Synthèse du Rapport « Développement durable, travail décent et emplois verts de l’Organisation Internationale du Travail (102e session 2013)», (BIT, 2013)

Synthèse du Rapport « Développement durable, travail décent et emplois verts de l’Organisation Internationale du Travail (102e session 2013)», (BIT, 2013)

Synthèse établie par Pierre Manenti.

Ce rapport traite de deux grands défis du XXIème siècle : l’adaptation du travail aux enjeux de durabilité de l’environnement et la généralisation du travail décent pour tous. L’Organisation internationale du travail (OIT) entend lier ces deux éléments en s’appuyant sur la dynamique de transition vers des structures de production et de consommation durables pour favoriser la création massive d’emplois de qualité, généraliser une protection sociale adéquate, promouvoir l’inclusion sociale et concrétiser les principes et les droits fondamentaux.

Cette réflexion se place dans la continuité de l’Initiative Emplois Verts (IEE), lancée en 2007 par l’OIT en partenariat avec le PNUE, la CSI et l’OIE. Il a été abondamment utilisé lors de la rédaction du Pacte mondial pour l’emploi adopté par la Conférence internationale du Travail en 2011. En parallèle, en 2010, la CSI a publié le rapport « La lutte contre le changement climatique à travers le développement durable et une transition juste ».

Quatre idées clés :

1. Un lien existe entre dégradation de l’environnement et réduction de la productivité économique.

La dégradation de l’environnement est une menace pour la production économique : selon L’Institut International d’Etudes Sociales, en 2030, les niveaux de productivité auront baissé de 2,4% du fait des émissions de gaz à effet de serre ; la baisse atteindra 7,2 % en 2050. pour atteindre 40% de la population mondiale en 2050. ». En 2011, le Groupe d’experts sur l’utilisation durable des ressources naturelles a souligné l’imminence d’une transformation de l’emploi en raison de l’insuffisance des ressources à venir (2,3 milliards de plus, soit au total 40% de la population mondiale vivra dans des zones touchées par le stress hydrique en 2050) et par l’appauvrissement des écosystèmes et de la biodiversité (les pertes liées à la déforestation et la dégradation des forêts s’élèvent déjà à 30% du PIB mondial en 2011). L’appauvrissement annuel de la biodiversité et des services écosystémiques occasionné par la déforestation se chiffre à 25.000 milliards $ selon une étude TEEB. Il est de 2,1 % du PIB en Tunisie et de 9,6 % au Ghana. Or, selon la Banque mondiale, le capital naturel représente 36% de la richesse totale dans les 43 pays à revenu faible. Huit secteurs sont particulièrement importants du fait de leur dépendance aux ressources naturelles et au climat et de leurs émissions de GES : agriculture (57% des émissions de GES), foresterie, pêche, énergie, industries manufacturières à forte utilisation de ressources, recyclage, construction et transports. Ils emploient la moitié de la main d’œuvre mondiale. Les problèmes sociaux non résolus (chômage, faiblesse de l’éducation, des soins de santé, d’infrastructures) complexifient les solutions. En réponse, il faut assurer une protection sociale du travail, un respect des droits du travailleur et une participation accrue aux grandes décisions de l’entreprise. Pour cela, six instruments peuvent être mobilisés : ceux fondés sur le jeu du marché, la réglementation, les investissements publics, les politiques de passation des marchés publics, les instruments d’information et les initiatives volontaires. Au Brésil, en Chine, à l’île Maurice et à Madagascar, les investissements écologiques ont déjà prouvé qu’ils augmentaient la croissance économique et dynamisaient la création d’emplois (Etude Banque mondiale, 2010).

2. La création des emplois verts suppose l’organisation d’un contexte favorable.

D’abord, un travail de fond sur l’enseignement et la formation professionnelle, compte-tenu des connaissances spécialisées en sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STIM) nécessaires à la transformation générale vers de nouvelles formes d’emploi vert. sur le niveau de qualification des nouveaux emplois créés, et conséquemment sur le niveau de rémunération. Ensuite, organiser la formalisation des emplois. A titre d’exemple, les auteurs citent le secteur de la gestion des déchets et du recyclage, composé de 19-24 millions de travailleurs au niveau mondial, dont 4 millions seulement relèvent du secteur formel. La reconnaissance des emplois par les autorités administratives (et d’abord locales) est le premier pas vers la formalisation de l’emploi, comme l’a montré le cas des travailleurs chargés du ramassage des déchets en Colombie et au Sri Lanka (Scrap Magazine, 2009). L’Ethiopie a adopté une stratégie de soutien à l’économie verte sur vingt ans qui vise à la faire entrer dans la catégorie des pays à revenu moyen avec 150 milliards $ d’investissements favorisant l’emploi à forte adjonction de valeur. Enfin, il faut favoriser l’inclusion sociale et les meilleures possibilités d’emplois à accorder aux femmes dans une rénovation du système des emplois.

3. Identifier les obstacles à la mise en place de cette nouvelle forme de l’emploi vert et décent.

La compression de l’emploi dans les pays émergents, en lien avec la modernisation des systèmes de production, en est un. Un autre est la pénurie de travailleurs qualifiés. Or l’écologisation peut, au contraire d’une idée faussement admise, développer l’emploi. Par exemple, la cogénération (production simultanée de chaleur et d’électricité) pourrait déboucher sur la création de 2 millions d’emplois au niveau mondial. Le développement des PME (2/3 des emplois permanents dans le monde), essentiel dans la restructuration des économies, la diversification des emplois et la mise en valeur des compétences, à l’exemple de l’industrie sucrière au Brésil et de l’industrie forestière en Chine, doit être encouragé. Un autre obstacle est une gouvernance qui n’anticipe pas l’impact des changements climatiques, alors la Banque mondiale évalue de 75 à 100 Milliards $ le coût annuel pour les seuls pays en développement entre 2010 et 2050. En outre, les dépenses énergétiques sont appelées à fortement croitre et ponctionner des budgets alimentaires qui représentent actuellement 78% des dépenses des 20% les plus pauvres en Afrique, ce qu’indique déjà l’augmentation des personnes souffrant de malnutrition (850 millions).

4. Les politiques d’adaptation au changement climatique sont efficaces.

Leur coût n’est pas si élevé si on le compare aux dépenses publiques que les 24 millions de réfugiés climatiques (UNHCR, 2002) ou à celles entraînées par le développement des pandémies (400 millions de personnes affectées par le paludisme d’ici la fin du XXIème siècle selon la CCNUCC). Les conséquences néfastes du changement climatique auront des effets aussi bien dans le domaine énergétique, alimentaire que sanitaire. Des politiques sectorielles basées sur la réglementation et des incitations financières offrent des réponses accessibles. Dans le domaine de l’énergie, elles peuvent apporter des solutions aux 2,7 milliards de personnes ne disposent pas d’appareils de cuisson non polluants et sans danger pour la santé en 2012 (Groupe de haut niveau sur l’énergie durable, 2012). Dans le domaine agricole, la formation des petits exploitants à des méthodes productives ayant une faible incidence sur l’environnement, nécessitant souvent plus de travailleurs qui se substituent aux intrants phytosanitaires, est peu coûteuse et efficace. Madagascar et l’Ouganda offrent des exemples de réussite dans ce domaine entraînant des augmentations mesurables des revenus. Des politiques sociales et des politiques du travail combinant la protection sociale, l’emploi et la mise en valeur des compétences doivent aussi être mises en œuvre pour répondre à la pénurie de travailleurs qualifiés. A titre d’exemple, l’écologisation de l’économie au Brésil par l’utilisation généralisée de l’éthanol et du biodiesel comme biocarburants a créé de l’emploi, de même que le Système national de protection de l’emploi rural en Inde. Par ailleurs, l’extension du dialogue social à tous les niveaux et la collaboration régulière entre gouvernements et partenaires sociaux est nécessaire pour définir des politiques de protection de l’environnement et de protection sociale appropriées par le corps social.

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