheurs et des scientifiques nous conseillent pour comprendre l’impact du numérique sur la société. Les thèmes abordés sont : la famille connecté, la diaspora connectée, les nouveaux modes d’apprentissage, les liens entre digital et numérique. Des ateliers permettent des rencontres avec la société civile sur l’impact de nos activités et donc la responsabilité que ça nous confère.

 

Par ailleurs, nous mettons en place une méthodologie de dialogue avec les parties prenantes. Nous avons organisé 35 dialogues pays qui nous ont permis de  comprendre les attentes des parties prenantes dans chacun. Ce sont des rencontres 360°. Nous rencontrons nos clients, les associations, les autorités, les pouvoirs publics, la presse, les représentants des salariés, etc.. Nous le faisons au niveau des pays, mais aussi au niveau des secteurs. Nous en avons notamment réalisé pour l’agriculture dans un certain nombre de pays africains, et cela nous a permis d’apporter des réponses au développement de produits de services pour l’agricultures qui permettent aux agriculteurs de connaitre la météo, les cours de bourse, etc.

 

Orange a décidé de suivre la norme AA1000 qui conduit à étudier les attentes des parties prenantes à la fois en termes d’inclusion, de matérialité et de réactivité : en quoi cela touche notre entreprise et comment nous pouvons y répondre. Cette démarche nous permet d’améliorer le reporting . Nous faisons une publication annuelle du reporting group, dans laquelle nous rendons compte sur un certain nombre d’indicateurs sociaux et environnementaux. Pour la première fois cette année, Orange a fait un rapport de RSE digital mis à disposition de ses parties prenantes, analystes financiers,  investisseurs socialement responsables, associations, etc.

 

Pour la rémunération des dirigeants du groupe, ce n’est pas seulement le COMEX mais le top 1000 du groupe qui est soumis à des indicateurs de performance sociale. Pour des indicateurs corporate faisant un total de 100%, 50% sont des indicateurs financiers, 30% des indicateurs de performance sociale et 20% des indicateurs de qualité de service. L’indicateur de performance sociale inclut le taux de féminisation, l’accès à la formation, le taux de turn over. Nous avons aussi un baromètre social, réalisé deux fois par an en France et une fois à l’international, qui interroge les salariés sur les parcours professionnels, la stratégie  RSE, la reconnaissance par le management et qui évalue la façon dont les salariés vivent les engagements du groupe et comment cela résonne dans leur quotidien.

 

En termes de gouvernance, il y a autour du conseil d’administration du groupe, des comités d’expertise, un comité d’audit, un comité des risques et un comité de gouvernance et de RSE, devant lequel j’interviens régulièrement. Mes interventions sont r restituées devant le CA.

 

Sur les dialogues parties prenantes,

Concernant les ondes, c’est une question de préoccupations de nos parties prenantes. Aucun risque sanitaire n’est avéré mais nous savons que nos client parties prenantes s’inquiètent. En termes de transparence, nous avons créé un site sur lequel nous expliquons ce que sont les ondes et nous donnons toutes les études des autorités internationales dans le domaine des ondes électro magnétiques.

 

Nous avons été le premier opérateur à avoir équipé nos boites de kit oreillettes pour éviter que le terminal. En Afrique, aucune norme ne sont publiées et donc nous imposons la publication des normes européennes, ce qui nous parait être celles minimales qui nous paraissent être mises en œuvre.

 

Sur la paupérisation, je ne partage pas cet avis car nous apportons des technologies permettant de lutter contre la fracture numérique. Nous apportons un certain nombre de produits et services. Nous soutenons l’entreprenariat local. Et en termes d’entreprenariat local, nous créant des emplois directs et indirects et en termes de contributions financières dans les pays dans lesquels nous sommes implantés, j’ai plutôt l’impression que nous apportons et nous pesons dans le PIB des pays.

 

  1. Hervé GOMBERT

Directeur général Maroc du Groupe Chèque-Déjeuner

 

Intégrer les filiales dans notre système de SCOP n’est pas simple. Les employés de ces peuvent-ils devenir sociétaires ? Notre assemblée générale vient de décider à la majorité de 88% des votants

 

d’intégrer les employés de nos filiales en France comme nouveaux sociétaires. Ils sont donc 300 à devenir de nouveaux actionnaires dans notre groupe. Ce sera effectif début janvier. Pour les filiales à l’étranger, c’est apparu plus compliqué. Aujourd’hui, au Maroc, nous sommes 8 employés. Les sociétaires français touchent 45% + 7% des dividendes. Lorsqu’une filiale perd de l’argent, les sociétaires ne touchent rien mais ne perdent rien non plus. Or, la filiale du groupe Chèque-déjeuner au Maroc perd actuellement de l’argent. Quel serait l’intérêt, pour ses employés, de devenir actionnaires alors qu’il n’y aurait aucun bénéfice ? La volonté de la direction du groupe est qu’à l’horizon 2018, la totalité des employés, filiales comprises, soient actionnaires. Aujourd’hui, nous sommes en Europe, en partie en Asie, avec la Turquie, en Amérique du Sud, avec le Mexique et le Brésil, et nous avons un drapeau planté ici au Maroc. Nous réfléchissons à offrir d’autres services, notamment d’aide à la personne pour les étudiants. Le Maroc va servir de point d’ancrage et de test pour de nouveaux services, de hub, pour le développement sur l’Afrique. Concernant la systématisation des analyses d’impact, le groupe et chaque filiale du groupe font réaliser ses analyses d’impact de façon indépendante, qui remontent après au groupe.

 

 

 

 

  1. Robin EDME

Président du groupe « Les Amis du Paragraphe 47 », Conseiller finance responsable au Commissariat Général au Développement Durable (CGDD).

 

Le groupe est amis est un groupe informel qui n’a pas vraiment de statut. Il est constitué d’Etats qui se réunissent de manière informelle pour discuter de la promotion du  reporting développement durable et envisager les différents moyens d’y parvenir. Il existe, dans le système onusien, des groupes informels équivalents. Le dispositif permet de travailler avec souplesse. Bien évidemment, pour chacune de nos actions, les pays membres valident les actions du groupe à travers leurs circuits hiérarchiques.

 

La priorité est de parvenir au même niveau de compréhension des enjeux du reporting par l’organisation de rencontres des parties prenantes professionnelles de nature technique. La question de l’intégration de parties prenantes privées a été soulevée par certains pays, mais nous avons répondu négativement  il faut que les pouvoirs publics aient de temps de se fixer des lignes d’action sans pression externe sur certains aspects techniques. L’ouverture aux groupes majeurs viendra plus tard.

 

Les analyses d’impact ne sont pas plus ou moins importantes que le reporting. Car tout ce que nous cherchons à faire en matière de promotion du reporting développement durable, c’est que ces indicateurs mesurent l’impact. On cherche d’abord à mesurer l’impact dans un premier bloc dit de matérialité. Il existe un deuxième bloc, celui de la responsablilité, ce que la société civile attend de ses entreprises. Dans ce cadre, il existe de nombreux indicateurs qui peuvent être utilisés, par exemple de parité hommes/femmes, de mixité sociale… Quand le reporting est bien conçu, il mesure en principe les impacts importants. C’est rarement le cas. Les normes de reporting mélangent  sujets de matérialité économique et sujets de responsabilité sociétale des opérateurs économiques, c’est à dire à l’égard de la société. Le fait de mettre les deux ensembles donne une jolie cacophonie.

 

La vraie question qu’il faut poser, c’est combien d’indicateurs dits de développement durable sont transmis chaque mois au comité exécutif. Ils se comptent sur les doigts d’une main, démonstration que le sujet ne préoccupe pas encore vraiment les dirigeants d’entreprises. Nous nous inscrivons dans un processus long. Soyons patients : il a fallu plus d’un siècle pour mettre en place le reporting financier.

 

  1. Aziz DERJ

Directeur du développement durable de COSUMAR

 

L’eau est un souci essentiel pour l’agriculture. L’eau est particulièrement un problème au Maroc, qui manque d’eau. La culture sucrière se situe dans des zones irriguées, car sans eau on ne peut pas produire de sucre. L’Office de mise en valeur agricole distribue l’eau aux agriculteurs. Il  fait partie du comité comité régional qui définit chaque année les périmètres qui vont recevoir de l’eau et en quelle quantité. Au Maroc, la priorité est donnée à l’arboriculture, non à la plante sucrière. COSUMAR  accompagne les planteurs en les aidant à financer des systèmes d’irrigation au goute à goute et par aspersion, selon les cas. C’est le rôle du département de la recherche en développement de COSUMAR d’apporter le conseil adapté.

Contrairement à beaucoup de plantes, la canne à sucre et la betterave sont consommées en totalité en Maroc. L’eau utilisée est donc consommée au niveau marocain. Au niveau industriel, nos investissements ont permis que la consommation en eau diminue fortement grâce à des systèmes de récupération de l’eau et de recyclage. Lorsque l’on économise de l’eau, on diminue les coûts et on gagne de l’argent. Le sucre est un produit est réglementé dont le prix d’achat des intrants est fixe : la betterave et la canne nous sont vendues à un prix fixe. Toute la valeur ajoutée dégagée se trouve dans l’amélioration de la productivité des raffineries.

 

Pour l’ensemble des actions que nous menons en interne ou en externe, nous étudie quel en est l’impact sur nos profits, mais aussi sur le volet personnel et sur le volet environnemental. On s’est rendu compte que l’évaluation qualitative n’était pas suffisante et qu’il était important  de quantifier ces impacts. Pour cela, nous avons formé les personnes qui gèrent ces projets à l’analyse coût/avantage. Cette dernière nous permet de mesurer de manière quantitative l’impact sur le social, sur l’économique et sur l’environnemental.

 

Concernant l’analyse des risques,  l’approche du risk management a été utilisée lorsque COSUMAR a racheté SCURY et des terres où était cultivée la betterave. Il est apparu que la durabilité de l’entreprise était liée d’abord aux agriculteurs, des parties prenantes qui ont un impact important sur la durée de vie de l’entreprise et sur sa profitabilité. L’une des actions identifiée après analyse des risques était la non disponibilité de la main d’œuvre. Pour mettre en place la stratégie RSE, nous avons identité l’ensemble des parties prenantes,  leur impact et leur pouvoir sur l’entreprise. A travers cela, et des entretiens particuliers avec chacune des parties prenantes, utilisant une approche empruntée à la littérature anglophone, nous avons pu mesurer et prioriser nos actions et mettre en place des plans d’actions pour répondre à leurs attentes, en corrélation avec la stratégie de l’entreprise. Il ne s’agissait pas de faire de la philanthropie, mais d’identifier, pour toutes les actions envisagées quel serait leur impact économique, social et environnemental, de maitriser les risques de l’entreprise.

 

Mme. Brigitte DUMONT

Directrice RSE du groupe Orange

 

L’arrivée du mobile dans un certain nombre de pays d’Afrique a fait qu’il y a eu une substitution extrêmement rapide du réseau fixe, qui nécessitait un fort investissement et un temps de déploiement du réseau extrêmement important, par la technologie du mobile. Elle a permis de désenclaver un grand nombre de zones rurales et d’établir la communication entre des populations qui étaient jusque-là très isolées. La mise en relation s’est faite aussi entre des villages éloignés et la diaspora. Ceci participe pour nous d’un objectif de RSE qui est la lutte contre les fractures numériques géographiques par le déploiement d’infrastructures et de technologies que nous maitrisons, et aussi de lutte contre les fractures numériques sociales par le développement de produits et services à destination de personnes handicapées pour leurs permettre de s’inclure dans la société,  ainsi que de lutte contre les fractures numériques culturelles en donnant l’accès à un certain nombre de contenus, notamment grâce à l’axe d’éducation numérique portée par la Fondation Orange qui fournit à des écoles des contenus et des équipements en tablettes.

 

Le marché africain a une caractéristique assez différente d’autres régions : la diffusion y est massive et il y a beaucoup d’opérateurs dans chaque pays. Le marché africain a comme particularité la multi Sim, carte permettant d’être raccordé à un opérateur ou à un autre. Les Africains sont équipés de plusieurs cartes car ils sont très agiles pour passer d’un opérateur à un autre en fonction de la meilleure tarification. Le marché du multi Sim est un marché typiquement africain qui fait que nous ne sommes qu’un parmi d’autres opérateurs.

 

Nous avons été à l’initiative de deux associations et initiatives sectorielles de RSE avec d’autres, d’une part l’Industry dialogue sur les droits de l’Homme et la liberté d’expression, créé au moment du Printemps arabe après qu’Orange et Vodafone ont été interpellés sur ces questions. Nous avons travaillé activement avec d’autres opérateurs et les ONG pour imaginer des principes communs pour défense les droits de l’Homme et la liberté d’expression dans notre domaine. Nous nous sommes aussi appuyés sur les travaux de la GNI, ONG américaine qui intervient dans le domaine de l’internet. Cela nous a fait progresser dans la compréhension des difficultés que nous rencontrions. Effectivement, dans les obligations d’un opérateur de télécom,  figure celle de participer à la sécurité et à la sureté nationales, et sommes soumis à la maitrise par le gouvernement de ses choix en matière de lutte contre le terrorisme et le banditisme et à ses estimations sur le niveau de sureté qu’il est nécessaire de maitre en œuvre. Nous avons défini comme principe d’engager les gouvernements dans des dialogues auxquels participent des représentants de la société civile afin de structurer les processus d’écoute, de coupure, tous sujets qui pourraient conduire à considérer que les droits de l’Homme ne sont pas protégés.

 

L’autre initiative prise en matière de RSE, c’est le digital society forum.  Des chercheurs et des scientifiques nous conseillent pour comprendre l’impact du numérique sur la société. Les thèmes abordés sont : la famille connecté, la diaspora connectée, les nouveaux modes d’apprentissage, les liens entre digital et numérique. Des ateliers permettent des rencontres avec la société civile sur l’impact de nos activités et donc la responsabilité que ça nous confère.

 

Par ailleurs, nous mettons en place une méthodologie de dialogue avec les parties prenantes. Nous avons organisé 35 dialogues pays qui nous ont permis de  comprendre les attentes des parties prenantes dans chacun. Ce sont des rencontres 360°. Nous rencontrons nos clients, les associations, les autorités, les pouvoirs publics, la presse, les représentants des salariés, etc.. Nous le faisons au niveau des pays, mais aussi au niveau des secteurs. Nous en avons notamment réalisé pour l’agriculture dans un certain nombre de pays africains, et cela nous a permis d’apporter des réponses au développement de produits de services pour l’agricultures qui permettent aux agriculteurs de connaitre la météo, les cours de bourse, etc..

 

Orange a décidé de suivre la norme AA1000 qui conduit à étudier les attentes des parties prenantes à la fois en termes d’inclusion, de matérialité et de réactivité : en quoi cela touche notre entreprise et comment nous pouvons y répondre. Cette démarche nous permet d’améliorer le reporting . Nous faisons une publication annuelle du reporting group, dans laquelle nous rendons compte sur un certain nombre d’indicateurs sociaux et environnementaux. Pour la première fois cette année, Orange a fait un rapport de RSE digital mis à disposition de ses parties prenantes, analystes financiers,  investisseurs socialement responsables, associations, etc.

 

Pour la rémunération des dirigeants du groupe, ce n’est pas seulement le COMEX mais le top 1000 du groupe qui est soumis à des indicateurs de performance sociale. Pour des indicateurs corporate faisant un total de 100%, 50% sont des indicateurs financiers, 30% des indicateurs de performance sociale et 20% des indicateurs de qualité de service. L’indicateur de performance sociale inclut le taux de féminisation, l’accès à la formation, le taux de turn over. Nous avons aussi un baromètre social, réalisé deux fois par an en France et une fois à l’international, qui interroge les salariés sur les parcours professionnels, la stratégie  RSE, la reconnaissance par le management et qui évalue la façon dont les salariés vivent les engagements du groupe et comment cela résonne dans leur quotidien.

 

En termes de gouvernance, il y a autour du conseil d’administration du groupe, des comités d’expertise, un comité d’audit, un comité des risques et un comité de gouvernance et de RSE, devant lequel j’interviens régulièrement. Mes interventions sont r restituées devant le CA.

 

Sur les dialogues parties prenantes,

Concernant les ondes, c’est une question de préoccupations de nos parties prenantes. Aucun risque sanitaire n’est avéré mais nous savons que nos client parties prenantes s’inquiètent. En termes de transparence, nous avons créé un site sur lequel nous expliquons ce que sont les ondes et nous donnons toutes les études des autorités internationales dans le domaine des ondes électro magnétiques. Nous avons été le premier opérateur à avoir équipé nos boites de kit oreillettes pour éviter que le terminal. En Afrique, aucune norme ne sont publiées et donc nous imposons la publication des normes européennes, ce qui nous parait être celles minimales qui nous paraissent être mises en œuvre.

 

Sur la paupérisation, je ne partage pas cet avis car nous apportons des technologies permettant de lutter contre la fracture numérique. Nous apportons un certain nombre de produits et services. Nous soutenons l’entreprenariat local. Et en termes d’entreprenariat local, nous créant des emplois directs et indirects et en termes de contributions financières dans les pays dans lesquels nous sommes implantés, j’ai plutôt l’impression que nous apportons et nous pesons dans le PIB des pays.

 

 

 

 

                                                                                             CONCLUSIONS                                                 

Le rôle attendu des Conseils Economiques, Sociaux et Environnementaux dans la promotion de la RSE

 

 

 

 

  1. Fouad BENSEDDIK

Membre du CESE du Maroc

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’établirai un lien entre le concept de responsabilité sociale et un référentiel adopté par l’UCESIF, en décembre 2012, sa charte sociale.

Ce document énumère  un ensemble de droits économiques, sociaux, culturels et environnementaux. Ils sont tirés des conventions internationales de l’ONU, de l’OIT, des grands protocoles internationaux en faveur de l’environnement, des principes directeurs visant la transparence et l’équilibre des structures de gouvernance. Cette charte préconise un certain nombre d’objectifs qui convertissent ainsi en agenda opérationnel les principes  énoncés par les normes internationales relatives aux droits de l’Homme. Ces objectifs opérationnels ont été conçus autour de trois finalités : La première était d’assurer l’effectivité de droits fondamentaux comme le principe d’égalité et de non-discrimination entre hommes et femmes, la protection du droit à la vie par la prévention des accidents, des homicides,  la suppression de la peine de mort, etc.,  au total l’effectivité d’une cinquantaine de normes fondamentales. Le second objectif était l’accessibilité de ces droits : il ne suffit pas d’énoncer que les droits sont universels, il faut aussi agir pour en assurer l’opérationnalité par l’accessibilité et, pour cela demander aux CES d’en être les vulgarisateurs et les pédagogues. Il restait à doter les CES d’un ensemble d’indicateurs permettant de suivre le degré d’effectivité, l’évolution, l’amélioration ou la stagnation et éventuellement la régression du

 

degré de réalisation des objectifs et des droits en question, ce qui a été notre troisième objectif.

La charte de l’UCESIF  organise ces droits en sept domaines: l’accès aux services essentiels et au bien-être social ; l’accès au savoir, à la formation et au développement culturel; l’inclusion et les solidarités ; la protection des enfants et le respect de leurs droits fondamentaux ; le dialogue social, le dialogue civil et les partenariats innovants entre l’ensemble des acteurs; la protection de l’environnement.

Tous ces domaines sont « soclés » sur des références précises à des conventions ou autres  normes. Pour mettre en musique tous ces droits, il fallait un septième volet que nous avons appelé le volet de la gouvernance responsable. Il invite l’ensemble des acteurs publics et privés, tout dépositaire d’une autorité, à rendre compte de façon publique, intelligible, objective et mesurable, de sa contribution à la réalisation de ces objectifs.

 

Par ailleurs, nous avons identifié un certain nombre de principes et d’objectifs pour lesquels il était difficile d’obtenir spontanément l’adhésion de tous les acteurs. Ces thèmes « émergents » concernent l’IVG, la liberté de conscience, la liberté de culte, le respect des différentes orientations sexuelles, l’utilisation des biotechnologies. Ces sujets sont difficiles bien qu’ils trouvent tous leur socle dans les droits fondamentaux tels qu’ils sont définis aujourd’hui. Nous avons préconisé que les CES soient à l’avant-garde du débat sur ces sujets-là, l’organisant dans des conditions apaisées et responsables, réunissant autour de la table des personnalités et des expertises qualifiées et crédibles, dans une perspective de progrès.

 

En réalité, cette charte sociale, en énumérant des principes, des objectifs et des indicateurs, préconise le développement d’une approche contractuelle entre les différentes parties prenantes. Le constat est que les pouvoirs publics ont, certes, la responsabilité de faire respecter le droit mais seuls, ne peuvent pas en faire avancer le contenu, l’esprit, promouvoir et faire vivre ces droits.

 

 

 

 

A travers la contractualisation de ces objectifs au service de normes universelles, en réalité, nous agissons de façon active en faveur de  la responsabilité sociale. D’une certaine manière, cette charte est le référentiel de responsabilité sociale des CES de la francophonie, « soclé » sur des normes et des principes universellement opposables. Son objectif 76 le stipule. L’une des recommandations est, dans cet esprit, que les CES publient, une ou deux fois par an, un rapport de responsabilité sociale, et, tous les deux ans, fassent un rapport sur l’Etat de la responsabilité sociale dans leur pays et sur l’état d’avancement de la mise en œuvre de la charte.

 

 

 

 

 

 


  1. Michel DOUCIN

Secrétaire général de l’UCESIF

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lecture du communiqué final du congrès de l’UCESIF sur la RSE

 

Réunis à Rabat à l’occasion du congrès de leur Union consacré à la Responsabilité Sociétale des Entreprises aimablement accueilli par le CESE du Maroc et bénéficiant du soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie,  les Conseils Economiques et Sociaux de l’espace francophone ont dégagé un certain nombre de conclusions de leurs travaux:

 

  1. Des constats :

 

  1. La libéralisation de l’économie mondiale des dernières décennies a favorisé l’apparition d’entreprises industrielles, de services et financières mondialisées dont l’essor a permis de démultiplier les investissements et la création globale de richesses en même temps qu’elles

soulèvent de nouveaux défis pour les Etats dans l’exercice classique de leur rôle de régulation en matière économique, sociale et environnementale.

 

  1. Cette dynamique, porteuse d’espérances en matière de progrès technologique et d’accès à l’information et aux marchés, questionne cependant la capacité de la communauté internationale et des gouvernements à faire respecter les normes publiques universelles et à concilier les impératifs d’ouverture économique avec la prévention ou la sanction des négligences et abus qui menacent la cohésion sociale, les équilibres environnementaux ou les règles de la saine concurrence.

 

  1. Un large mouvement de prise de conscience de l’importance de ces défis, qui sont fondamentalement des défis de durabilité des modèles actuels de croissance et de respect des droits fondamentaux économiques, sociaux, culturels et environnementaux, a conduit à de nombreuses initiatives positives tant dans le cadre d’organisations intergouvernementales que d’organisations patronales ou d’approches pluri-parties-prenantes. Ces initiatives méritent d’être encouragées et appuyées. Parmi ces initiatives, l’adoption en décembre 2012 à Rabat de la Charte sociale de l’Union des Conseils Economiques et Sociaux et des Institutions similaires de la Francophonie a constitué une étape clé dans l’intervention de la société civile organisée en faveur d’une mondialisation responsable.

 

  1. Ces dynamiques, dont les Conseils Economiques et Sociaux sont par vocation des acteurs clés, sont l’expression positive de l’aspiration largement partagée à de nouvelles règles pour relever les défis d’un développement en rapport avec les intérêts légitimes de toutes les parties prenantes et des générations futures. Il est urgent de faire face aux défis du respect des droits de l’Homme par les acteurs autant publics que privés, à l’épuisement des ressources minières et naturelles, aux inégalités sociales, au dérèglement climatique facteur d’insécurité alimentaire, aux pandémies et aux migrations de la faim, à la multiplication des conflits dus à la peur de l’autre, etc. La société du XXIe siècle est en recherche d’un nouveau contrat social.

 

  1. L’UCESIF a solennisé dans le référentiel de sa Charte sociale, organisée en sept volets, les principes et les objectifs issus des normes publiques universelles qui affirment la responsabilité et appellent à l’engagement de toutes les parties prenantes, à commencer par les États et avec le concours de la société civile organisée, en faveur de grands contrats partenariaux pour :

–              L’accès de toutes et de tous, sans discrimination, aux services essentiels et au bien-être social

–              L’accès au savoir, à la formation et au développement culturel

–              L’inclusion et les solidarités

–              La protection des enfants et le respect de leurs droits fondamentaux

–              Le dialogue social, le dialogue civil et les partenariats pour le progrès

–              La protection de l’environnement

–              La gouvernance responsable, le développement et la sécurité économiques et la démocratie sociale

 

  1. Nous sommes convaincus et engagés en faveur de qui suit :

 

  1. Le référentiel de la Charte sociale de l’UCESIF converge pleinement avec les Nouveaux Objectifs du Développement Durable de l’ONU et les contient. Il appelle (objectif 76) à ” encourager l’appropriation et l’application des standards de responsabilité sociale, environnementale et de gouvernance par les partenaires économiques et sociaux”. Ce référentiel converge en outre avec la définition aujourd’hui consensuelle donnée par la norme ISO 26.000 de la RSE en tant qu’engagement de toute organisation de “maîtrise de ses impacts sur la société en prenant en compte les attentes des parties prenantes, en respectant les lois nationales et les normes internationales”. La Responsabilité sociétale constitue une ligne directrice fédérative pour un nouveau contrat social fondé sur les droits universels opposables et porté par le dialogue entre l’ensemble des acteurs de la société.

 

  1. Les Conseils économiques et sociaux, espaces institutionnels du dialogue social et sociétal, devraient jouer un rôle plus actif dans l’encouragement aux initiatives locales, nationales, régionales et internationales en matière de Responsabilité Sociétale des Entreprises, en particulier en :

 

  • S’offrant pour accueillir des forums multi-parties prenantes sur la RSE à l’instar de ceux existant au Sénégal et en France.

 

  • Encourageant les organisations représentatives d’entreprises membres de leurs instances à s’engager dans des démarches collectives nationales à l’instar de la Charte et du Label RSE de la Confédération Générale des Entreprises du Maroc ou internationales telles que le Pacte Mondial des Nations Unies ou les Principes de l’Investissement Responsables de l’ONU,

 

  • Collaborant avec les organismes de recherche, de formation et d’observation sur la RSE dont le développement mérite d’être encouragé.

 

  • Recommandant, au titre de leur mission de conseil de leurs gouvernements et parlements, que leurs Etats adhérent à des démarches collectives exemplaires telles le Groupes des amis du paragraphe 47 de la Déclaration finale de la Conférence Rio +20 sur l’information extra financière, l’Initiative pour la Transparence de l’Industrie Extractive (à l’instar du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo, de la Côte d’Ivoire, de la France, de la Guinée, du Mali, de la Mauritanie, du Niger, de la RD Congo, du Sénégal et du Tchad) et les Principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises multinationales (à l’instar de la France et du Maroc).

 

  • Lançant des réflexions sur l’opportunité et les modalités d’introduction de réglementations nationales ou régionales susceptibles d’encadrer une meilleure maîtrise des impacts sociaux et environnementaux des entreprises, par exemple par la rédaction de rapports sur leurs politiques de développement durable, à travers leur pratique d’achats publics, dans leurs exigences relatives aux études d’impact, dans leur politique de ressources humaines au regard des principes de non-discrimination, etc.

 

  • Veillant à pratiquer eux-mêmes une Responsabilité Sociétale d’Organisation dans l’ensemble de leurs activités, à commencer par le respect du principe d’égalité hommes-femmes.

 

  • Publiant au moins une fois tous les deux ans une information sur l’exercice de leur propre Responsabilité sociétale et un rapport sur le déploiement contextualisé des principes, des objectifs et des indicateurs énoncés par le référentiel de la Charte sociale de l’UCESIF.

 

 

Rabat, le 12 juin 2015

 

 

 

 

 


 

 

 

 

  1. Nizar BARAKA

Président de l’UCESIF et du CESE du Maroc

 

 

 

 

 

 

 

Si aujourd’hui, l’UCESIF s’intéresse à la question de la RSE, c’est parce que c’est dans son ADN. Notre objectif est de veiller à ce que la dignité et les droits humains soient respectés et au centre du modèle sociétal que nous voulons développer dans l’espace francophone et dans nos pays respectifs.

 

 

A ce titre, la RSE peut constituer un véritable moyen pour aboutir à cette contractualisation, à ce nouveau contrat social que nous appelons tous de nos vœux.

Beaucoup de questions ont été soulevées, beaucoup d’interrogations ont été posées au cours de ces deux jours très riches, mais je considère qu’un certain nombre d’enjeux ont plus particulièrement été mis en avant.

Le premier est celui de la priorisation des droits humains et de leur nécessaire protection par des politiques publiques combinées avec l’action de l’ensemble des acteurs de la société, publics ou privés, comme de la société civile.

Le deuxième enjeu est celui de l’appropriation : il est important aujourd’hui que la notion de la notion de RSE soit véritablement appropriée par l’ensemble des acteurs et qu’elle ne constitue pas une obligation ou une contrainte venant s’ajouter au protectionnisme qu’un certain nombre de pays peuvent être tentés de mettre en place.

Le troisième enjeu, c’est celui de l’égalité homme/femme pour laquelle nous devons tous agir pour qu’elle soit une véritable réalité.

 

 

 

 

J’ajouterais, au titre des enjeux futurs, celui de l’institutionnalisation des mécanismes d’incitation des PME à s’inscrire dans le cadre de la responsabilité sociétale, sans parler bien sûr de l’enjeu de la finance responsable, qui permettrait d’accompagner et de développer la responsabilité sociétale des entreprises productive. Pour conclure, je dirai qu’il nous incombe de pérenniser cette réflexion et veiller à aller toujours plus loin. Le changement climatique soulève à cet égard  de nouveaux enjeux quant à la responsabilité des différents acteurs et c’est un sujet sur lequel nous devons réfléchir dans le cadre de la préparation de la COP 21, puis de celle qui, l’année suivante,  aura lieu à Marrakech. L’UCESIF continuera d’être engagée dans ce combat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ANNEXES

 

  1. Quelques concepts et définitions de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE)

 

La notion de responsabilité sociétale/sociale des entreprises demeure l’une des plus mal connues  parmi les concepts économiques et du domaine social et environnemental. Cela tient au fait que, depuis son premier énoncé, en 1953, par le pasteur Howard Howen dans son fameux ouvrage « The social responsibilities of the businessman » et aujourd’hui, des changements profonds sont intervenus dans sa compréhension. Ce qui était alors « la prise en compte volontaire d’une responsabilité sociale de l’homme d’affaires, moyen opérationnel pour résoudre des problèmes économiques […],  tout en reconnaissant les implications sociales de ses décisions et  tenant compte de l’intérêt social – autant qu’il est possible et raisonnable – en prenant ces décisions», est devenu un ensemble de règles qui s’imposent aux dirigeants d’entreprises à travers une conjugaison de normes internationales.

 

  1. Trois définitions internationales contemporaines de la responsabilité sociétale des entreprises

 

  1. La maîtrise par une organisation des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui

– contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société ;

– prend en compte les attentes des parties prenantes ;

– respecte les lois en vigueur tout en étant en cohérence avec les normes internationales de comportement ;

– et qui est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations. (ISO 26000 – 2010)

 

  1. La prise en compte des préoccupations du public en mettant sur pied des dispositifs et procédures internes d’orientation et de gestion qui étayent leurs engagements de citoyenneté, de bonnes pratiques et de bonne conduite de l’entreprise et de ses salariés.(Principes directeurs de l’OCDE révisés en 2011)

 

  1. La responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société. […] Pour assumer cette responsabilité, il faut au préalable que les entreprises respectent la législation en vigueur et les conventions collectives conclues entre partenaires sociaux. […] Afin de s’acquitter pleinement de leur responsabilité sociale, il convient que les entreprises aient engagé, en collaboration étroite avec leurs parties prenantes, un processus destiné à intégrer les préoccupations en matière sociale, environnementale, éthique, de droits de l’Homme et de consommateurs dans leurs activités commerciales et leur stratégie de base. (Communication de la Commission Européenne du 25 octobre 2011)

 

 

 

  1. Une définition de l’Investissement Socialement Responsable (ISR)

 

Source :  Novéthic

L’Investissement Socialement Responsable (ISR) est un terme générique qui désigne les diverses démarches d’intégration du développement durable au sein de la gestion financière.

L’ISR consiste pour les investisseurs qui le pratiquent à prendre en compte des critères dits « extra-financiers », c’est-à-dire Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) dans leurs choix d’investissement. Cela signifie qu’ils ne s’intéressent plus uniquement aux caractéristiques financières des actifs (actions ou obligations d’entreprises cotées, emprunts d’états, entreprises non cotées…) dans lesquels ils placent leurs capitaux.

Ces pratiques, qui se sont considérablement développées depuis les années 2000, plus particulièrement en France et en Europe du Nord, peuvent prendre des formes diverses.

OBJECTIFS

Les objectifs des investisseurs adeptes de l’ISR sont souvent multiples mais peuvent être classés en deux grandes catégories :

1 – MAITRISER LES RISQUES DANS L’OPTIQUE D’UNE MEILLEURE PERFORMANCE FINANCIÈRE À LONG TERME

 

Les acteurs financiers qui ont ce type de conviction sont en général des investisseurs de long terme qui utilisent les grilles d’analyse extra-financière pour identifier les risques ESG auxquels peuvent être confrontées les entreprises dans lesquelles ils investissent.

Au contraire, l’analyse extra-financière peut aussi permettre d’identifier des opportunités de croissance dans des entreprises ou des secteurs d’activité qui, via la commercialisation de produits éco-conçus, l’utilisation de ressources naturelles limitée, etc. savent s’adapter ou anticiper de nouvelles attentes des clients ou de nouvelles contraintes économiques.

2 – CONJUGUER ISR ET ÉTHIQUE

 

Pour d’autres acteurs financiers, l’ISR est un moyen d’investir dans des entreprises dont les pratiques sont compatibles avec leurs valeurs ou celles de leurs clients. L’analyse extra-financière doit ainsi leur permettre d’exclure de leurs investissements des secteurs d’activités tels que le tabac, l’alcool, l’armement, etc. qui ne sont pas en phase avec leurs valeurs morales ou des entreprises qui sont font l’objet de controverses parce qu’elles sont coupables de violation des grandes conventions internationales sur l’environnement, le respect des droits humains, etc.

Au plan international, le nombre de grands investisseurs (banques, assurances, fonds de pension, etc.) ayant adopté une approche ISR augmente fortement. Les particuliers peuvent aussi choisir de placer leur épargne dans des produits qui ont ce type d’approche que l’on appelle des fonds ISR. Bien que ce type de produits soit encore très peu proposé aux clients individuels, tous les grands réseaux bancaires et assurantiels en disposent aujourd’hui.

 

 

 

 

 

 

  1. La RSE, mélange de droit souple (soft law) et de droit rigide (hard law)

 

Par Michel Doucin, ambassadeur  chargé de la RSE au ministère des affaires étrangères de France – Extraits d’un article publié en 2012

 

[…] La soft law se définit comme un ensemble de recommandations assez généralement acceptées qui se construit par convergence d’initiatives privées et publiques. Dans le domaine de la responsabilité sociale des entreprises (RSE), la soft law vise à orienter le secteur privé économique vers des comportements responsables aux plans économique, social, environnemental et des droits de l’Homme, en correction aux effets naturels des marchés et en réponse aux attentes des acteurs autres qu’économiques des sociétés contemporaines.

 

La soft law est souvent présentée comme l’opposé du droit obligatoire : les normes qui ont été élaborées sous ses auspices laisseraient donc les chefs d’entreprises, in fine, libres d’appliquer ces recommandations dont le caractère serait principalement « volontaire ». Cette vue doit être corrigée sévèrement, tout d’abord à partir d’une réflexion sur les rôles joués par la soft law aujourd’hui. […]

 

Les domaines privilégiés de la soft law sont souvent ceux où les problèmes posés sont complexes. Par exemple : le défi de la « transnationalité » des groupes économiques ; le non assujettissement d’entités privées au droit international public (des droits de l’Homme) ; la surpuissance de certains acteurs « illégitimes » (entreprises transnationales, ONG) par rapport aux acteurs légitimes issus du droit ; les lacunes des instruments juridiques internationaux contraignants en particulier parce qu’ils ne sont pas dotés de mécanismes de mise en œuvre. […]

 

L’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives, lancée en 2003 et à laquelle plusieurs « majors » pétrolières américaines ont adhéré, a préfiguré la loi Dodd-Franck récemment adoptée par le Congrès américain qui impose aux entreprises minières cotées aux USA de rendre publics leurs versements aux gouvernements des pays où elles extraient. Par ses effets extraterritoriaux, cette loi se situe dans la même dimension, internationale, que l’ITIE.

 

Si l’on observe donc la soft law sous l’angle de la fonction de combler les lacunes de la hard law  dans le cadre d’une dynamique qui prépare l’arrivée de celle-ci, l’idée qu’il s’agit d’un système de production de normes purement facultatives semble alors très contestable. […]

 

Les codes de conduite, individuels ou de branche, ont longtemps été considérés comme l’outil principal de construction de la RSE. Par leur nature d’engagements volontaires, ils étaient chacun une des briques construisant l’édifice général de la soft law organisant la responsabilité sociale des entreprises.

 

Il est apparu progressivement toutefois que les engagements pris par de très nombreuses entreprises à travers ces codes de conduite (la totalité des 500 plus grandes entreprises mondiales, selon une étude de 2006), librement décidés par leurs instances dirigeantes au titre de la politique de « gouvernement d’entreprise », se traduisaient le plus souvent par la pratique du « pick and choose » : elles évitaient de s’engager sur les sujets qui les gênaient parce qu’elles n’y étaient pas très performantes, voire ne souhaitaient pas s’y aventurer. Ainsi, une étude de 2007, réalisée à la demande du Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations-Unies pour les droits de l’Homme et les entreprises transnationales et autres entreprises, sur les 100 plus grandes entreprises mondiales, a révélé que si 97 avaient des codes de conduite touchant la santé et la sécurité au travail et 95 l’environnement, seuls 82 de ces codes traitaient des relations du travail et 43 de la corruption.

 

Censés s’appliquer aussi aux fournisseurs et sous-traitants, leurs effets étaient en outre assez théoriques et leur application la plupart du temps mal contrôlée, faute d’appel à des audits externes. Les codes étaient, en outre, peu connus des salariés et demeuraient bien souvent des déclarations peu suivies d’effet.

 

Ces révélations, combinées avec l’analyse faite par de nombreux observateurs – consommateurs, ONG, syndicats, etc.-  ont mis en grande suspicion cette soft law des codes de conduite accusés de faire partie de politiques green et social washing. Les Etats ont fini par réagir : la directive européenne de 2006 sur la publicité mensongère indique qu’un code de conduite qui serait en contradiction avec les pratiques de l’entreprise pourrait justifier des poursuites judiciaires. D’où l’on peut déduire que d’une part tels comportements ne sont pas rares et d’autre part que la soft law biaisée peut déboucher sur de la « hard law ». […]

 

Le monde patronal a entrepris lui-même différents types de démarches collectives qui transforment la nature de la soft law.  Certains codes de conduite adoptés au niveau des branches industrielles formalisent des principes d’actions et des normes « minimales » dont le respect fait  l’objet d’une surveillance mutuelle : International Council of Toy Industries (1995), International Council on Mining and Metals (2003), Electronic Industry Code of  Conduct (2004), Kimberley Principles pour le diamant (2002), Principes d’Equateur pour les grands financeurs de projets (2003 révisés en 2006 et 2013), Global Social Compliance Programme (créé en 2005). Ce dernier regroupe une quarantaine des plus grandes entreprises de distribution autour de la volonté de standardiser leurs audits sur le droit du travail, élargi depuis peu à l’environnement.

 

Ces codes de conduite adoptés entre entreprises concurrentes produisent une transformation de ces instruments de soft law.

 

Des forums de réflexions méthodologiques, conçus pour échanger et  approfondir des pratiques, créent aussi une dynamique vertueuse : en France, l’Observatoire sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises (ORSE) créé en 2000, aux Pays Bas la « Global Reporting Initiative » regroupant 2000 entreprises au niveau mondial et, en Grande Bretagne, la Business Leader’s Initiative on Human Rights , créée en 2000 et disparue en 2009, aux multiples descendances (Entreprises et Droits de l’Homme, Business&Human Rights Resource Center, Institute for Business and Human Rights, etc.). […]

 

Les Accords Cadres Internationaux (ACI) sont des accords sur la politique RSE négociés entre de grands groupes industriels et les fédérations syndicales internationales de leur branche. Ils sont développés par les entreprises qui souhaitent donner un cadre de RSE à la globalité de leurs activités. Plus de 200 ACI sont aujourd’hui recensés, principalement européens. Les deux premiers ont été l’initiative des entreprises Danone, en 1988, et Accor, en 1995. Le dialogue patronat-syndicats assure un suivi des engagements pris, notamment par la mise en place de mécanismes de contrôle et d’évaluation à partir d’indicateurs.

 

Les ACI se réfèrent en général aux 8 conventions de la Déclaration de l’OIT de 1998, auxquels peuvent s’ajouter les droits de l’Homme au travers d’une référence générale à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH). Certains ACI étendent leurs thématiques à l’environnement et aux questions de délocalisation, leur champ d’application aux fournisseurs et sous-traitants de l’entreprise multinationale concernée. Ils poussent à l’universalisation des normes et constituent des exercices pratiques de réponse au défi des divergences entre législations nationales et normes internationales. Organisant la contractualisation des engagements pris par l’entreprise en matière de RSE, ils donnent à ces derniers une nature quasi-obligatoire. […]

 

La frontière soft-law/hard-law apparaît de plus en plus poreuse […].

 

Une forme de régulation intermédiaire entre soft law et hard law se manifeste également à travers le rôle croissant des normes imposées par les autorités boursières (souvent privées) et les fonds d’investissement « socialement responsables ».

 

En 1977, les Sullivan Principles, initiative privée d’un pasteur, avaient fixé des règles enjoignant aux entreprises qui travaillaient en Afrique du Sud de refuser toute discrimination raciale. Promus par les Nations Unies dans le cadre de la condamnation de l’Apartheid, ils étaient devenus une norme sui-generis assortie d’une force contraignante pour les entreprises. Ce modèle a fait florès depuis. Les Kimberley Principles ont déjà été cités. En 2000, les Principes Volontaires pour la Sécurité et les Droits de l’Homme ont été lancés par quelques gouvernements (Etats-Unis, Grande Bretagne, puis Norvège et Pays-Bas), des ONG et des entreprises, assortis de mécanismes de surveillance. Ils concernaient initialement uniquement les secteurs minier et énergétique, et sont devenus une référence générale.[ …]

 

En Juin 2003, le G8 d’Evian a lancé l’Initiative sur la Transparence des Paiements des Industries Extractives qui vise à clarifier les relations financières entre entreprises et Etats. Elle repose sur un système tripartite semi-contractuel entre  Etats, entreprises et ONG, assorti d’un mécanisme d’examen des rapports parallèlement fournis par les entreprises et les Etats et débouchant sur une « validation » collective. En 2010, plusieurs des validations ont été différées au motif que les Etats et entreprises avaient accompli des progrès insuffisants et avec la menace d’une exclusion du processus si la situation ne changeait pas dans les prochains mois. L’un des pays a ultérieurement été expulsé.

 

Les cahiers des charges des appels d’offres internationaux de banques et agences internationales prescrivent aussi de plus en plus le respect de critères de RSE, puisant à l’ensemble des « principes directeurs » et « volontaires » existants. La Société financière internationale, filiale de la Banque Mondiale, a, ainsi, adopté des Performance Standards, dont la révision en 2012 s’est traduite par un relèvement du degré d’exigence. Au niveau national, aussi bien les conditionnalités dans les investissements des organismes publics – assurance-crédit, sociétés d’investissement, fonds de retraite, etc. – que la politique de labels et de certifications qui se développe, participent de ce passage du volontarisme à l’obligatoire.

 

Est-on toujours, dans les exemples cités, dans le « volontarisme » et vraiment hors du champ du « droit dur » ? La soft law présente donc les caractéristiques d’un état chimique gazeux instable ayant tendance à se solidifier et à emporter des obligations pour les entreprises.[…]

 

Les avancées de la soft law sont donc éminemment liées aux aléas économiques et politiques. La série des crises économiques que connaît le monde depuis la fin des années 1990 a renforcé le doute qui pèse sur les vertus de la soft-law purement « volontaire ». Par ailleurs l’énormité des questions soulevées par la globalisation révèle l’impuissance du droit international classique. La solution est, dans ces conditions, un « mix ».

 

Enfin,  l’étude sur le « droit souple » publiée par le Conseil d’Etat en octobre 2013 invite à reconnaître que souplesse ne signifie pas faiblesse : « Il serait cependant réducteur de ne voir dans la RSE qu’un mécanisme défensif de réaction à des scandales. Ces démarches […] sont aussi porteuses d’avancées dans des domaines où le droit dur ne s’aventure qu’avec beaucoup de prudence. Ainsi, l’idée de responsabilité de l’entreprise à l’égard de l’ensemble de sa « chaîne de valeur », et donc de ses sous-traitants et fournisseurs, est généralement très présente, alors que le droit dur s’arrête le plus souvent aux frontières de la personne morale ». D’où notamment deux propositions :

 

Proposition n°20 : Promouvoir des démarches de RSE auditables et comparables en préconisant le recours à des standards internationaux communément acceptés.[…]

Proposition n°25 : Faire de l’influence dans certains lieux bien sélectionnés de la production de normes internationales de droit souple une priorité de la politique extérieure de la France.

 

  1. Principales normes internationales de RSE
  2. Le Pacte mondial des Nations Unies (Global Compact)

Extraits du site Internet

 

Le Pacte mondial est une initiative lancée en 1999 au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, par l’ancien Secrétaire général, Kofi Annan. Ce pacte invite les entreprises à adopter, soutenir et appliquer dans leur sphère d’influence un ensemble de 10 valeurs fondamentales dans les domaines suivants :

 

 

La phase opérationnelle du Pacte a été lancée au Siège de l’ONU à New York, le 26 juillet 2000. Le 20 avril 2006 a été créée la Fondation pour le Pacte mondial EN, un organisme à but non lucratif chargé de lever des fonds auprès du secteur privé afin de soutenir les ambitions du Pacte mondial. L’ancien Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, nomma un groupe de 20 leaders des milieux d’affaires, du monde syndical et de la société civile pour siéger au Conseil d’administration du Pacte mondial des Nations Unies.

Aujourd’hui, des centaines de sociétés de toutes les régions du monde, ainsi que des organisations internationales du travail et de la société civile participent au Pacte mondial. Le Pacte mondial n’est pas un instrument de réglementation – il ne sert pas à sanctionner, à dicter ou à évaluer le comportement ou les actions des sociétés. Il s’appuie plutôt sur la responsabilité à l’égard du public, la transparence et l’intérêt à long terme des sociétés, du monde du travail et de la société civile pour lancer des actions concrètes et conjointes en appliquant les principes énoncés dans le Pacte mondial.

S’appuyant sur le pouvoir de l’action collective, le Pacte mondial s’attache à promouvoir la responsabilité civique des entreprises afin que le monde des affaires puisse participer à la recherche de solutions pour résoudre les problèmes posés par la mondialisation. En partenariat avec d’autres acteurs sociaux, le secteur privé peut ainsi contribuer à la réalisation d’une économie mondiale plus viable et plus ouverte.

Le Pacte mondial est une initiative volontaire d’entreprises responsables, à laquelle sont associés deux objectifs complémentaires :

  • Intégrer le Pacte mondial et ses principes à la stratégie et aux activités des entreprises;
  • Favoriser la coopération entre les principales parties intéressées et promouvoir les partenariats établis à l’appui des objectifs poursuivis par l’ONU.

 

Pour atteindre ces objectifs, le Pacte mondial propose plusieurs mécanismes de facilitation et de participation: concertation sur les politiques, apprentissage, structures locales et projets.

Le Pacte mondial est un réseau, au cœur duquel se trouve le Bureau du Pacte mondial et quatre organismes des Nations Unies : le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’Organisation internationale du Travail (OIT) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

 

Il fait également appel à tous les partenaires sociaux concernés :

  • les gouvernements, qui ont défini les principes sur lesquels s’appuie l’initiative;
  • les sociétés, dont les actions sont censées être influencées par le Pacte;
  • le monde du travail, dans lequel le processus de la production mondial se réalise concrètement;
  • les organisations de la société civile, représentant l’ensemble des parties prenantes;
  • l’ONU, seul véritable forum politique mondial, qui sert d’organisateur et de catalyseur faisant autorité.

 

Les 10 principes

 

Le Pacte mondial invite les entreprises à adopter, soutenir et appliquer dans leur sphère d’influence un ensemble de valeurs fondamentales, dans les domaines des droits de l’Homme, des normes de travail et de l’environnement, et de lutte contre la corruption.

Ces dix principes sont inspirés de :

 

 

Droits de l’Homme

 

  • Les entreprises sont invitées à promouvoir et à respecter la protection du droit international relatif aux droits de l’Homme dans leur sphère d’influence; et
  • Veiller à ce que leurs propres compagnies ne se rendent pas complices de violations des droits de l’Homme.

 

Normes du travail

 

  • Les entreprises sont invitées à respecter la liberté d’association et à reconnaître le droit de négociation collective;
  • L’élimination de toutes les formes de travail forcé ou obligatoire;
  • L’abolition effective du travail des enfants; et
  • L’élimination de la discrimination en matière d’emploi et de profession.

 

Environnement

 

  • Les entreprises sont invitées à appliquer l’approche de précaution face aux problèmes touchant l’environnement;
  • A entreprendre des initiatives tendant à promouvoir une plus grande responsabilité en matière d’environnement; et
  • A favoriser la mise au point et la diffusion de technologies respectueuses de l’environnement.

 

Lutte contre la corruption

 

  • Les entreprises sont invitées à agir contre la corruption sous toutes ses formes, y compris l’extorsion de fonds et les pots-de-vin.

 

Mise en œuvre des principes

 

La mise en œuvre effective des principes du Pacte mondial suppose :

 

  • Leur intégration dans la stratégie et l’activité de l’entreprise;
  • Un engagement clair de la part de la direction de l’entreprise;
  • L’information de tout le personnel de l’entreprise, cadres et employés, pour obtenir que les principes soient appliqués par tous;
  • La création, au sein de l’entreprise, d’un environnement favorable aux idées nouvelles et à l’innovation;
  • La définition d’objectifs mesurables et la mise en place d’un système transparent de communication sur les progrès réalisés;
  • La volonté et la capacité d’apprendre et de s’adapter;
  • La détermination à prendre des mesures concrètes;
  • La volonté de coopérer et de dialoguer avec d’autres parties prenantes.

 

La communication sur le progrès

 

Les sociétés participantes doivent communiquer avec leurs parties prenantes (consommateurs, employés, syndicat, actionnaires, médias, pouvoirs publics, etc.), chaque année, sur les progrès accomplis dans l’intégration des principes du Pacte mondial.

La communication doit être incluse dans les rapports de l’entreprise (rapport annuel ou rapport sur l’activité de l’entreprise du point de vue du développement durable). Les entreprises qui ne publient pas ce type de rapport peuvent diffuser leur communication par d’autres moyens – par exemple en l’affichant sur leur site web – pour permettre à leurs salariés, leurs actionnaires, leurs clients et d’autres protagonistes de prendre connaissance de leurs engagements économiques, sociaux et environnementaux.

Les entreprises qui ne présentent pas de communication annuelle sont rayées de la liste des participants au Pacte mondial. Cette mesure est nécessaire pour garantir l’intégrité de l’initiative. La communication sur les progrès réalisés est un moyen important de démontrer l’attachement de l’entreprise participante au Pacte mondial et à ses principes. C’est aussi un moyen d’exercer une influence, de faciliter l’acquisition des connaissances, de stimuler le dialogue et de promouvoir l’action.

 

La communication doit comporter ces trois éléments :

 

  • Une déclaration confirmant l’adhésion au Pacte mondial. Celle-ci doit figurer dans la lettre d’accompagnement ou dans une déclaration ou un message signés du président, du directeur général ou d’un cadre supérieur de l’entreprise;
  • Une description des mesures concrètes que l’entreprise a prises depuis son adhésion au Pacte ou depuis sa dernière communication pour : a) appliquer les principes du Pacte mondial et b) établir des partenariats qui concourent aux grands objectifs des Nations Unies; et
  • Une mesure des résultats obtenus ou attendus, en utilisant autant que possible des indicateurs et systèmes d’évaluation du même type que ceux mis au point dans le cadre de l’Initiative mondiale sur les rapports de performance. Pour un exemple d’indicateurs, voir le tableau de correspondance entre les principes du Pacte mondial et les indicateurs de performance de la GRI.

 

Les participants sont tenus d’afficher une version électronique de leur communication ou un lien hypertexte sur le site web du Pacte mondial.

 

Autres possibilités d’engagement

 

Le Pacte mondial offre aux entreprises bien d’autres possibilités d’engagement actif qui leur permettent de valoriser au maximum leur participation.

 

Partenariats pour le développement

 

Le Pacte mondial encourage les entreprises à lancer des projets en partenariat avec d’autres parties prenantes pour promouvoir les grands objectifs des Nations Unies et notamment les objectifs du Millénaire pour le développement. Parce que les intérêts commerciaux et les objectifs sociétaux se recoupent de plus en plus, les entreprises doivent de plus en plus travailler en partenariat avec l’État, la société civile, les collectivités locales et d’autres acteurs. La collaboration multisectorielle peut permettre à une organisation ou à un secteur de surmonter des problèmes qu’il ne pourrait régler seul et d’agir plus efficacement grâce à de nouvelles combinaisons de ressources et de compétences. Le partenariat permet aux parties prenantes d’atteindre leurs objectifs individuels en conjuguant leurs forces et leurs compétences.

 

Réseaux locaux

 

Les réseaux locaux rassemblent des entreprises participantes qui, ensemble, vont mettre en place des structures de coordination et de direction pour promouvoir le Pacte mondial et ses principes dans une zone géographique ou une branche d’activité données. Les réseaux locaux jouent un rôle croissant dans la promotion du Pacte mondial au sein de différents contextes nationaux, culturels et linguistiques, et dans l’organisation qui doit être mise en place vu l’expansion rapide du Pacte mondial.

Le rôle des réseaux locaux est d’abord d’aider les entreprises (aussi bien les sociétés locales que les filiales de sociétés étrangères) participant au Pacte mondial à appliquer les 10 principes et de promouvoir les projets de partenariat et les initiatives collectives. Les réseaux contribuent aussi à l’apprentissage en organisant des activités et des manifestations et en faisant connaître aux participants les grands objectifs des Nations Unies. Le Pacte mondial dispose de réseaux locaux dans plus de 70 pays et régions, en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique, en Europe et en Amérique.

Concertation

Tous les ans, des réunions et ateliers sont organisés dans le monde entier sur des questions précises touchant la mondialisation et le civisme social. Ces réunions permettent aux entreprises de rencontrer des représentants d’organismes des Nations Unies, d’organisations professionnelles, d’organisations non gouvernementales et d’autres groupes pour trouver avec eux des solutions aux problèmes contemporains.

Le processus de concertation permet de cerner les problèmes nouveaux, d’instaurer la confiance et d’engager le dialogue entre les parties prenantes, et de sensibiliser les décideurs. Divers thèmes ont déjà été abordés, entre autres « Le rôle du secteur privé dans les zones de conflit », « Les entreprises et le développement durable » et, plus récemment, « La lutte contre la discrimination et la promotion de l’égalité au travail ».

B. Les Principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises multinationales

Par Pierre Poret, Conseiller, Direction des affaires financières et des entreprises, OCDE – 2011

Les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales sont des recommandations que les gouvernements adressent aux entreprises multinationales exerçant leurs activités dans les pays adhérents ou à partir de ces derniers. Ils contiennent des principes et des normes non contraignants destinés à favoriser une conduite raisonnable des entreprises dans un environnement mondialisé, en conformité avec les législations applicables et les normes internationalement admises. Les Principes directeurs constituent, en matière de conduite responsable des entreprises, le seul code exhaustif convenu à l’échelon multilatéral que les gouvernements se sont engagés à promouvoir.

Ils portent sur 9 thématiques, outre des Principes généraux

  1. Publication d’informations
  2. Droits de l’Homme
  3. Emploi et relations professionnelles
  4. Environnement
  5. Lutte contre la corruption, la sollicitation de pots-de-vin et d’autres formes d’extorsion
  6. Intérêts des consommateurs
  7. Science et technologie
  8. Concurrence
  9. Fiscalité

Les recommandations énoncées dans les Principes directeurs expriment les valeurs partagées par les gouvernements des pays dont provient une grande partie de l’investissement direct international et dans lesquels sont implantées nombre des entreprises multinationales parmi les plus grandes. Les Principes directeurs ont vocation à promouvoir une contribution positive des entreprises au progrès économique, environnemental et social partout dans le monde.

Les Principes directeurs sont étayés par un mécanisme de mise en œuvre unique en son genre, qui aide les entreprises et leurs parties prenantes à prendre les mesures adéquates pour en renforcer encore l’application, les Points de Contact Nationaux. Il s’agit d’un dispositif tout à fait original de médiation et de conciliation permettant de résoudre les problèmes pratiques susceptibles de se poser.

Les Points de contacts nationaux

 

Créés à la suite de la révision des Principes directeurs de l’OCDE pour les multinationales de 2000, les Points de Contact nationaux, obligatoirement institués par les Etats adhérant aux Principes, ont deux missions :

Le Point de contact national est un lieu d’échange d’informations sur les activités et les initiatives de ses différents membres liées aux principes directeurs. Il doit remettre chaque année un rapport d’activité au comité de l’investissement de l’OCDE à l’occasion de la réunion annuelle des PCN. Les documents peuvent être téléchargés sur le site internet de l’OCDE.

Le Point de contact national doit répondre aux demandes qui lui sont soumises au sujet de la conformité du comportement d’une entreprise multinationale au regard des principes directeurs de l’OCDE.  La saisine est adressée par courrier au Président du Point de contact national. Le Point de contact national étudie la recevabilité de la demande. La demande doit être suffisamment précise et faire clairement référence aux principes directeurs de l’OCDE.

Si cette demande est jugée recevable, le Point de contact national s’efforcera d’organiser entre les parties impliquées un règlement consensuel de la question soulevée. A cette fin, il consultera, le cas échéant, le Point de contact national de l’autre pays concerné ou des autres pays concernés. Dans une telle situation, l’entreprise concernée aura la possibilité d’exprimer ses vues. Elle pourra être auditionnée à sa demande ou à la demande des membres du PCN. Si les parties ne parviennent pas à un accord, le Point de contact national devra publier un communiqué et, éventuellement, des recommandations concernant la mise en œuvre des principes directeurs de l’OCDE. Ces recommandations devront veiller à respecter la confidentialité des données sensibles de l’entreprise.

À l’OCDE, un rôle d’impulsion et de suivi dans l’évolution et l’application des Principes directeurs est dévolu au Comité de l’investissement qui entretient également des relations étroites avec les organismes consultatifs de l’OCDE et la société civile (BIAC Business Industry Advisory CommitteeTUAC ,Trade Union Advisory Committee,  OECD Watch).

Le 4 mai 2010, les gouvernements de 42 pays membres et non membres de l’OCDE ayant adhéré à la Déclaration de l’OCDE sur l’investissement international et les entreprises multinationales et à la Décision connexe ont décidé de mettre à jour les Principes directeurs à la lumière des évolutions du paysage de l’investissement international et des entreprises multinationales intervenues depuis la dernière révision effectuée en 2000. Cette mise à jour a pour objet de garantir que les Principes directeurs continueront à jouer leur rôle d’instrument international de premier plan dans la promotion d’une conduite responsable des entreprises.

L’économie mondiale s’articule aujourd’hui autour de schémas de production de consommation inédits et plus complexes. Les pays non membres de l’OCDE attirent une part plus large de l’investissement mondial et les entreprises multinationales issues de pays non adhérents ont gagné en importance. Parallèlement, l’effritement de la confiance dans des marchés ouverts observée après la crise mondiale, la nécessité de réagir au changement climatique et la réaffirmation des engagements internationaux envers les objectifs du développement ont amené les pouvoirs publics, le secteur privé et les partenaires sociaux à plaider avec une insistance renouvelée en faveur de normes élevées pour une conduite responsable des entreprises.

Les Principes directeurs mis à jour et la Décision connexe ont été adoptés par les 42 pays adhérents le 25 mai 2011 lors de la Réunion du Conseil de l’OCDE au niveau des Ministres.

Parmi les points marquants de cette mise à jour, on peut citer :

  • Un nouveau chapitre sur les droits de l’homme inspiré des Principes directeurs pour les entreprises et les droits de l’homme : mise en œuvre du cadre « Protéger, respecter et réparer » établi par les Nations Unies.
  • Une approche nouvelle et plus complète de la diligence et de la gestion responsable de la chaîne d’approvisionnement qui représente un progrès significatif par rapport aux conceptions antérieures.
  • Des changements importants dans de nombreux chapitres spécialisés concernant par exemple l’emploi et les relations sociales, la lutte contre la corruption, la sollicitation de pots-de-vin et d’autres formes d’extorsion, l’environnement, les intérêts des consommateurs, la publication d’informations ou encore la fiscalité.
  • Des lignes directrices de procédure plus claires et plus strictes qui renforceront le rôle des Points de contact nationaux, instances établies par les gouvernements adhérents pour promouvoir et mettre en œuvre les Principes directeurs, en amélioreront les performances et favoriseront l’équivalence fonctionnelle.
  • Un agenda proactif de mise en œuvre destiné à aider les entreprises à assumer leurs responsabilités au fur et à mesure que de nouveaux défis se présenteront à elles.

Les travaux relatifs à la mise à jour des Principes directeurs ont été menés à bien par les gouvernements adhérents qui ont procédé à des consultations intensives avec un large éventail de parties prenantes et de partenaires. Tous les pays du G20 non adhérents ont été invités à prendre part à la mise à jour sur un pied d’égalité ; ils ont apporté à ce titre des contributions importantes, de même que les participants aux consultations régionales organisées en Asie, en Afrique, en Amérique latine ainsi qu’au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Le Comité consultatif économique et industriel auprès de l’OCDE (BIAC), la Commission syndicale consultative auprès de l’OCDE (TUAC) et OECD Watch se sont fait les porte-paroles des entreprises, des organisations syndicales et des organisations gouvernementales grâce à des consultations régulières et à leur participation active au groupe consultatif du Président du Groupe de travail chargé de la mise à jour des Principes directeurs. L’ancien Représentant spécial pour la question des droits de l’Homme et des sociétés transnationales et autres entreprises auprès du Secrétaire général des Nations Unies, le Professeur John Ruggie, l’Organisation internationale du travail et d’autres organisations internationales ont également apporté de larges contributions à la mise à jour.

 

  1. Les Principes directeurs du Conseil des droits de l’Homme des Nations unies sur les entreprises et droits de l’Homme

Extrait de France-Diplomatie

Le 17 juin 2011, le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies adoptait des “Principes directeurs sur les droits de l’Homme et les entreprises”. Cette adoption à l’unanimité est, à juste titre, considérée comme un évènement majeur pour la protection des droits de l’Homme et pour l’évolution du concept de RSE.

Il a fallu 18 ans pour arriver à ce résultat ; l’idée avait été lancée par la conférence mondiale des droits de l’Homme de Vienne, dès 1993, qu’il fallait entraîner ces acteurs majeurs de l’économie et du social que sont les entreprises à s’engager au service du respect des droits de l’Homme.

Plusieurs tentatives se sont succédées, confiées à des rapporteurs et comités ad hoc. En 1999, le Secrétaire Général des Nations Unies a lancé le Pacte Mondial, dont 4 des 10 Principes sont relatifs aux droits de l’Homme. Puis la Sous-commission des droits de l’Homme des Nations Unies a tenté d’élaborer un traité sur le sujet, que les États ont, à travers la Commission des droits de l’Homme, refusé d’examiner en 2004. Le Conseil des droits de l’Homme, nouvelle appellation de la Commission, mandate en juin 2005 un “Représentant spécial du secrétaire général de l’ONU pour les droits de l’Homme, les entreprises transnationales et autres entreprises”, le professeur John Ruggie, universitaire connu pour avoir participé à l’élaboration du Pacte Mondial.

Au terme d’un premier mandat de trois ans, il a fait adopter en juin 2008 par le Conseil un “cadre conceptuel et des principes d’action afin d’ancrer le débat sur les entreprises et les droits de l’Homme”. Il s’articule autour de trois principes fondamentaux :

  • l’obligation de protéger incombant à l’État lorsque des tiers, y compris des sociétés, portent atteinte aux droits de l’Homme ;
  • la responsabilité des entreprises de respecter les droits de l’Homme ;
  • la nécessité d’un accès plus effectif à des mesures de réparation pour les victimes. Suite à de très nombreuses concertations avec des institutions internationales engagées dans la construction d’autres normes (ISO, OCDE, Banque Mondiale, Union européenne), un consensus associant organisations d’employeurs, d’employés et de défense des droits de l’Homme s’est construit, débouchant sur l’adoption unanime par le Conseil des droits de l’Homme, en juin 2011, des Principes directeurs sur les entreprises et les droits de l’Homme. Ils sont organisés en trois piliers déduits du cadre de 2008 : “protéger, respecter, remédier”.

Les principaux apports de ces Principes directeurs, norme de droit souple visant à rendre opérationnel ce cadre conceptuel,  sont :

  1. L’affirmation du rôle central de l’Etat dans la protection et la promotion des droits de l’Homme vis-à-vis des entreprises ;
  2. La priorité donnée à l’approche par les risques;
  3. la responsabilité étendue à la chaîne de valeur;
  4. le droit international écrit et obligatoire des droits de l’Homme et du droit du travail pris comme référence.
  5. La norme ISO 26000

 

Extrait de l’audition de Michel Doucin, Ambassadeur chargé de la responsabilité sociale des entreprises, le 5 mars 2013, par le section des affaires européennes et internationales du Conseil Economique, Social et Environnemental français dans le cadre de la préparation de l’avis  “La RSE comme outil de la transition économique, sociale et environnementale»

 

La définition la plus complète de la RSE est celle d’ISO 26 000 ; sur tous les continents, tous les gouvernements s’en inspirent et la plupart des organisations patronales s’en servent dans la construction des politiques de RSE. ISO ayant élargi la réflexion RSE à l’ensemble des organisations,  aussi bien les associations, les syndicats, que les fondations et les entreprises, la norme ISO 26000 traite de « responsabilité sociétale des organisations ».

 

Elle la définit comme la « maîtrise par une organisation des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui – contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société ; – prend en compte les attentes des parties prenantes ; – respecte les lois en vigueur tout en étant en cohérence avec les normes internationales de comportement ; – et qui est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations. »

Je vais me permettre de peser devant vous chacun des termes de cette définition, car chacun est porteur de sens.

 

– « Maîtrise des impacts. » Dans les définitions antérieures on insistait beaucoup sur le caractère volontaire et facultatif. Aujourd’hui, aucune définition n’utilise le mot « volontaire ». On attend d’une entreprise qu’elle soit d’abord responsable en maîtrisant les impacts qu’elle a autour d’elle, sans tergiversation. D’autre part, on est passé d’une vision anglo-saxonne moraliste et fondant la RSE sur le bon vouloir des entreprises, à une vision plus structurée, assise sur les droits fondamentaux universels, donc sur l’idée que certaines pratiques sont incontournables. Ce basculement doit beaucoup à la ligne définie par la diplomatie française.

 

– « Comportement éthique » : Certes, l’attente porte aussi sur un comportement éthique, mais il s’agit simplement de l’éthique des affaires, qui est largement codifiée dans le droit international des affaires : on ne doit pas chercher à « rouler » son partenaire économique.

 

– « Comportement transparent » : L’une des manières de s’assurer de la maîtrise des impacts sur la société, c’est  la transparence. Comme vous le savez, dès2001 la France a innové en adoptant une loi, dite NRE, dont l’un des articles demande aux entreprises cotées de publier dans leur rapport annuel des informations qui ne sont pas simplement financières, qui ont trait à leurs pratiques dans le domaine de l’environnement et du social. C’est ainsi largement la France qui a mis sur la table des discussions internationales la question de la transparence ; les citoyens attendent, avons-nous dit, de savoir ce que le pouvoir économique fait qui peut avoir un effet sur eux. Pour connaître les impacts, il faut avoir un minimum de lisibilité. C’est en étant lisible dans ses actes que l’entreprise peut contribuer au développement durable qui est un devenir partagé.

 

– « Contribue au développement durable » : Cette notion de développement durable n’apparaissait pas dans la plupart des définitions antérieures. Il a ainsi fallu près de 20 ans pour intégrer la réflexion issue de la conférence de Rio de 1992 sur les risques que notre planète connaît et qui ne sont pas simplement des risques environnementaux, en s’interrogeant sur ce que nous laisserons aux « générations futures ».

 

– « y compris à la santé et au bien-être de la société » : La définition adoptée par ISO 26000 explique ainsi que le développement durable ne se limite pas à l’environnement, mais comprend la maitrise des impacts sur la santé et le bien-être. Des comportements sociaux négatifs peuvent affecter le développement à long terme de notre écosystème.

 

 

– « prend en compte les attentes des parties prenantes » : Autre point clé, cette maîtrise des impacts doit passer par la prise en compte des attentes des parties prenantes. La notion de « partie prenante » ne parle pas d’emblée. Une entreprise fait partie d’un écosystème avec lequel elle a des interactions ; elle achète et vend ; elle loue de la ressource humaine, des matériels. Elle a des effets sur les populations qui sont autour d’elle mais aussi plus lointainement, par ses émissions et rejets. Tous ces interlocuteurs de l’écosystème de l’entreprise constituent ses parties prenantes. La définition s’en tient à cet égard à un concept un peu flou parce qu’il revient à chaque entreprise de faire l’identification poussée de « ses » parties prenantes, qui pourront être aussi bien les collectivités locales, des organisations professionnelles que des associations de consommateurs, des ONG environnementalistes. . Une banque n’aura pas le même type de parties prenantes qu’une entreprise minière, car ses impacts sur la société seront de nature différente. Il s’agit d’écouter et ce dans une approche qui ne soit pas simplement défensive. La réflexion académique sur la RSE considère que si l’entreprise veut survivre dans son écosystème, il faut qu’elle vive bien avec lui, qu’elle comprenne, par exemple, quelles sont les attentes de ses consommateurs, de ses riverains. Dans ce dernier cas, pour prévenir d’éventuelles pétitions, voire des votations (si l’on est en Suisse) demandant l’interdiction de son activité économique. Ce concept de parties prenantes est donc aussi porteur de propositions de méthodologie sur la stratégie de long terme pour le management. Les écoles de commerce développent cette idée dans leurs enseignements.

 

 

– « respecte les lois en vigueur tout en étant en cohérence avec les normes internationales de comportement » : Dans les nouvelles définitions de la RSE, il est un invariant par rapport aux précédentes: le principe du respect des lois en vigueur. Mais il y est ajouté un complément important, formulé dans ISO 26000 par les mots « en cohérence avec les normes internationales de comportement ». Que signifie ce jargon ? ISO 26 000 constitue un miracle – dans lequel la France a joué un rôle important – : des pays émergents comme la Chine ont accepté de signer un document où l’on parle de respect des droits de l’Homme et des normes fondamentales de l’OIT. Les négociateurs ont bien tenté d’écrire respect des « traités internationaux fondamentaux concernant les droits de l’Homme, de l’environnement et du travail », mais cela ne passait pas. L’art diplomatique est de trouver des synonymes transparents ; la rédaction jugée provocatrice a été remplacée par celle de « normes internationales de comportement ». Et, dans les notes explicatives, il est ensuite dit que la norme internationale de comportement, c’est ce qui est considéré comme universel parmi les standards internationaux, et donc les traités internationaux universels.

 

– « est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations » : le comportement responsable attendu des entreprises doit aussi être intégré dans la pratique de production et de commercialisation. La RSE,  ce n’est pas verser de l’argent à la caisse des écoles du groupe scolaire qui est à 50 mètres de l’usine. Il s’agit de transformer l’activité de l’entreprise à partir de sa réflexion sur ses impacts en dialogue avec les parties prenantes essentielles. Les questions à se poser sont : « Comment s’inscrit-elle dans le long terme ? Comment organiser l’écoute des parties prenantes clés, et donc définir une hiérarchie entre elles ? Comment s’inscrire dans le respect des normes internationales fondamentales ? Comment mettre cela en œuvre dans ses relations commerciales? » L’entreprise étant une partie d’un écosystème dont elle dépend et auquel elle participe, sa politique de RSE doit « infuser » dans l’ensemble de cet écosystème.

 

Dans les définitions antérieures, on parlait surtout d’environnement, de social et de sociétal. Ces dernières années, ont vu de nombreuses institutions beaucoup insister sur l’idée qu’il fallait introduire une réflexion sur les droits de l’Homme pris dans un sens assez large, afin notamment de compenser le fait que, dans le domaine environnemental, nous sommes encore assez faibles en matière de traités internationaux. Par le biais des droits de l’Homme, on touche à l’écosystème humain. Attenter à l’environnement, c’est attenter à la santé humaine; le droit des droits de l’Homme permet de compenser certaines lacunes du droit international.

 

  1. La Charte Du Groupe D’amis Du Paragraphe 47 Sur Le Reporting De Developpement Durable Par Les Entreprises (novembre 2012)

Lors de la conférence Rio + 20, le 20 juin 2012, plusieurs gouvernements se sont accordés pour lancer une initiative commune pour développer le reporting des entreprises sur leurs pratiques de développement durable, en soutien au paragraphe 47 du document final de la Conférence sur le Développement Durable dite Rio+20. L’Afrique du Sud, le Brésil, le Danemark et la France ont formé le ‘groupe des amis du paragraphe 47 pour la développement du reporting des entreprises sur développement durable. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) et la Global Reporting Initiative (GRI)  ont apporté leur appui. D’autres gouvernements se sont joints, depuis à cette initiative : Autriche, Argentine, Colombie, Suisse, etc.

 

Le paragraphe 47 déclare :

« Nous sommes conscients de l’importance de la communication, par les entreprises, d’informations sur l’impact environnemental de leurs activités et les encourageons, en particulier s’agissant des entreprises cotées et des grandes entreprises, à étudier la possibilité d’insérer dans leurs rapports périodiques des informations sur la soutenabilité de leurs activités. Nous encourageons le secteur industriel, les gouvernements intéressés ainsi que les parties prenantes concernées à élaborer, avec l’appui du système des Nations Unies s’il y a lieu, des modèles de meilleures pratiques et à faciliter la publication d’informations sur le caractère durable de leurs activités, en faisant fond sur les enseignements tirés des cadres existants et en accordant une attention particulière aux besoins des pays en développement, notamment en matière de renforcement des capacités. »

 

Le Groupe a adopté la charte suivante en novembre 2012 :

 

Nous, représentants de Gouvernements de pays de différentes régions du monde, nous engageons à concourir à la mise en œuvre du Paragraphe 47 du document final de la Conférence des Nations Unies sur le Développement Durable de 2012 (Rio+20, «  Le  futur que nous voulons »[1] -Cet engagement se traduit par notre participation au Groupe des Amis du Paragraphe 47, constitué pendant la Conférence  Rio+20 à l’initiative des Gouvernements d’Afrique du Sud, du Brésil, du Danemark et de France[2].

Nous applaudissons l’adoption unanime du texte «  Le  futur que nous voulons » lors de la  Conférence Rio+20 et reconnaissons l’importance de l’inclusion en son sein d’un Paragraphe 47 sur le reporting de développement durable par les entreprises, qui constitue un pas en avant dans la réalisation d’une culture internationale de transparence et de redevabilité pour les entreprises.  Bien qu’il ne propose pas de mesures précises pour la réalisation de la démarche, le Paragraphe 47 marque une avancée par rapport aux points d’accord auxquels la conférence de Johannesburg était  parvenue, dix ans plus tôt, car  :

  • Il invite les Gouvernements, les Nations Unies et les autres parties-prenantes concernées à s’engager à faire progresser le reporting de développement durable par les entreprises
  • Il invite à tirer des leçons de l’expérience fournie par les cadres institutionnels existants
  • Il reconnaît que le reporting de développement durable est globalement producteur d’effets utiles, et que les besoins des pays en développement en la matière, y compris en termes de formation, méritent une attention particulière.

 

Nous avons tiré des enseignements des crises environnementale, sociale et économique des dernières décennies, et avons conscience que nous sommes face à des défis majeurs tels que le changement climatique, la diminution des ressources naturelles, la croissance de la population, les inégalités et la pauvreté. Ces défis peuvent être surmontés grâce à la collaboration active de tous les acteurs concernés et par la promotion d’une culture de transparence, de redevabilité et de confiance. Parce que le reporting de développement durable contribue à  développer cette culture, nous sommes convaincus qu’il  a un rôle majeur à jouer.

Nous entendons par reporting de développement durable la communication publique d’informations concernant les impacts significatifs de nature sociale, environnementale, et relatifs à la gouvernance et à la performance des entreprises. Ce reporting est un chemin privilégié pour conduire à la responsabilité d’entreprise et pour faire apparaître la création de valeur à long terme d’une entreprise. Nous entendons par responsabilité d’une entreprise sur les  impacts de ses activités sur la société et l’environnement, un comportement transparent et éthique qui contribue au développement durable, celui-ci incluant la santé et le bien-être de la société. La responsabilité d’une entreprise englobe sa sphère d’influence, celle-ci étant en général la partie de sa chaîne de valeur sur laquelle elle peut exercer un pouvoir économique et décisionnel. Le reporting de développement durable par les entreprises est aujourd’hui un concept mature. Un nombre croissant d’entreprises incluent des indicateurs chiffrés et de l’information sur leurs politiques de développement durable dans leurs rapports annuels afin de compléter les informations sur le chiffre d’affaires, l’endettement et les provisions.

Nous partageons une vision commune

La transparence et la redevabilité des entreprises sont des éléments constitutifs du bon fonctionnement d’une économie de marché et promoteurs de la contribution du secteur privé au développement durable. Faire du reporting de développement durable une pratique généralisée pour les grandes entreprises et celles qui sont cotées contribuera à l’identification des impacts des entreprises sur le développement durable et encouragera des pratiques entrepreneuriales concourant au développement durable. Les petites et moyennes entreprises rencontrent des défis propres lorsqu’elles s’investissent dans la RSE, ce qui appelle des approches spécifiques répondant à leurs particularités.

Nous sommes convaincus que le rôle des  Gouvernements est essentiel dans la promotion d’une culture de transparence entrepreneuriale.

Les Gouvernements jouent un rôle essentiel en veillant à l’application effective des lois et règlements ainsi qu’en construisant une culture de transparence dans le monde des affaires. Les Gouvernements ont déjà démontré l’existence de différentes voies pour promouvoir le reporting de développement durable : règlementation de l’information pertinente à fournir aux actionnaires, employés et consommateurs ;  règles pour les Bourses de Valeurs ; des dispositions pour les marchés publics, ; lois pour la sécurité et la protection de la santé ; réglementation  financière ;  processus politiques et  consultatifs pour élargir les consensus,  dialogue social institutionnel, et enfin dialogue civil sur  les moyens  d’aboutir à  un droit environnemental effectif et d’aller au delà du droit.

Dans l’esprit du Paragraphe 47, nous reconnaissons que chaque Gouvernement choisit les outils de politique les plus pertinents et applicables compte tenu de sa  culture et de sa compétence territoriale. Nombre de Gouvernements ont déjà démontré qu’il existe différentes manières de promouvoir le reporting de développement durable, telles qu’une combinaison entre droit souple et droit contraignant, la réglementation des marchés, les dispositions spécifiques pour les marchés publics et la réglementation financière. Plusieurs d’entre eux ont institué des lois, des procédures ou des guides méthodologiques sur le reporting de développement durable pour les entreprises.  Un certain nombre de Bourses de Valeurs et régulateurs de marchés exigent désormais que les entreprises cotées s’engagent avec sérieux dans leur communication.

Nous reconnaissons l’importance des vues et des perspectives des parties prenantes et nous engageons à construire  avec celles qui sont intéressées un dialogue ouvert.

Nous appuyant sur plusieurs expériences nationales, nous sommes d’avis que le développement de modèles de politiques et de réglementations des marchés favorables au reporting de développement durable représente un pas important en avant dans la généralisation des pratiques dans ce domaine. Des politiques et des réglementations sont nécessaires pour créer une égalité dans la concurrence et pour réunir les conditions pour que le monde des affaires contribue au développement durable.

Nous entendons partager nos expériences respectives au sein de notre Groupe et avec l’ensemble du monde, contribuer à  faire progresser les politiques d’encouragement au reporting de développement durable et veiller à répondre aux attentes des pays en développement.

Dans l’esprit du Paragraphe 47, nous invitons d’autres Gouvernements  partageant la vision exprimée dans la présente Charte à rejoindre le  Groupe des Amis du Paragraphe 47 et à contribuer ainsi à la construction du Futur que nous Voulons.

 

  1. La politique de l’Union européenne en matière de responsabilité sociale des entreprises

 

Intervention de M. Michel Doucin, ambassadeur chargé de la responsabilité sociale des entreprises –  CSR Singapour Compact – 28 Septembre 2012 (Extraits=

 

La politique européenne en matière de responsabilité sociale des entreprises a débuté en 2001 avec le Livre Vert consacré à ce sujet, suivie, l’année d’après d’une première communication. L’an dernier, le 25 octobre, la Commission européenne a publié une troisième communication sur ce thème. Elle s’intitule « Une stratégie européenne rénovée pour 2011-14 pour la responsabilité sociale des entreprises ». […]

 

    1. Les arguments présentés pour justifier une politique européenne de la RSE

 

Les raisons invoquées à l’appui d’une “Stratégie pour la RSE” sont principalement au nombre de quatre :

 

    1. « Avoir une politique de responsabilité sociale des entreprises est de l’intérêt des entreprises »

 

Cette phrase est le premier intertitre apparaissant dans l’introduction de la communication. Il est développé de la façon suivante :

 

« La mise en place d’une approche stratégique de la RSE devient de plus en plus importante pour la compétitivité des entreprises. Une telle démarche peut leur être profitable sur le plan de la gestion des risques, de la réduction des coûts, de l’accès au capital, des relations avec la clientèle, de la gestion des ressources humaines et de la capacité d’innovation.

« La RSE leur imposant de s’engager auprès de parties prenantes internes et externes, les entreprises peuvent mieux anticiper et mettre à profit l’évolution des attentes de la société et des conditions d’activité. La RSE peut par conséquent stimuler le développement de nouveaux marchés et créer des perspectives de croissance.

« En se préoccupant de leur responsabilité sociale, les entreprises peuvent construire une relation de confiance à long terme vis-à-vis de leurs employés, des consommateurs et des citoyens, sur laquelle elles peuvent asseoir des modèles d’entreprises durables. Des niveaux de confiance plus élevés favorisent, par voie de conséquence, l’émergence d’un environnement au sein duquel les entreprises peuvent innover et se développer.

« En adoptant un comportement responsable socialement, les entreprises peuvent contribuer de manière significative à atteindre les objectifs fixés par le traité sur l’Union européenne d’œuvrer pour le développement durable et une économie sociale de marché hautement compétitive. La RSE s’inscrit dans le droit fil des objectifs de la stratégie Europe 2020 pour une croissance intelligente, durable et inclusive, notamment celui de parvenir à un taux d’emploi de 75 %. Il est particulièrement important que les entreprises se conduisent de manière responsable lorsque ce sont des opérateurs du secteur privé qui fournissent des services publics. Les efforts consentis par ces dernières pour atténuer les conséquences sociales de la crise économique actuelle, y compris au niveau des pertes d’emplois, font partie de la responsabilité sociale des entreprises. La RSE propose un socle de valeurs sur lequel bâtir une société plus solidaire et sur lequel fonder la transition vers un système économique durable. » […]

 

 

    1. Restaurer la confiance des citoyens européens affectés par la crise économique

 

La Commission explique :

 

« La crise économique et ses conséquences sociales ont quelque peu mis à mal la confiance des consommateurs et le degré de confiance dans les entreprises. Elles ont cristallisé l’attention du public sur la performance sociale et éthique des entreprises (…). Il y a souvent un décalage entre les attentes des citoyens et ce qui leur semble être la réalité du comportement des entreprises. Ce décalage s’explique en partie par le comportement irresponsable de certaines entreprises ainsi que par la façon dont certaines entreprises exagèrent leurs mérites dans le domaine environnemental ou social. Il s’explique parfois par la compréhension lacunaire que certaines entreprises ont des attentes de la société en rapide évolution et par la connaissance insuffisante que les citoyens ont des réalisations des entreprises et des contraintes qui leur sont imposées. »

 

Partout dans le monde, en effet, un grand nombre de personnes, donc des personnes à faible revenu, ont perdu une grande partie de leurs économies. De multiples scandales ont affecté la confiance dans les entreprises. Or sans confiance, les marchés ne fonctionnent pas. La RSE est envisagée par la Commission européenne comme l’une des voies pour restaurer la confiance.

 

    1. Bâtir une approche harmonisée de la RSE en Europe

 

La Commission observe que  « sur les 27 États membres de l’UE, 15 sont dotés de cadres stratégiques nationaux visant à promouvoir la RSE. Cela pourrait faire apparaître « le risque que des approches divergentes n’occasionnent des coûts supplémentaires aux entreprises qui exercent leurs activités dans plus d’un État membre. » […]

 

    1. Contribuer au respect des normes internationales en matière de droits fondamentaux

 

La Commission annonce clairement son intention de « Rapprocher les conceptions européenne et mondiale de la RSE. » Que veut-elle dire par là ?  « L’Union devrait défendre les intérêts européens dans le contexte de l’élaboration de mesures internationales en matière de RSE, tout en assurant l’intégration des principes et lignes directrices internationalement reconnus dans ses propres politiques en la matière.(…) Soucieuse de favoriser  l’harmonisation des «règles du jeu» à l’échelle mondiale, la  Commission entend renforcer sa coopération avec les États membres, les pays partenaires et les instances internationales compétentes afin d’encourager le respect des principes et lignes directrices afférents à la RSE qui sont internationalement reconnus et de favoriser leur cohérence. »

 

Ensuite, sont citées les normes internationales que l’UE entend soutenir et promouvoir au plan international : les Principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises multinationales, ISO 26000, le Pacte Mondial,  la Déclaration tripartite de l’OIT sur les entreprises sur les principes concernent les entreprises multinationales et la politique sociale et, dans un paragraphe distinct, les Principes directeurs des Nations Unies sur les droits de l’Homme et les entreprises. […]

 

« Pour les entreprises qui, en matière de RSE, visent une approche formelle, notamment les grandes entreprises, des principes et des orientations reconnus internationalement donnent des indications qui font autorité, en particulier les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales, récemment mis à jour, les dix principes définis dans le Pacte mondial des entreprises (Global Compact) des Nations unies, la norme d’orientation sur la responsabilité sociale ISO 26000, la déclaration de principes tripartite de l’OIT sur les principes concernant les entreprises multinationales et la politique sociale, et les principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. Cet ensemble de principes et d’orientations reconnus internationalement constitue pour la RSE un cadre mondial évolutif, qui a été récemment renforcé. La politique européenne visant à promouvoir la RSE devra être pleinement compatible avec ce cadre. » […]

 

    1. Une nouvelle définition porteuse de signification

 

La communication déclare: « La Commission propose de redéfinir la RSE comme étant «la responsabilité des entreprises vis-à-vis des effets qu’elles exercent sur la société». Pour assumer cette responsabilité, il faut au préalable que les entreprises respectent la législation en vigueur et les conventions collectives conclues entre partenaires sociaux. Afin de s’acquitter pleinement de leur responsabilité sociale, il convient que les entreprises aient engagé, en collaboration étroite avec leurs parties prenantes, un processus destiné à intégrer les préoccupations en matière sociale, environnementale, éthique, de droits de l’homme et de consommateurs dans leurs activités commerciales et leur stratégie de base, ce processus visant :

– à optimiser la création d’une communauté de valeurs pour leurs propriétaires/actionnaires, ainsi que pour les autres parties prenantes et l’ensemble de la société ;

– à recenser, prévenir et atténuer les effets négatifs potentiels que les entreprises peuvent exercer. (…) Afin de recenser, prévenir et atténuer les effets négatifs potentiels qu’elles pourraient avoir, les grandes entreprises et les entreprises particulièrement exposées au risque d’avoir ce type d’effets, sont incitées à faire preuve de la diligence qui s’impose en fonction des risques, y compris dans leurs chaînes d’approvisionnement. »

 

Cette définition est, première remarque, alignée sur celle d’ISO 26000 : « La responsabilité sociale des entreprises est la maîtrise par une organisation des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui – contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société ; – prend en compte les attentes des parties prenantes ; – respecte les lois en vigueur tout en étant en cohérence avec les normes internationales de comportement ; – et qui est intégré dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations. »

 

L’expression normes internationales de comportement choisie par ISO 26000 signifie traités largement ratifiés par la communauté internationale. La nouvelle définition de l’UE est claire à cet égard car elle cite des normes qui font explicitement référence à des traités, en  cohérence avec l’objectif de contribuer au respect des normes internationales relatives aux droits fondamentaux. Elle confirme bien l’évolution de la RSE vers le droit dur.

 

Enfin, la phrase  il faut au préalable que les entreprises respectent la législation en vigueur et les conventions collectives conclues entre partenaires sociaux, souligne que l’Union européenne est le projet partagé par 27 pays de construire une économie sociale de marché. En cela, la RSE européenne se différencie nettement de la conception dominante qui tend à ignorer la négociation collective et à ranger les partenaires sociaux dans le vaste sac indifférencié des parties-prenantes.

 

S’affirme ainsi une cinquième raison pour que l’Europe s’engage dans une politique RSE :  celle-ci est une voie pour la réalisation de l’économie sociale de marché. « La Commission (…) reconnaît que la RSE contribue au et dynamise le dialogue social », proclame la communication.

 

 

 

 

    1. Un Agenda pour l’action : une méthode pour stimuler le développement de la RSE.

 

La communication inclut un Agenda pour l’action 2011-2014. Il traduit en programmes les cinq raisons que nous avons identifiées. Pour faire court, on peut classer ces programmes en trois catégories :

 

    1. Demande est adressée aux Etats d’élaborer deux plans d’action

 

[…] La communication explique le rôle éducatif des autorités publiques vis-à-vis des jeunes générations : « Les États membres peuvent jouer un rôle important à cet égard en encourageant les établissements d’enseignement à intégrer la RSE, le développement durable et la citoyenneté responsable dans les programmes appropriés, tant à l’échelon de l’enseignement secondaire qu’à l’échelon universitaire. »

 

La Commission ajoute : « Les pouvoirs publics devraient avoir un rôle de soutien en combinant intelligemment des mesures politiques facultatives et, le cas échéant, des dispositions réglementaires complémentaires, afin par exemple de favoriser la transparence, de créer des mécanismes de marché qui incitent à une conduite responsable des affaires, et de responsabiliser les entreprises ». Parmi ces mesures, les marchés publics (18 % du PIB Européen) devraient être rendus socialement responsables  « pour aider les entreprises sous-représentées, telles les PME, à avoir accès à ces marchés. »

 

Les Etats Européens sont invités à élaborer deux types de plans : l’un, le plan national de la RSE, vise à  « promouvoir la RSE dans le contexte de la mise en œuvre de la stratégie Europe 2020, en y faisant référence aux principes et lignes directrices internationalement reconnus en matière de RSE et en tenant compte des questions soulevées dans la présente communication.» Les 27 plans nationaux d’action pour la RSE seront utilisés comme base pour des exercices de peer-learning entre pays, avec comme objectif de promouvoir les bonnes pratiques ainsi que d’identifier les initiatives susceptibles de créer des difficultés ou de la complexité inutiles handicapant les entreprises.

 

Il est aussi demandé des « plans nationaux de mise en application des principes directeurs des Nations unies (sur les droits de l’Homme et les entreprises) ».  Car la Commission souhaite que l’Europe soit exemplaire dans ce domaine et contribue à la réalisation des  « objectifs de l’Union relatifs à des questions spécifiques afférentes aux droits de l’homme et à des normes fondamentales en matière de travail, y compris en ce qui concerne le travail des enfants, les travaux forcés, le trafic des êtres humains, l’égalité des sexes, la  non-discrimination, la liberté d’association et le droit à la négociation collective. »

 

    1. Un nombre limité de lois européennes

 

La légitimité reconnue aux Etats dans la stimulation des comportements privés de type RSE s’applique aussi à l’Union Européenne elle-même. Mais la Commission considère que son rôle normatif doit être limité aux circonstances où les entreprises ne trouvent pas spontanément le juste chemin et où les Etats risquent d’être sources d’incohérences. Ces cas sont :

 

– Les marchés publics, car les Etats ont aussi à « respecter des dispositions du traité relatives à la non-discrimination, à l’égalité de traitement et à la transparence. » On ne peut donc laisser les Etats les réglementer seuls.

 

– « La communication par les entreprises d’informations sociales et environnementales, y compris d’informations relatives au climat, » car, comme « plusieurs États membres ont instauré des obligations en matière de communication d’informations de nature non financière qui vont au-delà des dispositions législatives européennes existantes, il n’est pas exclu que l’existence d’obligations nationales différentes entraîne des coûts supplémentaires pour les entreprises actives dans plusieurs États membres. » En réponse à ce danger, « afin de garantir des règles égales pour tous, la Commission va présenter, comme elle l’a annoncé dans l’Acte pour le marché unique, une proposition législative sur la transparence des informations sociales et environnementales fournies par les sociétés de tous les secteurs. »

 

La transparence est, aux yeux de la Commission, un « élément important de responsabilisation qui peut contribuer à inciter le public à avoir davantage confiance dans les entreprises. Pour satisfaire les besoins des entreprises et des autres parties prenantes, les informations devraient être pertinentes et pouvoir être collectées efficacement sur le plan des coûts. » Elle « peut faciliter leur coopération avec d’autres parties prenantes et la détection de risques importants pour la durabilité ».

 

En outre, la Commission a l’intention « d’examiner la possibilité d’imposer à tous les fonds d’investissement et institutions financières l’obligation d’informer tous leurs clients (citoyens, entreprises, pouvoirs publics, etc.) de tous les critères qu’ils appliquent en matière d’investissement éthique ou responsable et de toutes les normes et tous les codes auxquels ils adhèrent”, afin de « rendre le système financier plus responsable et plus transparent. »

 

– Afin de protéger les consommateurs, une préoccupation au cœur des compétences de l’UE, la Commission entend aussi « aborder la question des pratiques commerciales trompeuses en rapport avec les effets environnementaux des produits (l’écoblanchiment) dans le contexte du rapport sur l’application de la directive sur les pratiques commerciales déloyales prévu pour 2012, et d’étudier la nécessité de prendre des mesures spécifiques en la matière.”

 

    1. Une série de chantiers multi-acteurs proposés et financés par la Commission

 

La méthode n’est pas nouvelle : dès 2002, la Commission a lancé, avec l’Alliance, une organisation chargée de stimuler des dialogues constructifs entre entreprises, syndicats et ONG.

 

Dans sa communication de 2011, la Commission propose plusieurs chantiers :

 

  • Elle « accordera la priorité aux stratégies sectorielles et à la diffusion des pratiques responsables en matière de conduite professionnelle tout au long de la chaîne d’approvisionnement ». A cette fin, seront créées, « en 2013, des plateformes RSE plurilatérales dans un certain nombre de secteurs industriels importants, le but étant que les entreprises, leurs travailleurs et les autres parties prenantes qui en feront partie prennent des engagements publics sur des questions de RSE présentant de l’intérêt pour chaque secteur et assurent ensemble le suivi des progrès. » Un appel à proposition a été lancé à cette fin.
  • En outre, la Commission « collaborer(a) avec les entreprises et les autres parties prenantes en 2012 en vue d’élaborer des recommandations en matière de droits de l’Homme à l’intention d’un nombre limité de secteurs industriels concernés ainsi que des recommandations destinées aux petites et moyennes entreprises, en s’inspirant des principes directeurs des Nations unies. » Trois ont, depuis la publication, été choisis ; pétrole-gaz, technologies de communication, travail temporaire, objets d’études préliminaires. […]

 

Remarques conclusives

 

La vision européenne basée sur la confiance en la capacité du management des entreprises utilisant les méthodes de la RSE de déclencher des changements profonds susceptibles d’aider les entreprises européennes à surmonter la crise en gagnant en productivité et en amenant un retour de la confiance des consommateurs et des épargnants. . Mais aussi, « la RSE propose un socle de valeurs sur lequel bâtir une société plus solidaire et sur lequel fonder la transition vers un système économique durable. »

 

Pragmatiques, les dirigeants européens constatent un besoin d’effort collectif mobilisant toutes les forces sociales, économiques et politiques. Ce que la Commission appelle un smart mix au service de la responsabilité sociale des entreprises, c’est l’engagement commun espéré des autorités publiques et des acteurs privés d’agir ensemble pour la réalisation de cet objectif.

 

  1. L’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE)

L’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives est une norme mondiale visant à promouvoir une gestion ouverte et responsable des ressources naturelles. L’ITIE cherche à renforcer les systèmes des gouvernements et des entreprises, informer le débat public et améliorer la confiance. Dans chaque pays de mise en oeuvre, l’ITIE est soutenue par une coalition composée de représentants du gouvernement, des entreprises et de la société civile oeuvrant ensemble.

Les ressources naturelles telles que le pétrole, le gaz, les métaux et les minerais appartiennent aux citoyens d’un pays. L’extraction de ces ressources peut générer la croissance économique et encourager le développement social. Cependant lorsque les revenus de ces ressources sont mal gérés cela a bien trop souvent ouvert la voie à la corruption et même dans certains cas à des conflits armés. Pour assurer que ces ressources profitent bien à tous les citoyens, il est capital d’obtenir plus de transparence sur la gestion des richesses issues de l’extraction des ressources naturelles d’un pays.

L’ITIE est chargée de maintenir à jour et d’assurer la bonne application de la Norme ITIE. Les pays mettent en œuvre la Norme ITIE pour assurer une divulgation pleine et entière des impôts et autres versements effectués par les entreprises pétrolières, gazières et minières aux gouvernements. Ces paiements sont divulgués dans un Rapport ITIE annuel. Ce rapport permet aux citoyens de constater eux-mêmes quels sont les montants perçus par leur gouvernement et issus des ressources naturelles de leur pays.

C’est seulement si les chiffres sont expliqués et qu’il existe un débat public sur la meilleure façon de gérer les richesses issues des ressources d’un pays que la transparence peut donner lieu à une plus grande prise de responsabilité.  C’est pourquoi la Norme ITIE requiert des Rapports ITIE compréhensibles, activement promus et contribuant au débat public.

La Norme ITIE contient une série d’exigences que les pays doivent respecter afin d’être dans un premier temps acceptés en tant que pays candidats à l’ITIE pour à terme devenir des pays conformes à la Norme ITIE. La Norme est supervisée par le Conseil d’administration international de l’ITIE, composé de représentants du gouvernement, des entreprises et de la société civile.

En mai 2015, le nombre de pays de l’ITIE s’élevait à 48.

Pour de nombreux pays, la mise en conformité avec les exigences de transparence de l’ITIE a été un véritable défi. Néanmoins, plus de la moitié des pays de l’ITIE ont été considérés comme conformes aux Exigences de l’ITIE . Au cours des douze derniers mois, six pays avaient été désignés conformes : la Guinée, l’Indonésie, la République démocratique du Congo, la Sierra Leone, le Tchad et Trinité-et-Tobago. Ces pays s’appliquent actuellement à respecter les exigences plus strictes de la Norme ITIE révisée en 2013.

Pour être déclaré conforme, le pays doit avoir publié des rapports ITIE satisfaisants et disposer d’un processus ITIE opérationnel afin de superviser et de renforcer les niveaux de transparence et de redevabilité. Définition des objectifs et mesure des progrès

Dans chaque pays, le Groupe multipartite de l’ITIE détermine ses propres objectifs et évalue les progrès réalisés à leur égard. Ces objectifs doivent tenir compte des priorités nationales du secteur extractif et des Principes de l’ITIE. La Norme ITIE adoptée en 2013 encourage les Groupes multipartites à adopter des approches innovantes et à encourager le respect de hauts niveaux de transparence et de redevabilité dans la vie publique, le fonctionnement de l’État et le monde des affaires.

Les Groupes multipartites doivent remettre chaque année un rapport d’activité afin de vérifier si l’ITIE répond aux attentes des parties prenantes et les conclusions de ces rapports annuels d’activités doivent être prises en compte dans la préparation des rapports ITIE suivants.

Recommandations, publications et vérifications de données indépendantes

Chaque année, tous les pays de l’ITIE sont tenus de publier un rapport ITIE contenant des informations de qualité qui pourront être utilisées pour favoriser un débat public éclairé. L’administrateur indépendant engagé par le Groupe multipartite pour la préparation du rapport ITIE joue un rôle déterminant dans la qualité de ces rapports. En vertu de la Norme ITIE :

  • Le rapport ITIE doit contenir une évaluation par l’administrateur indépendant de l’exhaustivité et de la fiabilité des données présentées. Tout écart ou faiblesse doit être divulgué, y compris le nom des entités qui n’ont pas participé à l’ITIE.
  • Le rapport ITIE doit clairement évaluer la fiabilité des données pour que les parties prenantes puissent utiliser ces informations pour discuter des perspectives du secteur extractif.
  • Le rapport ITIE doit émettre des recommandations destinées à améliorer les systèmes gouvernementaux. La prise en compte de ces recommandations est évaluée dans les rapports suivants.

Bien que ces divulgations et évaluations occupent une place centrale dans le processus ITIE, leur valeur pratique dépend de l’utilisation qui en est faite.

Évaluation indépendante de la conformité avec la Norme ITIE

Le processus se termine par l’étape de validation, qui consiste à faire mener une évaluation indépendante pour vérifier si la mise en œuvre de l’ITIE est conforme aux Exigences de l’ITIE. Les procédures de validation ont été récemment révisées et visent à examiner la façon dont les données ITIE sont utilisées pour éclairer le débat public et favoriser la réforme des politiques publiques. La première validation en vertu de la Norme a été récemment réalisée en Azerbaïdjan et sept autres processus de validation doivent avoir lieu au cours de l’année 2015.

En plus des pays conformes, plusieurs autres gouvernements ont annoncé avoir l’intention de mettre en œuvre l’ITIE, comme l’Allemagne, la Guyane, la France et l’Italie. Si un pays stagne ou prend du retard dans la mise en œuvre de l’ITIE, le Conseil d’administration international de l’ITIE peut suspendre son statut.

 

 

  • Quelques acteurs francophones remarquables de la RSE
  1. Maroc : la Confédération Générale des Entreprises du Maroc

 

Le label CGEM pour la responsabilité sociale de l’entreprise

 

Le Label CGEM pour la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE) est une reconnaissance solennelle du respect par les entreprises du Maroc de leur engagement à observer, défendre et promouvoir les principes universels de responsabilité sociale et de développement durable dans leurs activités économiques, leurs relations sociales et plus généralement, dans leur contribution à la création de valeur.

Par cette initiative, la CGEM entend promouvoir les facteurs d’attractivité de l’investissement productif et de la croissance à long terme qui sont désormais, le développement humain, le respect des droits fondamentaux de la personne humaine et de l’état de droit, la qualité des conditions d’emploi, la régulation des relations professionnelles, la protection de l’environnement, la transparence et l’effectivité des règles concurrentielles.

Une Commission Label a été instituée par le Conseil d’Administration de la CGEM tenue le 28 Septembre 2006.

 

HISTORIQUE DE LA CGEM

La CGEM a été créée en 1947 en tant qu’association représentant les entreprises privées, particulièrement les entreprises françaises opérant au Maroc. Après l’indépendance du Maroc et la politique de marocanisation suivie dans les années 70, la base des membres de la CGEM s’est élargie et la Confédération s’est progressivement imposée comme le représentant du secteur privé marocain vis-à-vis des pouvoirs publics et des institutionnels. Aujourd’hui, la CGEM s’exprime au nom de ses 33 000 membres directs et affiliés, regroupant entreprises, fédérations, associations professionnelles et groupements d’intérêt économique. 90% des membres de la CGEM sont des PME. Depuis sa création, la CGEM a été dirigée par 14 Présidents. Son premier Président, fondateur fut M. Marcel Conchon.

 

VISION

Promouvoir une économie marocaine forte à travers des entreprises créatrices de richesses partagées dans un environnement compétitif, socialement responsable et créateur d’emplois pérennes.

 

Définition du label CGEM pour la responsabilité sociale de l’entreprise

La CGEM se réfère pour l’entreprise à la définition que donne la Norme ISO 26000 des lignes directrices de la responsabilité sociétale des Organisations :

« Responsabilité d’une Organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement éthique et transparent qui contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être de la société ; prend en compte les attentes des parties prenantes ; respecte les lois en vigueur tout en étant en cohérence avec les normes internationales de comportement ; est intégrée dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses relations ».

 

L’apport d’une démarche de responsabilité sociale pour les entreprises :

  • Accroissement de la capacité d’attirer et de fidéliser une clientèle de qualité et de gagner de nouvelles parts de marché en réponse à de nouvelles exigences des donneurs d’ordre ;
  • Développement d’un milieu de travail attractif pour des collaborateurs compétents et motivés compte tenu des conditions de travail et moyens mis en place par l’entreprise ;
  • Amélioration du climat de travail et établissement d’un dialogue social serein dans l’entreprise ;
  • Augmentation de la productivité et de sa qualité à long terme par une implication poussée des salariés au regard de leur motivation et engagement ;
  • Renforcement de la capacité de gestion des risques en adoptant une approche proactive ;
  • Facilitation de l’accès aux crédits vu que les établissements financiers sont de plus en plus exigeants et tiennent compte des comportements responsables des entreprises pour l’octroi des crédits ;
  • Consolidation de l’image de marque et la réputation de l’entreprise en tant que facteurs essentiels de sa compétitivité.

Le référentiel du Label CGEM de la responsabilité sociale pour l’entreprise :

Le référentiel du Label RSE est la charte de responsabilité sociale de la CGEM, adoptée le 14 décembre 2006 par le Conseil National de l’Entreprise. Cette charte est structurée en 9 axes d’engagement définissant chacun des objectifs de stratégie et de conduite managériale précis et mesurables. Ces objectifs sont en phase avec les orientations et les lignes directrices de la norme ISO 26000. Ils satisfont pleinement à la législation nationale et sont rigoureusement conformes aux principes et objectifs énoncés à l’attention des entreprises par les normes publiques internationales, les conventions fondamentales et les recommandations des Institutions internationales, l’ONU, OIT, OCDE.

Les 9 neuf axes d’engagements de la Charte du Label CGEM pour la Responsabilité Sociale de l’Entreprise :

  1. Respecter les droits humains.
  2. Améliorer en continu les conditions d’emploi et de travail et les relations professionnelles.
  3. Protéger l’environnement.
  4. Prévenir la corruption.
  5. Respecter les règles de la saine concurrence.
  6. Renforcer la transparence du gouvernement d’entreprise.
  7. Respecter les intérêts des clients et des consommateurs.
  8. Promouvoir la responsabilité sociale des fournisseurs et sous-traitants.
  9. Développer l’engagement sociétal.

 

Règles d’attribution du Label CGEM de la responsabilité sociale pour l’entreprise:

Le Label CGEM pour la Responsabilité Sociale de l’Entreprise est attribué pour une durée de trois années aux entreprises basées au Maroc, membres de la Confédération, sans discrimination de taille, de secteur, de produits ou de services. Toute entreprise postulant au Label doit se soumettre à une évaluation, menée par l’un des tiers-experts indépendants accrédité par la CGEM. Cette évaluation vise à attester que les actes de gestion d’une entreprise postulante présente une assurance raisonnable de conformité avec les engagements de la charte de responsabilité sociale. En particulier, cette entreprise doit fournir des preuves tangibles de non violation des obligations légales figurant sur cette charte. La procédure à suivre pour la labellisation est détaillée sur le document ci-dessous.

 

Appui au financement par l’ANPME :

L’ANPME dans le cadre du programme « Moussanada Transverse » accompagne les entreprises éligibles au programme qui s’engagent dans le processus d’obtention du label. Elle finance à hauteur de 60% le cout de l’audit d’évaluation à l’issue duquel le label est octroyé à l’entreprise (www.anpme.ma)

Les avantages accordés par les partenaires :

L’Administration des Douanes et Impôts indirects, la CNSS, le Crédit Agricole du Maroc, le Groupe Banques Populaires, la Banque Marocaine pour le Commerce et l’Industrie et la Direction Générale des Impôts se sont associés à la Confédération pour promouvoir le Label RSE. Ces partenaires octroient aux entreprises labellisées des avantages et traitements spécifiques (tarification préférentielle, simplification des procédures, assouplissement des contrôles, gestion personnalisée, célérité dans le traitement des dossiers,…).

 

 

  1. Sénégal : Initiative RSE Sénégal

 

L’Initiative RSE Sénégal, lancée en 2008 par le Cabinet CFPMI sarl, premier Cabinet spécialisé dans la RSE en Afrique de l’Ouest, a pour mission de promouvoir la Responsabilité Sociétale (RSE) auprès des Entreprises du Sénégal et des pays de l’Afrique de l’Ouest.

 

Cette mission est bâtie autour d’une vision du Fondateur de cette Initiative : «le Salut de l’Afrique de l’Ouest passe par la valorisation de ses ressources locales. Que chaque Entreprise et Organisation au Sénégal et en Afrique de l’Ouest, quel que soit leur secteur et leur taille, accompagne un projet ayant un impact économique, social et environnemental durable».

 

Cette initiative dont les activités sont soutenues par des entreprises (regroupées au sein du Réseau RSE Sénégal – 30 entreprises en 2014) et des partenaires institutionnels (Ambassade du Canada au Sénégal, Agence Française de Développement, Coopération Technique Allemande GIZ, Ambassade des Pays Bas, Conseil National du Patronat du Sénégal, Institut des Sciences de l’Environnement et Incubateur INNODEV, les associations Ecofund et France Volontaires) vise quatre objectifs :

 

 

1- PROMOUVOIR la Responsabilité Sociétale (RSE) auprès des Entreprises et de leurs parties prenantes,

 

2- SUSCITER l’intérêt des pouvoirs publics et des collectivités locales à la mise en place de conditions favorables à la RSE-RSO,

 

3- ACCOMPAGNER des modèles d’entreprises, des modèles d’organisations publiques et des modèles de développement économique intégrant la dimension RSE-RSO

 

4- ASSEOIR une visibilité du Sénégal et de l’Afrique de l’Ouest dans le mouvement international de la RSE

 

Les activités de l’Initiative RSE Sénégal sont déployées à travers les 4 objectifs ci-haut:

 

  • diffusion périodique et régulière de newsletters électroniques traitant des informations sur la RSE et de l’actualité des entreprises partenaires dans le domaine de la RSE : Veille Economique & RSE bimensuel + Bulletin RSE Sénégal mensuel
  • actualisation régulière du site internet et de la page facebook de RSE Sénégal
  • organisation du Forum sur la RSE au Sénégal : éditions 2009, 2010, 2011, 2012, 2013 et 2014
  • accompagnement des entreprises dans la mise en place de démarches RSE
  • sensibilisation et formation sur la RSE/RSO pour :
    • des universités et écoles de commerce,
    • des établissements de formation professionnelle et technique dans la cadre du Réseau des Etablissements de Formation Professionnelle et Technique du Sénégal (REFOPS),
    • des élus locaux dans le cadre du programme de déploiement de la RSO initié par l’Agence de Développement Local (ADL)
  • accompagnement de “la Maison de l’Entrepreneur Eco responsable“, association regroupant 13 Petites Entreprises ayant un profil éco responsable et évoluant dans des filières de transformation Agroalimentaire, Agroforesterie, Déchets, Ecotourisme et Energies renouvelables
  • participation à des Rencontres spécifiques sur la RSE en Afrique de l’Ouest et sur l’international.
  1. Maghreb : le réseau de l’Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises

 

      1. L’ORSE est une organisation multi parties-prenantes (entreprises, investisseurs, syndicats, universitaires, ONG…) qui a pour mission de faire connaitre les enjeux et les outils de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) et du Développement Durable (DD).

 

  • Produisant de nombreuses publications (Finance, reporting RSE, égalité Femmes-Hommes, dialogue social, partenariat avec les ONG etc.) orse.org

 

  • Gérant des bases de données publiques sur les pratiques de négociations d’accords sur la RSE et sur l’égalité professionnelle egaliteprofessionnelle.org

 

  • Gérant depuis 2010 un site qui répertorie les réglementations et les initiatives RSE cartographiées par pays, secteur et parties prenantes reportingrse.org

 

L’ORSE est le seul réseau de taille internationale:

  • à publier ses travaux également en français alors que la RSE est dominée par l’anglais et qu’elle reste, de ce fait, l’instrument des élites bilingues dans le monde professionnel

 

  • à proposer toutes ses publications en accès ouvert sur internet (en français et en anglais)

 

  • à présenter sur un même site les réglementations et les initiatives RSE à l’échelle mondiale permettant ainsi un gain de temps considérable dans la recherche d’informations

 

  • à diffuser des informations en fonction des secteurs d’activité et des thèmes RSE permettant ainsi une meilleure analyse de la diversité des enjeux et des solutions.

 

  • à diffuser des informations en fonction des profils de parties prenantes (PME, salariés, investisseurs, fournisseurs, associations etc.) pour permettre le renforcement de leur capacité. Cela tient à la gouvernance de l’ORSE qui dès sa création en plus des entreprises et des organisations professionnelles a associé les investisseurs ISR, les ONG et les syndicats de travailleurs.

 

L’ORSE défend l’idée que les outils et les instruments de la RSE comme :

§   les Principes directeurs de l’ONU relatifs aux entreprises et aux droits de l’Homme

§   les Conventions fondamentales de l’OIT

§   le Pacte mondial des Nations Unies

§   les Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales

§   les Principes d’autonomisation des femmes des Nations Unies (WEPs)

§   la Déclaration de Rio sur l’environnement

§   la Résolution sur la Déclaration de Bamako qui engage les pays francophones à veiller à l’effectivité des mécanismes du respect des droits de l’Homme par les entreprises…

relèvent du bien commun et doivent être disponibles pour tous.

Poursuivant ses missions de sensibilisation et de vulgarisation, l’ORSE s’est engagée à accompagner la promotion de la RSE et la valorisation des initiatives nationales dans des pays du Sud où des dynamiques d’acteurs se constituées.

 

  1. Le lancement d’un Réseau de promotion de la RSE DANS LES PAYS D’AFRIQUE ET DU MAGHREB FRANCOPHONE

 

L’ORSE s’est engagée, en partenariat avec des acteurs locaux à créer des plateformes nationales sur la RSE. Constituée d’une diversité d’acteurs (entreprises, organisations patronales et syndicales, associations, universités, pouvoirs publics etc.), chaque plateforme nationale contribuera à faire connaître les acteurs engagés en matière de RSE et de DD via un site internet et à faciliter le partage d’expériences notamment grâce à des réunions de travail thématiques.

Chaque site national (gratuit et accessible à tous), a pour objectif de :

§   Présenter les divers instruments et référentiels RSE sur un plan régional et mondial (OIT, OCDE, ONU, Union Africaine, Ligue des Etats Arabes…)

§   Valoriser les initiatives publiques et privées sur  un plan national

§   Donner de la visibilité aux bonnes pratiques des acteurs, avec une :

ð  Recherche par thème RSE (gouvernance, droits de l’Homme, relations et conditions de travail, environnement, etc.)

ð  Recherche par secteur (agroalimentaire, automobile, banques, BTP, énergie, santé, etc.)

 

 

  • 2014 : 1erE experience avec le site ALGERIE

Lancée en partenariat avec l’Institut Algérien de Gouvernance d’Entreprise

   

 

 

www.rse-algerie.org

  • 2015 : Prochaine etape lancement des sites maroc et tunisie

 

 

  1. Compendium des initiatives dans les pays d’afrique, du maghreb francophone et en France

 

En complément des plateformes électroniques nationales sur la RSE, l’ORSE réalise des monographies sur la RSE par pays, disponibles en version papier et numérique. L’ORSE s’est attachée à mettre en avant pour chaque pays cité ci-dessous :

 

  • Les principaux référentiels internationaux sur lesquels reposent la RSE et leur déclinaison sur un plan local
  • Les politiques RSE et développement durable mises en œuvre par les autorités publiques du pays
  • Les principales mobilisations des acteurs privés : organisations patronales, entreprises, syndicats de travailleurs, société civile, monde universitaire…

 

Sur la version numérique, des liens hypertextes permettent d’accéder directement aux sites officiels, documents et sources d’information.

 

 

17 monographies « pays » sont actuellement disponibles

 

– Algérie

 

– Cameroun – France – Mali – Maurice – Tchad
– Benin

 

– Congo – Gabon – Maroc – Niger – Tunisie
– Burkina Faso

 

– Côte d’Ivoire – Guinée – Mauritanie – Sénégal  

 

Les plateformes et les monographies sur la RSE dans les pays francophones peuvent contribuer à :

  • Outiller les différents acteurs

La RSE peut être un formidable outil pour réinterroger les liens entre les différents acteurs (gouvernements, entreprises, ONG, syndicats) afin de renforcer un dialogue constructif et durable entre parties prenantes. Les plateformes et les monographies font le pari du numérique. C’est un point d’entrée clefs pour atteindre des publics éloignés des espaces de décision sur la RSE mais dont pourtant l’implication est indispensable pour atteindre les objectifs fixés.

 

  • Croiser les expériences et échanger sur les diverses approches nationales

Les principes d’inclusion et de collaboration sur lesquels repose la RSE peuvent jouer un rôle majeur en matière de développement notamment sur les enjeux du recyclage et de l’optimisation des ressources naturelles, la réduction des inégalités de genre, la réduction des inégalités sociales, le développement économique au plus près des besoins des populations…

 

  • Assurer une veille stratégique

Les normes et les réglementations internationales introduisent progressivement la prise en compte d’exigences environnementales et sociales dans la production de biens et services, élargissant ainsi le périmètre de la responsabilité des entreprises. Dans ce contexte, les sites et les monographies peuvent être un outil de veille stratégique sur les enjeux du développement durable au service des Ministères, des opérateurs économiques, des universités, des associations…

  • Valoriser les initiatives locales à l’international

Les plateformes et les monographies peuvent contribuer à valoriser, à l’international, le savoir-faire local et ainsi positionner les acteurs du Sud comme force de proposition.

 

Exemple : Premières pages de la monographie Maroc (Principales initiatives publiques)

  1. Francophonie : RSE et PED

 

 

 

 

 

 

Depuis 2006, l’association RSE et PED informe sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises dans les pays émergents et les pays en développement.
En 2012, pour favoriser le développement de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) dans les pays du Sud, RSE et PED lance la communauté RSE et PED.

 

Vision

 

A la fin des années 1990, 1,4 milliard de personnes survivent avec moins d’un dollar par jour et 1 milliard d’individus souffrent de la faim. Pour faire face à cette situation, le 1er septembre 2000, les 189 États membres de l’ONU s’engagent à réaliser, d’ici 2015, les 8 Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Ces objectifs visent à combattre la faim et la pauvreté, à préserver l’environnement, à améliorer l’accès à l’éducation et à la santé, à promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes, et à mettre en place un partenariat mondial pour le développement. La réussite des OMD implique la mobilisation de tous les acteurs, y compris les entreprises.

 

Le secteur privé est indispensable au développement : sans activité économique, point de développement. Toutefois les entreprises sont souvent à l’origine d’impacts sociaux et environnementaux négatifs, et leurs retombées économiques ne bénéficient pas toujours aux populations du Sud.

 

Au Sud, encore plus qu’ailleurs, les entreprises doivent agir de manière responsable et durable. C’est l’objet de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE).
Favoriser la mise en œuvre de la RSE dans les pays émergents et dans les pays en développement, grâce à l’information et aux échanges, c’est la mission de RSE et PED.

 

Mission et  objectifs

 

Né en 2006 de la volonté d’informer et de sensibiliser sur les problématiques de RSE dans les pays du Sud, le site www.RSE-et-PED.info   vise désormais à impliquer et à engager les différents acteurs sur les enjeux de la RSE, et à favoriser la mise en œuvre de la Responsabilité Sociétale des Entreprises dans les pays du Sud, grâce à plusieurs facteurs :
– un accès amélioré et équitable à l’information, à l’expertise et aux outils de la RSE,
– la diffusion et le partage des bonnes pratiques,
– la mise en relation et le dialogue entre tous types d’acteurs, de tous pays (pays développés, pays en développement et pays émergents),
– le renforcement des capacités au Sud.

Pour atteindre ces objectifs, RSE et PED s’appuie sur :
– un site internet dédié, offrant de nouvelles fonctionnalités afin de faciliter les échanges et l’accès aux informations de la RSE,
– un réseau de contributeurs locaux qui permettent un ancrage pays,
– une communauté globale multi-acteurs qui donne de l’ampleur aux activités et met en relation les acteurs,
– les outils et les technologies de l’information et de la communication (forum, webinaires, réseaux sociaux…).

Toutes nos activités sont multi-acteurs et souhaitent refléter la diversité des opinions et perspectives sur la RSE et ses thématiques.
Nous ne prenons pas parti par rapport aux opinions présentées.

 

  1. Planète : VIGEO

 

L’agence de notation Vigeo évalue à la fois la performance de milliers d’entreprises et d’organisations et leur niveau de gestion de la RSE, c’est-à-dire le degré avec lequel elles prennent en compte les objectifs environnementaux, sociaux, sociétaux et de gouvernance d’entreprise. Ces objectifs constituent des facteurs de risque pour les organisations tant dans la définition que dans la mise en œuvre de leurs stratégies et politiques.

Cette analyse permet:

  • D’évaluer le niveau d’engagement démontré par les organisations envers l’ensemble des objectifs de RSE ou de développement durable,
  • D’identifier la totalité des risques encourus par l’entreprise ou les organisations dans ce domaine,
  • D’évaluer leur niveau de gestion.

Elle consiste en :

  • Analyses ISR pour les investisseurs et gestionnaires d’actifs sur 2700 émetteurs européens, asiatiques ou américains dans le but de les aider dans le choix de leurs portefeuilles,
  • Audits en responsabilité sociale afin de fournir une aide à la décision managériale pour les entreprises ou les collectivités territoriales.

 

Les facteurs ESG : de nouveaux territoires de risques et d’opportunités

  • Les défis économiques, écologiques et sociétaux du 21è siècle présagent d’évolutions ‎fondamentales de nos modèles de développement à moyen terme. ‎
  • Ces enjeux confèrent aux acteurs économiques – entreprises, collectivités publiques ‎et institutions financières – de nouvelles responsabilités et les appellent à prendre en ‎compte de nouveaux territoires de risques et d’opportunités. ‎

 

Vigeo définit la responsabilité sociale comme un engagement managérial à :

  • prendre en compte les droits, intérêts et attentes des parties prenantes
  • rendre compte des niveaux de performance et de maîtrise des risques, dans une perspective ‎d’amélioration continue.‎

La responsabilité sociale est un engagement au service d’une performance responsable.‎ Pour autant qu’elle serve des objectifs dont la légitimité est reconnue et qu’elle s’exerce de façon ‎rationnelle, la responsabilité sociale : ‎

  • réduit les risques des organisations,
  • renforce les performances,
  • permet une différenciation positive.‎

 

Des facteurs de risques… transformables en facteurs de performance

  • Les risques liés à la responsabilité sociale incombent à la fonction dirigeante.
  • Ils ne sont ni transférables, ni « assurables ». ‎
  • S’ils sont bien maîtrisés, ils peuvent devenir sources de performance.‎

Référentiel d’analyse : 38 critères d’évaluation

Le  référentiel d’analyse se compose de 38 critères génériques, répartis en 6 domaines.

40 secteurs d’activité sont analysés.

 

Ressources Humaines

Amélioration continue des relations professionnelles, des relations d’emploi et des conditions de travail.

Les textes opposables sont notamment :

  • OIT: Déclaration de principes tripartite sur les entreprises multinationales et la politique sociale ‎
  • OIT : Convention sur l’égalité de traitement (Conv. 118) ‎
  • ONU : Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de ‎ promouvoir et protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales universellement reconnus ‎
  • UE : Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux des travailleurs ‎
  • UE : Décision 2003/578/CE du Conseil du 22 juillet 2003 relative aux lignes directrices pour les ‎ politiques de l’emploi des États membres

Droits humains sur les lieux de travail

Respect de la liberté syndicale et promotion de la négociation collective, non-discrimination et promotion de ‎l’égalité, élimination des formes de travail proscrites (enfants, travail forcé), prévention des traitements inhumains ‎ou dégradants de type harcèlements sexuels, protection de la vie privée et des données personnelles.‎

Les textes opposables sont notamment :

  • ONU : ‎ Déclaration universelle des droits de l’homme
  • OIT : Déclaration de l’OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail
  • OCDE : Principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales
  • ONU : Déclaration sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes Proclamée par l’Assemblée ‎ générale des Nations Unies le 7 novembre 1967 [(résolution 2263 (XXII)]

Environnement

Protection, sauvegarde, prévention des atteintes à l’environnement, mise en place d’une stratégie managériale ‎appropriée, éco-conception, protection de la biodiversité et maîtrise rationnelle des impacts environnementaux ‎sur l’ensemble du cycle de vie des produits ou services.

Les textes opposables sont notamment :

  • ONU : Déclaration de Rio
  • UE : Livre vert sur la politique intégrée de produits
  • ONU : Agenda 21
  • ONU : Protocole de Kyoto à la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
  • UE : Directive 85/203/CEE du Conseil du 7 mars 1985 concernant les normes de qualité de l’air pour le ‎ dioxyde d’azote

Comportements sur les marchés

Prise en compte des droits et intérêts des clients, intégration de standards sociaux et environnementaux dans la ‎sélection des fournisseurs et sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, prévention effective de la ‎corruption, respect des règles concurrentielles.

Les textes opposables sont notamment :

  • ONU : Principes directeurs des Nations Unies pour la protection du consommateur (tels qu’étendus en ‎‎1999)
  • OCDE : Lignes directrices de l’OCDE sur la protection de la vie privée et les flux transfrontières de données ‎de caractère personnel
  • ONU : Global Compact
  • ONU : Convention des Nations Unies contre la corruption
  • OMC : Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) ‎Annexe ‎ ‎1C de l’Accord instituant l’ OMC, Marrakech, 1994

 

Gouvernement d’entreprise

Efficience et probité, assurance de l’indépendance et de l’efficacité du Conseil d’administration, effectivité et ‎efficience des mécanismes d’audit et de contrôle et notamment inclusion des risques de responsabilité sociale, ‎respect des droits des actionnaires et notamment des minoritaires, transparence et rationalité de la rémunération ‎des dirigeants.

Les textes opposables sont notamment :

  • OCDE : Principes de gouvernement d’entreprise de l’OCDE
  • UE : Règlement (CE) n° 1606/2002 du Parlement européen et du Conseil du 19 juillet 2002 sur ‎l’application ‎ des normes comptables internationales

 

Engagement sociétal

Effectivité, intégration managériale de l’engagement, contribution au développement économique et social des ‎territoires d’implantation et de leurs communautés humaines, engagements concrets en faveur de la maîtrise des ‎impacts sociétaux des produits et des services, contribution transparente et participative à des causes d’intérêt ‎général.

Les textes opposables sont notamment :

  • OMC : Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) ‎Annexe ‎ ‎1C de l’Accord instituant l’OMC, Marrakech, 1994
  • UE : Règlement de la Commission du 27/04/04, concernant l’application de l’article 81, paragraphe 3, du ‎ traité des catégories d’accords de transfert de technologie

Les valeurs de Vigéo

Indépendance

Afin d’éviter tout conflit d’intérêt, Vigeo garantit son indépendance grâce à : ‎

  • la pluralité des actionnaires et à la dispersion de son capital, ‎
  • la multidisciplinarité du Conseil scientifique et à son autonomie à l’égard de la Direction générale, ‎
  • comptes-rendus réguliers et indépendants que livre le Conseil scientifique au Conseil ‎d’administration et à l’Assemblée générale sur l’état et l’évolution de la méthodologie, ‎
  • la séparation rigoureuse des effectifs, des ressources bureautiques et informatiques et des ‎structures de gestion des départements de rating et d’audit.‎

Professionnalisme

Les équipes d’experts améliorent leur savoir et leur savoir-faire de façon continue grâce au retour ‎d’expérience de leurs clients et partenaires. Elles observent des règles strictes d’impartialité dans la ‎construction de leurs opinions. Elles sont attentives à la transparence, à la clarté et à l’intelligibilité de ‎leurs analyses. Elles sont engagées à prévenir et à éviter systématiquement tout conflit d’intérêt ou ‎risque de conflit.

Innovation

Dans un environnement en constante évolution, les équipes s’attachent à mobiliser en permanence ‎leur capacité de veille, de création et d’anticipation et à faire partager à leurs clients et partenaires le ‎meilleur état de l’art sur les sujets qu’elles traitent. Elles sont en mesure de s’adapter et répondre à ‎des demandes toujours plus pointues.

Engagement

Les équipes de Vigeo partagent les mêmes convictions : la performance responsable des entreprises et des organisations est facteur de création de ‎valeur durable et constitue un moteur de l’investissement responsable. ‎Elles ne sont pas des juges mais les partenaires attentifs des organisations qu’elles analysent et des ‎investisseurs qu’elles « outillent ». Elles déclinent leurs missions dans l’impartialité la plus stricte, et ‎dans un souci de non-ingérence. ‎

Proximité et Ecoute

Les équipes de Vigeo travaillent au plus près des besoins de leurs clients et partenaires. Elles font ‎preuve d’écoute et d’adaptabilité, tout en s’appuyant sur des méthodologies solides et éprouvées.

Gouvernance

Le capital de 3,4 M€ est réparti entre 3 collèges

  1. Les gestionnaires financiers et fonds de pensions : 55%
  2. Les organisations syndicales : 19%‎
  3. Les entreprises : 26%

Le choix de faire entrer des entreprises dans l’actionnariat de Vigeo est assumé et motivé par la ‎recherche d’un actionnariat pluraliste garant de l’indépendance de l’agence. En s’associant au lancement de Vigeo, ces actionnaires ont marqué leur adhésion à la création d’une ‎agence européenne d’analyse extra-financière œuvrant – grâce à une production alliant ‎professionnalisme, qualité et R&D – à la promotion d’un standard de marché.

 

  1. Europe : NOVETHIC

 

 

Novethic est un centre de recherche sur l’Investissement Socialement Responsable filiale de la Caisse des Dépôts et Consignation (banque publique de financement de l’économie créée par Napoléon Ier)

 

Ce centre décode l’actualité économique sous l’angle de la responsabilité des entreprises. Son site www.novethic.fr  est une source d’information de référence pour les décideurs économiques et politiques, les ONG, les investisseurs, les chercheurs, les journalistes et les citoyens.

 

Novethic fait la promotion d’un modèle économique plus respectueux de l’humain et de l’environnement. Il permet au public de s’informer sur les impacts des crises environnementales, sociales et de gouvernance auxquelles est confrontée la planète. Le site met en avant les solutions mises en œuvre pour y faire face, plus particulièrement par les entreprises et les investisseurs.

 

Combinant articles journalistiques, travaux d’études et ressources documentaires, Novethic.fr propose une analyse sans équivalent de l’économie responsable sous toutes ses formes. Les articles sont rédigés par des journalistes professionnels en France et à l’étranger (Allemagne, Chine, Inde, Brésil, Etats-Unis, Japon et Russie). Ce média indépendant compte plus de 150 000 visiteurs par mois sur son site et une communauté de plusieurs milliers d’internautes sur les réseaux sociaux.

 

Novethic est un expert de l’investissement responsable

 

L’Investissement Socialement Responsable (ISR) consiste à intégrer de façon systématique et traçable des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à la gestion financière. Le centre de recherche de Novethic est le principal observateur de l’investissement responsable en France et l’unique source de statistiques sur ce marché.  Il produit des études qui analysent les évolutions du marché et les meilleures pratiques des investisseurs responsables en France et à l’étranger.

 

Novethic attribue un label ISR aux produits financiers

 

Indépendant des offreurs de fonds, Novethic attribue un label qui permet de repérer les placements qui offrent les meilleures garanties de qualité ISR. Cela veut dire que ces produits intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur processus de gestion.

 

Novethic attribue un label Fonds vert aux produits financiers

 

Pour financer la transition énergétique, les investisseurs peuvent placer de l’argent dans des produits financiers spécialisés sur des thématiques environnementales. Le label Fonds vert de Novethic leur garantit que la composition du portefeuille correspond à cette thématique verte.

 

Novethic forme et mobilise les professionnels de l’ISR et de la RSE

 

Les journalistes experts de Novethic proposent deux publications trimestrielles dédiées à l’ISR et à la RSE qui permettent aux professionnels de disposer d’une information spécifique.

 

13% des fonds labellisés par Novéthic sont Européens


Un fonds européen qui n’est pas distribué en France est éligible au Label ISR Novethic.
13 % des fonds labellisés sont d’ores et déjà proposés par des sociétés de gestion européennes qui ne sont pas françaises. C’est un signal important pour un marché européen en quête de repères. Est ainsi proposé à l’investisseur européen final un gage de qualité ISR et de transparence pour ses placements.

 

Un partenariat stratégique avec l’Allemagne

 

En juillet 2015, le Forum pour l’investissement responsable allemand (FNG), a retenu Novéthic comme partenaire stratégique pour la conception d’un label ISR pour l’Allemagne, l’Autriche et la Suisse. Novéthic a été choisi après avoir remporté un appel d’offres et associé à la construction de la méthodologie ainsi que de l’analyse des dossiers de candidature. Attribué aux fonds qui répondent au socle de critères établis par FNG, le label propose trois niveaux en fonction du degré d’exigence de l’investissement responsable proposé aux clients.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1]http://www.uncsd2012.org/thefuturewewant.html

[2]Announced during a joint ministerial event: ‘Denmark & South Africa Show the Way: Corporate Social Responsibility and Sustainability Reporting Create a Green Economy and Sustainable Development’, Rio de Janeiro, 20 June 2012. The Group of Friends requested UNEP and GRI to form the Secretariat of the initiative.

Autre articles

ACCORD DE PARIS : COMMENT POURSUIVRE LA DYNAMIQUE ... Mobilisées pendant la COP21, les entreprises françaises veulent désormais obtenir des garanties quant aux objectifs de lutte contre le changement ...
De l’utilité de trouver une mesure mondiale pou... Le quotidien suisse d’informations Le Temps, publie une analyse du directeur général de l’Office des Nations unies, Michael Moller. A l’occasi...
Conakry, Guinée: Séminaire international d’...       Les 16 et 17 février s'est tenu à Conakry (Guinée), un séminaire international d'échange et de formation, co-or...
CLIMAT : 2016, L’ANNÉE DE LA MISE EN APPLICATIO... L’Accord de Paris sur le climat est l’aboutissement d’un (très) long travail diplomatique. Et le point de départ de l’action climatique. V...

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.